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Titre : [DEBAT] Un journaleux a lu le prochain Houellebecq
Lancé le 22-08-2005 22:24 par Wayne Schlagel
Téléchargé de https://www.forum.oxmo.org/showthread.php?threadid=36039
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[Post 1]
Auteur : Wayne Schlagel
Date : 22-08-2005 22:24
Titre : [DEBAT] Un journaleux a lu le prochain Houellebecq

[quote]Stupeur ! Angelo Rinaldi trouve par hasard dans un square le dernier roman de Michel Houellebecq, qui sortira le 31 août prochain. Chronique d'une lecture décevante.

[img]http://www.poeten.no/uploads/images/Forfattere/Michel%20Houellebecq%20potrett%202.jpg[/img]
 
La stupeur nous cloua sur place comme on s'en revenait, au cœur de l'été, à travers le square du Temple à Paris rempli de cris d'enfants, d'une luxueuse croisière le long du canal Saint-Martin, avec escale à l'hôtel du Nord et colliers de fleurs et vahinés, au pied de l'échelle de coupée, le comité d'entreprise ayant fait les choses en grand.

Ce livre qui traînait là sur un banc, et sur lequel on se penchait, n'était-ce pas un exemplaire du dernier ouvrage de Michel Houellebecq, qui alimente les rumeurs depuis une saison? Le roman qui, contre les usages, n'a été communiqué qu'à quelques favoris dont on présume l'admiration? (Voir ci-dessous l'article d'Éric Naulleau.) Le roman que protège, jusqu'à sa mise en vente, à la fin d'août, une sorte de mur de l'Atlantique; et l'on croit voir, comme dans les vieilles bandes des «Actualités» de l'entracte, des canons tournant sans relâche sur leur affût, pointant dans le ciel les avions ou les critiques libérateurs.

Comment donc avait échoué, dans un jardin, ce volume que l'on ouvrait d'une main tremblante, et dont la page de garde s'ornait de la trace de doigts poisseux de graisse? Outre d'un commentaire d'accent juvénile, tracé au stylo à bille – «C'est quoi ce machin? J'ai rien compris» –, qui interdisait la revente à un soldeur pour boucler une fin de mois. Car on ne saurait tout avoir. En fait, il n'y eut pas à pousser loin l'enquête. Une séduisante camarade du service étranger, nous jetant ce regard d'apitoiement, que les cadets réservent aux aînés dépassés par les mœurs de l'époque, nous expliqua la mode du moment. Elle est née aux États-Unis, où les indigènes du New Jersey l'ont baptisée «crossbooking», et ravage maintenant la France. 

Elle consiste à abandonner un bouquin dans un lieu public, et d'en suivre les aventures par le moyen d'un site sur Internet. Dès lors, une hypothèse se présentait à l'esprit: le livre de M. Houellebecq, pseudonyme de M. Michel Thomas, a dû tomber de l'un des camions qui, à cette heure, sillonnent le pays – tels les camions-citernes des sapeurs-pompiers charriant l'eau salvatrice – pour en acheminer des centaines de milliers d'exemplaires aux libraires incendiés de curiosité. Il est presque certain qu'il fut ensuite ramassé sur la chaussée par l'un de ces étudiants qui, dans les établissements de restauration rapide, si nombreux dans le IIIe arrondissement, gagnent un peu d'argent de poche en secouant au-dessus des flammes des friteuses dégouttantes d'huile, dans les arrière-cuisines où la visite de l'inspecteur du travail ne serait pas toujours inopportune. D'où les empreintes digitales...

On a cent mille fois remarqué que le hasard sert souvent un journaliste. En la circonstance, s'il lui réserve une exclusivité, il n'a pas assuré son bonheur car la lecture confirme le jugement de l'inconnu qui s'est hâté de replacer sa trouvaille dans le circuit, et à Dieu vat... Il n'y a rien qui soit plus aride, plus pauvret et plus obscur en même temps. Un échantillon, quand on pourrait en fournir des dizaines? A propos de la «mise à mort de la morale» (p. 52): «Si la fluidification des comportements requise par une économie développée était incompatible avec un catalogue normatif de conduites restreintes, elle s'accommodait par contre parfaitement d'une exaltation permanente de la volonté et du moi.»

