            * * *     Forum OXMO Message  * * *

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Titre : [POéSIE] Un Poème, Un Jour
Lancé le 24-01-2007 13:44 par heros de l'amer
Téléchargé de https://www.forum.oxmo.org/showthread.php?threadid=45314
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[Post 1]
Auteur : heros de l'amer
Date : 24-01-2007 13:44
Titre : [POéSIE] Un Poème, Un Jour

Comme le titre l'indique, et peut-être pour contrebalancer un peu le côté parfois "ras des pâquerettes" de l'actualité politique qui prend pas mal de place sur oxmo en ce moment, je vous propose un ptit coin de poésie, un ptit coin de paradis !
facile pour moi, ma femme m'a offert à noël un éphéméride avec une poésie par jour.
Je vais essayer chaque jour de venir vous l'écrire ici. Et si parmi vous certains s'en sentent l'envie ... qu'ils viennent ajouter la leur ! :)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 2]
Auteur : heros de l'amer
Date : 24-01-2007 13:50

Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas, 
Mais tirez-moi le coeur de votre douce haleine ;
Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine
Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras ;

Non, ne la sucez pas ; car après le trépas
Que serais-je sinon une semblance vaine,
Sans corps, dessus la rive, où l'amour ne démène
(Pardonne-moi Pluton) qu'en feintes ses ébats ?

Pendant que nous vivons, entr'aimons nous, Marie,
Amour ne règne point sur la troupe blêmie
Des morts, qui sont sillés d'un long somme de fer.

C'est abus que Pluton ait aimé Proserpine ; 
Si doux soin n'entre point en si dure poitrine :
Amour règne en la terre et non point en enfer.

         [i]Pierre De Ronsard[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 3]
Auteur : olivebrazil
Date : 24-01-2007 13:55

belle initiative !

j essaierai d y venir tous les jours....

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 4]
Auteur : fleming
Date : 24-01-2007 15:49

y a déjà "baisez", "sucez", "pine" et "poitrine" dans le premier post, ça commence bien ! Léo va pas tarder à débarquer... §rofl§§rofl§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 5]
Auteur : olivebrazil
Date : 24-01-2007 16:08

fleming, tu casses tout le charme....§snif§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 6]
Auteur : leoniconet
Date : 24-01-2007 17:04

on m'a appellé ? :D

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 7]
Auteur : damdam
Date : 24-01-2007 17:39

je suis le concept : 

[SIZE=3] 
[i]
Aujourd'hui refleurit la saison de ma jeunesse ;
j'ai le désir de ce vin d'où me vient toute joie.
Ne me blâme pas : même âpre il m'enchante ;
Il est âpre parce qu'il a le goût de la vie.[/i] [/SIZE] 

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 8]
Auteur : polkaïna
Date : 24-01-2007 19:31

Si ça vous intéresse, d'autres belles compositions oxmoïennes existent également ici : [URL=http://www.forum.oxmo.org/showthread.php?s=&threadid=20718&highlight=Po%E9sie]http://www.forum.oxmo.org/showthread.php?s=&threadid=20718&highlight=Po%E9sie[/URL] ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 9]
Auteur : olivebrazil
Date : 24-01-2007 19:36

ha polka... tellement indispensable... un vrai petit rat de forum....

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 10]
Auteur : heros de l'amer
Date : 25-01-2007 08:14

[COLOR=blue][b]A peine défigurée[/b]

Adieu tristesse 
Bonjour tristesse 
Tu es inscrite dans les lignes du plafond 
Tu es inscrite dans les yeux que j'aime 
Tu n'es pas tout à fait la misère 
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent 
Par un sourire 
Bonjour tristesse 
Amour des corps aimables 
Puissance de l'amour dont l'amabilité surgit 
Comme un monstre sans corps 
Tête désappointée 
Tristesse beau visage

[i]Paul Eluard[/i] [/COLOR] 

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 11]
Auteur : olivebrazil
Date : 25-01-2007 10:43

le poème du jour traduit il ton humeur du jour ?  §ignore§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 12]
Auteur : heros de l'amer
Date : 25-01-2007 11:17

non, pas du tout, c'est juste celui du jour dans l'éphéméride ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 13]
Auteur : olivebrazil
Date : 25-01-2007 11:39

ouf parce que celui là est pas gai gai..§hello§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 14]
Auteur : damdam
Date : 25-01-2007 12:05

[SIZE=3][i]Avant que le destin ne te frappe à la tête,
Ordonne qu'on t'apporte du vin couleur de rose.
Pauvre sot, penses tu être un trésor,
Et que l'on te déterrera après t'avoir enseveli ?[/i] [/SIZE] 

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 15]
Auteur : zythum2
Date : 25-01-2007 12:31

Le buffet de Rimbaud

Le buffet

C'est un large buffet sculpté; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants;

Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand-mère où sont peints des griffons;

- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

- Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires.

- Arthur Rimbaud, octobre 1870 (Cahier de Douai)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 16]
Auteur : damdam
Date : 25-01-2007 15:18

en voilà 2 + cocasses ! :)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 17]
Auteur : heros de l'amer
Date : 26-01-2007 12:34

[color=purple] [b]Rien n'est plus beau ...[/b]

Rien n'est plus beau
qu'un amour qui ne se croit pas immortel
qui a la souple respiration du voilier
endormant la vague
prodige oui mais qui se sait tributaire
d'un vent si incertain
qu'il voudrait d'un seul déploiement de son erre
boire toute une nuit d'étoiles et de lune pleine

un amour comme une joie d'enfance
grandie de sa fin trop proche
et qui se tient timide
au faîte de l'instant

nid d'hirondelle
dans le noir

ah ce n'est pas cela un amour de légende
qui se targue des mélancolies
et geint à genoux sous la couronnne des roses

toi mon aimée demeure princière en ton rire
chaque matin devant ta mort et ma mort
sois libre et fière et ferme
car il suffit de la caresse d'un rire
pour que tout en nous se recompose
et que soit le monde uniment
sous nos mains le passage et la durée
la nudité d'une âme dans la douceur du corps

nous mourrons mon amour sans rien perdre
si nous séjournons visages étonnés
dans l'instant qui nous prolonge
et fait de nos gestes les plus simples
- baiser murmure épaule lente -
un feu dormant

demeurons mon aimée
fût-ce au coeur d'un sanglot silencieux
une joie ouverte

sommet de l'éclair
rire et bonté persistants
dans la disparition

[i]Jean-Pierre Siméon[/i] [/color]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 18]
Auteur : olivebrazil
Date : 26-01-2007 12:53

joli...

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 19]
Auteur : polkaïna
Date : 26-01-2007 17:28

Très beau en effet! §mais.euh§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 20]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-01-2007 18:22

[COLOR=green][b] J'affirme sur l'honneur [/b]

J'affirme sur l'honneur
que je n'ai rien à voir avec 
moi-même.

Je ne suis pas propriétaire
du corps où je réside.

Ces yeux braqués jour et nuit
sur d'étranges oiseaux
et fascinés par la beauté du monde
ne sont pas les fenêtres de ma maison.

Là où je suis, ce que je suis
n'est pas ma patrie.

Je suis le fils d'un enfant qui n'est 
pas encore né, 
l'époux sauvage d'une femme que je traverse
et qui ne m'appartient pas.

Une jeune fille quelque part tente encore
d'être ma mère.

[i]André Schmitz[/i][/COLOR]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 21]
Auteur : heros de l'amer
Date : 28-01-2007 19:00

[COLOR=chocolate][b]Il s'ennuyait encore ...[/b]

Ils'ennuyait encore. 
Deux ou trois jours qu'il s'ennuyait.
Ca ne pouvait pas durer.
D'aucuns venaient lui rappeler en quoi consistait
précisément l'oeuvre d'art : converser avec
les morts, les ramener au présent, sous une autre
forme, et même, on oserait presque
dire, si l'expression n'était pas devenue
si vulgaire : parler vrai.
Pas bien, pas beau, juste vrai.
L'ennui, ce serait une version définitive à laquelle
on ne se résignerait, ce serait comme s'il
fallait pas vérifier d'abord que l'éternité n'a pas de
temps à perdre.
L'idée de fuite vous taraude, là.
De quelle fuite s'agit-il ?
Elles défilent sous les voiles d'organza
de soie, exhibent leurs fesses de drôles d'oiseaux
cloniques, se font tirer une pola
quand elles gueulent
en choeur que Van Gogh en avait une
grosse, ouais, c'est obligé.
Bien sûr, c'est un homme d'affaires
qui a su très tôt qu'il ne pourrait pas réaliser
son rêve, être cosmonaute.
Il avait l'oreille collée à la radio lors de l'accident
d'Appollo 13, l'une des plus belles histoires
du monde, à son avis.
Vanessa cria victoire, elle avait
trouvé un tout petit slip avec écrit dessus,
devant : "Come  fly with me".

[i]Daniel Fano[/i] [/COLOR]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 22]
Auteur : heros de l'amer
Date : 29-01-2007 16:08

[color=red][b]Chanson des peintres[/b]

Laques aux teintes de groseilles
Avec vous on fait des merveilles,
On fait des lèvres sans pareilles.

Ocres jaunes, rouges et bruns,
Vous avez comme les parfums
Et les tons des pays défunts.

Toi, blanc de céruse moderne
Sur la toile tu luis, lanterne
Chassant la nuit et l'ennui terne.

Outremers, Cobalts, Vermillons,
Cadmium qui vaux des millions,
De vous nous nous émerveillons.

Et l'on met tout ça sur des toiles
Et l'on peint des femmes sans voiles
Et le soleil et les étoiles.

Et l'on gagne très peu d'argent,
L'acheteur en ces temps changeant
N'étant pas très intelligent.

Qu'importe ! On vit de la rosée,
En te surprenant irisée,
Belle nature, bien posée.

[i]Charles Cros[/i][/color]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 23]
Auteur : heros de l'amer
Date : 30-01-2007 12:54

[color=grey][b]Je vais m'occuper du possible aujourd'hui ...[/b]

Je vais m'occuper du possible aujourd'hui.
Un train passe.
Une géographie survit dans le tabac.
Ma poche est un tambour.
Je vais m'occuper des angles et du moteur,
secouer la journée comme un drap
et pousser des clameurs entre les ailes du moulin.
Il se peut que la mort me prenne à la tâche.
J'y pense souvent, je me demande si
la mort y pense ou si penser lui creuse un trou.
Aujourd'hui, je vais m'occuper de tout cela :
de la mort, du chemin de fer, du lit,
de l'eau, de la fumée, du vent
et de l'amour.
la journée sera rude, en somme.

[i]Lucien Noullez[/i][/color]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 24]
Auteur : king
Date : 30-01-2007 17:44

tres bonne initiative  en effet

j ai bcp aimé le premier de damdam

par contre hero evite ces couleurs ca em tue les yeux lol8--)

tout le reste ne me parle pas trop, oui je sais je suis etrange§jesaispas§
je prefere les citation courte et pleine de sens

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 25]
Auteur : heros de l'amer
Date : 30-01-2007 18:17

[QUOTE][i]Message écrit par king, le 30-01-2007 à 17:44 [/i]
par contre hero evite ces couleurs ca em tue les yeux lol8--)
[/QUOTE]ben sélectionne le texte et tu l'auras en blanc sur bleu ! 8-)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 26]
Auteur : heros de l'amer
Date : 31-01-2007 14:26

[b]La neige[/b]

Simone, la neige est blanche, comme ton cou,
Simone, la neige est blanche, comme tes genoux.

Simone, ta main est froide comme la neige,
Simone, ton coeur est froid comme la neige.

La neige ne fond qu'à un baiser de feu,
Ton coeur ne fond qu'à un baiser d'adieu.

La neige est triste sur les branches des pins,
Ton front est triste sous tes cheveux châtains.

Simone, ta soeur la neige dort dans la cour,
Simone, tu es ma neige et mon amour.

[i]Rémy De Gourmont[/i]

(sans couleur aujourd'hui, car ça fait mal aux yeux de king §rofl§)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 27]
Auteur : cami
Date : 31-01-2007 20:32

ben à vrai dire mitou ça me fait mal aux yeux avec mon astigmatie ;) en marron foncé ça passe encore ;p

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 28]
Auteur : heros de l'amer
Date : 31-01-2007 20:54

moi aussi je suis astigmate mais ça me gêne pas, je ferme un oeil !
faut dire j'ai l'habitude, je fais ça aussi quand je suis bourré ! 8-)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 29]
Auteur : fleming
Date : 31-01-2007 22:35

j'espère pour toi que c'est le même que tu fermes !

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 30]
Auteur : heros de l'amer
Date : 01-02-2007 14:05

[b]Amoureux[/b] [i](extraits)[/i]

1. 
Un jour j'ai façonné tes bras
comme un troupeau de glaise et d'ombre
tu es venu, cheval et poème
sous la blouse du jardinier ;
je t'ai appelé amour, maison
écume des continents, justice, colère chérie.

Tu dormais comme les épis
la tête offerte, entamant le ciel.
Moi, vasque de fraîcheur
j'étais l'origine l'impatience
le déversement de tes nuits
ou de ma propre jeunesse.

2.
Ton absence est un désordre et pourtant
les chambres peu à peu s'enracinent et s'emplissent
tu es la grande main végétale qui tremble à ma cheville
et la rue bat doucement comme une aile cassée
la rue ne sait pas où elle ira, ne sait pas les choses
de demain ni les projets des passants, la rue ;
fleuve ou lac, ou profanation de ton jardin
ne connaît ni l'heure de ton retour
ni les palmes fraîches
et immobiles de ta présence.

4.
Le chaland quitte la rade au matin
passe entre nos mains de brume et de briques
elle est pour nous cette obstination des heures
un soleil en aumônière au-dessus du port
et toutes les quilles du fleuve percutant le ciel.

Mon amour à bout de nuits
nous avons remorqué des monuments de joie
et désormais c'est la volonté de nos sangs
qui en échafaude à jamais la douleur.

6.
une gare saurait bien contenir ton histoire entière
je l'aperçois minuscule au fond de la chambre
c'est un arrangement de l'esprit
un jouet d'enfant sage
une gare étanche à la nuit, quadrillée de lumière
où les annonces de départ dans le haut-parleur
ressemblent à des repentirs.

Voici le quai où tu attends parmi d'autres
avec ta valise et tes poèmes détachés, tes alliances
tes voeux de réciprocité forgés depuis l'enfance
le quai portant ses ombres comme des corolles
et la voie rouillée, bordée de campagne
quelques wagons sombres, une locomotive
qui te conduira vers des joies ébauchées.

La nuit se resserre encore
autour de tes épaules
dans un défilement secret de lieux et de peuplades
pour lesquelles tu inventeras la soif
le sable des dunes, les récits de courage
les consolations d'eau fraîche
et le don fraternel de ta nudité.

[i]Rachel Leclerc[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 31]
Auteur : heros de l'amer
Date : 02-02-2007 10:35

[b]Le Bonheur[/b]

Si tu veux être heureux, ne cueille pas la rose
Qui te frôle au passage et qui s'offre à ta main ;
La fleur est déjà morte, à peine est-elle éclose
Même lorsque sa chair révèle un sang divin.

N'arrête pas l'oiseau qui traverse l'espace ;
Ne dirige vers lui ni flèche, ni filet
Et contente tes yeux de son ombre qui passe
Sans les lever au ciel où son aile volait ;

N'écoute pas la voix qui te dit : " Viens. " N'écoute
Ni le cri du torrent, ni l'appel du ruisseau ;
Préfère au diamant le caillou de la route ;
Hésite au carrefour et consulte l'écho.

Prends garde ... Ne vêts pas ces couleurs éclatantes
Dont l'aspect fait grincer les dents de l'envieux ;
Le marbre du palais, moins que le lin des tentes,
Rend les réveils légers et les sommeils heureux.

Aussi bien que les pleurs, le rire fait les rides,
Ne dis jamais : Encore, et dis plutôt : Assez ...
Le Bonheur est un Dieu qui marche les mains vides
Et regarde la Vie avec des yeux baissés.

[i]Henri De Régnier[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 32]
Auteur : polkaïna
Date : 02-02-2007 11:37

J'aime beaucoup celui-là aussi! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 33]
Auteur : heros de l'amer
Date : 04-02-2007 13:29

[b]Caprice[/b]

Tu dors, ami, tu dors, et déjà la lumière,
Du soleil grandissant inonde la carrière !
Le démon du travail que tu ne connais pas,
Fait mouvoir dans Paris plus de cent mille bras,
Et tu dors, sybarite ! Et la plume amassée
Enchaîne mollement tes sens et ta pensée !
Rappelle dans ton sein ton antique valeur ; 
Sors du lit, arme-toi d'un appétit vainqueur ;
D'un large parapluie abritant ton audace,
Vole à travers la boue, et la neige et la glace,
Viens assiéger ma porte ; et dût le ciel tonner,
Conquérir en héros un petit déjeuner.

[i]Barthélémy Imbert[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 34]
Auteur : olivebrazil
Date : 04-02-2007 18:44

sympa 

(avec le mot heros tiens donc..) ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 35]
Auteur : heros de l'amer
Date : 04-02-2007 19:01

§frimeur2§ céki ki m'offre un ptit déj ? §cool§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 36]
Auteur : polkaïna
Date : 04-02-2007 19:10

Pour te remercier de tous ces beaux poèmes, en voilà un malgré l'heure tardive : 

[IMG]http://img409.imageshack.us/img409/197/img833en2.jpg[/IMG] 



Et bon appétit bien sûr! ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 37]
Auteur : heros de l'amer
Date : 04-02-2007 19:21

merci pour ce ptit déj, je repasserai demain matin, car là c'est plutôt l'heure du pastis. §drink4§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 38]
Auteur : polkaïna
Date : 04-02-2007 19:36

Qu'à cela ne tienne!

[IMG]http://img245.imageshack.us/img245/3663/pastisxy6.jpg[/IMG] 

Na zdrowie!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 39]
Auteur : heros de l'amer
Date : 05-02-2007 17:25

[b]Mon enfance, adieu mon enfance ...[/b]

Mon enfance, adieu mon enfance. -Je vais vivre.

Nous nous retrouverons après l'affreux voyage,
Quand nous aurons fermé nos âmes et nos livres,
Et les blanches années et les belles images ...
Peut-être que nous n'aurons plus rien à nous dire !
Mon enfance, tu seras la vieille servante
Qui ne sait plus bercer et ne sait plus sourire,
Et moi, plein de ton amertume vigilante,
J'ensevelirai le mystère des paroles ...
Adieu. -Nous rouvrirons les portes du village,
Et ce sera la nuit de fête qui console ...
Et la pluie mouillera ces tendres paysages ...
Les paysans d'alors dormiront dans leurs chambres ...
Et les jardins auront leur place accoutumée ...
Ce sera quelque nuit limpide de décembre,
Avec la même route unie et parfumée ...
Et les branches qui font des silences soudains ...
Les femmes qui traversent une lampe à la main ...
Les chiens maigres et plats étendus sur le sable ...
Le bruit dans les massifs des grands rhododendrons ...
Ces poussières d'amour que nous ramasserons,
Et tous nos bons regrets assis à notre table ...
Je vous retrouverai le soir d'une journée,
Les étoiles du champ viendront à la veillée,
Et vous me laisserez pleurer sur vos genoux.

[i]Henry Bataille[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 40]
Auteur : cami
Date : 05-02-2007 17:31

on peut aussi rajouter des poèmes qu'on aime? ça me plairait bien de participer §dacdac§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 41]
Auteur : heros de l'amer
Date : 05-02-2007 17:49

c'est ce que j'ai dit dans mon premier post, cami !
j'ai de quoi alimenter la rubrique avec mon éphéméride à poèmes ... mais ce serait bien si d'autres venaient y écrire aussi :)
donc, vazi vazi ! §bravo§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 42]
Auteur : cami
Date : 05-02-2007 17:58

cool!! alors pour démarrer un poème de Guy de Maupassant §dacdac§

[i]
[b]Voici mon compliment[/b]

En ce joyeux temps de nouvelle année
L'usage prescrit de faire un cadeau.
L'un donne une fleur bien vite fanée,
L'autre un souvenir oublié bientôt.

Moi si de mon coeur suivais la prière,
Perles à vos pieds viendrais apporter,
Mais la bourse, hélas ! est la conseillère
Qu'avant notre coeur il faut écouter.

J'aperçois partout sur vos étagères
Heureux souvenirs, mignons et coquets,
Le troupeau fleuri des choses légères,
Les petits bijoux et les grands bouquets.

Or, ma bourse est vide et mon coeur soupire :
Si même un bouquet voulais vous donner,
Serait si chétif qu'il vous ferait rire
Et que ne pourriez me le pardonner.

Ne puis vous offrir de ces fleurs qui brillent,
Jasmin, rose ou lys, belle dame, mais
Dans mon jardinet chantent et scintillent
Floraisons du coeur, quatrains et couplets.

Ceci j'ai cueilli, c'est fort peu de chose.
Cherchant plus avant autre trouverais
Peut-être, mon Dieu ? Las, mon coeur ?... Je n'ose
Que bien volontiers je vous offrirais.[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 43]
Auteur : Servef
Date : 06-02-2007 07:27

[i]LES MORTS NE SONT PAS MORTS

 

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s'entend

Entends la voix de l'eau

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot :

C'est le souffle des ancêtres.

