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un article du Monde
Citation: Après l'évacuation de La Nouvelle-Orléans, toute l'Amérique s'interroge
Il n'a pas fallu une demi-journée, samedi 3 septembre, pour vider le Centre des conférences et le Superdome, le stade géant de La Nouvelle-Orléans, où s'entassaient des milliers de personnes depuis le passage du cyclone Katrina, le lundi 29 août. L'opération a été menée avec 1 000 gardes nationaux seulement. Au lieu des bus, c'est en avion que les réfugiés ont été évacués, à l'occasion du plus grand pont aérien intérieur de l'histoire américaine. Avec la disparition des scènes de chaos qui ont choqué le monde entier, sont venues les questions : Pourquoi les autorités n'ont-elles pas agi plus vite ? Pourquoi si tard ? Tous les acteurs _ armée, secouristes _ étaient prêts. Le cyclone Katrina était annoncé depuis le 24 août. La FEMA (Federal Emergency Management Agency), l'agence fédérale chargée des secours d'urgence, avait même constitué deux équipes de vétérinaires pour s'occuper des animaux blessés. Mais rien n'a été activé à temps.
Les faillites de la sécurité intérieure
C'était le premier test pour le département de la sécurité intérieure, créé après le 11 septembre 2001 (180 000 employés ; un budget de 40 milliards). Pour l'un des membres de la commission du 11-Septembre, Timothy Roemer, cité par le Washington Post , " nous avons dépensé des milliards de dollars pour essayer de nous protéger et nous n'avons pas fait de progrès ". Le représentant Bernie Thomson a pris, de son côté, l'exemple des oléoducs. " Si la conséquence de ce qui s'est passé à La Nouvelle-Orléans est que nous avons cette crise pétrolière dans tout le pays, cela ne fait pas de différence qu'ils aient été frappés par un cyclone ou par un terroriste ."
Comme le 11 septembre 2001, les responsables ont été handicapés par un problème de communications. "Le chef de la police ne pouvait pas parler au maire parce que leurs téléphones cellulaires ne marchaient plus et que leurs radios ne communiquaient pas" , a déploré la sénatrice démocrate Mary Landrieu dans le New York Times . _
Les aides financières et médicales
La communauté internationale a commencé à envoyer de l'aide aux Etats-Unis qui ont accepté, dimanche 4 septembre, l'assistance de l'ONU. Une équipe de coordination s'est rendue dans la capitale américaine. Deux émirats du Golfe arabo-persique, le Koweït et le Qatar, se sont montrés particulièrement généreux avec respectivement 500 millions de dollars de dons en produits pétroliers et 100 millions de dollars. L'Union européenne a, pour sa part, annoncé à Bruxelles que les Etats-Unis lui avaient demandé une aide d'urgence sous forme de kits médicaux, d'eau et de 500 000 rations alimentaires. L'OTAN a également reçu une demande de rations alimentaires. Plusieurs pays européens, dont la France, sont déjà passés à l'oeuvre. Les offres d'assistance émanent de toute part, y compis de pays pauvres _ tels l'Afghanistan ou le Bangladesh ou de gouvernements hostiles, dont ceux du Vénézuela ou Cuba. Le président Bush n'a pas encore répondu à la proposition de Fidel Castro d'envoyer 1 500 médecins.
M. Bush reporte sa rencontre avec Hu Jintao
Après plusieurs jours d'hésitation, l'administration de George Bush est désormais toute entière mobilisée autour de la tragédie de La Nouvelle-Orléans. George Bush et son homologue chinois, Hu Jintao, sont convenus de reporter sine die la rencontre qu'ils devaient avoir, mercredi 7 septembre, à Washington pour tenter d'aplanir un certain nombre de différends, en particulier le contentieux sur le textile chinois. Le président américain devait retourner, lundi, dans les zones sinistrées. Afin de faire taire les critiques sur la passivité intitiale de l'équipe Bush, la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, et Donald Rumsfeld, le secrétaire à la défense, se sont déplacés, dimanche, sur le terrain . "Cela va prendre de nombreux, nombreux, nombreux mois, et même des années pour que cette région retrouve les circonstances antérieures ", a déclaré M. Rumsfeld. Mme Rice affirme, de son côté, être convaincue que le racisme n'a joué aucun rôle dans la lenteur des secours. "Je suis afro-américaine, je suis de l'Alabama, je peux vous dire que cette réaction n'a rien à voir avec la couleur de la peau ", a-t-elle dit.
Les défaillances du pouvoir politique se mêlent aux raisons bureaucratiques. La Croix-Rouge n'a pas apporté de vivres à cause de l'insécurité. Le président George Bush n'a pas envoyé l'armée tout de suite. Des dizaines de milliers de personnes ont été laissées sans eau ni nourriture après avoir perdu leurs maisons. Pendant une semaine, le cyclone Katrina est resté une catastrophe sans bilan. Les autorités se refusaient à avancer des estimations. Personne ne ramassait les corps. Dimanche, on ne parlait que de 59 morts à La Nouvelle-Orléans, 125 dans le Mississippi. Puis les autorités ont commencé à préparer les Américains à voir monter les chiffres. Le responsable de la sécurité intérieure, Michael Chertoff, a prévenu qu'il y aurait des "scènes atroces" lorsque l'eau refluerait. Le secrétaire à la santé a annoncé des "milliers de morts" .