L'ensemble où se mêlent en apparence pour nous bluffer informatique, génétique, clonage, collagène, ADN, «radicaux libres», qui ne sont pas un nouveau parti politique, s'ajoutant aux «protéines et phospholipides complexes impliqués dans le fonctionnement cellulaire», relève, pour l'essentiel, de la science-fiction aux mains d'un chimiste en goguette. Or, le recours à la science-fiction, c'est déjà un signe de faillite chez un romancier. Pas du tout l'accès à une liberté d'imagination plus grande, que l'on suppose puisqu'il est plus facile d'imposer l'arbitraire que d'obtenir du fantastique à partir de l'observation de la psychologie humaine. Laquelle est pourtant inépuisable.

Ce «récit de vie» destiné à nous projeter dans les siècles futurs où règne la «Sœur suprême» par ordinateurs interposés, commence cependant, aujourd'hui, à travers un narrateur, Daniel, numéro 1, car ils se succéderont à l'infini, les Daniel. Grâce à l'ADN «répliquée», mise à l'abri dans un congélateur – quelle erreur ce serait, choisir le bac à légumes – chacun aura la possibilité de ressusciter. A sa vingt-cinquième récidive, Daniel erre sur une planète à l'aspect désolé dont on a «modifié l'axe de rotation». Elle est peuplée de «néo-humains», les individus de l'ancien modèle, qui ont échappé aux expériences en laboratoire, n'étant plus que des gnomes aux borborygmes du Neandertal. On tire sur eux pour s'amuser. N'est-ce pas Cocteau qui a parlé de l'«ennui mortel de l'immortalité»? Au début, Daniel est un comique de cabaret, qui obtient le succès et l'Olympia pour un spectacle intitulé Les Echangistes de l'autoroute. Sa maîtresse, Marie, directrice du magazine Lolita, «où débarquent chaque mois des pétasses toujours plus jeunes et plus arrogantes». Par peur de vieillir, elle se suicide. Esther la remplace. La sexualité, assez souvent réduite aux services de bouche qui semblent obséder l'auteur, est décrite dans un argot de potache, donnant l'occasion de vérifier à nouveau, que l'on n'est pas cru en raison du vocabulaire que l'on utilise, mais de l'art que l'on déploie. Ici, il est inexistant. 
Arrivera-t-on jusqu'au bout du résumé? Daniel rencontre aussi un gourou qui promet la peau fraîche et orgasme en permanence à ses disciples qu'il rassemble en congrès dans sa résidence fortifiée, au sommet d'une montagne des îles Canaries. Une splendide actrice descend de l'avion de Rome, curieuse des débats, escortée de son petit ami. Le gourou, qui n'en a pas assez, dans son harem, de sept secrétaires court vêtues, la violente. L'Italien, qui a une Porsche et le sens de l'honneur, le tue. Qui va succéder au prophète dont le corps sera précipité dans le cratère d'un volcan, comme celui d'Empédocle, qui, sinon le fils qu'il avait caché jusqu'à cet épisode?

Surgissent de loin en loin – lorsque Nietzsche et Platon ne sont pas mobilisés – des personnalités de la rubrique mondaine – champions de tennis ou couturiers allemands. Elles servent sans doute autant que les funèbres gaillardises à insuffler un semblant de mouvement à une prose qui coule avec lenteur, comme fuit le robinet de la cuisine qui continue de perdre, goutte après goutte, son liquide sans saveur, lorsque SOS plombier tarde à intervenir. (En été, n'espérez personne.) Notons que maintes phrases en anglais ne sont pas traduites. Tel procédé pour faire chic remonte aux romans de la gentry, publiés par Abel Hermant vers 1930 – pas toutes mauvaises d'ailleurs, les œuvres d'Hermant qui a disparu dans l'ombre du massif proustien. L'un de ses contemporains, Henri de Régnier, est cité pour une parole dont la profondeur émerveille: «Vivre avilit.»