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis

Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire

Et dans l'ombre qui s'épaissit,

Les morts ne sont pas sous la terre

Ils sont dans l'arbre qui frémit,

Ils sont dans le bois qui gémit,

Ils sont dans l'eau qui coule,

Ils sont dans l'eau qui dort,

Ils sont dans la case, ils sont dans la foule

Les morts ne sont pas morts.

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis, 

Ils sont dans le sein de la femme,

Ils sont dans l'enfant qui vagit,

Et dans le tison qui s'enflamme,

Les morts ne sont jamais sous terre,

Ils sont dans le feu qui s'éteint,

Ils sont dans le rocher qui geint,

Ils sont dans les herbes qui pleurent,

Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,

Les morts ne sont pas morts.

 

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s'entend

Entends la voix de l'eau

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot :

C'est le souffle des ancêtres.

Le souffle des ancêtres morts

Qui ne sont pas partis,

Qui ne sont pas sous terre,

Qui ne sont pas morts

 

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s'entend

Entends la voix de l'eau

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot :

C'est le souffle des ancêtres

 

Il redit chaque jour le pacte

Le grand pacte qui lie,

Qui lie à la loi notre sort;

Aux actes des souffles plus forts,

Le sort de nos morts qui ne sont pas morts;

Le lord pacte qui nous lie aux actes

Des souffles qui se meuvent.

 

 

Dans le lit et sur les rives du fleuve,

Dans plusieurs souffles qui se meuvent

Dans le rocher qui geint et dans l'herbe qui pleure

Des souffles qui demeurent

Dans l'ombre qui s'éclaire on s'épaissit,

Dans l'arbre qui frémit, dans le bois qui gémit,

Et dans l'eau qui coule et dans l'eau qui dort,

Des souffles plus forts, qui ont pris

Le souffle des morts qui ne sont pas morts,

Des morts qui ne sont pas partis,

Des morts qui ne sont plus sous terre.

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres...

 

In Birago Diop, Les contes d'Amadou Koumba.

[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 44]
Auteur : heros de l'amer
Date : 06-02-2007 14:22

[b]Elégie de la petite gare[/b]

Même quand je serai plus vieux, ou si la mort me pince,
Je t'attendrai dans ces quartiers des gares de province
Qui sont identiques partout : des villas, des jardins
Avec des haricots, des lis et des tas de rondins
Autour de hangars dispersés dans la plate étendue
Où n'apparaît jamais au loin que la flèche perdue
De Sainte-Quelque-Chose dont le retable est fameux,
Ou souvent rien : le proche est nul, les lointains sont fumeux,
Le nom de la localité suppose une rivière,
Mais où coule-t-elle ? - le pont est sombre, ferroviaire,
Et par-delà des toits trop bleus, trop rouges, qu'y a-t-il
Sinon le même air à la fois inerte et volatil
Où le passant aventureux en un moment s'égare ?
De sorte qu'il vaut mieux rester au café de la gare
Sous un parasol jaune et vert, ou peut-être au buffet,
Devant les quais ou le soleil solitaire refait
Les cent pas entre deux poteaux de fer dont l'ombre dense
Tourne vers l'heure d'une improbable correspondance.

Oui, c'est là que je veux attendre. Et si tu ne viens pas,
Dans les traces du soir muet j'irai mettre mes pas.
Je l'accompagnerai le long des plates avenues
Qui cherchent le centre et n'y sont encore parvenues
Que par hasard après des virages et des détours
Par les ronds-points fleuris déroutants pour les carrefours
Où l'abribus toujours désert lui-même se résigne.
Un boulevard d'arbres chétifs retrouvera la ligne
Du chemin de fer, et j'aurai manqué le dernier train.
Alors j'attendrai de nouveau : demain, après-demain.
C'est très facile, dans ces lieux qui n'existent qu'à peine,
Pour quelqu'un qui n'existe plus, ou si peu. La semaine,
Les mois puis les ans passeront et, lorsque tu viendras,
Je sais qu'en transparence enfin tu me reconnaîtras.

[i]Jacques Reda[/i]

PS : au modo qui a déplacé de sujet
je sais qu'il existe une section littérature, et que la poésie, comme la bande dessinée, appartiennent au genre "littérature".
Si j'ai ouvert ce sujet en section détente (comme "maurice et patapon" d'ailleurs), c'est parce que je considérais que la lecture quotidienne d'une ou deux poésies entraient parfaitement dans le cadre d'un moment de détente, quotidien lui aussi (et également pour une meilleure "visibilité" du sujet, eu égard à la différence de fréquentation de ces deux sections).
C'est pourquoi je suis assez surpris du déplacement automatique du sujet, surtout que, n'ayant pas été prévenu, je me suis d'abord demandé pourquoi il avait été supprimé, avant de venir le chercher ici.
wala wala

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 45]
Auteur : heros de l'amer
Date : 08-02-2007 09:15

édité pour une meilleure lisibilité (v. page suivante)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 46]
Auteur : heros de l'amer
Date : 08-02-2007 09:20

[b]Stances[/b]

Que l'homme est bien, durant sa vie,
Un parfait miroir de douleurs !
Dès qu'il respire, il pleure, il crie
Et semble prévoir ses malheurs.

Dans l'enfance, toujours des pleurs,
Un pédant porteur de tristesse,
Des livres de toutes les couleurs,
Des châtiments de toute espèce.

L'ardente et fougueuse jeunesse
Le met encore en pire état.
Des créanciers, une maîtresse
Le tourmentent comme un forçat.

Dans l'âge mur, autre combat.
L'ambition le sollicite ;
Richesses, dignités, éclat,
Soins de famille, tout l'agite.

Vieux, on le méprise, on l'évite.
Mauvaise humeur, infirmité.
Toux, gravelle, goutte, pituite,
Assiègent sa caducité.

Pour comble de calamité,
Un directeur s'en rend le maître.
Il meurt, enfin, peu regretté.
C'était bien la peine de naître !

[i]Jean-Baptiste Rousseau[/i]

Et en plus, il ne fait pas beau aujourd'hui :(


edit : initialement en bas de page précédente, recopié ici pour cause de lien avec le suivant

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 47]
Auteur : heros de l'amer
Date : 08-02-2007 09:24

[b]Parodie des Stances de Rousseau sur les misères de l'homme[/b]

Qu'un livre est bien pendant sa vie
Un parfait miroir de douleurs ;
En naissant sous la presse il crie,
Et semble prévoir ses malheurs.

Un essaim de fâcheux censeurs,
D'abord qu'il commence à paraître,
En dégoûte les acheteurs,
Qui le blâment sans le connaître.

A la fin, pour comble de maux,
Un droguiste qui s'en rend maître,
En habille poivre et pruneaux,
C'était bien la peine de naître.

[i]Desforges-Maillard[/i]

Celui-ci, je le dédie à Charlie-Hebdo ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 48]
Auteur : heros de l'amer
Date : 11-02-2007 10:57

[b]Pensée perdue[/b]

Elle est si douce, la pensée
Qu'il faut, pour en sentir l'attrait,
D'une vison commencée
S'éveiller tout à coup distrait.

Le coeur dépouillé la réclame ;
Il ne la fait point revenir,
Et cependant elle est dans l'âme,
Et l'on mourrait pour la finir.

A quoi pensais-je tout à l'heure ?
A quel beau songe évanoui
Dois-je les larmes que je pleure ?
Il m'a laissé tout ébloui.

Et ce bonheur d'une seconde,
Nul effort ne me l'a rendu ;
Je n'ai goûté de joie au monde
Qu'en rêve, et mon rêve est perdu.

[i]Sully Prudhomme[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 49]
Auteur : polkaïna
Date : 11-02-2007 11:21

Oh la la! C'est magnifique!

Je suis toute chamallow! 8-)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 50]
Auteur : heros de l'amer
Date : 25-02-2007 09:21

coucou me revoilou
un petit poème ? j'espère qu'il vous fera [i]plaisir[/i] §tufaisqqch§

[b]Remède approuvé pour les filles[/b]

[i]Recipe virgam hominis
Cum duobus testiculis[/i]
Gros, durs et longs et pleins d'humeur,
Pris dans le soupirail du coeur.
[i]Virga rigide figatur,
Pro una vice in die,[/i]
Deux ou trois fois [i]iteretur,[/i]
Soir et matin [i]Quotidie.

Théophile De Viau[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 51]
Auteur : cami
Date : 25-02-2007 10:16

§bravo§§bravo§§bravo§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 52]
Auteur : cami
Date : 25-02-2007 10:19

dans la continuité sensualité du matin j'ai trouvé ce petit poème... hum hum assez explicite je dirais §chut§ émoustillant... n'est ce pas?

[quote]Désir charnel

 Un seul regard et mon cœur a chaviré 
Dans tes yeux je lis le désir de me posséder
Qu’attendons-nous, laissons-nous aller
A cet érotisme qui nous fait fantasmer.

Je sens sur moi tes baisers au goût acidulé
Tes yeux me pénètrent avec un air satisfait
Je ne réponds plus de moi tu me fais trembler
Ne vois-tu pas que je suis en train de perdre pied.

Lentement nous nous déshabillons, je commence à te caresser
Tu frémis sous mes mains impétueuses et déchaînées 
En moi la chaleur commence à monter
Au bord du vertige je me laisse tomber.

Pas besoin de se parler, tu veux me pénétrer
La tête en arrière je suis assoiffée
De ton corps je veux profiter
Emmène-moi dans cette volupté.

Mi consciente de nos 2 corps mêlés 
Tu as réussi à me déstabiliser
Je me sens enfiévrée
Par ce doux plaisir exalté.[/quote]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 53]
Auteur : polkaïna
Date : 25-02-2007 11:08

Je le trouve sublime!

Le souci c'est que je suis collée à ma chaise maintenant! §ignore§ §eclipse§

Plus sérieusement, il est de qui?

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 54]
Auteur : heros de l'amer
Date : 25-02-2007 11:17

[QUOTE][i]Message écrit par polkaïna, le 25-02-2007 à 11:08 [/i]
[B]Je le trouve sublime!
[/B][/QUOTE]mouais, je le trouve pas mal aussi, mais sa lecture me fait plus penser au texte d'une chanson qu'à un poème. §jesaispas§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 55]
Auteur : cami
Date : 25-02-2007 11:46

non ce n'est pas une chanson

c'est une nana inconnue qui a écrit ça sur un site où on peut composer ses poèmes et j'ai bien accroché avec ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 56]
Auteur : heros de l'amer
Date : 26-02-2007 13:51
Titre : Amour et conjugaison

[b]Complainte amoureuse[/b]

Oui dès l'instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Ah ! fallait-il que vous me plussiez,
Qu'ingénument je vous le dise,
Qu'avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu'enfin je m'opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m'assassinassiez.

[i]Alphonse Allais[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 57]
Auteur : cami
Date : 26-02-2007 13:54

ahhhh si on arrivait encore à parler comme ça de nos jours 8-)

belle complainte!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 58]
Auteur : Arsene Lupin
Date : 26-02-2007 14:23

va falloir serieusement songer a vous trouver des mecs toutes les deux... §cool§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 59]
Auteur : fleming
Date : 26-02-2007 23:44

[QUOTE][i]Message écrit par cami, le 26-02-2007 à 13:54 [/i]
[B]ahhhh si on arrivait encore à parler comme ça de nos jours 8-)
[/B][/QUOTE]

parler ainsi ? ... encore eût-il fallu que tu le susses ! 




§ignore§  §eclipse§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 60]
Auteur : cami
Date : 26-02-2007 23:55

§bravo§ mais de qui tu parles? §ignore§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 61]
Auteur : olivebrazil
Date : 26-02-2007 23:58

cami..... §censuré§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 62]
Auteur : cami
Date : 26-02-2007 23:59

ouiiiiii???!!! §coquin§ on m'a appelée?!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 63]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-02-2007 18:03
Titre : Italia mea amore

Ils m'ont jeté de ma maison,
ils m'ont lancé à gauche et à droite,
d'une chambre à une autre,
d'un pays à un autre.
Ils ont changé mon nom,
ils ont coupé les boucles de mes cheveux.
Ils ont ri de moi
parce que je ne m'habillais pas comme eux, 
parce que je ne parlais pas comme eux,
parce que je n'étais ni noir ni blanc.
Ils m'ont forcé à travailler pour un salaire de misère.
Ils m'ont demandé de nettoyer leurs toilettes
dans leurs usines, leurs hôpitaux, leurs cimetières.
Ils ont violé ma grand-mère, ma mère, ma soeur, ma fille, ma petite-fille.
Ils ont violé mon père, mon frère, mon fils.
Ils m'ont enjôlé, cajolé,
ils m'ont enculé.
Ils m'ont mis le pain dans la bouche
pour dire ensuite que je l'avais volé.
Ils ont volé mes meubles, mon argent,
mon emploi, ma femme, mes enfants.
Ils m'ont envoyé à l'école
pour apprendre le sens de l'amour, de l'argent, du travail.
Ils m'ont envoyé à l'université pour apprendre
que l'amour, l'argent, le travail sont absurdes.
Ils m'ont donné un diplôme pour avoir désappris
ma langue maternelle et mon histoire.
Ils m'ont appris à parler, blasphémer, étudier, voler, travailler, penser
avec leur langue, avec leur histoire.
Ils m'ont donné comme toute nourriture du pain et de l'eau.
Ils m'ont dit que je n'étais personne,
ils m'ont dit que je ne serais quelqu'un qu'en étant comme eux.
Ils m'ont dit que tu étais morte,
ils m'ont dit que tu n'étais pas mienne.
Ils m'ont drogué pour oublier la couleur de tes yeux,
la douceur de ta peau, la chaleur de ton sein.
Ils t'on appelée putain, voleuse, ivrogne,
droguée, hypocrite, terroriste, fanatique.
Et lorsque je les ai traités 
comme ils t'avaient traitée
ils m'ont craché à la figure.
Mais il ne m'a fallu qu'un regard,
un baiser, une caresse,
une nuit près de toi,
pour me redécouvrir et comprendre qui je suis.
Maintenant, lorsqu'ils me demandent mon nom,
je prends l'encre de ta terre
et à côté de Antonio D'Alfonso
je signe [i]Amore.

Antonio D'Alfonso[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 64]
Auteur : cami
Date : 27-02-2007 18:34

[b]Chant d'amour (VI)[/B]

Un jour, le temps jaloux, d'une haleine glacée, 
Fanera tes couleurs comme une fleur passée 
Sur ces lits de gazon ;
Et sa main flétrira sur tes charmantes lèvres 
Ces rapides baisers, hélas ! dont tu me sèvres 
Dans leur fraîche saison.

Mais quand tes yeux, voilés d'un nuage de larmes, 
De ces jours écoulés qui t'ont ravi tes charmes 
Pleureront la rigueur ; 
Quand dans ton souvenir, dans l'onde du rivage 
Tu chercheras en vain ta ravissante image, 
Regarde dans mon coeur !

Là ta beauté fleurit pour des siècles sans nombre ; 
Là ton doux souvenir veille à jamais à l'ombre 
De ma fidélité, 
Comme une lampe d'or dont une vierge sainte 
Protège avec la main, en traversant l'enceinte, 
La tremblante clarté.

Et quand la mort viendra, d'un autre amour suivie, 
Éteindre en souriant de notre double vie 
L'un et l'autre flambeau, 
Qu'elle étende ma couche à côté de la tienne, 
Et que ta main fidèle embrasse encor la mienne 
Dans le lit du tombeau.

Ou plutôt puissions-nous passer sur cette terre,
Comme on voit en automne un couple solitaire
De cygnes amoureux
Partir, en s'embrassant, du nid qui les rassemble,
Et vers les doux climats qu'ils vont chercher ensemble
S'envoler deux à deux.

[i]Alphonse de Lamartine[/i]

tout simplement sublime ce poème...

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 65]
Auteur : olivebrazil
Date : 27-02-2007 19:02

§snif§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 66]
Auteur : polkaïna
Date : 27-02-2007 19:22

Sublime effectivement! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 67]
Auteur : Arsene Lupin
Date : 27-02-2007 22:24

Tant de mots,
qui me viennent à l'esprit,
qui hantent mes nuits,
tout est si beau,
quand je pense a toi,

tant de pensées,
qui arrivent en un instant,
qui me font avancer, doucement,
tout est parfait,
quand je pense a toi,

tant de sentiments,
qui me font chavirer,
qui me font délirer,
tout simplement,
quand je pense a toi,

tant de poèmes,
que j'ai envie d'écrire,
juste pour un sourire,
juste pour un je t'aime,
quand je pense a toi...

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 68]
Auteur : cami
Date : 27-02-2007 22:26

joli §dacdac§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 69]
Auteur : Arsene Lupin
Date : 27-02-2007 23:18

Tu seras un homme, mon fils.



Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et, sans dire un seul mot te remettre à bâtir
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir.
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sôts,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot.
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître
Penser, sans n'être qu'un penseur.
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant.
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front.
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres la perdront.
Alors, les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,
Tu seras un homme, mon fils.
Rudyard Kipling 

mon preferé

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 70]
Auteur : olivebrazil
Date : 28-02-2007 01:12

kipling §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 71]
Auteur : Arsene Lupin
Date : 28-02-2007 01:19

J'ai fait un rêve étrange cette nuit,
un de ces rêves qui passe et qui s'enfuit,
un rêve magique, beau et enivrant,
pourtant si simple mais tellement entêtant,

Je suis allongé seul dans ce grand lit,
j'ouvre les yeux, fatigués, et meurtris,
une ombre passe et elle est la, maintenant,
elle se pose près de moi, doucement,

Ce corps si pur, ses courbes si jolies,
et ses traits si fins, si marqués, aussi,
elle promène ses doigts tendrement,
sur mon corps en émoi, qui l'attend,

Pas de mots, juste quelques cris,
une bouche posée sur un mont joli,
baisers tendres, mais si impatient,
caresses, soupirs et gémissements,

Son corps qui s'ouvre, pour lui,
une offrande, un membre plein de vie,
elle s'envole la haut, sous le vent,
la ou tout commence, les sentiments,

Le rêve prend fin et tout est fini,
je me réveille, en sueur, transi,
je suis toujours la, vivant et aimant,
pour elle, laissons faire le temps...

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 72]
Auteur : heros de l'amer
Date : 28-02-2007 12:55
Titre : La bonne vie

Je suis né comme un vieux
Je suis né comme un porc
Je suis né comme un dieu
Je suis né comme un mort
   Ou ne valant pas mieux

J'ai joui comme un porc
J'ai joui comme un vieux
J'ai joui comme un mort
J'ai joui comme un dieu
   Sans trouver cela mieux

J'ai souffert comme un porc
J'ai souffert comme un vieux
J'ai souffert comme un mort
J'ai souffert comme un dieu
   Et je n'en suis pas mieux

Je mourrai comme un vieux
Je mourrai comme un porc
Je mourrai comme un dieu
Je mourrai comme un mort
   Et ce sera tant mieux

[i]Roger Gilbert-Lecomte

[color=grey]bonne année du cochon[/color][/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 73]
Auteur : cami
Date : 28-02-2007 23:13

§rofl§

bon moi je vous la fais dans le désordre...

[b]Chant d'amour V[/b]

Viens, cherchons cette ombre propice
Jusqu'à l'heure où de ce séjour 
Les fleurs fermeront leur calice 
Aux regards languissants du jour. 
Voilà ton ciel, ô mon étoile !
Soulève, oh ! soulève ce voile, 
Éclaire la nuit de ces lieux ; 
Parle, chante, rêve, soupire,
Pourvu que mon regard attire
Un regard errant de tes yeux.

Laisse-moi parsemer de roses 
La tendre mousse où tu t'assieds, 
Et près du lit où tu reposes 
Laisse-moi m'asseoir à tes pieds. 
Heureux le gazon que tu foules, 
Et le bouton dont tu déroules 
Sous tes doigts les fraîches couleurs ! 
Heureuses ces coupes vermeilles 
Que pressent tes lèvres, pareilles 
Aux frelons qui tètent les fleurs !

Si l'onde des lis que tu cueilles 
Roule les calices flétris, 
Des tiges que ta bouche effeuille
Si le vent m'apporte un débris, 
Si ta bouche qui se dénoue 
Vient, en ondulant sur ma joue, 
De ma lèvre effleurer le bord ; 
Si ton souffle léger résonne, 
Je sens sur mon front qui frissonne 
Passer les ailes de la mort.

Souviens-toi de l'heure bénie 
Où les dieux, d'une tendre main, 
Te répandirent sur ma vie 
Comme l'ombre sur le chemin. 
Depuis cette heure fortunée, 
Ma vie à ta vie enchaînée, 
Qui s'écoule comme un seul jour, 
Est une coupe toujours pleine, 
Où mes lèvres à longue haleine 
Puisent l'innocence et l'amour.

Ah ! lorsque mon front qui s'incline
Chargé d'une douce langueur,
S'endort bercé sur ta poitrine
Par le mouvement de ton coeur...

