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guegouli |
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[ACTU] Touche pas à mon (Sky)blog
Citation: Touche pas à mon (Sky)blog
Les compte rendus de problèmes ou de difficultés entre jeunes blogueurs et établissements scolaires se multiplient dans la presse depuis quelques temps (voir ces deux articles de Libération par exemple*)Dans la foulée de cette médiatisation, les exclusions (temporaires ou définitives) s'accumulent comme une litanie, associant sans relâche les (Sky)blogs au scandale, non sans dispenser - de façon quasi subliminale - l'idée, absurde au demeurant, "qu'il faudrait un jour fermer les skyblogs, les interdire ou les réguler".
Pourtant, ces réactions épidermiques sont très surprenantes, pour plusieurs raisons.
D'abord car elles ne concernent que quelques cas isolés. La communauté Skyblog regroupe plus d'un million et demi de blogs. Un adolescent sur deux possède un Skyblog et même si tous ne bloguent pas activement, ce volume amène à relativiser l'importance de quelques dizaines de dérapages.
Ensuite, et c'est un corollaire du point précédent, ni le phénomène des blogs ni le succès des Skyblogs ne sont nouveaux. Ce service a été créé par Skyrock en janvier 2003 et totalisait déjà, à peine un an plus tard, près d'un million de blogs. Comment expliquer que les médias - mais aussi les responsables éducatifs et les parents - ne s'interrogent qu'aujourd'hui de ce qu'on trouve sur ces blogs et de la manière dont les adolescents les utilisent ?
Enfin, on ne peut que regretter qu'en s'y intéressant, les personnes concernés ne voient dans ces millions de billets, de photos, de témoignages, de commentaires et de liens que quelques dérapages à valeur de scandale médiatique ou de fausse exemplarité.
Les blogs d'adolescents vont bien au-delà de ces quelques faits divers. Ne pas chercher à en comprendre les usages, en profondeur et en abandonnant résolument toute velléité de sensationnalisme, c'est prendre un risque majeur : celui de voir se creuser encore davantage le fossé générationnel. Il faudrait même s'interroger sur ce que signifie cette façon de stigmatiser les pratiques générationnelles, comme l'exprimait récemment Dominique Barella (http://www.liberation.fr/page.php?Article=282199), président de l'Union syndicale des magistrats, à propos du P2P : "Quand une pratique infractionnelle devient généralisée pour toute une génération, c'est la preuve que l'application d'un texte à un domaine particulier est inepte."
Les adolescents d'aujourd'hui sont nés avec une souris dans la main et un caméraphone dans l'autre. Ils parlent couramment, qu'on le veuille ou non, le "langage SMS", s'échangent de la musique et chattent à longueur de journée ou de soirée, délaissant très largement au passage, comme de nombreuses études en attestent, la télévision, dont les générations précédentes étaient d'avides consommatrices.
Le fossé avec les générations d'hier, qui savent parfois à peine écrire un mail, est colossal. Forcément, l'incompréhension face à l'utilisation de ces outils est totale. Si ces blogs cristallisent les tensions aujourd'hui, c'est d'abord parce qu'on y voit et lit des jeunes qu'on ne comprend pas. Pris en photos dans des poses qui ont l'air agressives, pris sur le fait de propos injurieux ou idiomatiques... Ils ne font pourtant, la plupart du temps, que prolonger les rapports qu'ils ont avec eux-mêmes et avec les autres : ils façonnent leur image, ils s'interpellent de la même façon qu'ils le font dans la "vraie" vie. Ces images et ces textes sont surtout des marques identitaires, que les ados pratiquent au quotidien et qui deviennent, regardés par l'oeil adulte, autre chose, comme si le regard des adultes et l'exposition publique sortait tout cela de son contexte. Ces espaces personnels, généralement composés de photographies et de très courts textes bariolés d'abréviations ! hiéroglyphiques, sont formellement des publications, d’où la tension. Pourtant, pour ceux qui les produisent, il s’agit sans doute d’autre chose.
Si on compare les carnets personnels produits par des générations différentes, incontestablement, la relation à l'intimité n'est pas la même. L'intimité n'a pas le même sens, ni la même valeur. Aujourd'hui, le propos est plus direct, plus personnel, plus privé. Il est réservé à ses proches et en même temps, il s'expose au monde entier. Mais l'objectif est moins de s'afficher que d'animer sa communauté électronique - ou sa "tribu" - autour de soi. Et ce faisant, de partager avec elle ses joies, ses peurs, ses angoisses, ses doutes - ou simplement les photos de son quotidien et les images de ses rêves. La conscience de ce qu'est le web est également différente. Espace de publication et média pour les uns, il est ici avant tout un espace privé dans un village global, un moyen pour partager des photos qu'on s'échange déjà de téléphone à téléphone, un lieu de mémoire personnel et tribal, une façon de prolonger la fraternité quotidienne, le soir, chacun derrière son écran.