A ce stade du ridicule, et parce que toujours on voudra de quelque façon sauver un auteur, on se demande si tout cela ne témoigne pas d'un humour à l'usage de quelques initiés. Reste qu'à l'avenir, en cas de nouvelle découverte dans un jardin ou le métro, on appellera d'abord la patrouille du plan Vigipirate. Ne s'agirait-il que d'un pétard mouillé.[/quote]

Je hais le Figaro, je ne suis pas fan de Houellebecq mais là, la chronique me semble assez juste
Lisez-la bien entière

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[Post 2]
Auteur : tiennou
Date : 24-08-2005 02:53

" le recours à la science-fiction, c'est déjà un signe de faillite chez un romancier"

[B] le recours à la science-fiction, c'est déjà un signe de faillite chez un romancier[/B] 

Voilà. Tout est dit. Cet article est con et témoigne d'une stupidité littéraire rare.

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[Post 3]
Auteur : Zakath
Date : 24-08-2005 02:58

Je n'ai pas trouvé la critique si stupide (n'ayant pas lu le bouquin), même s'il s'acharne quand même vraiment beaucoup. Par contre, je suis de tout coeur avec tiennou. La SF est un genre littéraire à part entière qui n'a rien à envier aux autres genres plus "classiques". Il y a des romans de gare comme des chefs-d'oeuvre, de la même manière que partout ailleurs.

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[Post 4]
Auteur : Servef
Date : 24-08-2005 04:17

[quote]
L'un de ses contemporains, Henri de Régnier, est cité pour une parole dont la profondeur émerveille: «Vivre avilit.»
[/quote]

J'adore le ton de l'article !

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[Post 5]
Auteur : Wayne Schlagel
Date : 24-08-2005 08:39

Pour la boulette sur la science fiction, je suis bien d'accord avec vous.
Mais n'oubliez pas que c'est un journaleux du Figaro §mais.euh§
Il est pas au top non plus le pauvre...
Mais j'aime le ton de cet article et l'angle d'approche

Ils ont oublié d'être moderne là-bas,
Ils ont oublié d'être jeune là-bas,
Ils ont oublié d'être ouvert là-bas,
il suffit de lire le courrier de leurs lecteurs qui sent la naphtaline et la couche Confiance §ignore§

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[Post 6]
Auteur : mopz02
Date : 24-08-2005 12:31

Je n'ai jamais compris le battage fait autour de cet auteur. Tout ce qu'il a écrit n'est pas mauvais, mais rien n'est vraiment exceptionnel. Encore un phénomène de parisianisme. §rhalala§

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[Post 7]
Auteur : Arsene Lupin
Date : 24-08-2005 12:36

[QUOTE][i]Message écrit par mopz02, le 24-08-2005 à 13:31 [/i]
[B]Je n'ai jamais compris le battage fait autour de cet auteur. Tout ce qu'il a écrit n'est pas mauvais, mais rien n'est vraiment exceptionnel. Encore un phénomène de parisianisme. §rhalala§ [/B][/QUOTE]

pas mieux

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[Post 8]
Auteur : Servef
Date : 24-08-2005 12:40

[QUOTE][i]Message écrit par mopz02, le 24-08-2005 à 23:31 [/i]
[B]Je n'ai jamais compris le battage fait autour de cet auteur. Tout ce qu'il a écrit n'est pas mauvais, mais rien n'est vraiment exceptionnel. Encore un phénomène de parisianisme. §rhalala§ [/B][/QUOTE]

J'ai quand même été profondement marqué par les [i]Particules[/i], en tant que post-ado dégoulinant d'hormones tout d'abord, puis en tant qu'étudiant en sciences/technique. Et c'est bien sa vision de la science quelque peu sans conscience et de l'évolution artificielle de l'espèce humaine qui m'est le plus resté. De chez d'autres auteurs médiatisés (Nothomb ?) [b]rien[/b] ne me reste.