[i]Lamartine[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 74]
Auteur : heros de l'amer
Date : 01-03-2007 12:58
Titre : Epitaphe

[i]Pour Tristan Joachim-Edouard Corbière, Philosophe, Epave, Mort-né[/i]

Mélange adultère de tout :
De la fortune et pas le sou,
De l'énergie et pas de force,
La Liberté, mais une entorse.
Du coeur, du coeur ! De l'âme, non -
Des amis, pas un compagnon,
De l'idée et pas une idée,
De l'amour et pas une aimée,
La paresse et pas le repos.
Vertus chez lui furent défauts,
Ame blasée inassouvie.
Mort, mais pas guéri de la vie,
Gâcheur de vie hors de propos
Le corps à sec et la tête ivre,
Espérant, niant l'avenir,
Il mourut en s'attendant vivre
Et vécut s'attendant mourir.

[i]Tristan Corbière[/i]

J'avais pas vu qu'arsène avait mis "tu seras un homme, mon fils". c'est aussi mon/un de mes préféré/s :)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 75]
Auteur : heros de l'amer
Date : 02-03-2007 11:36

[i][color=grey]Pour aller avec l'alphabête des préliminaires de polkaïna[/color][/i]

[b]Cà, çà pour le dessert troussez-moi votre cotte[/b]

Cà, ça pour le dessert troussez-moi votre cotte,
Vite, chemise et tout, qu'il n'y demeure rien
Qui me puisse empêcher de reconnaître bien
Du plus haut du nombril jusqu'au bas de la motte.

Voyons ce traquenard qui se pique sans botte,
Et me laissez à part tout ce grave maintien,
Suis-je pas votre coeur, êtes-vous pas le mien,
C'est bien avecque moi qu'il fait faire la sotte.

- Mon coeur, il est bien vrai, mais vous en prenez trop,
Remettez-vous au pas et quittez ce galop,
- Ma belle, laissez-moi, c'est à vous de vous taire.

- Ma foi, vous vous gâtez en sortant du repas.
- Belle, vous dites vrai, mais se pourrait-il faire
De voir un si beau cul et ne le foutre pas ?

[i]François De Malherbe


[color=grey]mignon, non ?[/color][/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 76]
Auteur : cami
Date : 02-03-2007 17:44

§bravo§ c'est mimi



[b]Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanteront[/b]

Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanteront,
Ceux qui aiment l'honneur, chanteront de la gloire,
Ceux qui sont près du roi, publieront sa victoire,
Ceux qui sont courtisans, leurs faveurs vanteront,

Ceux qui aiment les arts, les sciences diront,
Ceux qui sont vertueux, pour tels se feront croire,
Ceux qui aiment le vin, deviseront de boire,
Ceux qui sont de loisir, de fables écriront,

Ceux qui sont médisants, se plairont à médire,
Ceux qui sont moins fâcheux, diront des mots pour rire,
Ceux qui sont plus vaillants, vanteront leur valeur,

Ceux qui se plaisent trop, chanteront leur louange,
Ceux qui veulent flatter, feront d'un diable un ange :
Moi, qui suis malheureux, je plaindrai mon malheur.

[i]Joachim du Bellay[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 77]
Auteur : olivebrazil
Date : 02-03-2007 18:46

[quote]moi qui suis heureux, je louerai mon bonheur[/quote]

[i]olive B.[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 78]
Auteur : cami
Date : 02-03-2007 18:58

[img]http://img273.echo.cx/img273/4632/xoxo6va.gif[/img]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 79]
Auteur : heros de l'amer
Date : 03-03-2007 11:38
Titre : Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligé à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilie au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.

[i]Stéphane Mallarmé[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 80]
Auteur : heros de l'amer
Date : 04-03-2007 10:06
Titre : Le mari confesseur

Messire Artus sous le grand roi François
Alla servir aux guerres d'Italie ;
Tant qu'il se vit, après maints beaux exploits,
Fait chevalier en grand' cérémonie. 
Son général lui chaussa l'éperon ;
Dont il croyait que le plus haut baron
Ne lui dût plus contester le passage.
Si s'en revint tout fier en son village,
Où ne surprit sa femme en oraison.
Seule il l'avait laissée à la maison ;
Il la retrouve en bonne compagnie,
Dansant, sautant, menant joyeuse vie,
Et des muguets avec elle à foison.
Messire Artus ne prit goût à l'affaire ;
Et ruminant sur ce qu'il devait faire
« Depuis que j'ai mon village quitté,
Si j'étais crû, dit-il, en dignité
De cocuage et de chevalerie ?
C'est moitié trop : sachons la vérité. »
Pour ce s'avise, un jour de confrérie,
De se vêtir en prêtre, et confesser.
Sa femme vient à ses pieds se placer.
De prime abord sont par la bonne dame
Expédiés tous les péchés menus ;
Puis, à leur tour les gros étant venus,
Force lui fut qu'elle changeât de gamme.
« Père, dit-elle, en mon lit sont reçus
Un gentilhomme, un chevalier, un prêtre. »
Si le mari ne se fût fait connaître,
Elle en allait enfiler beaucoup plus ;
Courte n'était, pour sûr, la kyrielle.
Son mari donc l'interrompt là-dessus,
Dont bien lui prit : « Ah ! dit-il, infidèle !
Un prêtre même ! À qui crois-tu parler ?
- À mon mari, dit la fausse femelle,
Qui d'un tel pas se sut bien démêler,
Je vous ai vu dans ce lieu vous couler,
Ce qui m'a fait douter du badinage.
C'est un grand cas qu'étant homme si sage
Vous n'ayez su l'énigme débrouiller !
On vous a fait, dites-vous, chevalier ;
Auparavant vous étiez gentilhomme ;
Vous êtes prêtre avecque ces habits.
- Béni soit Dieu ! dit alors le bon homme ;
Je suis un sot de l'avoir si mal pris. »

[i]Jean De La Fontaine[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 81]
Auteur : heros de l'amer
Date : 05-03-2007 11:23
Titre : Je ne sais pourquoi ...

Je ne sais pourquoi
                  Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer.
                  Tout ce qui m'est cher,
                  D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

                 Mouette à l'essor mélancolique,
                 Elle suit la vague, ma pensée,
                 À tous les vents du ciel balancée,
                 Et biaisant quand la marée oblique,
                 Mouette à l'essor mélancolique.
                           
Ivre de soleil
                           Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
                            La brise d'été
                            Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.

Parfois si tristement elle crie
Qu'elle alarme au loin le pilote,
Puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l'aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie !

              Je ne sais pourquoi
                        Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer.
                        Tout ce qui m'est cher,
                         D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

[i]Paul Verlaine[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 82]
Auteur : evy
Date : 05-03-2007 18:28

C'est pas vraiment un poëme mais bon...

ENVIE DE …


Envie d’être moi, d’être ce que je suis 
Envie de laisser libre cours à mes envies
Envie de vivre pleinement sans freiner mes émotions
Envie que tu n’offres plus aucune résistance et que tu libères  tes émotions
Envie de matins câlins, lovée entre tes bras
Envie d’être toutes les femmes pour toi, tour à tour pudique ou sauvage
Envie de respirer ta peau, de m’enivrer de son parfum
Envie de me perdre dans un tourbillon de sentiments
Envie de te chuchoter des mots doux à ton oreille
Envie de les entendre sortir de ta bouche délicieuse
Envie de sentir sur ma peau la douceur de tes lèvres
Envie de voir dans tes yeux le reflet de mes désirs
Envie que tu prennes mon cœur à pleines mains pour qu’il n’ait plus de secret pour toi
Envie de ne plus avoir d’emprise sur mes propres sens rien qu’en pensant à toi
Envie de m’abandonner à tes désirs les plus forts
Envie de sentir mon épiderme frémir dans l’attente de ta peau
Envie de lire dans tes yeux le désir qui t’anime et m’y perdre à jamais
Envie de toi, envie de t’aimer
Envie d’avoir envie, envie d’être en vie
Envie de tout te donner et bien plus encore

Il n’est rien de plus déchirant que ces envies non partagées
Qu’il est cruel d’aimer sans amour en retour



-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 83]
Auteur : heros de l'amer
Date : 05-03-2007 18:36

Pourquoi dis-tu que ça n'est pas vraiment un poème ?
en tout cas, c'est une belle déclaration d'amour ! :)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 84]
Auteur : heros de l'amer
Date : 07-03-2007 15:05
Titre : Ballade des pendus

Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s'éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs
Même chez le Turc et le More,
C'est le verger du roi Louis.

Tous ces pauvres gens morfondus,
Roulant des pensers qu'on ignore,
Dans des tourbillons éperdus
Voltigent, palpitant encore
Le soleil levant les dévore.
Regardez-les, cieux éblouis,
Danser dans les feux de l'aurore,
C'est le verger du roi Louis.

Ces pendus, du diable entendus,
Appellent des pendus encore.
Tandis qu'aux cieux, d'azur tendus,
Où semble luire un météore,
LA rosée en l'air s'évapore,
Un essaim d'oiseaux réjouis
Par dessus leur tête picore,
C'est le verger du roi Louis.

Prince, il est un bois que décore
Un tas de pendus, enfouis
Dans le doux feuillage sonore.
C'est le verger du roi Louis !

[i]Théodore De Banville[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 85]
Auteur : polkaïna
Date : 08-03-2007 20:27

Superbe evy! §bienjoué§


Voici quelques vers de Verlaine que j'apprécie beaucoup : 

[QUOTE]Un vaste et tendre 
Apaisement
Semble descendre
du firmament
Que l'astre irise...
C'est l'heure exquise.[/QUOTE]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 86]
Auteur : evy
Date : 08-03-2007 23:08

Merci pour vos commentaires, héro et polka :) 
J'ai revu le titre entre temps, je n'ai changé en "inassouvi..." :) Vous en pensez quoi ?

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 87]
Auteur : polkaïna
Date : 08-03-2007 23:27

Plus parlant, plus fort en émotions! Mais ça gâche l'effet de surprise des deux derniers vers!



-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 88]
Auteur : evy
Date : 08-03-2007 23:47

Voui, tiens, je n'y avais pas pensé :)

Je crois que je vais garder le premier titre, en mettre lesecond entre-paranthèse dessous :D

Merci pour ta réponse copine ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 89]
Auteur : polkaïna
Date : 08-03-2007 23:48

T'en prie collègue (en plus de copine!) ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 90]
Auteur : heros de l'amer
Date : 09-03-2007 13:53

perso j'enlèverais juste le "de" après "envie". c'était mon grain de sel à moi ! 

[b]L'impossible[/b]

[color=grey][i]On ne jette point l'ancre dans le fleuve 
de la vie. Il emporte également celui qui lutte
contre son cours et celui qui s'y abandonne[/i]
Bernardin de Saint-Pierre[/color]


Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes
Et vole, vole ainsi que l'alouette aux cieux,
Lorsque tant de clarté passe devant ses yeux,
Qu'elle tombe éblouie au fond des fleurs, de celles
Qui parfument son nid, son âme, son sommeil,
Et lustrent son plumage ardé par le soleil !

Ciel ! Un de ces fils d'or pour ourdir ma journée,
un débris de ce prisme aux brillantes couleurs !
Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs,
Un rêve ! Où je sois libre, enfant, à peine née,

Quand l'amour de ma mère était mon avenir,
Quand on ne mourait pas encore dans ma famille,
Quand tout vivait pour moi, vaine petite fille !
Quand vivre était le ciel, ou s'en ressouvenir,

Quand j'aimais sans savoir ce que j'aimais, quand l'âme
Me palpitait, heureuse, et de quoi ? Je ne sais ;
Quand toute la nature était parfum et flamme,
Quand mes deux bras s'ouvraient devant ces jours ... passés.

[i]Marceline Desbordes-Valmore[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 91]
Auteur : polkaïna
Date : 10-03-2007 00:16

[i]Je la verrai!
Voilà mon premier mot
Lorsque je m'éveille,
Et qu'avec sérénité je regarde
Le soleil levant ; je la verrai!
Et alors je n'ai plus,
Pour toute la journée,
Aucun autre désir.[/i]

Goethe

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 92]
Auteur : heros de l'amer
Date : 10-03-2007 11:36
Titre : Les souhaits

Il n'est mortel qui ne forme des voeux :
L'un de Voisin convoite la puissance ;
L'autre voudrait engloutir la finance
Qu'accumula le beau-père d'Evreux.

Vers les quinze ans, un mignon de couchette
Demande à Dieu ce visage imposteur,
Minois friand, cuisse ronde et douillette
Du beau de Gesvre, ami du promoteur.

Roy versifie, et veut suivre Pindare ;
Du Bousset chante, et veut passer Lambert.
En de tels voeux mon esprit ne s'égare : 

Je ne demande au grand dieu Jupiter
Que l'estomac du marquis de La Fare,
Et les c...ons de monsieur d'Aremberg.

[i]François Marie Arouet, dit Voltaire[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 93]
Auteur : evy
Date : 10-03-2007 11:54

Le baiser


Renverse-toi que je prenne ta bouche,
Calice ouvert,rouge possession,
Et que ma langue où vit ma passion
Entre tes dents s'insinue et te touche.

C'est une humide et molle profondeur,
Douce à mourir, où je me perds et glisse ;
C'est une abîme intime, clos et lisse,
Où mon désir s'enfonce jusqu'au coeur...

- Ah ! Puisse aussi t'atteindre au plus sensible,
Dans son ampleur et son savant détail,
Ce lent baiser seule étreinte possible,
Fait de silence et de tiède corail ;

Puissé-je voir enfin tomber ta tête
Vaincue, à bout de sensualité,
Et détournant mes lèvres, te quitter,
Laissant au moins ta bouche satisfaite

Lucie Delarue-Mardrus

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 94]
Auteur : polkaïna
Date : 10-03-2007 12:29

Je ne connais pas son auteur mais ton poème est superbe evy! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 95]
Auteur : fleming
Date : 10-03-2007 17:50

[QUOTE][i]Message écrit par evy, le 10-03-2007 à 11:54 [/i]
[B]Le baiser


Renverse-toi que je prenne ta bouche,
Calice ouvert,rouge possession,
Et que ma langue où vit ma passion
Entre tes dents s'insinue et te touche.

C'est une humide et molle profondeur,
Douce à mourir, où je me perds et glisse ;
C'est une abîme intime, clos et lisse,
Où mon désir s'enfonce jusqu'au coeur...

- Ah ! Puisse aussi t'atteindre au plus sensible,
Dans son ampleur et son savant détail,
Ce lent baiser seule étreinte possible,
Fait de silence et de tiède corail ;

Puissé-je voir enfin tomber ta tête
Vaincue, à bout de sensualité,
Et détournant mes lèvres, te quitter,
Laissant au moins ta bouche satisfaite

[size=4][color=red]Lucie Delarue-Mardrus[/color][/size] [/B][/QUOTE]

ça va mieux comme ça chérie ? §rofl§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 96]
Auteur : polkaïna
Date : 10-03-2007 17:53

Euh... j'avais vu! C'est juste que je ne la connaîs pas moi! Elle est célèbre cette dame? §mais.euh§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 97]
Auteur : dez
Date : 10-03-2007 17:59

[quote]Lucie Delarue-Mardrus, née à Honfleur (Calvados) le 3 novembre 1874 et morte en 1945 à Château-Gontier (Mayenne), poètesse, romancière, sculptrice et dessinatrice, journaliste et historienne française.

Ses parents ayant refusé la main de celle qu’on surnomme « Princesse Amande » au capitaine Philippe Pétain, elle épouse le docteur Joseph Mardrus (1849-1948), le traducteur des Mille et une nuits. Comme elle était très liée à Natalie Barney, Romaine Brooks et Germaine de Castro, son mari dont elle divorcera vers 1915, qui désirait garder intacte la beauté de sa Princesse Amande, propose à Natalie Barney de lui faire un enfant à sa place.

Les écrits de cette auteure prolifique, qui a laissé plus de soixante-dix romans, poèmes (Ferveur, 1902 ; Horizons, 1904 ; la Figure de proue, 1908), récits (le Roman de six petites filles, 1909 ; l’Ex-voto, 1921), biographies, Mémoires (1938), contes, nouvelles, récits de voyage et pièces de théâtre (Sapho désespérée, 1906), qui révèlent une peintre de la vie intime et de la nature. Ses écrits expriment son désir d’évasion et son amour de sa Normandie natale. Son Ex-Voto est une description pleine de sensibilité du milieu et de la vie des pêcheurs honfleurais au début du XXe siècle. Elle est également l’auteure de chroniques hebdomadaires, critiques littéraires ou musicales, conférences aux Annales parues dans la presse. Dans les dernières années de sa vie, elle a présenté au Salon de la Société Nationale des sculptures dont Danseurs nus (figurine) Dame Patricia, son nègre et son galant (figurine) ou Deux danseuses et un indifférent.

Elle passera les trois dernières années de sa vie à Château-Gontier où elle s’était retirée en 1942, à l’âge de 62 ans, sans jamais s’accorder avec la mentalité des habitants de la région dont elle supporte mal la nature humide et brumeuse.[/quote]


Bon, moi je comptais mettre ma chose (mes rimes) ici, mais je vais m'abstiendre, je fais pas le poids.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 98]
Auteur : evy
Date : 10-03-2007 18:22

Ben non dez, je l'ai bien fait moi, et je suis loin de le faire le poids :)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 99]
Auteur : evy
Date : 10-03-2007 18:24

Tiens, un "baiser" numéro 2... ;)


J'ai modifié quelques rimes, alors je mets à jour mon poëme :-)


LE BAISER 


Fermer les yeux pour mieux se ressentir
Et pour mieux écouter battre nos cœurs
Oublier les soucis et les laisser s'enfuir
S’approcher encore pour goûter ce bonheur

Ouvrir les yeux puis se découvrir tremblant
Ne plus sentir mon corps, porté par cette fièvre
Plonger dans ton cœur tout en te souriant 
M’y déverser, me nourrir de toi et de tes lèvres

S’embrasser, se laisser porter vers nos rêves
Rêves pourtant enfouis au fin fond de nos âmes
Mais qui devant la communion de nos lèvres 
Se révèlent et s'épanouissent sans entrave

Ce baiser qui m’emporte vers l’infini
Transperce mon armure et me fais lâcher prise
Je ne sais plus où je vais ni qui je suis
Cette alchimie des sens tout à coup m'électrise

Fermer les yeux, ne plus faire qu’un dans ta bouche
Laisser ma langue  te dire tout ce que je n'ose pas
Mes mains sur ton corps brûlant te frôlent et te touchent
Rendre les armes et laisser mes désirs monter en moi

Continuer ensemble ce ballet de sens envoûtés
Vouloir que ce baiser ne s’arrête jamais 
Qu’il montre le chemin à notre amour pour l’éternité
Et qu’il scelle à jamais nos vies maintenant liées

Embrassons-nous encore et encore, ne nous arrêtons jamais
Ta bouche dans la mienne est ma raison de vivre
Ma bouche te guide vers un monde de désirs passionnés
Fermons les yeux, aimons-nous et les anges vont suivre


-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 100]
Auteur : polkaïna
Date : 10-03-2007 18:51

Waouh!!! Encore une fois, c'est superbe evy!!! §bienjoué§

@ dez : merci pour ces précieuses infos et pour la prose dont tu vas bientôt nous faire part! ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 101]
Auteur : evy
Date : 10-03-2007 21:54

Merci merci §blush2§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 102]
Auteur : MajestiK 12
Date : 10-03-2007 23:04

j'avoues que c'est superbe, je vous lis... mais je ne me mettrais pas a ecrire de poeme !!! 
c'est trop... :(
et moi je suis pour... §mdr§
sinon ma vie me... §boxe§
et je finirais par rentrer dans les... §pardon§
et comme je suis... :<<
alors je... §cool§
et comme ca, ma vie est... :D

Bravo a vous !!! §bravo§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 103]
Auteur : heros de l'amer
Date : 11-03-2007 10:13
Titre : Le rameur

[i][color=grey]à André Lebey[/color][/i]

Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames 
M'arrachent à regret aux riants environs;
Ame aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le coeur dur, l'oeil distrait des beautés que je bats, 
Laissant autour de moi mûrir des cercles d'onde, 
Je veux à larges coups rompre l'illustre monde 
De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire, 
Eau de ramages peinte, et paix de l'accompli, 
Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli 
Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n'ont 
Tant souffert d'un rebelle essayant sa défense: 
Mais, comme les soleils m'ont tiré de l'enfance, 
Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain toute la nymphe énorme et continue 
Empêche de bras purs mes membres harassés; 
Je romprai lentement mille liens glacés
Et les barbes d'argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement 
Place mes jours dorés sous un bandeau de soie; 
Rien plus aveuglément n'use l'antique joie 
Qu'un bruit de fuite égale et de nul changement. 

Sous les ponts annelés, l'eau profonde me porte, 
Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit, 
Ils courent sur un front qu'ils écrasent d'ennui, 
Mais dont l'os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L'âme baisse sous eux 
Ses sensibles soleils et ses promptes paupières, 
Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres, 
Je m'enfonce au mépris de tant d'azur oiseux.

[i]Paul Valéry[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 104]
Auteur : polkaïna
Date : 11-03-2007 12:11

Encore un poème superbe! Décidemment j'adore ce topic! Merci mon héros! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 105]
Auteur : cami
Date : 12-03-2007 02:07

Je me suis éveillée à l'amour lorsque je t'ai vu
La première fois, tout de suite, je l'ai su,
C'était Toi qui saurais me faire renaître,
Et faire chanter de nouveau mon être.

