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Mister Oxmo 2003 
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Rencontre dans une boîte de nuit.
Rencontre nocturne...
Parfait ! Je souris au miroir qui me fait face. Peau matte, cheveux noirs, yeux noirs, un sourire qui peut être doux et cruel à la fois. Les cheveux méticuleusement placés comme s’ils étaient en désordre. Veste de cuir, tee-shirt noir, jeans noirs, un collier en argent, des bottes noires et juste une touche de maquillage. Des ombres pour creuser les yeux, même s’il est presque minuit. Un bon petit garçon qui s’apprête à sortir en ville.
Toujours souriant, je laisse tomber le masque, je me force à maintenir le regard alors que la forme dans le miroir se métamorphose. Des rides coulant comme des rivières sur mon visage, prenant plus de tournants qu’une route de montagne. Des piercings couvrant partiellement des lambeaux de peau tombant de plaies qui feraient rendre grâce à dieu à Quasimodo. Regardez ma bouche, cette plaie béante d’où s’écoule du pus gluant. Un jour, ce fut un visage normal. Après, l’odeur surgit, un parfum bien distinct de celui que je mettais étant mortel. L’« Eau de ténèbre » me fait presque vomir. Je reste là, et compte jusque dix, lentement, comme chaque nuit dès que je me réveille.
C’en est assez, je remets le masque et l’amant du démon apparaît à nouveau. Il est temps de descendre en ville. Je sais ce que je cherche et je sais où le trouver…
J’ouvre la porte et me glisse dans les tunnels des égouts adjacents à mon repaire. Mes doigts glissent sur les algues alignées sur les murs. J’avance le long de la galerie noire, marchant occasionnellement sur quelque substance qui s’écrase sous mes pieds. Je n’ai pas à aller très loin avant d’entendre le son des basses du club, loin au dessus de moi. Je sais que tu es là, quelque part, sautant sur la piste de danse comme un poisson désarticulé. Je peux te sentir .
Il existe une voie d’accès qui mène à la chambre de maintenance du Club, une voie que seul moi et quelques rats connaissent. Je monte le long du mur, comme Satan trouvant son chemin hors de l’enfer et j’émerge au milieu de débris. Les sons m’entourent, le bruit des basses retentit dans ma tête et me rend encore plus impatient. Je vérifie une dernière fois le masque, je veux être beau pour toi. Oui. Je suis un véritable artiste. Des bottes mortes marchent dans la nuit et mes chaînes mortes rebondissent sur ma peau morte. Ma grimace de dégoût t’apparaîtra sûrement comme un sourire, certain de te charmer.
Je sors à présent de la salle de maintenance, baigné d’ombres. Je passe à côté des sorteurs, qui ne me voient pas parce que je ne veux pas, je déambule, non, me pavane, je le dois, vers le corridor adjacent et je descend vers la piste de danse.
Je te recherche au travers de lumières sous-marines changeant au moins une centaine de fois par minute. De pourpres, bleues, vertes et blanches couleurs heurtent mes lunettes mortes au rythme de la musique techno. Cette merde, et la merde qui danse dessus me donnent envie de vomir, même si cette réaction apparaît aux yeux des gens comme une moue sexy.
Je passe à côté d’un spécimen particulièrement ridicule et ennuyeux, un petit poseur pâlot. Ses cheveux sont coiffés en pétard vers le haut et son visage insignifiant est maquillé en gris pâle. Je ne sais dire si il veut ressembler à Robert Smith ou au Joker. Il a un verre dans chaque main et comme je passe devant lui, je laisse tomber le masque une petite seconde. Son visage exprime alors l’horreur pure, presque subliminalement. Les verres vont s’écraser sur le sol et sa tête se contorsionne de terreur. J’espère qu’il a pissé dans son froc de peur. A nouveau l’amant démon apparaît, je lui souris et il me retourne le sourire dans une moue incrédule. Il ne fait même pas attention aux rires moqueurs de ceux qui l’ont vu laisser tomber ses verres.
Assez ri, c’est de toi dont il s’agit ce soir. Je traverse la foule en direction du bar, sentant tous ses regards avides pesant sur moi. Je pourrais avoir tout le monde ce soir, mais je ne veux pas n’importe qui ce soir, je te veux TOI. Je sais que tu es là, quelque part, je rejette deux ou trois regards implorants alors que je longe le bar, et c’est là que je te vois, te tortillant lascivement sous les spots.