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[Post 9]
Auteur : Schoubi
Date : 24-08-2005 13:40

[QUOTE][i]Message écrit par mopz02, le 24-08-2005 à 12:31 [/i]
[B]Je n'ai jamais compris le battage fait autour de cet auteur. Tout ce qu'il a écrit n'est pas mauvais, mais rien n'est vraiment exceptionnel. Encore un phénomène de parisianisme. §rhalala§ [/B][/QUOTE]

+1

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 10]
Auteur : Zakath
Date : 25-08-2005 05:32

Une critique de libé qui parle de l'article en début de thread et qui apprécie visiblement beaucoup l'ami Houellebecq : 

[quote]
[size=3][b][color=#FF0000]Houellebecq, le tsunami annoncé[/color][/b][/size]

[b]L'écrivain revient avec «la Possibilité d'une île» que quasiment personne n'a lue mais dont tout le monde parle.[/b]

[i]Par Lilian MASSOULIER
Libraire à Toulouse.[/i]

L'exilé andalou, qu'on prit un temps pour un gaullien parti bouder en Irlande, est de retour dans quelques jours avec son nouveau roman, que «personne n'est censé avoir lu». Pas de service de presse pour les libraires, pas plus pour les journalistes, jusqu'à récemment du moins.

Parce qu'il y a peu, donc, certains critiques, triés sur le volet de l'admiration sans fard qu'ils vouent au Michel, ont pu se délecter en avant première des pages de la Possibilité d'une île, le tsunami attendu de cette rentrée littéraire.

Rentrée littéraire ? Vous savez, ces quelques semaines, deux ou trois, entre fin août et début septembre, où une avalanche de romans mal ou vite ou peu ou parfois, mais rarement, très bien écrits viennent encombrer en pile les librairies et autres grandes surfaces vendeuses de culture.

Donc, il y a quelques jours, certains ont eu droit à la primeur. Ils n'en diront rien, promis juré, jusqu'à l'officiel lancement de la bête, mais bon les fuites abondent. Science fiction, clonage, religion et tutti quanti sont au menu de cet opus houellebecquien. En attendant de juger sur pièce, on ne peut que hausser une épaule, voire les deux, sans plus se prononcer.

Ceux qui se prononcent le plus d'ailleurs ne sont pas ceux qui l'ont lu mais ceux qui ne l'ont pas lu, ceux qui ne font pas partie de la cour choisie par Fayard. Ceux-là sont furax, à l'image de l'académicien du Figaro, Angelo Rinaldi, qui manifestement n'a pas digéré de n'avoir pas été élu. Très remonté, il s'est fendu d'un billet relatant sa découverte fortuite de l'objet du délit, ce roman défendu, sur un banc public dans un parc du IIIe arrondissement. Surpris, il l'a lu, n'a pas aimé, mais alors pas du tout, mais n'est pas le seul, puisque, nous dit-il, le précédent propriétaire du livre s'était en page de garde fendu d'une note de lecture disant qu'il n'avait «pas du tout aimé», voire «rien compris». Rinaldi nous prend là à témoin : ce n'est pas du haut de son académisme rigide qu'il a rejeté Houellebecq, puisqu'un quidam (suffisamment placé quand même pour s'être procuré un exemplaire du roman) lambda n'a pas non plus goûté aux charmes prétendument irrésistibles de la prose du jojotant Houellebecq.

On lit le billet d'humeur, et on imagine Rinaldi venant raconter sa découverte inopinée chez Ardisson, tel Paco Rabane décrivant par le menu comment il avait, étant jeune, «fait l'amour avec la terre». Rinaldi, illuminé ! Faut-il donc qu'il soit mal à l'aise avec l'auteur Houellebecq pour inventer de telles inepties, pour ainsi céder à l'enfantillage puéril, quand il s'agissait juste de passer outre, ou d'expliquer plus simplement pourquoi il n'aimerait de toute façon pas le nouveau Houellebecq, quel que fut son contenu.