J'ai construis une bulle avec tout ton amour
Dans laquelle tous mes rêves, jour après jour,
Se renforcent et rejoignent la réalité,
La réalité de toute ta douceur et de ta sincérité.

Toi mon ange, lorsque tu as déployé tes ailes
Quand autour de moi, tu les as resserrées,
Tu m'as fait espérer que je serais celle
Que tu voulais pour toujours à tes côtés.

Pour Toi mon Espéré, plus fort de jour en jour,
Je sens croître en moi un si fort sentiment,
Que certains appelleront adoration ou amour,
Mais que moi je nommerai Vie simplement.

Je ne veux pas comprendre ce qui m'arrive,
Je veux simplement et intensément le vivre,
En m'abandonnant entièrement et sans fin,
A la douce chaleur de tes tendres mains.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 106]
Auteur : olivebrazil
Date : 12-03-2007 02:09

§pardon§§pardon§§pardon§§pardon§§pardon§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 107]
Auteur : heros de l'amer
Date : 12-03-2007 12:55
Titre : Taisez-vous !...

Taisez-vous !
laissez parler les morts !
enfin !

laissez-les dire
leur déception de se voir en vous,
de n'être pas surpris par vos peurs,
vos lâchetés, 
vos erreurs, 
vos mensonges,

laissez-les dire
leur désarroi devant la constance des jours,
des nuits,
des aubes,
des crépuscules,

leur tristesse de connaître l'offense,
l'injure,
l'humiliation,
l'abandon,

laissez-les dire
leur colère de constater
inexorable
l'extension de l'interdit,
du mépris,
du refus,
du rejet,

l'ordinaire victoire de l'oppression,
de la cruauté,
du massacre,

l'usage organisé de l'asservissement,
du meurtre, 
de la destruction,

le silence des témoins corrompus,
l'aveuglement des victimes soumises,

laissez-les dire
leur regret de vous avoir fait naître,
de vous avoir vu vivre,

écoutez leur conseil
de faire mieux qu'eux
de faire mieux que les morts,

exaucez leur prière
de mettre un terme à cette funeste farce,

taisez-vous !
laissez parler les morts !

[i]Yves Mabin Chenevière[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 108]
Auteur : heros de l'amer
Date : 13-03-2007 13:17
Titre : Aux vitres de notre âme apparaissent le soir

Aux vitres de notre âme apparaissent le soir
Des visages anciens demeurés dans le verre ;
Leur souvenir, malgré le temps, y persévère,
Visages du passé qu'on souffre de revoir :
Fronts sans cesse pâlis ; lèvres déveloutées ;
Yeux couverts chaque jour d'ombres surajoutées
Et qui dans la mémoire achèvent de mourir ...
Visage d'une mère ou visage de femme
Qui jadis ont vécu le plus près de notre âme.
Encor si l'on pouvait un peu les refleurir
Ces faces, dans le verre, à peine nuancées
Et voir distinctement leurs traits dans nos pensées !
Faces mortes toujours près de s'évanouir
Et sans cesse émergeant, -sitôt qu'on les oublie, -
Au fil de l'âme, en des détresses d'Ophélie
Dont les cheveux de lin ont un air de rouir ...
Ah ! comment essayer d'avoir un peu de joie
Quand les vitres de l'âme aimante sont de l'eau
Où reparaît sans cesse et sans cesse se noie
Un doux visage intermittent dans un halo !

[i]Georges Rodenbach[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 109]
Auteur : heros de l'amer
Date : 14-03-2007 13:09
Titre : Ô jour qui meurs à songer d'elle

Ô jour qui meurs à songer d'elle
Un songe sans raison
Entre les plis du noir gazon
Et la rouge asphodèle ;

N'est-ce pas, aux feux du plaisir
Inclinée et rebelle,
Elle encor, mais cent fois plus belle,
Et de flamme à saisir ?

... Là-bas monte la voix dernière
D'un bouvier sous les cieux.
On n'entend plus que ses essieux
Qui grincent dans l'ornière.

[i]Paul-Jean Toulet[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 110]
Auteur : heros de l'amer
Date : 16-03-2007 11:28
Titre : Par l'ample mer, loin des ports et arènes

Par l'ample mer, loin des ports et arènes 
S'en vont nageant les lascives sirènes 
En déployant leurs chevelures blondes, 
Et de leurs voix plaisantes et sereines, 
Les plus hauts mâts et plus basses carènes 
Font arrêter aux plus mobiles ondes, 
Et souvent perdre en tempêtes profondes ; 
Ainsi la vie, à nous si délectable, 
Comme sirène affectée et muable, 
En ses douceurs nous enveloppe et plonge, 
Tant que la Mort rompe aviron et câble, 
Et puis de nous ne reste qu'une fable, 
Un moins que vent, ombre, fumée et songe.

[i]Mellin de Saint-Gelais[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 111]
Auteur : heros de l'amer
Date : 17-03-2007 18:36
Titre : La veuve consolée

Mon premier époux était brun,
Je fus prise à ce piège ;
Souvent je me levais à jeun
D'avec ce sacrilège,
Et jamais le défunt 
N'en fit qu'un :
Le bel époux de neige !

En secondes noces, un bourgeois
Que je crus un satyre,
Fut mon époux quatorze mois,
Et ne cessa de dire :
L'ordinaire bourgeois 
Est de trois.
Jugez quel pauvre sire !

En troisième noces, Tircis
Répara cette offense ;
Mes chagrins furent adoucis,
Mon coeur moins en souffrance :
Il allait jusqu'à six,
Le Tircis.
Et je pris patience !

Après ces trois, je pris Mazet,
Le fermier de ma tante ;
De son amour il m'embrasait,
Avec beaucoup d'entente.
Il allait jusqu'à sept,
Le Mazet ;
J'en fus assez contente !

Mon dernier est né sans esprit,
Et sans une pistole,
Ne pense point, il se nourrit ;
Son air lourd me désole ;
Mais il va chaque nuit
Jusqu'à huit.
C'est ce qui me console !

[i]Charles Collé[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 112]
Auteur : heros de l'amer
Date : 18-03-2007 08:37
Titre : Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie, 
	Et mes amis et ma gaîté; 
	J'ai perdu jusqu'à la fierté 
	Qui faisait croire à mon génie. 
	  
	Quand j'ai connu la Vérité, 
	J'ai cru que c'était une amie; 
	Quand je l'ai comprise et sentie, 
	J'en étais déjà dégoûté. 
	  
	Et pourtant elle est éternelle, 
	Et ceux qui se sont passés d'elle 
	Ici-bas ont tout ignoré. 
	  
	Dieu parle, il faut qu'on lui réponde. 
	— Le seul bien qui me reste au monde 
	Est d'avoir quelquefois pleuré.


[i]Alfred de Musset[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 113]
Auteur : polkaïna
Date : 18-03-2007 11:03

Tristouille mais joli! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 114]
Auteur : dez
Date : 18-03-2007 16:36

[quote]Le soir de la Saint Patrick
J'ai bu trop de verres de bière
Pas question d'avoir la trique
Car je suis tombé par terre

Comme je me relevais
J'ai cru voir un nain vert
Qui, taquin, me souriait
Il finissait mes verres.

Curieux, je lui demandai :
Mais qu'est-ce que vous faîtes ?
Il était ivre et souriait
C'est alors que je vis ma tête,

Mon reflet dans le mirroir
le lutin rigolard
n'était autre que moi
avec un curieux suroît

Alors que j'étais tout chose
Sérieux, je me suis dit
que manger son vomi
provoque des psychoses

Ami, toi qui boit trop
la bière, c'est pas du sirop
Quand tu te tapes des verres
Evite de tomber par terre.[/quote]

§censuré§§censuré§§censuré§§censuré§§censuré§§censuré§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 115]
Auteur : heros de l'amer
Date : 18-03-2007 16:42

sympa dez, et surtout ça sent le vécu ! ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 116]
Auteur : cami
Date : 19-03-2007 00:03

[quote]Ton prénom résonne dans ma tête
comme une douce mélodie,
Tes sourires ravivent
mes jours de pluie.

Tes yeux, j'en rêve
jour et nuit,
Tes lèvres me font
oublier mes soucis.

Je rêve d'être dans tes bras
avec envie,
Auprès de toi
j'aimerai passer ma vie.[/quote]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 117]
Auteur : polkaïna
Date : 19-03-2007 00:05

Deux registres différents : 

@ dez : XPTDR

@ cami : superbe ce poème!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 118]
Auteur : cami
Date : 19-03-2007 00:08

merci... et tellement d'actualité...

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 119]
Auteur : MajestiK 12
Date : 19-03-2007 00:22

excellent ce topic... tres beau tous ca §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 120]
Auteur : heros de l'amer
Date : 20-03-2007 13:34
Titre : La vie de ton visage

[i](sur un vers de Ghérasim Luca)[/i]

la vie de ton visage
c'est la vie sans fin
la vie vive
la vie vif-argent
la vigie qui joue
la vie de tous les âges
c'est la vie si vivante
la vie de ton visage
si vigilante
la vie qui virevolte
vivace
de ton visage sans âge ni visa
vivement la vie et ses vivats
vivement l'absolu vivable
oui vivement le vivifiant
vivement la vanille de tes veines
loin de tout ce qui vivote
de tout ce qui vitrifie
vivement la vivance
de tous les grands viviers
oui
vivement cette vie sans vitrines
cette vie sans visière
cette vie sans venin ni verdict
cette vie sans verrous
que je vois sur ton visage
cette vie qui dévoile ma vraie croix
oui vivement la vie verticale
avec ses mille volutes
la vie veloutée au verso du vent
sans vatican ni va-t-en guerre
la vie en vortex
la vie en varappe
sans vaccins ni vautours
la vie en volubilis
la vie voluptuaire
la vraie la véridique
vie de ton visage
le verbe de ton visage
qui rend la vie vivable
son infinie variation
que je vénère vivant

[i]Zéno Bianu[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 121]
Auteur : heros de l'amer
Date : 21-03-2007 13:44
Titre : Dans Londres, la grande ville

Dans Londres, la grande ville,
Il est un être plus seul
Qu'un naufragé dans son île
Et qu'un mort dans son linceul.
Grand badaud, petit rentier,
Jeanne, voilà son métier.

À Douvres un original
Tombe un jour dans le chenal.
Il appelle au sauvetage.
Il se cramponne au récif.
Mais vers lui nul coeur ne nage ...
Adèle, ainsi meurt l'oisif.

Le grand Chinois de Lancastre
Vous attire avec des fleurs ...
Puis vous inonde d'odeurs ...
Bientôt sa pipe est votre astre !
Du lys au pavot, Cécile,
La route, hélas, est docile !

Le lord prévôt d'Édimbourg
Dit que l'amour est chimère.
Mais un jour il perd sa mère ...
Ses larmes coulent toujours.
Irène, petite Irène,
L'Amour c'est la grande peine.

Et du rose à tes lèvres
Et maintenant balance ton éventail
Pour qu'il y ait encore sur la terre
Des nuits après les jours
Des jours après les nuits.

[i]Jean Giraudoux[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 122]
Auteur : heros de l'amer
Date : 23-03-2007 12:22
Titre : Que ne suis-je eschangé en une source claire

Que ne suis-je eschangé en une source claire
Distiliant à jamais un grand ruisseau de pleurs,
Pour tant d'impiétez, de meurtres, de malheurs,
Qui à tousjours plourer ne me font rien qu'attraire ?

Nature me devoit au costé gauche faire
Une ratte engrossie et de doubles largeurs,
Pour rire incesamment les bouillantes fureurs
De ceux-là qui tant bien se sçavent contrefaire.

Je voy journellement un grand sot ignorant,
Tout vieil et tout cassé, aux grandeurs aspirant,
Et discourir tout seul de l'ordre de l'Église ;

Reprendre un gouverneur, prédire asseurément
Par la sédition le subit changement,
Et ne veult toutesfois que je Gélodacryse.

[i]Jacques Grévin[/i]

[color=grey]la gélodacrye est un mot d'ancien français, employé par Grévin, Clément Marot ou Rabelais par exemple, qui définit un état où on ne sait pas si on doit pleurer ou rire en présence de certaines situations.[/color]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 123]
Auteur : heros de l'amer
Date : 24-03-2007 14:45
Titre : Complainte sur certains ennuis

Un couchant des Cosmogonies ! 
Ah ! que la Vie est quotidienne… 
Et, du plus vrai qu'on se souvienne, 
Comme on fut piètre et sans génie…

On voudrait s'avouer des choses, 
Dont on s'étonnerait en route, 
Qui feraient une fois pour toutes !
Qu'on s'entendrait à travers poses.

On voudrait saigner le Silence,
Secouer l'exil des causeries;
Et non! Ces dames sont aigries
Par des questions de préséance.

Elles boudent là, l'air capable.
Et, sous le ciel, plus d'un s'explique,
Par quels gâchis suresthétiques
Ces êtres-là sont adorables.

Justement, une nous appelle,
Pour l'aider à chercher sa bague,
Perdue (où dans ce terrain vague?)
Un souvenir d'amour, dit-elle!

Ces êtres-là sont adorables!

[i]Jules Laforgue[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 124]
Auteur : heros de l'amer
Date : 25-03-2007 10:11
Titre : Inscription mise sur la grande porte de Thélème

Ci n'entrez pas, hypocrites, bigots, 
Vieux matagots, souffreteux bien enflés, 
Torcols, idiots plus que n'étaient les Goths 
Ou les Ostrogoths, précurseurs des magots, 
Porteurs de haires, cagots, cafards empantouflés. 
Gueux emmitouflés, frappards écorniflés, 
Bafoués, enflés, qui allumez les fureurs; 
Filez ailleurs vendre vos erreurs. 
Ces erreurs de méchants 
Empliraient mes champs 
De méchanceté 
Et par fausseté 
Troubleraient mes chants, 
Ces erreurs de méchants. 
Ci n'entrez pas, juristes mâchefoins, 
Clercs, basochiens, qui le peuple mangez, 
Juges d'officialité, scribes et pharisiens, 
Juges anciens qui les bons paroissiens 
Ainsi que des chiens jetez au charnier; 
Votre salaire est au gibet. 
Allez-y braire; ici on ne fait nul excès 
Qui puisse en vos cours susciter un procès. 
Pour procès et débats, 
Il n'y a guère de lieu d'ébat 
Ici où l'on vient s'ébattre 
Pour votre soûl débattre, 
Puissiez-vous avoir plein cabas 
De procès et débats. 
Ici n'entrez pas, vous, usuriers avares, 
Gloutons, lécheurs, qui toujours amassez, 
Grippeminauds, souffleurs de brouillard, 
Courbés, camards, qui dans vos coquemars 
De mille marcs n'auriez pas assez. 
Vous n'êtes pas écoeurés pour ensacher 
Et entasser, flemmards à la maigre face; 
Que la male mort sur-le-champ vous efface. 
Ah! face inhumaine 
De ces gens! Qu'on les mène 
Tondre ailleurs. Céans 
Ce serait malséant; 
Quittez ce domaine, 
Face inhumaine. 
Ci n'entrez pas, vous, balourds mâtins, 
Ni soirs ni matins, vieux chagrins et jaloux; 
Vous non plus, rebelles, mutins, 
Ectoplasmes, lutins, de Danger comtes palatins, 
Grecs ou latins, plus à craindre que loups; 
Ni vous, galeux, vérolés jusqu'au cou; 
Emmenez vos lupus ronger ailleurs de bon coeur 
Croûteux, couverts de déshonneur. 
Honneur, louange, bon temps 
Sont ici constants 
D'un joyeux accord. 
Tous sont sains de corps 
Aussi leur dis-je vraiment: 
Honneur, louange, bon temps. 
Ci entrez, et soyez bienvenus, 
Bien réussis, vous tous, nobles chevaliers. 
C'est ici le lieu où les revenus 
Sont bien reçus pour qu'entretenus 
Grands et peuple menu, vous soyez par milliers. 
Vous serez mes intimes et mes familiers: 
Gaillards et délurés, joyeux, plaisants, mignons, 
Tous de la classe des gentils compagnons. 
Compagnons gentils, 
Sereins et subtils, 
Sans nulle bassesse, 
De délicatesse, 
Voici les outils, 
Compagnons gentils. 
Ci entrez, vous, qui le saint Evangile 
Annoncez en sens agile malgré ce qu'on gronde; 
Vous aurez céans refuge et bastille; 
Contre l'hostile erreur qui tant distille 
Son faux style pour en empoisonner le monde: 
Entrez, que l'on fonde ici la foi profonde, 
Puis que l'on confonde par écrit et par vives paroles 
Les ennemis de la sainte Parole. 
Que la Parole sainte 
Désormais ne soit éteinte 
En ce lieu très saint. 
Que chacun en soit ceint, 
Que chacune porte en son sein 
La parole sainte. 
Ci entrez, vous, dames de haut parage, 
Sans ambages, entrez sous d'heureux présages, 
Fleurs de beauté au céleste visage, 
Sveltes comme pages, au maintien pudique et sage. 
Faire séjour ici est gage d'honneur. 
Le grand seigneur qui fut du lieu donateur 
Et dispensateur, a pour vous tout ordonné 
Et a, pour parer à tout, beaucoup d'or donné. 
Or donné par don 
Ordonne pardon 
A qui le dispense. 
Et c'est haute récompense, 
Pour tout homme de droit sens 
Qu'or donné par don.

[i]François Rabelais[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 125]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-03-2007 12:57
Titre : À François Rabelais

S'on nous laissait nos jours en paix user,
Du temps présent à plaisir disposer,
Et librement vivre comme il faut vivre,
Palais et cours ne nous faudrait plus suivre,
Plaids ni procès, ni les riches maisons
Avec leur gloire et enfumés blasons ;
Mais sous belle ombre, en chambre et galeries
Nous promenant, livres et railleries,
Dames et bains seraient le passetemps,
Lieux et labeurs de nos esprits contents.
Las ! Maintenant à nous point ne vivons,
Et le bon temps périr pour nous savons,
Et s'envoler, sans remèdes quelconques ;
Puisqu'on le sait, que ne vit-on bien doncques ?

[i]Clément Marot[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 126]
Auteur : heros de l'amer
Date : 31-03-2007 09:02

[b]Les Chants De Maldoror[/b]
[i]Chant premier - strophe 8[/i]

[...] Un jour, avec des yeux vitreux, ma mère me dit : "Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi dans ta couverture, ne tourne pas en dérision ce qu’ils font : ils ont soif insatiable de l’infini, comme toi, comme moi, comme le reste des humains, à la figure pâle et longue. Même, je te permets de te mettre devant la fenêtre pour contempler ce spectacle, qui est assez sublime." Depuis ce temps, je respecte le vœu de la morte. Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini... Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne... je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n’a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j’avais sur ma tête des cheveux d’une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l’intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l’Être suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. Pourtant, je sens que je ne suis pas atteint de la rage ! Pourtant, je sens que je ne suis pas le seul qui souffre ! Pourtant, je sens que je respire ! Comme un condamné qui essaie ses muscles, en réfléchissant sur leur sort, et qui va bientôt monter à l’échafaud, debout, sur mon lit de paille, les yeux fermés, je tourne lentement mon col de droite à gauche, de gauche à droite, pendant des heures entières ; je ne tombe pas raide mort. De moment en moment, lorsque mon col ne peut plus continuer de tourner dans un même sens, qu’il s’arrête, pour se remettre à tourner dans un sens opposé, je regarde subitement l’horizon, à travers les rares interstices laissés par les broussailles épaisses qui recouvrent l’entrée : je ne vois rien ! Rien... si ce ne sont les campagnes qui dansent en tourbillons avec les arbres et avec les longues files d’oiseaux qui traversent les airs. Cela me trouble le sang et le cerveau... Qui donc, sur la tête, me donne des coups de barre de fer, comme un marteau frappant l’enclume ?

[i]Isidore Ducasse, dit Comte De Lautréamont[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 127]
Auteur : heros de l'amer
Date : 31-03-2007 09:18
Titre : À Lautréamont

N'importe où je me mettais à creuser le sol espérant que tu en sortirais,
j'écartais les maisons et les forêts pour voir derrière.
J'étais capable de rester toute une nuit à t'attendre, portes et fenêtres ouvertes
en face de deux verres d'alcool auxquels je ne voulais pas toucher.
Mais tu ne venais pas
Lautréamont.
Autour de moi des vaches mouraient de faim devant des précipices
et tournaient obstinément le dos aux plus herbeuses prairies,
les agneaux regagnaient en silence le ventre de leurs mères qui en mouraient,
les chiens désertaient l'Amérique en regardant derrière eux
parce qu'ils auraient voulu parler avant de partir.
Resté seul sur le continent,
je te cherchais dans le sommeil où les rencontres sont plus faciles.
On se poste au coin d'une rue, l'autre arrive rapidement.
Mais tu ne venais même pas, 
Lautréamont,
derrière mes yeux fermés.
Je te rencontrais un jour à la hauteur de Fernando Noronha
tu avais la forme d'une vague, mais en plus véridique, en plus circonspect,
tu filais vers l'Uruguay à petites journées.
Les autres autres vagues s'écartaient pour mieux saluer tes malheurs.
Elles qui ne vivent que douze secondes et ne marchent qu'à la mort te les donnaient en entier,
et tu feignais de disparaître comme elles,
pour qu'elles te crussent dans la mort leur camarade de promotion.
Tu étais de ceux qui élisent l'océan pour domicile comme d'autres couchent sous les ponts
et moi je me cachais les yeux derrière des lunettes noires
sur un paquebot où flottait une odeur de femme et de cuisine.
La musique montait aux mâts furieux d'être mêlés aux attouchements du tango,
j'avais honte de mon coeur où coulait le sang des vivants,
alors que tu es mort depuis 1870,
et sans un goutte de sang
tu prends la forme d'une vague pour faire croire que ça t'est égal.