Comme l'explique le chercheur Olivier Trédan (http://www.marsouin.org/recherche/r...3?id_rubrique=4):
"La convergence entre les blogs d’ados et les outils multimédia, au premier rang de ceux-ci les téléphones portables-appareils photos numériques, qui ont donné naissance aux moblogs, pose la question de l’intrusion de l’espace privé dans l’espace public. En effet, la banalité du vécu dans un établissement scolaire est traitée dans un cadre privé, pour se retrouver exposé dans un nouvel espace public."
Il serait absurde de ne pas mettre de limites à certains abus et dérapages quand il y a lieu. Les blogs n'échappent pas à la loi républicaine et il appartient à qui de droit de faire respecter les textes en vigueur. Mais il n'y a pas pour autant de raison de stigmatiser des excès là plus qu'ailleurs.
Bien sûr, plus il y aura de blogs, plus il y aura d’abus et de dérapages. On peut vouloir refermer le couvercle, interdire, imposer des obligations aux hébergeurs, exiger des autorisations parentales... Mais on pourrait aussi se saisir de cette forme d’expression, et des dérapages eux-mêmes, comme de formidables travaux pratiques d’éducation civique et technologique : engager des débats sur la responsabilité, sur la législation (droit à l'image, diffamation, etc.), sur les frontières entre vie privée et domaine public, mieux comprendre la technologie et son usage à des fins d’expression personnelle et publique, expliquer le rôle d'une publication électronique, comprendre l'intérêt des hyperliens, des réseaux... tant pour les élèves que pour leurs professeurs.
On peut d'ailleurs voir l'extrême popularité de ces blogs non comme un danger mais comme une opportunité : celle de faire enfin entrer vraiment l'internet dans les collèges !
Cyril Fiévet et Hubert Guillaud
L'édito et vos réactions sur le web : http://www.internetactu.net/index.php?p=5898
Signalons à votre intention, la très intéressante interview d'Olivier Trédan (http://www.lemonde.fr/web/article/0...1-627576,0.html)sur le phénomène des blogs d'adolescents disponible sur le site du journal Le Monde.
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* http://www.liberation.fr/page.php?Article=284309 et http://www.liberation.fr/page.php?Article=284428).
allez, comme ca se lit vite, voici la "très intéressante interview d'Olivier Trédan "
Citation: "Les blogs adolescents, espaces d'affirmation de soi et de découverte de l'autre"
LEMONDE.FR | 24.03.05 | 19h45 • Mis à jour le 25.03.05 | 13h56
livier Trédan est chercheur en sciences sociales au Marsouin, laboratoire d'étude sur la société de l'information et les usages d'Internet de l'Ecole nationale supérieure de télécommunications de Bretagne. Il termine un rapport d'étude sur les weblogs pour la région Bretagne et rendra un rapport définitif au ministère délégué à la recherche à l'automne 2005.
Quelle place les adolescents occupent-ils dans la blogosphère française ?
Sur les 400 blogs que j'ai étudiés, environ 60 % étaient tenus par des adolescents, et 50 % étaient des Skyblogs, soit des blogs hébergés sur le site de la radio Skyrock. Mais ce chiffre paraît aujourd'hui sous-évalué. Au début de mes repérages, en 2004, on dénombrait 300 000 Skyblogs. Ils sont désormais 1,64 million, avec une croissance mensuelle de 100 000 blogs. Faute de statistiques, on peut estimer que 80 à 90 % des blogs en France seraient des Skyblogs.
La massification des Skyblogs laisse penser que, parmi les adolescents, toutes les catégories sociales sont concernées par le phénomène. Si beaucoup bloguent depuis qu'ils ont une connexion Internet, certains alimentent leur blog depuis des lieux publics. 30 % des Skyblogs ont été créés par des Franciliens, ce qui est assez important.
Qu'est-ce qui distingue les blogs des adolescents des blogs d'adultes ?
La pratique adolescente est tournée vers l'entre-soi. Ces blogs s'inscrivent dans un triple processus : d'abord, une privatisation de l'usage des nouvelles technologies - les jeunes utilisent l'ordinateur depuis leur chambre ou celle d'un ami. Ensuite, une logique d'autonomisation par rapport aux parents et à la sphère familiale et éducative, puisque très peu de blogs évoquent les parents ou les professeurs. Enfin, l'affiliation à un groupe de pairs.