Car enfin, de quoi s'agit-il là ? D'une déception amoureuse ?

On dirait, oui, Rinaldi l'éconduit qui fait la tronche au grantécrivain surestimé, peut-être. Rinaldi jaloux de ses confrères mieux placés à gauche de ce seigneur des lettres de pacotille.

Faut-il donc en tout cas que Houellebecq soit un auteur clé, quoi qu'on en pense, pour susciter ainsi tant de débat.

Et justement c'est le fait même qu'il y ait débat qui place à part ce pessimiste ronchon, sans doute bien plus réaliste que l'ensemble de ses confrères, moins agité que certains ultras mais plus profond que beaucoup de faux légers penseurs.

Houellebecq revient, et tout s'affole, biographie élogieuse d'Arrabal par ici, pamphlet hargneux et partiellement injuste de l'autre, l'homme ne laisse pas indifférent, depuis Plateforme. L'homme n'est pas descendu, en dépit de son long silence, en dépit de son éloignement, n'est pas descendu du piédestal à la fois fragile et massif sur lequel l'époque l'a placé, cette époque même qu'il fustige si durement dans ses romans, non sans humour pourtant, non sans finesse, n'en déplaise à certains.

Si Houellebecq était une émission télé, ce serait donc un mélange d'Ardisson et de Fogiel, un mélange de déballage et d'information, de show-biz et de réalité, un arrangement iconoclaste avec la mort, la vie, et rien de tout cela aussi, tout ce qui ne compte pas, tout ce qui n'est rien, des mots, du bavardage, du creux, du vide. Houellebecq est tout cela dans ses livres, en tout cas. Il est tout cela, mais c'est déjà énorme, c'est déjà tout un pan de réalité, aujourd'hui, maintenant, tout un pan de médiocrité et de désespoir, de déchéance même parfois, quand tout peut paraître, à la lecture de certaines informations, juste dégueulasse et laid.

Mais s'il est un mélange de tout ça, une sorte de kaléidoscope, c'est par sa dimension poétique, surtout. Parce que c'est là, par un certain élan poétique, qu'il sublime ce chaos, ce cloaque, qu'il parvient à une incontestable justesse.

Angelo Rinaldi et d'autres pensent qu'il n'y a «rien» dans Houellebecq, sa vie, son oeuvre. Rien. Admettons. Mais ce rien est déjà bien plus, existe davantage que les trois quarts de ce qu'on appelle la littérature française, amidonnée de conservatisme, frileuse et de plus en plus introspective, qui plutôt que de s'ouvrir aux autres, aux vides, aux pleins, aux déliés, se focalise sur de pathétiques quêtes qui ne concernent que leurs auteurs et leurs familles.

Houellebecq, déjà, et ce n'est pas rien, n'écrit pas sur lui-même. Il n'écrit pas pour lui-même.

Il souffre ses romans.

Ça n'en fait pas le plus grantécrivain de ces soixante dernières années, mais ça lui permet de dominer, de la tête et des épaules, toutes ces mêlées écroulées à force d'être trop voûtées, qui gaspillent des notes de restaurants pour un prix, un bandeau, quelques centaines de milliers d'exemplaires.

Michel Houellebecq, moins lu que Marc Lévy, qu'Amélie Nothomb, mais attendu en France, en Allemagne, en Angleterre, comme le loup blanc, va-t-il tout engloutir avec sa Possibilité d'une île ?

Les alarmes retentissent déjà, certains tirent la tronche, d'autres se frottent les mains, on n'avait pas connu ça depuis le retour de Zidane ?[/quote]

Source: [url=http://www.liberation.fr/page.php?Article=318874]Libé[/url]

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[Post 11]
Auteur : gortogg
Date : 25-08-2005 06:19

Il sont marrants ces articles, il sont chiants comme les journaux dans lesquels ils sont publiés.