Le jour même de ma mort je te vois venir à moi
avec ton visage d'homme.
Tu déambules favorablement les pieds nus dans de hautes mottes de ciel,
mais à peine arrivé à une distance convenable
tu m'en lances une au visage, Lautréamont.

[i]Jules Supervielle[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 128]
Auteur : heros de l'amer
Date : 11-04-2007 10:26
Titre : Le parc

Quand nous avons vu que la petite porte était fermée,
Nous sommes restés longtemps à pleurer ;
Quand nous avons compris que ça ne servait pas à grand'chose,
Nous avons repris lentement le chemin.

Tout le jour, nous avons longé le mur du jardin,
D'où parfois nous venaient des bruits de voix et de rires ;
Nos pensions qu'il y avait peut-être des fêtes sur l'herbe,
Et cette idée-là nous faisait mélancoliques.

Le soleil vers le soir a rougi les murs du parc ;
Nous ne savions pas ce qui s'y passait, car on ne voyait
Rien que des branches qui, par-dessus le mur, s'agitaient
Et qui laissaient de temps en temps tomber des feuilles.

[i]André Gide[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 129]
Auteur : heros de l'amer
Date : 12-04-2007 10:13
Titre : Blason de la bouche

Bouche, merveille au doux sourire,
Bouche au parler délicieux.
Bouche qu'on ne saurait décrire,
Bouche d'un tour si gracieux ;

Bouche que tout le monde admire,
Bouche qui n'est que pour les Dieux,
Bouche qui dit ce qu'il faut dire,
Bouche qui dit moins que les yeux ;

Bouche d'une si douce haleine,
Bouche de perles toute pleine,
Bouche enfin, sans tant biaiser,

Bouche, la merveille des bouches,
Bouche à donner l'âme aux souches,
Bouche, le dirai-je ? à baiser.

[i]Isaac de Benserade[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 130]
Auteur : polkaïna
Date : 12-04-2007 10:39

Joli! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 131]
Auteur : heros de l'amer
Date : 13-04-2007 14:17
Titre : Gare du Nord

[i]Non, ça n'a rien à voir avec certains événements récents[/i]

Mais que font les trains dans les gares
depuis qu'on ferre les chemins ?
Dans les gares les trains rêvent
et tous ces rêves de tant de trains
emplissent l'air dans les gares,
autour des gares et parfois loin.

Que font les humains dans les gares ?
Ils consultent en courant
les horaires de l'amour
qui les attendait, qui les attend,
de l'amour qui les attendra.
Ils font rêver les trains
et vibrer l'air dans les gares,
autour des gares et parfois loin.

[i]Francis Dannemark[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 132]
Auteur : heros de l'amer
Date : 14-04-2007 10:14
Titre : Il fait bon s'en aller au bois

Il fait bon s'en aller au bois d'avril
Cueillir l'épine blanche aux haies sans feuilles,
Les sombres violettes, les pâles aubépines,
- Tristesse et joie en guirlandes futiles,
Deuils blancs, deuils violets
Qu'aux bois d'avril tu cueilles,
Espoir seulet, 
De ta main fine ;

Il fait bon s'en aller aux champs de mai
Trouver la pâquerette qui promet,
Doute et dénie et, souriante, se tait
Et garde en s'effeuillant le secret de l'été ;
Il fait bon s'en venir au parterre de juin
Ravir les roses et baiser toute joue,
Et fleurir la ceinture que dénoue
La joie éparse en l'haleine des foins ;

Tantôt, parmi les gerbes,
J'ai pensé que le soir venait sur moi,
Tant j'étais las de la moisson qui croît,
Qu'on fauche et qu'on ressème :
Et j'eusse été quelque herbe
- Il eût fait bon être une herbe qui croît
Sans tout ce grand espoir et cette foi,
Ma vie ! et ton poème ;

Mais
La halte est bonne, ici, dans l'ombre agile,
À rêver la vendange aux treilles écarlates ;
Il fait meilleur ici qu'au bois d'avril,
Qu'aux champs de mai, qu'au parterre de juin :
Et nos chansons, rieuses, ont hâte
- Semble-t-il -
Ont hâte,
Se lèvent, et nous prennent la main ...

[i]Francis Vielé-Griffin[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 133]
Auteur : heros de l'amer
Date : 15-04-2007 11:58
Titre : Épithalame

Il est trop tard, il est trop tard, l'homme a pris ma soeur
Aux mamelles tentantes en la tristor des soirs,
Et je n'ai pu vouloir sous les étoiles habituelles
Écouter les baisers que lui donnait l'Amant.

La chasse, ô soeur, la chasse a corné dans les nuits,
Les corneurs au loin ont fait un vain bruit,
Et la tête mourante a déchiré ton sein
Pour réchauffer le front trahi du morne Saint.

Rêvons ! Rêvons, ô soeur - Tes tresses magnifiques ! -
As-tu des rêves d'or de femme prolifique ?
Et puis ce rêve est nul avec d'autres comas,
Et c'est à toi qu'il dit que jamais tu n'aimas.

Ô soeur, vierge impudique, qui reviens de là-bas
Ne t'es-tu pas livrée au mage des sabbats ?
Le désir de savoir ce que là tu fis nue,
Dis, ce sera pareil, ce conte inconnu,

Pareil à vos amours, livres non encore lus ?
La volonté, la volonté, oh ! de ce que tu voulais.
Enfant aux seins trop durs, pointes-rubis balais ;
Ô enfant, ô soeur, pourquoi t'es-tu livrée ?

À tes pieds, l'aurore jeta ses fleurs de lauriers-roses ;
Et ta fleur, et ton sein, et la nuit, et l'hypnose
M'ont fait mourir un peu, ô Belle au bois dormant !
Attendant le galop du cheval de l'amant.

Or, tu partis en croupe, le Mage te baisa,
Sur les yeux, sur les seins, sur la bouche il osa !
Ô dis, ô dis, ô soeur, dis-moi ce qu'il n'osa !...
Et te voilà revenue pantelante, ô ma soeur !
De ce pays de feu où les femmes vont nues,
Où les membres sont noirs aux hommes qui t'aimèrent,
Où de longs corps se pâment au coin des carrefours,
Où l'on tranche la tête au soleil chaque jour
Pour qu'il verse son sang en rayons sur la terre.

[i]Guillaume Appollinaire

épithalame, n. m. : (Littérature) Poème lyrique composé à l'occasion d'un mariage en l'honneur des nouveaux époux. 
Tradition gréco-romaine, les épithalames ont été populaires du XVIe au XVIIe siècle.[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 134]
Auteur : heros de l'amer
Date : 16-04-2007 18:27
Titre : Poème te voilà ...

Poème te voilà, si peu de mots, des phrases comme
Une musique plutôt que du sens, une musique
Mais pas vraiment, que des mots :
On saurait mal en mesurer les rythmes.
Et soudain des façons poème que tu as
De les précipiter (distrait, ou qui pense à sait-on quoi ?)
Peu de bruit nous reste dans l'oreille et tu ne proposes
Aucune mélodie qu'on pourrait connaître par coeur.

[i]James Sacré[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 135]
Auteur : Big_Cheesius
Date : 16-04-2007 18:41

Déjà que j'aimais les textes de Rabelais (nb : Pantagruel, Gargantua, 1/3 livre 1/4 livre...), je ne savais pas qu'il faisait de la poésie également.

On reconnait là son style, toujours aussi aléchant et plein de fraicheurs colorées.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 136]
Auteur : Big_Cheesius
Date : 17-04-2007 00:23

J'ai piqué la place pour ce jour Héros, désolé.

[quote]

Ici, première fois que je t'ai rencontré,
Un gobelet cartonné, rond vert, du café,
Enseigne américaine, je t'y revois,
Souvent dans mes souvenirs, je sais pas pourquoi,
Tu reviens même si je t'avoue que j'en souffre,
Sans me confier par peur de mon amour propre.

Nous nous révélions l'un à l'autre tout doucement,
En chantant, en chœur, jouant de la musique,
Station balnéaire où il n'y pas la mer,
J'ai réalisé combien j'étais différent,
Prenante élévation plongeant dans la panique,
J'ai attendu très longtemps pour se faire.

Cherchant mon chemin avec ses ailes nouvelles,
Je me doutais que tu pouvais me les couper,
Tel Candide, je t'ai fais cadeau de cette épée,
Ce qui n'a pas du tout été sans séquelles.

Tu ne liras surement jamais ces vers,
Pourquoi refuser de déclarer vérité,
Le trop passionné n'a cessé de t'aimer,
Ce temps là m'en abandonnera un goût amer.

Cette ferveur, ayant bien fait preuve de cécité,
Me baigne dans cette chaleureuse contrariété,

Je ne me suis pas soustrait à la nostalgie,
J'y ai succombé ardemment sans faire un bruit,

Je me vide de tous mes sentiments révélés,
Et j'essaie, isolé, d'apprendre à oublier,

A l'instar d'un nouveau né, je me plais beaucoup,
Désormais à rire de moi tel un pauvre fou,

Mon cœur, réveille moi, pandémonium, je me noie...





Auteur : [i]moi[/i]

[/quote]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 137]
Auteur : cast321
Date : 17-04-2007 01:35

ENIVREZ-VOUS






Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. 
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous! 
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. 

baudelaire charles

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 138]
Auteur : heros de l'amer
Date : 17-04-2007 14:08
Titre : Re: Poème te voilà ...

Tu m'as pas "piqué" la place, big cheesius, au contraire, ça fait plutôt plaisir (je me sens moins seul lol) quand d'autres que moi postent sur ce sujet.
en plus je trouve courageux de se dévoiler en postant un poème dont on est l'auteur, donc bravo et merci. :)


[QUOTE][B]Poème te voilà, si peu de mots, des phrases comme
Une musique plutôt que du sens, une musique
Mais pas vraiment, que des mots :
On saurait mal en mesurer les rythmes.
Et soudain des façons poème que tu as
De les précipiter (distrait, ou qui pense à sait-on quoi ?)
Peu de bruit nous reste dans l'oreille et tu ne proposes
Aucune mélodie qu'on pourrait connaître par coeur.

[i]James Sacré[/i] [/B][/QUOTE]

[b]Désert du déchaînement[/b]

[i]Sept lanières de rouge pour James Sacré[/i]

1
lieu inondé par la
lumière
l'oeil captif de son propre
regard
espace de cécité
et de nos rêves

2
sous les déchirures 
du temps
faisant mémoire arrière
le temps déserté
abandonné

3
stèles immémoriales
pages pétrifiées
pierres en poussière de sable
en mots-sable
cette glisse entre nos doigts
comme grains de sable
les allées ensablées, désertifiées
des mots

4
couleur rouge du désir
et de la langue
désert comme désir
le ciel a partie liée avec le sable
on entre dans le pays céleste du bleu
une trace rouge 
vers
le nu bleu

5
perte de visage
visage poudré par le sable
écrasé sous la semelle du vent

6
errer pour reconstituer
le visage morcelé de l'absence
que ces bords invisibles
étendent au delà de
l'horizon

7
l'empreinte du pied nu
laisse une trace
derrière les pas
la trace d'une page
évanouissante à
la vue
les mots pour redonner
un lien à l'espace
délié du désert
désert impénétrable du livre

[i]Béatrice Bonhomme[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 139]
Auteur : heros de l'amer
Date : 18-04-2007 12:49
Titre : Artémis

La Treizième revient ... C'est encor la première ;
Et c'est toujours la seule, -ou c'est le seul moment ;
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j'aimai seul m'aime encore tendrement :
C'est la mort - ou la morte ... Ô délice ! ô tourment !
La rose qu'elle tient, c'est la [i]Rose trémière[/i].

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule :
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux,
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :
- La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !

[i]Gérard de Nerval[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 140]
Auteur : heros de l'amer
Date : 19-04-2007 17:48
Titre : Qui possède quoi ?

Qui possède quoi dans ces enclos ? À qui est-ce
la montagne investie jusqu'au sommet,
les murs patients, les blés jaunes, les amandiers ?
Serait-ce à toi, à toi, ce beau domaine,
la maison, la pièce d'eau précieuse,
l'enfant qui crie sur la pelouse ?
Ah, qui saura retenir entre ses mains
les murs qui tombent, la fleur immuable,
les héritages démembrés, les puits taris ?
Des familles éteintes qui lira les noms 
sur la mousse des tombes oubliées ?
Et le vent, les rochers, et la montagne, à qui est-ce ?

[i]André Frénaud[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 141]
Auteur : heros de l'amer
Date : 20-04-2007 12:00
Titre : Les seins de Mnasidika

Avec soin, elle ouvrit d'une main sa tunique
et me tendit ses seins tièdes et doux,
ainsi qu'on offre à la déesse une paire de
tourterelles vivantes.

"Aime-les bien, me dit-elle ; je les aime tant !
Ce sont des chéris, des petits enfants.
Je m'occupe d'eux quand je suis seule.
Je joue avec eux ; je leur fais plaisir.

"Je les douche avec du lait. Je les poudre
avec des fleurs. Mes cheveux fins qui les
essuient sont chers à leurs petits bouts.
Je les caresse en frissonnant. Je les couche
dans la laine.

"Puisque je n'aurai jamais d'enfants, sois
leur nourrisson, mon amour et,puisqu'ils
sont si loin de ma bouche, donne-leur des
baisers de ma part."

[i]Pierre Louÿs[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 142]
Auteur : polkaïna
Date : 20-04-2007 18:55

Ouh la laaaaaaaaa!!! :p

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 143]
Auteur : heros de l'amer
Date : 21-04-2007 12:01
Titre : Pierre qui, durant sa jeunesse

Pierre qui, durant sa jeunesse,
Fut un renommé savetier,
Est superbe de sa richesse 
Et honteux de son vieux métier.

Ce fortuné marchand de bottes
Possède un parc, près de chez moi,
Dont les fontaines et les grottes
Sont dignes des maisons du Roi.

Je suis confus lorsque je pense
Qu'il y fait creuser un canal,
Dont la magnifique dépense
Étonnerait le Cardinal.

Son luxe n'est pas inimitable ;
Il dépeuple l'air et les eaux,
Pour faire que sa bonne table
Soit le pays des bons morceaux.

Il ronfle sur des sachets d'ambre ;
Tout son grand hôtel est paré,
Et n'a ni bassin, ni pot de chambre,
Qui ne soit de vermeil doré.

Suis-je pas une grosse bête,
De travailler soir et matin,
À faire de ma pauvre tête
Une boutique de latin ?

Mon père a causé ma ruine
Pour avoir mis entre mes mains
La rhétorique et la doctrine
Des vieux Grecs et des vieux Romains.

Muses, n'en déplaise aux grands hommes
Que vous montrez à l'univers :
Il vaut mieux, au siècle où nous sommes,
Faire des bottes que des vers.

[i]François Maynard[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 144]
Auteur : heros de l'amer
Date : 22-04-2007 09:34
Titre : La conque

Par quels froids Océans, depuis combien d'hivers,
-Qui le saura jamais, Conque frêle et nacrée !-
La houle sous-marine et les raz de marée
T'ont-ils roulée aux creux de leurs abîmes verts ?

Aujourdhui, sous le ciel, loin des reflux amers,
Tu t'es fait un doux lit de l'arène dorée.
Mais ton espoir est vain. Longue et désespérée,
En toi gémit toujours la grande voix des mers.

Mon âme est devenue une prison sonore :
Et comme en tes replis pleure et soupire encore
La plainte du refrain de l'ancienne clameur ;

Ainsi du plus profond de ce coeur trop plein d'Elle,
Sourde, lente, insensible et pourtant éternelle,
Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.

[i]José-Maria de Heredia[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 145]
Auteur : heros de l'amer
Date : 23-04-2007 17:22
Titre : Je suis d'un pays où ...

Je suis d'un pays où
les ocres de la terre mise au jour
vous regardent au fond des yeux
vous toisent vous devinent [i]    On te connaît
ton passé nous est familier
ensemble on a gardé les troupeaux[/i]
vous saluez     vous acquiescez
sachant qu'un jour vous nagerez
dans l'océan des glaises avec tous vos aïeux
et vite vous avalez une poignée de terre
pour vous rappeler à jamais
ce goût de larve de la vie
cet emmêlement de larmes et de larves.

[i]Alexandre Voisard[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 146]
Auteur : heros de l'amer
Date : 24-04-2007 13:27

[b]Soir de lune
(avril)[/b]

L'azur du soir s'éteint rayé de bandes vertes.
Comme hors de son lit un fleuve débordé,
La lune se répand, et l'éther inondé
Ruisselle, des coteaux aux plaines découvertes.

Sous le voile muet de ces lueurs désertes,
Nulle voix qui s'élève et nul pas attardé.
Des bruits vivants du jour la terre n'a gardé
Que le vague frisson des feuilles entr'ouvertes.

C'est un cadre incertain de rêves allemands,
Un linceul de clarté bleue et de flots dormants,
Où la nature a froid comme une ensevelie.

Les champs semblent noyés, et, sous le clair rideau
Des chênes, l'oeil rencontre la mélancolie
De blancs rayons tombés comme des flaques d'eau.

[i]Albert Mérat[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 147]
Auteur : polkaïna
Date : 24-04-2007 19:06

Joli! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 148]
Auteur : heros de l'amer
Date : 25-04-2007 13:59

coooooool ! une visite ! ;)

[b]Dans la bibliothèque de ma mère[/b]

Dans la bibliothèque de ma mère
les livres étaient comme des draps
linge frais ou linceul
ils moulaient formes et rêves, vivants et morts
m'enveloppant de silence
pour mieux parler les choses innommées
l'azur et l'ombre
et les visages, beaux oiseaux
qui n'en finissaient pas de passer
sur leurs pages veinées d'encre de sang et d'eau

dans la bibliothèque de ma mère
la solitude dessinait un paysage sans horizon
un présent
où le coeur avançait
les livres souffleurs d'amour et de douleur
couturaient l'invisible
je m'égarais dans leur végétation
au-dedans et au-dehors, mots ouverts
histoire oubliée sous les lilas
l'odeur de la vie m'emportait

dans la bibliothèque de ma mère
les livres étaient comme des mains
que je promenais sur le monde
que je levais vers le ciel, feu ou vide
ils rendaient toute figure visible
traversant le temps, l'ici et l'ailleurs
pour retourner à la source dont ils venaient
dans la bibliothèque de ma mère
j'étais sans âge et sans demeure
la lectrice éternelle, l'étrangère.

[i]Sylvie Fabre G.[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 149]
Auteur : polkaïna
Date : 25-04-2007 19:21

Dans un style différent, j'aime beaucoup également!



PS : je passe tous les jours! ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 150]
Auteur : heros de l'amer
Date : 26-04-2007 18:11
Titre : Pourquoi, Seigneur, les hirondelles

Pourquoi, Seigneur, les hirondelles,
Si bas, puis si haut volent-elles :
Qu'en savent-elles,
Qu'en sais-je ? rien.

Et moi, pourquoi, gai, puis morose,
Pourquoi mes vers, pourquoi ma prose,
Pourquoi sous mes doigts cette rose,
Qu'en sai-je ? rien.

[i]Georges Fagus[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 151]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-04-2007 12:47

Allez, un peu de poésie, parce que la politique n'est pas loin de me faire perdre mon sang-froid.

[b]Pas rien, pas rien, le petit vent de l'aube ...[/b]

Pas rien, pas rien, le petit vent de l'aube,
le petit rose du petit matin,
changé en pourpre, en noir, en nuit de taupe.
Je suis la taupe et le ciel est lointain.

Pas rien, pas rien, les flaques sur la plage,
la dune blonde et la blonde clarté,
la mer sans fin et les vagues sans âge.
Nous n'y aurons dansé qu'un seul été.

Pas rien, pas rien, même si l'on décompte
les vaches maigres, les années de chien.
J'aurai vécu tel jour, telle seconde.
C'était trop peu, mais ce ne fut pas rien.