Contrairement aux adultes, plus égocentriques et formant des réseaux plus flous, les adolescents créent, via leur blog, une communauté restreinte avec des liens très forts. Ils recréent, en ligne, un cadre privé fait de relations de voisinage. Les membres de ces petites tribus en ligne se connaissaient généralement avant de s'investir sur la Toile. Et les commentaires proviennent pour l'essentiel de l'entourage.
Leurs blogs servent surtout de lieux de mémoire, recensant les moments forts du groupe. Et ils ont une fonction de validation du lien : chacun utilise l'ensemble des internautes potentiels, quelque chose de totalement idéalisé, pour affirmer son identité. Les blogs témoignent ainsi d'un besoin de partage et de validation par ses pairs, et d'une volonté de manifester son appartenance à la culture adolescente.
Comment expliquez-vous l'engouement des adolescents pour les blogs ?
Les blogs complètent les chats et les SMS, qui permettent, comme auparavant le téléphone ou la façon de s'habiller, de maintenir un contact permanent avec ses amis et la culture adolescente. Les blogs n'ont donc rien révolutionné, il s'inscrivent parfaitement dans les pratiques sociales adolescentes. On peut parler de terrains d'aventures numériques. Les jeunes jouent et forment ainsi des espaces extrêmement importants pour eux, dans la formation même de leur identité. Supprimer ces espaces reviendrait à interdire aux adolescents de communiquer entre eux.
La nouveauté des blogs, c'est que le fait d'appartenir à une bande et de s'habiller d'une certaine façon se retrouve pour la première fois en ligne, et devient ainsi public. Cela modifie notre regard d'adultes, mais pas la pratique elle-même. Quelque chose qui était auparavant invisible devient visible, ce qui pose beaucoup de questions.
Comment analysez-vous le fait que des collégiens aient mis sur leurs blogs des critiques et des photos volées de leurs professeurs ?
Comme je l'ai dit, il est rare que les blogueurs évoquent leurs enseignants. Ceux qui le font s'adressent à leur communauté. C'est un peu comme les petits papiers qui circulent dans la classe où un adolescent critique le professeur pour se mettre en avant.
Je ne pense pas que les adolescents aient vraiment conscience du caractère public des blogs. Comme ils utilisent le langage des chats et des SMS, largement incompréhensible aux adultes, ils pensent que ceux-ci seront découragés de venir. D'ailleurs, les lecteurs réguliers sont tous adolescents. Se crée ainsi un espace extime, par opposition à intime.
Le regard actuellement porté par les médias sur ces blogs déforme le phénomène. Les ados cherchent avant tout à s'autonomiser par rapport à la sphère familiale. La culture adolescente n'est pas une culture anti-adultes, c'est une culture non adulte. On pouvait penser que beaucoup d'adolescents allaient s'affirmer en opposition aux adultes, et partager leurs conflits avec les parents ou les enseignants. En fait, ils parlent plus de leurs rapports entre eux que de leurs rapports aux adultes, et évoquent peu leurs problèmes et leur mal-être. Je m'étonne que seulement une jeune fille, à ma connaissance, ait annoncé son suicide sur Skyblog, alors que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les adolescents. Ces blogs, qu'on a présentés comme des miroirs des adolescents, semblent finalement un prisme déformant.
Vous avez évoqué dans vos travaux l'influence de la télé-réalité, poussant certains à se montrer, voire à s'exhiber, plutôt qu'à se raconter…
Cela est lié à la médiation qu'opère Skyrock, en mettant sur la page d'accueil "Le Skyblog de la semaine". Comme l'audience se mesure à l'aune des commentaires, le but est d'en susciter plus que le voisin. Quelques-uns s'exhibent, comme cette blogueuse qui a mis en ligne son strip-tease, mais cela reste rare. La plupart se distinguent par leur connaissance d'un artiste, d'un genre de musique, de film etc. Ils sont des "experts".
Les adolescents utilisent-ils aussi leurs blogs pour mobiliser et débattre ?
Pour l'instant, les blogs sont surtout cantonnés au cercle amical. Mais les blogs vont devenir des espaces de plus en plus publics, de mobilisation. Cette année, avec le tsunami, de très nombreux adolescents ont participé aux dons en envoyant un SMS, et ont incité sur leurs blogs à faire de même. Et lors des manifestations lycéennes contre la loi Fillon, Skyblog a mis en avant les blogs appelant à la mobilisation.
Propos recueillis par Claire Ané
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Pour ma part, j ai ete surpris d'apprendre que "La communauté Skyblog regroupe plus d'un million et demi de blogs" quand meme! et j avoue avoir plusieurs fois eu du mal a lire/comprendre certains (beaucoup?) de skyblog.. arf, bientot trentaine, bientot un vioc.. ceci doi t expliquer cela..
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