Le plus drôle, c'est que leurs auteurs ont tous les deux l'air vexé... Deux crétins dans une cour de récré. Je ne sais pas s'il y a grand chose à attendre de la "littérature" française actuelle, mais il est à présent certain qu'il n'y a rien à attendre des critiques littéraires.


Résumons:
Machin du Figaro:
Il est tout pourri ce livre, rholala, la preuve, je le trouve sur un banc public, si ça c'est pas une preuve. En plus l'auteur il met tout plein de mots de 4 syllabes dedans, même que c'est des mots de la science-fiction et tout, rho le looser.

Bidule de Libe:
Pffff, il s'est vexé le Machin, parce qu'il a pas eu le livre en premier, c'est vraiment gamin. Rholala en plus il se la pète en disant qu'il y a rien dedans, alors que bon... Bon d'accord, il y a rien dedans, mais rien c'est pas rien... ça c'est une vraie belle preuve que l'auteur il est balèze, il est même poête té, c'est le plus balèze des poêtes.


De la belle discussion, on se croirait à discuter le point à la pétanque.
Franchement... parfois, je me demande pourquoi je n'achète pas de journaux, et franchement, c'est de plus en plus râre...


Edit: j'ai oublié de parler du style!
Machin du Figaro:
Genre récit d'ancien combattant du bistro du coin, et vas-y qu'il tarnine sur sa ballade dans le parc et puis sur cette "nouvelle mode" (qui a déja 10 ans) venue des USA. C'est du Giono sans le talent...

Bidule de Libe:
Lui dans le genre pompeux, j'ai rârement vu plus expansif. A croire qu'aucun nom ne peut être utilisé sans être affublé du minimum syndical de deux propositions qualificatives maladroitement accolées. Je ne résiste pas au plaisir d'en citer un exemple: "la littérature française, amidonnée de conservatisme, frileuse et de plus en plus introspective". De la belle tartine de saindoux, bien lourde comme on les aime...

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[Post 12]
Auteur : Anaximandre
Date : 25-08-2005 07:41

gortogg a tout dit.

ou +1 comme on dit ! :)

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[Post 13]
Auteur : Wayne Schlagel
Date : 25-08-2005 09:26

Bien vu Gortogg, belle analyse et assez proche du message que je voulais faire passer ;)

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[Post 14]
Auteur : Iron Fist
Date : 25-08-2005 09:40

§bravo§§bravo§

L’opération Goncourt de l'inutile a commence et c'est Fayard qui se frotte les mains 8-)

J’ai bien ri en lisant ces deux articles absolument indigestes sur un livre qui semble l'être tout autant

Merci a Gortogg qui a parfaitement résume ce qu'il fallait en penser §gniark§

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[Post 15]
Auteur : mopz02
Date : 25-08-2005 10:03

Bingo gortogg. :)

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[Post 16]
Auteur : Benmars
Date : 25-08-2005 10:04

[quote]«Si la fluidification des comportements requise par une économie développée était incompatible avec un catalogue normatif de conduites restreintes, elle s'accommodait par contre parfaitement d'une exaltation permanente de la volonté et du moi.»[/quote]

==> L'outil pour écrire de telles phrases : [url]http://www.rigoler.com/Blagues5/moulinettes/pipotron.shtml[/url]

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[Post 17]
Auteur : French_Chris
Date : 25-08-2005 10:54

"Michel Houellebecq, moins lu que Marc Lévy, qu'Amélie Nothomb, mais attendu en France, en Allemagne, en Angleterre, comme le loup blanc, va-t-il tout engloutir avec sa Possibilité d'une île ?"

C'est marrant cette habitude qu'ont les journaleux de toujours prendre Marc Levy comme étalon de comparaison avec les autres "vrais" auteurs !
Il y a toujours ce sous-entendu de "l'auteur le plus lu en France alors que son style, c'est de la m****".

Quant à Houellebecq, je sais pas ce que sera son roman, mais ça me fait furieusement penser à "The Island" de Michael Bay. Espérons qu'il n'ai rien de commun avec lui 8-)

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