[i]Liliane Wouters[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 152]
Auteur : heros de l'amer
Date : 28-04-2007 10:53
Titre : De la nature d'un système chaotique

La nature
d'un système chaotique
est d'amplifier
les erreurs
de départ

La caractéristique
de toute turbulence
est d'être dominée
par des comportements
non linéaires

Deux feuille de papier
posées exactement
l'une à côté de l'autre
se séparent toujours
au bout d'un instant

Les chemins que l'on
pose à l'envers dans le ciel
ne deviennent
pas de suite
le double de nos ombres

Ni la lumière qui pleure
des nombres dans le noir

Toute beauté commence quand
deux feuilles de papier
posées exactement l'une à côté
de l'autre se séparent au bout d'un instant

La poésie a aussi
un comportement
non linéaire

Tout poète écrit en même temps
sur deux feuilles de papier
posées exactement l'une à côté de l'autre
et qui le séparent au bout d'un instant

Le poème double qui en surgit est l'origine
de la séparation de tous les poèmes
ou le possible
d'une nouvelle unité impossible
de la réconciliation

Le rouge-gorge
debout au-dessus
du téléviseur éventré
n'a pas de nom
dans le dictionnaire des dictionnaires

Son nom dans la nuit
est devenu le jumeau de tous les noms

[i]Serge Pey[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 153]
Auteur : heros de l'amer
Date : 29-04-2007 10:05
Titre : Du partement d'Anne

Où allez-vous, Anne ? que je le sache,
Et m'enseignez avant que de partir
Comme ferai, afin que mon oeil cache
Le dur regret du coeur triste et martyr.
Je sais comment ; point ne faut m'avertir :
Vous le prendrez, ce coeur, je le vous livre ;
L'emporterez pour le rendre délivre
Du deuil qu'aurait loin de vous en ce lieu ;
Et pour autant qu'on ne peut sans coeur vivre
Me laisserez le vôtre, et puis adieu.

[i]Clément Marot[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 154]
Auteur : heros de l'amer
Date : 30-04-2007 12:50
Titre : L'heur de mon mal, enflammant le désir ...

L'heur de mon mal, enflammant le désir,
Fit distiller deux coeurs en un devoir ;
Dont l'un est vif pour le doux déplaisir,
Qui fait que Mort tient l'autre en son pouvoir.
Dieu aveuglé, tu nous as fait avoir
Du bien le mal en effet honorable :
Fais donc aussi que nous puissions avoir
En nos esprits contentement durable !

[i]Pernette du Guillet[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 155]
Auteur : heros de l'amer
Date : 01-05-2007 09:08
Titre : L'heur de notre heur enflambant le désir ...

L'heur de notre heur enflambant le désir
Unit double âme en un même pouvoir :
L'une mourant vit du doux déplaisir
Que l'autre vive a fait mort recevoir.
Dieu aveuglé, tu nous as fait avoir,
Sans autrement ensemble consentir,
Et posséder, sans nous en repentir,
Le bien du mal en effet désirable ;
Fais que puissions aussi longtemps sentir
Si doux mourir en vie respirable.

[i]Maurice Scève[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 156]
Auteur : heros de l'amer
Date : 02-05-2007 14:10
Titre : Valse de Chopin

Comme un baiser sanguinolent
De la bouche d'une phtisique,
Il tombe de cette musique
Un charme morbide et dolent.

Un son cruel du thème blanc
Empourpre soudain la tunique
Comme un baiser sanguinolent
De la bouche d'une phtisique.

Le rythme doux et violent
De la valse mélancolique
Me laisse une saveur physique,
Un fade arrière-goût troublant,
Comme un baiser sanguinolent.

[i]Albert Giraud[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 157]
Auteur : heros de l'amer
Date : 03-05-2007 17:26
Titre : Préparation d'un président de la République

Vous le mettez entièrement nu dans un local à 25° environ.
Vous le lavez au savon de Marseille, [i]grosso modo[/i], le rincez,
l'essuyez en laissant cependant une légère humidité qui vous
permettra de roulotter les traces grisâtres qui pourraient
subsister. Avec un tampon d'ouate imbibé d'une [i]bonne[/i] eau de
Cologne, vous frottez légèrement toute la surface à
l'exception des muqueuses, pas de talc. Selon la température
extérieure vous lui mettez un ou deux sous-vêtements de 
laine, la chemise, le pantalon, le gilet, le grand cordon,
chaussures, un coup de peigne et en avant la musique. Bonne
chance.

[i]Chaval[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 158]
Auteur : dez
Date : 03-05-2007 18:05

Je vais essayer de vous pondre une histoire d'amour Ségo Sarko pour avant les élections.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 159]
Auteur : heros de l'amer
Date : 05-05-2007 09:56
Titre : Soir

La lumière agonise et meurt à tes genoux.
Viens, ô toi dont le front impénétrable et doux
Porte l'accablement des pesantes années :
Douloureuse et les traits mortellement pâlis,
Viens, sans autre parfum dans ta robe à longs plis,
Que le souffle des fleurs depuis longtemps fanées.

Viens, sans fard à ta lèvre où brûle mon désir,
Sans anneaux, — le rubis, l'opale et le saphir
Déshonorent tes doigts laiteux comme la lune. —
Et bannis de tes yeux les reflets du miroir ...
Voici l'heure très simple et très chaste du soir
Où la couleur oppresse, où le luxe importune.

Délivre ton chagrin du sourire éternel,
Exhale ta souffrance en un sincère appel ;
Les choses d'autrefois, si cruelles et folles,
Laissons-les au silence, au lointain, à la mort ...
Dans le rêve qui sait consoler de l'effort,
Oublions cette fièvre ancienne des paroles.

Je baiserai tes mains et tes divins pieds nus,
Et nos coeurs pleureront de s'être méconnus,
Pleureront les mots vils et les gestes infâmes.
Des vols s'attarderont dans la paix des chemins ...
Tu joindras la blancheur mystique de tes mains,
Et je t'adorerai, dans l'ombre où sont les âmes.

[i]Renée Vivien[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 160]
Auteur : polkaïna
Date : 05-05-2007 10:32

Magnifique!!! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 161]
Auteur : heros de l'amer
Date : 06-05-2007 10:23

il m'a beaucoup plu aussi celui-là.
mais allez hop, au suivant !


[b]Pourquoi cette limpidité me conduit-elle au noir ?[/b]

Pourquoi cette limpidité me conduit-elle au noir ?
Dit l'homme à terre
En enlaçant ses genoux de ses bras
Pourquoi la ligne de ce ciel tire-t-elle vers l'obscur ?
Et je ne sais plus bien si j'habite chez moi
L'été posait son air d'enfance autour de lui
L'homme vieillissait
C'était prendre posément la mesure de sa force
Il trouvait que sa peau ressemblait à de la terre
Saine et sèche comme elle
Il était naturel qu'il s'entourât aussi de ciel
Mais il s'en étonnait
Et il réfléchissait tenace en amont de sa tâche
En mûrissant dans le centre de l'heure
Juste au milieu des alentours
Homme
Cristal pensant et mains de solitude
Mains lourdes pourtant de trois garçons
Et de la femme qui l'attendait à la maison
(L'heure est vivante, pensait-il,
À l'ombre et au soleil
L'heure qui cajole qui entrave et qui porte)
Et l'homme pense la vie
Non sa vie
Mais la vie la mort avec l'amour entre les deux
Et leurs noeuds noirs au coeur des maisons fraîches
Avec l'amour qui l'attache par sa tige à cette heure
Et sa pensée est forte comme une jeune fille
Qui se réveille
Il était naturel qu'il s'étonnât du ciel
Et l'homme s'étonnait
Que sa limpidité s'ensemence de noir

[i]Gabrielle Althen[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 162]
Auteur : heros de l'amer
Date : 08-05-2007 12:19
Titre : Nocturne

Les voici mûrs, ces fruits d'un ombrageux destin. De notre songe issus, de notre sang nourris, et qui hantaient la pourpre de nos nuits, ils sont les fruits du long souci, ils sont les fruits du long désir, ils furent nos plus secrets complices et, souvent proches de l'aveu, nous tiraient à leurs fins hors de l'abîme de nos nuits ... Au feu du jour toute faveur ! Les voici mûrs et sous la pourpre, ces fruits d'un impérieux destin. Nous n'y trouvons point notre gré.

Soleil de l'être, trahison ! Où fut la fraude, où fut l'offense ? où fut la faute et fut la tare, et l'erreur quelle est-elle ? Reprendrons-nous le thème à sa naissance ? Revivrons-nous la fièvre et le tourment  ?... Majesté de la rose, nous ne sommes point de tes fervents : à plus amer va notre sang, à plus sévère vont nos soins, nos routes sont peu sûres, et la nuit est profonde où s'arrachent nos dieux. Roses canines et ronces noires peuplent pour nous les rives du naufrage.

Les voici mûrissant, ces fruits d'une autre rive. "Soleil de l'être, couvre-moi !" —parole du transfuge. Et ceux qui l'auront vu passer diront : qui fut cet homme, et quelle, sa demeure ? Allait-il seul au feu du jour montrer la pourpre de ses nuits ?... Soleil de l'être, Prince et Maître ! Nos oeuvres sont éparses, nos tâches sans honneur et nos blés sans moisson : la lieuse de gerbes attend au bas du soir. —Les voici teints de notre sang, ces fruits d'un orageux destin.

À son pas de lieuse de gerbes s'en va la vie sans haine ni rançon.

[i]Saint-John Perse[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 163]
Auteur : heros de l'amer
Date : 09-05-2007 12:37
Titre : Le Thé

Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise :
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté :
Miss Ellen, versez-moi le Thé.

[i]Théodore de Banville[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 164]
Auteur : Habemuspampam
Date : 11-05-2007 10:48

Allez, j'y vais de ma petite contribution par l'intermédiaire de l'immense Jacques Prévert.


LA BROUETTE OU LES GRANDES INVENTIONS

Le paon fait la roue
le hasard fait le reste
Dieu s'assoit dedans
et l'homme le pousse.

[I]Jacques Prévert[/I]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 165]
Auteur : heros de l'amer
Date : 11-05-2007 12:22

merci habemuspampam §bienjoué§

[b]Abrégé d'Éternité[/b]

Sur le radeau, j'allumerai un cierge
et j'inventerai ma prière
Je laisserai à la vague inspirée
le soin d'ériger son temple
Je revêtirai de ma cape
le premier poisson
qui viendra se frotter à mes rames
J'irai ainsi par nuit et par mer
sans vivres ni mouettes
avec un bout de cierge
et un brin de prière
J'irai ainsi
avec mon visage d'illuminé
et je me dirai
ô moitié d'homme, réjouis-toi
tu vivras si tu ne l'as déjà vécu
un abrégé d'éternité

[i]Abdellatif Laâbi[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 166]
Auteur : heros de l'amer
Date : 13-05-2007 09:42
Titre : Puisque mai tout en fleurs ...

Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame,
Viens ! ne te lasse pas de mêler à ton âme
La campagne, les bois, les ombrages charmants,
Les larges clairs de lune au bord des flots dormants,
Le sentier qui finit où le chemin commence,
Et l'air et le printemps et l'horizon immense,
L'horizon que ce monde attache humble et joyeux
Comme une lèvre au bas de la robe des cieux !
Viens ! et que le regard des pudiques étoiles
Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles,
Que l'arbre pénétré de parfums et de chants,
Que le souffle embrasé de midi dans les champs,
Et l'ombre et le soleil et l'onde et la verdure,
Et le rayonnement de toute la nature
Fassent épanouir, comme une double fleur,
La beauté sur ton front et l'amour dans ton coeur !

[i]Victor Hugo[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 167]
Auteur : heros de l'amer
Date : 14-05-2007 12:51
Titre : Liminaire

Je vous avais aimée
Fervent ainsi qu'on prie,
Dans les jours qui sourient
À l'amour que l'on a,

Car je l'avais trouvée
La paix qu'on rêve en soi,
Douce en vous, comme ornée
Du charme de la vie,

Et vous m'étiez jardin
De clarté resplendie,
Dans la joie consentie
Dont mon coeur était plein.

Or d'avoir bu en vous
La vie à coupe pleine,
Où dans la paix, la peine,
Tout m'avait été doux,

Je vous avais aimée
Car vous m'étiez le ciel
Où mon coeur prenait ailes
Et trouvait sa clarté,

Et dans ma foi sans doute,
Alors des jours allés,
Où c'était vous et toute
D'amour ensoleillée,

Je vous avais aimée
En l'ombre de moi-même,
Comme la paix suprême
Et dans mon coeur entrée.

[i]Max Elskamp[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 168]
Auteur : heros de l'amer
Date : 15-05-2007 12:41
Titre : Si la vie s'en va

Si la vie s'en va
adieu la prochaine
Si la vie s'en va s'en va en s'écoulant
faut plus demander si ça vaut la peine
le soleil se lève et la brosse à dents

si la vie s'en va
adieu la dernière
si la vie s'en va s'en va en s'épuisant
on ne fera plus machine arrière
la pluie tombe drue et l'envasement

si la vie s'en va
adieu la présente
si la vie s'en va s'en va en s'éteignant
la nuit ça va bien quand elle est passante
et pas le trou noir qu'on vous fout dedans

si la vie s'en va c'est qu'aucune est proche
alors on s'en va tout philosophant
tout ça c'est véloce aussi bien qu'atroce
malgré ça tout ça s'en va continuant

[i]Raymond Queneau[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 169]
Auteur : Big_Cheesius
Date : 20-05-2007 14:54

Yo heros,

A part le recueil tu as des poetes à recommander?

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 170]
Auteur : heros de l'amer
Date : 22-05-2007 07:19

à recommander, non, pas vraiment, je ne suis pas très original dans mes goûts littéraires, c'est justement pourquoi j'apprécie ce genre de compilation qui permet de sortir des sentiers battus et parfois d'apprécier quelqu'un qu'on ne connaissait pas
Un petit Baudelaire, maintenant ! ;)

[b]La vie antérieure[/b]

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux, 
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux, 
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques. 
	  
Les houles, en roulant les images des cieux, 
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique 
Les tout-puissants accords de leur riche musique 
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux. 
	  
C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes, 
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs 
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs, 
	  
Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes, 
Et dont l'unique soin était d'approfondir 
Le secret douloureux qui me faisait languir.

[i]Charles Baudelaire[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 171]
Auteur : polkaïna
Date : 22-05-2007 09:19

Les deux derniers sont vraiment sympas! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 172]
Auteur : heros de l'amer
Date : 22-05-2007 12:37
Titre : Le martinet

Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S'il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l'hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour ?

Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n'est plus à l'étroit que lui.

L'été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.

Il n'est pas d' yeux pour le tenir. Il crie, c'est toute sa présence. Un mince fusil va l'abattre. Tel est le coeur.

[i]René Char[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 173]
Auteur : heros de l'amer
Date : 23-05-2007 12:01
Titre : Sonnet de nuit

Ô croisée ensommeillée,
Dure à mes trente-six morts !
Vitre en diamant, éraillée
Par mes atroces accords !

Herse hérissant rouillée
Tes crocs où je pends et mords !
Oubliette verrouillée
Qui me renferme ... dehors !

Pour Toi, Bourreau que j'encense,
L'amour n'est donc que vengeance ?...
Ton balcon : grill à braiser ?...

Ton col : collier de garotte ?...
Hé bien ! Ouvre, Iscariote,
Ton judas pour un baiser !

[i]Tristan Corbière[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 174]
Auteur : heros de l'amer
Date : 24-05-2007 17:53
Titre : Il pleut

Il pleut, accourez ma mignonne,
Nous jacasserons près du feu,
Et le ciel gris paraîtra bleu
Dans votre regard qui rayonne !

Nous nous dirons des mots en l'air,
Des mots vifs comme des fusées,
Et le ciel noir paraîtra clair
Dans vos chères boucles frisées !

Nous nous embrasserons encor
Comme l'autre soir, sur les lèvres,
Et si folles seront nos fièvres
Que l'affreux ciel paraîtra d'or !

Et dans cette nuit d'infamie
Où des crimes hurlent au loin,
Nous nous blottirons dans un coin,
Tout près l'un de l'autre, m'amie.

Nous dirons à ce ciel qu'il ment,
Nous oublierons qu'il pleut à verse,
Plongés dans un rêve qui berce
Et qui grise adorablement.

Viens, ma douce, viens, dis, c'est l'heure
Où les gens graves font des nez ...
Nos péchés seront pardonnés :
Nous rirons, puisque le ciel pleure.

[i]Max Waller[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 175]
Auteur : heros de l'amer
Date : 25-05-2007 12:41
Titre : Comme on voit sur la branche

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose ;

La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur ;
Mais battue ou de pluie, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

[i]Pierre de Ronsard[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 176]
Auteur : polkaïna
Date : 26-05-2007 17:20

Ben dis donc tu es en forme en ce moment héros! Ils sont vraiment sublimes les poêmes que tu postes! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 177]
Auteur : heros de l'amer
Date : 26-05-2007 20:13

Un autre, alors ? (mais je n'y suis vraiment pour rien, je me contente de suivre mon éphéméride)

[b]Hommage aux mânes de Ronsard[/b]

Afin de témoigner à la Postérité,
Que je fus en mon temps Partisan de ta gloire,
Malgré ces ignorants de qui la bouche noire
Blasphème parmi nous contre ta Déité,

Je viens rendre à ton nom ce qu'il a mérité ;
Belle âme de Ronsard dont la sainte mémoire
Remportera du temps une heureuse victoire,
Et ne se bornera que de l'éternité.

Attendant que le ciel mon désir favorise,
Que je te puisse voir dans les plaines d'Élyse,
Ne t'ayant jamais vu qu'en tes doctes Écrits ;

Belle âme, qu'Apollon ses grâces me refuse,
Si je n'adore en toi le roi des grands Esprits,
Le père des beaux vers et l'enfant de la Muse.

[i]Guillaume Colletet[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 178]
Auteur : polkaïna
Date : 26-05-2007 20:15

C'est différent mais c'est un bel hommage! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 179]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-05-2007 10:49
Titre : Il possède ...

Il possède
de grands livres de nuit
où il se retire le jour venu.
Il y demeure,
immobile,
les yeux fixés
sur les prédateurs du matin.
Il laisse son double
aller son amble, discourir,
serrer des mains, aborder
l'inabordable, rêver de
femmes
intouchables
empoisonnées
pérorer sur la place publique
offerte aux Vanités-
lui qui, dans son abri obscur,
tutoie la mort
et lui parle en silence
jusqu'au fond des yeux.

Il possède
de grands livres de nuit
sur lesquels
il tient registre de ses chagrins.
Qu'en restera-t-il ?
Rien.
Pourtant
il y consigne
les vents inconnus
arrêtés par miracle
au seuil des maisons

(Et qu'il en meure,
nul n'y songe)

[i]Jean-Luc Wauthier[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 180]
Auteur : polkaïna
Date : 27-05-2007 10:50

§snif§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 181]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-05-2007 10:52

ce qui est beau n'est pas toujours (souvent) gai.  :-\

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 182]
Auteur : heros de l'amer
Date : 28-05-2007 12:04
Titre : Si c'est un crime que l'aimer

Si c'est un crime que l'aimer
L'on n'en doit justement blâmer
Que les beautés qui sont en elle,
La faute en est aux dieux
Qui la firent si belle :
Mais non pas à mes yeux.

Car elle rend par sa beauté
Les regards, et la liberté
Incomparables devant elle.
La faute en est aux dieux
Qui la firent si belle :
Mais non pas à mes yeux.

Je suis coupable seulement
D'avoir beaucoup de jugement
Ayant beaucoup d'amour pour elle.
La faute en est aux dieux
Qui la firent si belle :
Mais non pas à mes yeux.

Qu'on accuse donc leur pouvoir,
Je ne puis vivre sans la voir,
Ni la voir sans mourir pour elle.
La faute en est aux dieux
Qui la firent si belle :
Mais non pas à mes yeux.

[i]Jean de Lingendes[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 183]
Auteur : polkaïna
Date : 28-05-2007 21:11

Magnifique celui-là aussi!
Pfffff j'en ai marre de ne te faire que des compliments dans ce topic! 

:D

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 184]
Auteur : heros de l'amer
Date : 29-05-2007 14:23
Titre : Combien de roses sont-elles ...

Combien de roses sont-elles
À marcher encore dans le grand pré
Et la solitude ?

Combien sont-elles,

Roses venues de mai
Ou des lointaines terres blanches,

Combien sont-elles,

Qui ne seront jamais tout à fait ouvertes,
Qui ne seront jamais que silences, demi-mots
Ou douleurs ?

Combien sont-elles
Qui se tournent ainsi vers les ruines
Et les vides d'un homme ?

[i]Yves Namur[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 185]
Auteur : polkaïna
Date : 29-05-2007 21:43

Pas aussi joli que d'hab! Yessssss! :p

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 186]
Auteur : heros de l'amer
Date : 30-05-2007 12:27

bon ben on va bien voir si celui-ci te réjouira un peu plus ! §rofl§

[b]Le rêve[/b]
[i]d'après le tableau de Jules Lefebvre[/i]

Légère et d'or pâle coiffée,
Dans un nuage, sur les eaux,
C'est bien la transparente fée
Des nénuphars et des roseaux.

Demi-voilé pour le profane,
Il semble craindre le regard,
Ce corps exquis et diaphane
Qui se roule dans le brouillard.

Vers quel mystérieux voyage
Va le blond fantôme flottant ?
Est-ce une femme, est-ce un nuage
Qui glisse et vole sur l'étang ?

Mais déjà tout s'emplit d'aurore,
Et, dans le ciel rose et vermeil,
L'apparition s'évapore
Au premier rayon du soleil,

Et ne laisse pas plus de trace
Que le rapide éclair d'azur
De ce martin-pêcheur qui passe
N'en a laissé sur le flot pur.