Oh, tu es parfait, laisse moi deviner : tu as dans la vingtaine, tu te diriges inexorablement vers le grand trois, même si tu prétends le contraire. Tu as un travail dans une banque, même si à l’heure actuelle tu es plutôt une petite sœur de Björk, c’est pourquoi tu es habillé comme une poupée. Oh oui, tu est le stéréotype même d’une marionnette adorable, le rêve mouillé d’un Andersen, un beau petit guignol de pacotille se balançant au rythme de cette musique, que tu trouves fantastique. Tu essayes d’oublier ton inexorable routine : ta femme, un travail chiant et tes deux gosses, la télévision, le bus, et le lit dans cette ignoble cité où tu passeras le reste de ta minable existence végétarienne. Mais ça, c’est l’avenir et demain commence aujourd’hui, pas vrai ?
Tu as envie de balancer toute cette merde, n’est-ce pas ? La mer sans fin de ta demi vie qui t’attend dans six, sept heures. La nuit, sous le maquillage des spots, personne ne peut savoir ta détresse et ton ennui, l’insécurité maquillée sous le cuir et le fard de ton visage. Mais tu as beaucoup lu Anne Rice. Oui, tu as lu toute la série, n’est-ce pas ? Tu fantasmes au sujet de Lestat et tu souhaites qu’il t’apparaisse pour te saisir dans la nuit. Tu adorerais être un vampire, ça c’est la vraie vie ! Pas de travail, pas de responsabilités, pas besoin de devoir composer avec les autres, pas de rides, pas de cheveux gris ni de pieds cornés. Juste un gigantesque ouragan orgasmique de sexe qui dégouline en même temps que le sang coulant sur ton ventre, comme la nourriture sur le nombril de Kim Basinger dans 9 ½ semaines.
Et bien, c’est ta nuit de chance, mon petit sucre, tu vas vivre éternellement. Cette nuit tu vas savoir ce que c’est que d’être un vampire.
J’attends patiemment que les premières notes du morceau suivant retentissent et enveloppent le sol, et je me rends devant toi. Comme prévu, lorsque ton regard croise le mien, tu souris en tentant d’évoquer le mystère, mais seule la transparence apparaît. Je tourne autour de toi et te dis des choses que tu n’entends pas à cause de la musique. En réponse, tu acquiesces et tu ris. Je me rapproche de toi et sans que tu puisses réaliser ce qui t’arrive, nous sommes dans les bras l’un de l’autre.
Je t’emmène hors de la piste, tes lèvres collées aux miennes. Tu es déjà parti, et quelques verres de plus te rendent complètement out. Je ne suis pas quelqu’un de conventionnel et tu n’as rien d’intéressant à dire, donc je fais fi des préliminaires et t’emmène vers le parking qui nous attend dehors. Tu es déjà saoul et tu as à peine le temps de te rendre compte que je t’emmène à l’opposé, dans une allée sombre. Tout d’abord, tu fais mine de t’inquiéter, et je commence à me lasser de ce petit jeu. Personne ne peut nous entendre, hormis les clochards, très cher. Il est grand temps d’ôter le masque. L’amant du démon disparaît pour laisser la place au démon lui même.
Que se passe-t-il très cher ? Ne veux-tu pas un autre baiser, une autre longue embrassade langoureuse ? Personne ne va répondre à tes cris, mais tu me lasses avec tes plaintes, alors je plante mes dents dans ta langue. Je te pousse contre le mur de l’allée. Je veux que tu sentes tout, je veux que tu deviennes la peur, je ne te laisserai pas t ‘évanouir, je te veux conscient tout le temps. Tu pleurniches et bat ma poitrine avec tes misérables poings. Inutile, mon petit, pas la peine de te débattre. Je ne te comprends pas, tu ressembles à un vampire, tu t ‘habilles comme un vampire, tu agis la nuit comme un vampire et maintenant que tu as été présenté à lui, une véritable créature de la nuit, tu es effrayé. Tu ne veux donc pas être comme moi ?
Oh, bien sûr il existe de « vrais » vampires, des péquenots bon chic bon genre, le genre que tu imagines dans tes prétentieux petits rêves, mais ils ne te veulent pas. Ils ont d’autres proies bien plus importantes. Tu viens de recevoir un ticket pour l’enfer, remercie les ténèbres. Je plonge mes dents dans ton cou et tes cris deviennent soupirs. Ensuite, il n’y a plus rien que tes yeux, comme ceux d’un cerf aperçus par le chasseur. Me regardant avec perplexité et criant silencieusement « Pourquoi ? »
Il n’y a pas de réponses à ça. Je suppose que des connards comme toi me rendent malade, et la misère adore la compagnie…
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