[i]François Coppée


J'ai vainement cherché sur le net le tableau ayant inspiré ce poème, sans succès. si quelqu'un avait un lien ....[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 187]
Auteur : polkaïna
Date : 31-05-2007 00:59

Pas de lien mais simplement mon ressenti concernant ce poême : très joli! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 188]
Auteur : heros de l'amer
Date : 31-05-2007 18:03
Titre : Valse de Chopin

Comme un baiser sanguinolent
De la bouche d'une phtisique,
Il tombe de cette musique
Un charme morbide et dolent.

Un son cruel du thème blanc
Empourpre soudain la tunique
Comme un baiser sanguinolent
De la bouche d'une phtisique.

Le rythme doux et violent
De la valse mélancolique
Me laisse une saveur physique,
Un fade arrière-goût troublant,
Comme un baiser sanguinolent.

[i]Albert Giraud[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 189]
Auteur : heros de l'amer
Date : 01-06-2007 12:43
Titre : Impromptu

[i]en réponse à cette question : qu'est-ce que la poésie ?[/i]

Chasser tout souvenir et fixer sa pensée,
Sur un bel axe d'or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant ;
Éterniser peut-être le rêve d'un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écouter dans son coeur l'écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D'un sourire, d'un mot, d'un soupir, d'un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme
Faire une perle d'une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie, et son ambition.

[i]Alfred de Musset[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 190]
Auteur : polkaïna
Date : 01-06-2007 19:12

Je n'aime pas trop le premier; en revanche, le second est superbe!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 191]
Auteur : heros de l'amer
Date : 03-06-2007 10:08
Titre : Tout le monde se plaint de la cruelle envie

Tout le monde se plaint de la cruelle envie
Que la Nature porte aux longueurs de nos jours :
Hommes, vous vous trompez, ils ne sont pas trop courts,
Si vous vous mesurez au pied de votre vie.

Mais quoi ? je n'entends point quelqu'un de vous qui die :
Je me veux dépêtrer de ces fachauex détours ;
Il faut que je revole à ces plus beaux séjours,
Où séjourne des temps l'entresuite infinie.

Beaux séjours, loin de l'exil, près de l'entendement,
Au prix de qui ce Temps ne monte qu'un moment,
Au prix de qui le jour est un ombrage sombre,

Vous êtes mon désir : et ce jour, et ce Temps,
Où le Monde s'aveugle et prend son passetemps,
Ne me seront jamais qu'un moment, et qu'une Ombre.

[i]Jean de Sponde[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 192]
Auteur : heros de l'amer
Date : 04-06-2007 17:52
Titre : De Sponde, ton malheur fut ta félicité

De Sponde, ton malheur fut ta félicité,
Tu fus, abandonnant la vanité mondaine,
De son incertitude une preuve certaine,
t trouvas ta constance en sa légèreté.

Mon Dieu, que ta prison fut bien ta liberté !
Ô combien de repos tu tiras de ta peine !
Que de bonheur divin de l'infortune humaine, 
Mourant heureusement en son adversité !

L'éteuf, qu'on pousse en bas, en haut saute et s'élance,
Recevant de son corps contraire violence,
Et plus fort abattu ressaute beaucoup mieux.

De Sponde, tout ainsi tombant de la fortune,
Tu pris si rude coup qu'en ta chute opportune,
Repoussé contre-mont, tu bondis dans les cieux.

[i]Laugier de Porchères[/i]


[b]l'éteuf[/b] est une petite balle dont on se sert pour jouer à la longue paume.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 193]
Auteur : heros de l'amer
Date : 06-06-2007 13:05
Titre : Villonelle

Dis-moi quelle fut la chanson
Que chantaient les belles sirènes
Pour faire pencher des trirèmes
Les grecs qui lachaient l'aviron.

Achille qui prit Troie, dit-on,
Dans un cheval bourré de son
Achille fut grand capitaine
Or, il fut pris par des chansons
Que chantaient des vierges hellènes
Dis-moi, Vénus, je t'en supplie
Ce qu'était cette mélodie.

Un prisonnier dans sa prison
En fit une Tripolitaine
Et si belle que sans rançon
On le rendit à sa marraine
Qui pleurait contre la cloison.

Nausicaa à la fontaine
Pénélope en tissant la laine
Zeuxis peignant sur les maisons
Ont chanté la faridondaine !...
Et les chansons des échansons ?

Échos d'échos des longues plaines
Et les chansons des émigrants !
Où sont les refrains d'autres temps
Que l'on a chanté tant et tant ?
Où sont les filles aux belles dents
Qui l'amour par les chants retiennent ?
Et mes chansons ? qu'il m'en souvienne !

[i]Max Jacob[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 194]
Auteur : heros de l'amer
Date : 08-06-2007 12:55
Titre : Sieste éternelle

Le blanc soleil de juin amollit les trottoirs.
Sur mon lit, seul, prostrè comme en ma sépulture
(Close de rideaux blancs, oeuvre d'une main pure),
Je râle doucement aux extases des soirs.

Un relent énervant expire d'un mouchoir
Et promène sur mes lèvres sa chevelure
Et comme un piano voisin rêve en mesure,
Je tournoie au concert rythmé des encensoirs.

Tout est un songe. Oh ! viens, corps soyeux que j'adore,
Fondons-nous, et sans but, plus oublieux encore ;
Et tiédis longuement ainsi mes yeux fermés.

Depuis l'éternité, croyez-le bien, Madame,
L'Archet qui sur nos nerfs pince ses tristes gammes
Appelait pour ce jour nos atomes charmés.

[i]Jules Laforgue[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 195]
Auteur : heros de l'amer
Date : 09-06-2007 14:39
Titre : L'aube

Et la vie
la vie minuscule
la vie qui cherhce

refuge au creux d'une aile

voici l'aube, les pépiements
des oiseaux dans un arbre
debout

malgré la nuit
tout juste éteinte

Il reste pourtant cette chair
collée à la paroi
des pierres, ce sang
ce bruit

un bruit de bombes
à faire éclater
ton oreille

et tes dernières images
du bonheur.

[i]Louise Dupré[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 196]
Auteur : heros de l'amer
Date : 10-06-2007 11:00
Titre : L'arbre

Cet arbre et son frémissement
forêt sombre d'appels,
de cris,
mange le coeur obscur de la forêt.

Vinaigre et lait, le ciel, la mer,
la masse épaisse du firmament,
tout conspire à ce tremblement,
qui gîte au coeur épais de l'ombre.

Un coeur qui crève, un astre dur
qui se dédouble et fuse au ciel,
le ciel limpide qui se fend
à l'appel su soleil sonnant,
font le même bruit, font le même bruit,
que la nuit et l'arbre au centre du vent.

[i]Antonin Artaud[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 197]
Auteur : heros de l'amer
Date : 12-06-2007 13:14
Titre : La fleur est humide ...

La fleur est humide

Elle est une chose lourde
Ronde fermée sans lumière
À l'intérieur

Seul un insecte s'insinue
Comme il s'enfoncerait dans l'eau

Il faut descendre aveugle dans la fleur
Oublier tout attendre qu'elle éclate
Dans le rouge et dans le parfum
Mystérieux qui la composent

Elle s'ouvre quand elle meurt
Nous attendrons qu'elle meure
Pour voir le secret de son corps

Car le vent léger la pluie
Ou le doigt dispersèrent
Ses beaux velour sur l'herbe ou sur la table.

(...)

[i]Jean Tortel[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 198]
Auteur : heros de l'amer
Date : 15-06-2007 12:25
Titre : Le gouffre

Il est des gouffres noirs dont les bords sont charmants.

Je sais un gouffre noir sur la verte colline.
Des arbres de senteur l'ombragent en entier,
Et l'on y vient joyeux par le plus gai sentier.
Un matin j'admirais, l'âme neuve et ravie,
Tout cet enchantement de verdure et de fleurs
Suspendu sur le vide et mêlant leurs couleurs
Je m'enivrais de joie et d'arôme et de vie.

Le soleil à travers les branches pacifiques
Criblait de diamants ces émaux sur ce noir ;
Si bien que l'on eût dit sous la terre entrevoir
L'autre image du ciel dans les nuits magnifiques.
Et pour sonder le creux du soupirail profond,
Pour réveiller l'écho qui dormait sous ces plantes,
J'y fis tomber caillou, pierre et roches branlantes ;
Mais comme au néant même en qui rien ne répond,
Tout s'abîmait. Nul bruit ne monta des ténèbres,
Un horrible frisson de paleur et de froid
M'envahit tout à coup. Et je m'enfuis tout droit,
Souffleté par le vent des mystères funèbres.

[i]Léon Dierx[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 199]
Auteur : heros de l'amer
Date : 17-06-2007 17:58
Titre : Heidelberg

Quand le soir tombe pourpre
Sur la ville qui l'est tout autant
Bourg palatin presque rhénan
Quand dans mon coeur cognent les moteurs
De péniches aux noms de femmes
Sœur Anne je te vois venir
Quand Hölderlin se cache derrière une stèle
Et cuisent les rhododendrons
Ou les lilas je ne sais plus
Quand une brise philosophique
Masse la tête des vieux tilleuls
Aux rêves de vieille porcelaine

On croirait presque que le bonheur existe
Ailleurs ailleurs toujours ailleurs
Et plus loin plus loin encore.

[i]Xavier Hanotte[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 200]
Auteur : heros de l'amer
Date : 18-06-2007 20:12
Titre : On joue mélancolie à un doigt sur le piano de la vie ...

On joue mélancolie à un doigt sur le piano de la vie.

On achète des barres de chocolat pour au cas.

On cherche, il est tard, une porte de sortie, et puis on oublie, on oublie que c'est le soir.

De la famille est dispersée, de la famille est espérée, on se repeint une mémoire, les mots s'en vont vers des couloirs obscurs, le gardien gagne sa mangeoire, on retrouve des rêves qui durent, des rêves tout obscurs.

On joue mélancolie d'un doigt, et on hésite, sur des arbres tombés, sur des bêtes ensevelies. Le clavier,

Ce clavier-là,

On écoute, ne répond pas, on écoute au-delà des forêts qui renaissent très haut la chanson des borderies comme une complainte du bord d'ailleurs et

C'était la vie. La vie

Se joue, rejoue, déjoue dans le silence? Silence d'île.

Et d'autres et neuve enfance qui des neuf doigts te délie.

Alors se joue, rejoue, déjoue dans ce silence. Quelque chose - c'est peut-être un cheval, c'est peut-être un moulin, un boeuf sur de la paille - se joue quelque chose qui ne ressemble plus à rien. C'est un matin. On a jeté des cendres sur le chemin.

[i]Jacques Crickillon[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 201]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-06-2007 14:11
Titre : J'aurai vécu ...

J'aurai vécu, brûlant les âmes et les heures,
victorieux de l'homme, impatient de Dieu,
régnant, déchu, désert, amoureux de mes leurres,
mêlant le songe au mal et la prière au jeu.

Pour taire la douleur et conjurer la peine,
j'assemblais un langage en forme de chanson,
payant, heure après jour et jour après semaine,
mes trésors inventés par de tristes rançons.

Je laisserai sur terre une plus frêle piste
que le vol de l'oiseau qui dans l'air a glissé.
Quelque jour, mon enfant touchera d'un doigt triste
mes livres entr'ouverts et mes missels glacés.

Je fus ce qu'il sera : la ferveur, la tendresse ...
Les anges de l'amour sur mes songes régnaient.
Et voici tout à coup, si je veux qu'ils renaissent,
la douceur me mettant mille anneaux au poignet ...

Voici l'été. Voici les saisons en allées,
le sable chaud, l'odeur des roses au soleil,
l'aventure attendant au détour de l'allée
tout un bonheur lointain qui ressemble au sommeil.

[i]Charles Bertin[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 202]
Auteur : polkaïna
Date : 27-06-2007 20:22

Ah ben ça m'avait manqué!

Joli poème! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 203]
Auteur : heros de l'amer
Date : 01-07-2007 18:32
Titre : Les montreurs

Tel qu'un morne animal, meurtri, plein de poussière,
La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d'été,
Promène qui voudra son coeur ensanglanté
Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !
 
Pour mettre un feu stérile en ton oeil hébété,
Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière,
Déchire qui voudra la robe de lumière
De la pudeur divine et de la volupté.
 
Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire,
Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire,
Je ne te vendrai pas mon ivresse et mon mal,
 
Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,
Je ne danserai pas sur ton tréteau banal
Avec tes histrions et tes prostituées.

[i]Charles-Marie Leconte de Lisle[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 204]
Auteur : heros de l'amer
Date : 04-07-2007 19:19
Titre : Oubli

Allez, vieilles amours, chimères,
Caresses qui m'avez meurtri,
Tourments heureux, douceurs amères,
Abandonnez ce coeur flétri !

Sous l'azur sombre, à tire-d'ailes,
Dans l'espoir d'un gîte meilleur,
Fuyez, plaintives hirondelles,
Le nid désormais sans chaleur !

Tout s'éteint, grâce aux jours moroses,
Dans un tiède et terne unisson.
Où sont les épines des roses ?
Où sont les roses du buisson ?

Après l'angoisse et la folie,
Comme la nuit après le soir,
L'oubli m'est venu. Car j'oublie !
Et c'est mon dernier désespoir.

Et mon âme aux vagues pensées
N'a pas même su retenir
De toutes ses douleurs passées
La douleur de s'en souvenir.

[i]Catulle Mendès[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 205]
Auteur : polkaïna
Date : 04-07-2007 19:25

Magnifique! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 206]
Auteur : heros de l'amer
Date : 30-07-2007 13:16
Titre : Le Myrte

Parfois je te savais la terre, je buvais
Sur tes lèvres l'angoisse des fontaines
Quand elle sourd des pierres chaudes, et l'été
Dominait haut la pierre et le buveur.

Parfois je te disais de myrte et nous brûlions
L'arbre de tous tes gestes tout un jour.
C'étaient de grands feux brefs de lumière vestale,
Ainsi je t'inventais parmi tes cheveux clairss.

Tout un grand été nul avait séché nos rêves,
Rouillé nos voix, accru nos corps, défait nos fers.
Parfois le lit tournait comme une barque libre
Qui gagne lentement le plus haut de la mer.

[i]Yves Bonnefoy[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 207]
Auteur : heros de l'amer
Date : 31-07-2007 09:56
Titre : Le poème à Florence

Comme un aveugle s'en allant vers les frontières
Dans les bruits de la ville assaillie par le soir
Appuie obstinément aux vitres des portières
Ses yeux qui ne voient pas vers l'aile des mouchoirs

Cornme ce rail brillant dans l'ombre sous les arbres
Comme un reflet d'éclair dans les yeux des amants
Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre
Comme un législateur parlant à des déments

Une flamme a jailli pour perpétuer Florence
Non pas celle qui haute au détour d'un chemin
Porta jusqu'à la lune un appel de souffrance
Mais celle qui flambait au bucher quand les mains

Dressées comme cinq branches d'une étoile opaque
Attestaient que demain surgirait d'aujourd'hui
Mais celle qui flambait au chemin de Saint Jacques
Quand la déesse nue vers le nadir a fui

Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge
Quand fugitive et pure image de l'amour
Tu surgis tu partis et que le feu des forges
Rougeoyait les sapins les palais et les tours

J'inscris ici ton nom hors des deuils anonymes
Où tant d'amantes ont sombré corps âme et biens
Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes
Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens

Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse
Au bord de ce rivage où ne brille aucun feu
Nul phare blanchissant les bateaux en détresse
Nulle lanterne de ravage au front des boeufs

Mais je dresse aujourd'hui ton visage et ton rire
Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums
Dans un olympe arbitraire où l'ombre se mire
dans un miroir brisé sous les pas des défunts

Afin que si le tour des autres amoureuses
Venait avant le mien de s'abîmer tu sois
Et l'accueillante et l'illusoire et l'égareuse
La soeur des mes chagrins et la flamme à mes doigts

Car la route se brise au bord des précipices
Je sens venir les temps où mourront les amis
Et les amantes d'autrefois et d'aujourd'hui
Voici venir les tours de crêpe et d'artifice

Voici venir les tours où les oeuvres sont vaines
Où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits
Mais je bois goulûment les larmes de nos peines
Quitte à briser mon verre à l'écho de tes cris

Je bois joyeusement faisant claquer ma langue
Le vin tonique et mâle et j'invite au festin
Tous ceux-là que j'aimai. Ayant brisé leur cangue
Qu'ils viennent partager mon rêve et mon butin

Buvons joyeusement ! chantons jusqu'à l'ivresse !
Nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles
Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses.
Les verrous sont poussés au pays des merveilles.

[i]Robert Desnos[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 208]
Auteur : heros de l'amer
Date : 02-08-2007 13:31
Titre : Cher Ami, si tu m'en veux croire

Cher Ami, si tu m'en veux croire,
Nous quitterons ces jeunes sots
Qui ne parlent que de la gloire
Des combats qu'on fait sur les flots.

Éternisons notre mémoire
À vider un nombre de brocs.
Si nous sommes gros de trop boire,
Nouus en tiendrons plus, tant gros.

Moquons-nous de cette fumée
Qu'on appelle la renommée,
Et dont se moque l'Esprit fort.

Un verre plein durant la vie
Est cent fois plus digne d'envie
Qu'un tombeau vide après la mort.

[i]Vion D'Alibray[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 209]
Auteur : heros de l'amer
Date : 27-09-2007 16:07
Titre : Les accroche-coeurs

Ravivant les langueurs nacrées
De tes yeux battus et vainqueurs,
En mèches de parfum lustrées
Se courbent deux accroche-coeurs.

A voir s'arrondir sur tes joues
Leurs orbes tournés par tes doigts,
On dirait les petites roues
Du char de Mab fait d'une noix ;

Ou l'arc de l'Amour dont les pointes,
Pour une flèche à décocher,
En cercle d'or se sont rejointes
A la tempe du jeune archer.

Pourtant un scrupule me trouble,
Je n'ai qu'un coeur, alors pourquoi,
Coquette, un accroche-coeur double ?
Qui donc y pends-tu près de moi ?

[i]Théophile Gautier[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 210]
Auteur : polkaïna
Date : 27-09-2007 20:09

Ils nous avaient manqué ces p'tits poêmes! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 211]
Auteur : heros de l'amer
Date : 07-10-2007 10:56

[b]Dans la nuit[/b]

Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit

Mienne, belle, mienne

Nuit
Nuit de naissance
Qui m'emplit de mon cri
De mes épis.
Toi qui m'envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fume, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie
    sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu'un fil
Sous la nuit
La Nuit.

[i]Henri Michaux[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 212]
Auteur : cami
Date : 07-10-2007 20:10

[b]Toi qui me manque[/b] 

Ce soir tu n'es pas là
Et je suis en manque de toi
J'aurais voulu m'endormir dans tes bras
Et ne plus penser qu'à toi

Etre allongée à tes côtés
Et t'écouter doucement respirer
Tendrement te caresser
Et puis follement t'aimer

J'aurais voulu faire l'amour
Et que ne naisse jamais le jour
T'aimer encore et toujours
Mais je dois attendre jour après jour

Attendre ces moments de bonheur
Ces moments qui font battrent mon coeur
Qui sont fait de velour et de douceur
Alors dès à présent je compte les heures

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 213]
Auteur : polkaïna
Date : 07-10-2007 20:12

Waouh! Magnifique!

Ça me touche particulièrement en plus!


C'est de toi cami?

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 214]
Auteur : cami
Date : 07-10-2007 20:13

arf non malheureusement, mais j'ai farfouillé un peu sur internet pour trouver un poème qui reflétait mon sentiment ce soir... §snif§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 215]
Auteur : polkaïna
Date : 07-10-2007 20:16

Et tu sais de qui c'est?

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 216]
Auteur : cami
Date : 07-10-2007 20:20

une femme qui s'appelle sylvie. 

tiens un autre petit...

Besoin d'entendre le son de ta voix
Besoin de te sentir près de moi
Besoin de me blottir dans tes bras
Besoin de dormir près de toi

Ou tout simplement besoin de toi

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 217]
Auteur : polkaïna
Date : 07-10-2007 20:23

Oh p'tain! Ton état va être contagieux cami alors stop par pitié! §snif§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 218]
Auteur : cami
Date : 07-10-2007 20:33

bon d'accord! je vais aller me noyer dans ma baignoire et regarder lolita!!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 219]
Auteur : heros de l'amer
Date : 10-10-2007 19:42

[b] Ah ! Je le sçavois bien qu'elle a la fesse molle[/b]

Ah ! Je le sçavois bien qu'elle a la fesse molle,
La paillarde qu'elle est, et que mon vit batteur
A son con effondré ne feroit point de peur !
Con qui va distillant une moiteuse colle,
  Que te sert-il d'user de si prompte bricole,
D'un mouvement paillard et d'un souspir trompeur,
Tesmoignant que mon vit lui muguette le coeur ?
Mon vit vague dedans comme en une gondole !
  C'est une estable à vits, et tout vit passager
Quelque gros train qu'il ait, au large y peut loger,
Et n'est pas bien reçu s'il a petit bagage ;
  Et pour parler au vray des honneurs de son con,
Il est aussi dolent, sans un vit de mesnage,
Qu'un aveugle esgaré qui n'a point de baston.

[i]Étienne Jodelle[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 220]
Auteur : heros de l'amer
Date : 17-10-2007 17:27

Elle était bien jolie, au matin, sans atours,
De son jardin naissant visitant les merveilles,
Dans leur nid d'ambroisie épiant ses abeilles,
Et du parterre en fleurs suivant les longs détours.

Elle était bien jolie, au bal de la soirée,
Quand l'éclat des flambeaux illuminait son front,
Et que de bleus saphirs ou de roses parée
De la danse folâtre elle menait le rond.

Elle était bien jolie, à l'abri de son voile
Qu'elle livrait, flottant, au souffle de la nuit,
Quand pour la voir de loin, nous étions là sans bruit,
Heureux de la connaître au reflet d'une étoile.

Elle était bien jolie; et de pensers touchants,
D'un espoir vague et doux chaque jour embellie,
L'amour lui manquait seul pour être plus jolie!....
- "Paix! voilà son convoi qui passe dans les champs! "

[i]Charles Nodier[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 221]
Auteur : polkaïna
Date : 19-10-2007 14:16

Superbe! §bienjoué§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 222]
Auteur : heros de l'amer
Date : 30-10-2007 20:15

[b]À bouche perdue[/b]

Je voudrais te parler à bouche perdue
Comme on parle sans fin dans les rêves
Te parler des derniers jours à vivre
Dans la vérité tremblantes de l'amour
Te parler de toi, de moi, toujours de toi
De ceux qui vont demeurer après nous
Qui ne connaîtront pas l'odeur de notre monde
Le labyrinthe de nos idées mêlées
Qui ne comprendront rien à nos songes
A nos frayeurs d'enfants égarés dans les guerres
Je voudrais te parler, ma bouche contre ta bouche
Non de ce qui survit ni de ce qui va mourir
Avec la nuit qui déjà commence en nous
De nos vieilles blessures ni de nos défaites
Mais des étés qui fleuriront nos derniers jours
J'ai tant de choses à te dire encore
Que ce ne serait pas assez long ce qui reste de mon âge
Pour raconter de notre amour les sortilèges
Je voudrais retrouver les mots de l'espoir ivre
Pour te parler de toi, de tes yeux, de tes lèvres
Et je ne trouve plus que les mots amers de la déroute
Je voudrais te parler, te parler, te parler 

[i]Albert Ayguesparse[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 223]
Auteur : polkaïna
Date : 31-10-2007 01:34

Magnifique!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 224]
Auteur : L'ivrogne du 5e
Date : 07-11-2007 13:12

Ses rêves ont laissés place à l'amertume
Volatilisé son bonheur de vivre
Cette infâme misère sur le bitume
Il ne l'oublira qu'en étant ivre

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 225]
Auteur : heros de l'amer
Date : 01-12-2007 14:55

[b]Tam Tam I[/b]

à même le fleuve de sang de terre
à même le sang de soleil brisé
à même le sang d'un cent de clous de soleil
à même le sang du suicide des bêtes à feu
à même le sang de cendre le sang de sel le sang des sangs d'amour
à même le sang incendié d'oiseau feu
hérons et faucons
montez et brûlez

[i]Aimé Césaire[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 226]
Auteur : heros de l'amer
Date : 08-12-2007 07:46

[b]Rêves[/b]

Un enfant court
Autour des marbres...
Une voix sourd
Des hauts parages...
 
Les yeux si graves
De ceux qui t'aiment
Songent et passent
Entre les arbres...
 
Aux grandes orgues
De quelque gare
Gronde la vague
Des vieux départs...
 
Dans un vieux rêve
Au pays vague
Des choses brèves
Qui meurent sages...

[i]Léon-Paul Fargue[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 227]
Auteur : heros de l'amer
Date : 20-12-2007 13:20

[b]Spleen[/b]

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

[i]Charles Baudelaire[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 228]
Auteur : heros de l'amer
Date : 22-12-2007 11:10

[b]Ballade des proverbes[/b]

Tant grate chievre que mau gist ;
Tant va le pot a l'eaue qu'il brise;
Tant chauf'on le fer qu'il rougist,
Tant le maill'on qui qu'il se debrise ;
Tant vault l'omme comme on le prise,
Tant s'esloigne il qu'il n'en souvient,
Tant mauvais est qu'on le desprise ;
Tant crie l'on Noël qu'il vient.
 
Tant parl'on qu'on se contredit ;
Tant vault bon bruyt que grace acquise ;
Tant promest on qu'on se desdit ;
Tant pri'on que chose est acquise,
Tant plus est chere, et plus est quise,
Tant la quiert on qu'on y parvient,
Tant plus est commune, et mains requise ;
Tant crye l'on Noël qu'il vient.
 
Tant ayme on chien qu'on le nourrist ;
Tant court chanson qu'elle est aprise ;
Tant gard'on fruit qu'il se pourrist ;
Tant bat on place qu'elle prise ;
Tant tarde on que fault entriprise ;
Tant se haste on que mal advient ;
Tant embrasse on que chiet la prise ;
Tant crye l'on Noël qu'il vient.
 
Tant raille on que plus n'en rit ;
Tant despend on qu'on n'a chemise ;
Tant est on franc que tout s'il frit ;
Tant vault «tien » que chose promise ;
Tant ayme on Dieu qu'on suyt l'eglise;
Tant donne on qu'emprunter convient;
Tant tourne vent qu'il chiet en bise;
Tant crye l'on Noël qu'il vient.
 
Prince, tant vit fol qu'il s'avise,
Tant va il qu'aprés il revient,
Tant le mate on qu'il se ravise ;
Tant crye l'on Noël qu'il vient. 

[i]François Villon[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 229]
Auteur : heros de l'amer
Date : 31-12-2007 17:49

[b]À Mademoiselle de Lenclos
[i]Étrennes[/i][/b]

        Ô belle et charmante Ninon,
        À laquelle jamais on ne répondra non,
        Pour quoi que ce soit qu’elle ordonne,
        Tant est grande l’autorité
        Que s’acquiert en tous lieux une jeune personne,
        Quand avec de l’esprit elle a de la beauté,

        Puisque, hélas ! à cet an nouveau,
        Je n’ai rien d’assez bon, je n’ai rien d’assez beau
        De quoi vous bâtir une étrenne.
        Contentez-vous de mes souhaits ;
        Je consens de bon coeur d’avoir grosse migraine
        Si ce n’est de bon coeur que je vous les ai faits.

        Je souhaite donc à Ninon
        Un mari peu hargneux, mais qui soit bel et bon,
        Force gibier tout le carême,
        Bon vin d’Espagne, gros marron,
        Force argent, sans lequel tout homme est triste et blême,
        Et qu’un chacun l'estime autant que fait Scarron.

[i]Paul Scarron[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 230]
Auteur : polkaïna
Date : 31-12-2007 17:54

Joliiiiii! Et bonne année Ninon! :D

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 231]
Auteur : evy
Date : 06-01-2008 19:27

A corps perdu

Par Marine, ma nièce :)

A corps perdu, je briserai ces liens
A coeur perdu, de lui je partirai loin
Dans ses yeux, j'ai voulu me noyer
Sa bouche, j'ai voulu goûter
Ses mains, j'ai voulu toucher
Sa voix, j'ai voulu écouter
J'ai voulu céder à la tentation
Faire naître de notre amour, une passion
Mais face à ce mur de briques
Tout cela en devient ironique
Il ne faut pas se voiler la face
Et même si ça laissera une trace
Il vaut mieux regarder la réalité
Plutôt qu'à jamais espérer
Une lourde décision
Le sentiment de n'être qu'un pion
La fierté nous fait violence
Ce desir de vengeance
A corps perdu, je briserai ces liens
A coeur perdu, de lui je partirai loin

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 232]
Auteur : evy
Date : 06-01-2008 19:31

Et d'autres, toujours de ma nièce :)

[quote]Cette sensation de trahison
Agit comme un véritable poison
Un sourire effacé
Une confiance perdue
Un lien brisé
Elle ne l'aurait jamais cru
A la rosée du matin
Elle s'échappe enfin
Au milieu de la nuit
Elle rentre sans bruit
Un regard par la fenêtre
La tristesse d'un être
L'incompréhention totale
Le désespoir fatal...
Perdre peu à peu ce que l'on a
Reculer doucement pas à pas
Des larmes de pluie
A la grandeur de l'océan
Dans la noirceur de la nuit
Qui s'épaissit avec le temps
Un beau jour, elle l'a vu partir
Un beau jour, elle l'a vu s'enfuir
Un regard par la fenêtre
La tristesse d'un être.[/quote]

[quote]En plein brouillard obscur, une ombre perdure
Un choix à faire, une âme en enfer,
Une étape dans son histoire, un regret ce soir
La peur de la noyade, son coeur bat la chamade
Un pleur en écho, un poignard dans le dos
Détourner les eaux, un regard vers le haut
La haine au fond des yeux, une prière à Dieu
Un appel au secour, une absence en retour,
Des pièces de son coeur, dans le puzzle du malheur
Des envies de liberté, de tout oublier
Un souvenir dans son esprit, la douleur d'un cri
La terreur d'un soir, l'horreur du noir
La colère prend place, la tristesse s'efface
La rancoeur l'entraîne, sa vengeance se déchaîne
Une larme en coin, une déchirure au loin
Une voie sans issue, un être perdu
Une étape dans son histoire, un remord ce soir[/quote]

[quote]Je veux mais je ne peux pas
Je change mais n'évolue pas
Je rie sans rire
Je pleure sans larme
Je crie sans son
Je marche sans but
Essouflée, Ettouffée, Envoûtée, Ecoeurée
Je vais me perdre ...
Je cours, regarde en arrière,
Tombe, rampe, me relève, repart
Prise au piège, je m'enfonce dans l'obscuritée
Appeurée, Angoisée, Acablée, Asphyxiée
Je me perd ...
J'ai beau me débattre
Ca ne fera que m'abattre
Défétiste, Désespérée, Délaissée, Droguée
Je suis perdue ...
J'ai trop pris sur moi, trop renfermée
Poison, Prison, piège, Psycose
Je cours, regarde en arrière,
Tombe, rampe et..abandonne
Allongée sur le sol
Froid, Fièr, Faible, Frigorifiée
Je réfléchie, pense, étudie, analyse
De ma vie ..?
Non, non je ne regrette rien...et pourtant ?[/quote]

Si quelqu'un veut l'éditer, rdv en MP ;)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 233]
Auteur : polkaïna
Date : 06-01-2008 19:42

C'est joliment triste!

Préférence pour le tout premier!

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 234]
Auteur : Belanger
Date : 10-01-2008 21:44

VERLAINE, Reddition

Je suis Foutu. Tu m’as vaincu.
Je n’aime plus que ton gros cul
Tant baisé, léché, reniflé,
Et que ton cher con tant branlé, 
Piné - car je ne suis pas l’homme 
Pour Gomorrhe ni pour Sodome, 
Mais pour Paphos et pour Lesbos, 
Converti par tes seins si beaux, 
Tes seins lourds que mes mains soupèsent
Afin que mes lèvres les baisent
Et, comme l’on hume un flacon, 
Sucent leurs bouts raides puis mous
Ainsi qu’il nous arrive à nous 
Avec nos gaules variables.
C’est un plaisir de tous les diables
Que tirer un coup en gamin,
En épicier ou en levrette,
Ou à la Marie-Antoinette
Et caetera jusqu’à demain
Avec toi, despote adorée
Dont la volonté m’est sacrée, 
Plaisir infernal qui me tue
Et dans lequel je m’évertue
A satisfaire ta luxure.
Le foutre s’épand de mon vit
Comme le sang d’une blessure...
N’importe! Tant que mon coeur vit
Et que palpite encore mon être,
Je veux remplir en tout ta loi, 
N’ayant dure maîtresse, en toi
Plus de maîtresse, mais un maître.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 235]
Auteur : heros de l'amer
Date : 22-01-2008 19:37

[b]Ma femme[/b]

Celle qui partage mon pain
Mon lit et mes joies et mes peines
Éloigne de mon front les haines
D’une caresse de sa main

Que je retrouve dans chaque aube
Et plus belle d’avoir vécu,
J’écoute au fond d’un jour vaincu
Le doux bruissement de sa robe.

Contre les pièges dont dispose
Le malheur, paré désormais
Elle apprête les vins, les mets
Et dans les vases bleus, les roses

« Ma femme. » Le beau possessif
Surtout si la compagne est belle
Blanche, élancée comme un if
Et qui chaque an se renouvelle.

Pour le pire et pour le meilleur
C’est, inlassable volontaire,
Pour l’ici-bas et pour l’ailleurs
Le plus beau don de cette terre

Que cet être aux mains de douceur
Épouse, amante, femme et sœur.

[i]Maurice Fombeure[/i]

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 236]
Auteur : polkaïna
Date : 22-01-2008 23:55

Très belle déclaration! §love3§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 237]
Auteur : fleming
Date : 23-01-2008 13:35

[QUOTE][i]Message écrit par heros de l'amer, le 22-01-2008 à 19:37 [/i]
[B]
Et qui chaque an se renouvelle.
 [/B][/QUOTE]

Moi j'ai juste retenu qu'il fallait en changer tous les ans. §coquin§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 238]
Auteur : heros de l'amer
Date : 23-01-2008 13:42

[QUOTE][i]Message écrit par fleming, le 23-01-2008 à 13:35 [/i]
[B]Moi j'ai juste retenu qu'il fallait en changer tous les ans. §coquin§ [/B][/QUOTE]achète des rustines, ça te reviendra moins cher ! §moque§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 239]
Auteur : zyggy
Date : 06-11-2009 14:36

Je prends congé, je rentre
Chez moi, dans mes rêves,
Je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :

dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique : je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.

Pablo Neruda 

( extrait de El Canto General)

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 240]
Auteur : fleming
Date : 06-11-2009 19:34

[QUOTE][i]Message écrit par heros de l'amer, le 23-01-2008 à 13:42 [/i]
[B]achète des rustines, ça te reviendra moins cher ! §moque§ [/B][/QUOTE]

pas con ! §idée§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 241]
Auteur : zyggy
Date : 31-10-2010 21:18

LE TEMPS PERDU 

Devant la porte de l'usine
le travailleur soudain s'arrête
le beau temps l'a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l'œil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c'est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron ? 

Jacques Prévert   §love3§

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

[Post 242]
Auteur : heros de l'amer
Date : 10-02-2011 16:52
Titre : Un champ d'îles

Savoir ce qui dans vos yeux berce
Une baie de ciel un oiseau
La mer, une caresse dévolue
Le soleil ici revenu

Beauté de l'espace ou otage
De l'avenir tentaculaire
Toute parole s'y confond
Avec le silence des Eaux

Beauté des temps pour un mirage
Le temps qui demeure est d'attente
Le temps qui vole est un cyclone
Où c'est la route éparpillée

L'après-midi s'est voilé
De lianes d'emphase et fureur
Glacée, de volcans amenés
Par la main à côté des sables

Le soir à son tour germera
Dans le pays de la douleur
Une main qui fuse le Soir
À son tour doucement tombera

Beauté d'attente Beauté des vagues
L'attente est presque un beaupré
Enlacé d'ailes et de vents
Comme un fouillis sur la berge

Chaque mot vient sans qu'on fasse
À peine bouger l'horizon
Le paysage est un tamis soudain
De mots poussés sous la lune

Savoir ce qui sur vos cheveux
Hagard étrenne ses attelages
Et le sel vient-il de la mer
Ou de cette voix qui circule

Abandonnés les tournoiements
D'aventure sur les tambours
L'assaut du sang dans les plaines
Son écume sur les Hauts

Abandonné le puits de souffrance
La souffrance au large du ciel emporte
Dans la foule des fromagers
Sa meute de mots et sa proie

Abandonnée tarie la mesure
Démesure des coutelas
Cette musique est au coeur
Comme un hameau de lassitude

Beauté plus rare que dans l'île
Ton grand chemin des hébétudes
Va-t-il enfouir son regard
Dans la terre, humide douce

Les hommes sortent de la terre
Avec leurs visages trop forts
Et l'appétit de leurs regards
Sur la voilure des clairières

Les femmes marchent devant eux
L'île toute est bientôt femme
Apitoyée sur elle-même mais crispant
Son désespoir dans son coeur nu

Et parmi les chants de midi
Ravinés de sueurs triomphales
Sur un cheval vient à passer
La morte demain la Pitié

L'île entière est une pitié
Qui sur soi-même se suicide
Dans cet amas d'argiles ruées
Ô la terre avance ses vierges

Apitoyée cette île et pitoyable
Elle vit de mots dérivés
Comme un halo de naufragés
À la rencontre des rochers

Elle a besoin de mots qui durent
Et font le ciel et l'horizon
Plus brouillés que les yeux de femmes
Plus nets que regards d'homme seul

Ce sont les mots de la Mesure
Et le tambour à peine tu
Au tréfonds désormais remue
Son attente d'autres rivages

L'après-midi le Soir les masures
Le poing calé dans le bois dur
La main qui fleurit la douleur
La main qui leva l'horizon

Sur vos chemins quelle chanson
A pu défendre la clarté
Sur vos yeux que l'amour brûla
Quelle terre s'est déposée

Outre mer est la chasteté
Des incendiaires dans les livres
Mais le feu dans le réel et le jour
C'est ce courage des vivants

Ils font l'oiseau ils font l'écume
Et la maison des laves parfois
Ils font la richesse des douves
Et la récolte du passé

Ils obéissent à leurs mains
Fabriquant des échos sans nombre
Et le ciel et sa pureté fuient
Cette pureté de rocailles

Ils font les terres qui les font
Les avenirs qui les épargnent
Ô les filaos les grandissent
Sur les crêtes du souvenir

Mulets serpents et mangoustes
Font ces hommes violents et doux
Et la lumière les aveugle
La nuit au bord des routes coloniales

Toute parole est une terre
Il est de fouiller son sous-sol
Où un espace meuble est gardé
Brûlant, pour ce que l'arbre dit

C'est là que dorment les tam-tams
Dormant ils rêvent de flambeaux
Leur rêve bruit en marée
Dans le sous-sol des mots mesurés

Leur rêve berce dans vos yeux
Des paniques des maelströms
Plus agités que la brousse profonde
Lorsque passe le clair disant

Beauté sanguine des golfes
Ô c'est une plaie une plaie
Où danse le ciel, grave et lent
De voir des hommes nus et tels

Et l'île toute enfin repose
Dans le chaud des maturités
Mûr est le silence sur la ville
Mûre l'étoile dans la faim

Ce qui berce dans vos yeux son chant
Est la parure des troupeaux
L'herbe à taureaux pour les misaines
Le dur reflet des sels au sud

Rien ne distrait d'ordre les vies
Les hommes marchent les enfants rient
Voici la terre bâtée, consentante
De courants d'eau, de voilures

Quelle pensée raide parcourt
Les fibres les sèves les muscles
De la douleur a-t-on fait un mot
Un mot nouveau qui multiplie

Celui qui parmi les neiges enfante
Un paysage une ville des soifs
Celui qui range ses tambours ses étoffes
Dans la sablure des paroles

Guettant le saut des Eaux immenses
Le grand éclat des vagues Midi
Plus ardent que la morsure des givres
Plus retenu que votre impatience d'épine

Celui que prolonge l'attente
Et toutes les mains dans sa tête
Et toutes splendeurs dans sa nuit
Pour que la terre s'émerveille

Il accepte le bruit des mots
Plus égal que l'effroi des sources
Plus uni que la chair des plaines
Déchirée ensemencée

Sa clarté est dans l'océan
Dans la patience que traîne
Vers où nul oeil ne se distend
La flore d'îles du Levant

Ce qui berce en vos yeux son chant
Pour atteindre le matin ô connue
Inconnue c'est la chaleur fauve
Du Chaos où l'oeil enfin touche

Île ces requins vos fumures
Le charroi de votre sang l'homme
Et sa colline la femme et les cases
L'avenue dans ces miroirs les Mains

Est-ce oiseau, une racine qui gicle
Est-ce moisson, l'amitié grandie de la terre
La même couleur éclabousse, caresse
La souffrance est de ne pas voir

Beauté de ce peuple d'aimants
Dans la limaille végétale et vous
Je vous cerne comme la mer
Avec ses fumures d'épaves

Beauté des routes multicolores
Dans la savane que rumine
L'autan plein de mots à éclore
Je vous mène à votre seuil

Écoutant ruisseler mes tambours
Attendant l'éclat brusque des lames
L'éveil sur l'eau des danseurs
Et des chiens qui entre les jambes regardent

Dans ce bruit de fraternité
La pierre et son lichen ma parole
Juste mais vive demain pour vous
Telle fureur dans la douceur marine,

Je me fais mer où l'enfant va rêver.

[i]Edouard Glissant - né le 21 septembre 1928 à Sainte-Marie en Martinique et mort à Paris le 3 février 2011[/i]

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[Post 243]
Auteur : polkaïna
Date : 10-02-2011 17:17

Elle ne devait pas être évidente à réciter d'un trait à l'école!!! Mais elle est très jolie! §bienjoué§

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