Le désastre était-il prévisible ?
Le président pense qu'il ne l'était pas. "Je ne pense pas que qui que ce soit ait anticipé la rupture des digues" , a-t-il déclaré le 1er septembre. M. Chertoff a fait la même analyse, comparant la rupture des retenues d'eau à une "bombe atomique" qui serait venue s'ajouter aux éléments prévisibles (cyclone et débordement passager). Le sinistre était cependant largement annoncé. De "Hurricane Zebra" en 2000 à "Hurricane Pam" en 2004, plusieurs exercices avaient été organisés (mais sur la base de cyclones de catégorie 3 et non 4). L'an dernier, les crédits affectés par l'Etat fédéral au corps des ingénieurs de l'armée avaient été amputés de moitié et le bilan n'avait pas été tiré.
Pourquoi tout le monde n'a-t-il pas été évacué ?
Le maire a décrété une évacuation obligatoire dimanche 28, soit la veille du passage de Katrina. Mais rien n'avait été prévu pour les déshérités. La FEMA affirme qu'il revenait au maire de louer des autocars. Il en aurait fallu plus de 2 000. Là aussi, le problème était connu. Une étude de l'université de La Nouvelle-Orléans avait estimé que 125 000 personnes n'avaient pas de moyen de transport. L'organisation caritative Brother's Keeper avait lancé une opération dans les églises pour mettre en contact les propriétaires de véhicules et les autres. Le cyclone est intervenu en fin de mois, à un moment où des milliers de personnes attendaient le chèque de l'aide sociale et n'avaient pas les moyens de partir.
Pourquoi personne n'est venu secourir les réfugiés du Superdome ?
L'armée : selon une loi de 1878, les militaires d'active n'ont pas le droit d'être engagés sur le sol national pour des missions de maintien de l'ordre, sauf décision présidentielle. Dès mardi 30, le Pentagone a créé une task force. "Mais la loi nous impose d'attendre l'autorisation du président" , a dit l'un des officiers de l'US Northern Command, le commandant Sean Kelly à la BBC.
La police de La Nouvelle-Orléans : elle s'est désintégrée. Dépassés, 200 policiers (sur 1 500) ont quitté leur poste. Deux se sont suicidés. Nombre de voitures de police ont été submergées par les eaux. Les policiers ont dû faire comme tout le monde et se servir dans la rue. Bientôt leurs voitures "d'emprunt" ont manqué d'essence. Ils ont essuyé des tirs.
La garde nationale : c'est à elle que revient le maintien de l'ordre et la défense civile. Elle est placée sous l'autorité des gouverneurs des Etats. Le lieutenant-général Steven Blum, le chef de la garde nationale, a indiqué, samedi, que ses troupes n'étaient pas entrées plus tôt dans la ville parce qu'elles n'avaient pas prévu l'effondrement des forces de l'ordre civiles. Ensuite, il a attendu d'avoir suffisamment d'effectifs pour "avoir une supériorité écrasante" . "Si nous étions entrés plus tôt avec un moindre effectif, il aurait pu y avoir une riposte. Des innocents auraient pu être pris dans la bagarre (...) Nous avons fait venir des troupes, à raison de 1 400 par jour, et dès que nous nous avons pu avoir la force suffisante, les troupes ont été acheminées sur place",
La Croix-Rouge : elle n'a pas reçu le feu vert pour entrer dans La Nouvelle-Orléans. "L'accès est contrôlé par la garde nationale et les autorités locales. Nous ne pouvons pas entrer contre leurs ordres. Nous ne pouvons pas acheminer l'aide tant que les autorités locales ne fournissent pas sécurité et accès" , explique l'association sur son site Web. Le département de la sécurité nationale lui a aussi demandé de ne pas revenir dans la ville après le cyclone. "Notre présence empêcherait les gens d'évacuer."
Les agences fédérales : le directeur de la FEMA, Michael Brown, a suscité l'indignation lorsqu'il a dit, jeudi, que le gouvernement fédéral ne savait pas qu'il y avait des réfugiés au Centre des conférences, alors qu'il suffisait d'allumer la télévision. Michael Brown n'est pas un professionnel de l'humanitaire mais il est l'un des responsables du Parti républicain de l'Oklahoma. Les responsables de la FEMA blâment les autorités locales, qui n'ignorent pas que l'aide fédérale ne peut arriver avant un délai de 72 à 96 heures. Les autorités locales critiquent les lenteurs de la FEMA. L'Association américaine des ambulances a proposé 300 véhicules. Elle s'est vu demander une autorisation de l'administration des services généraux. Laquelle a réclamé, au préalable, une demande de la FEMA. Les ambulances n'ont jamais pris la route.
La Louisiane paye-t-elle à cause de l'Irak ?
Pour la gauche, La Nouvelle-Orléans est à porter au nombre des "victimes de guerre" . 40 % de la garde nationale de Louisiane est en Irak (soit 3 800 soldats). Le président Bush a réfuté cet argument. Selon lui, le pays est en mesure de couvrir les deux fronts. Les gouverneurs sont liés par des pactes d'assistance mutuelle. Le gouvernement fédéral reproche à la gouverneur _ la démocrate Kathleen Blanco _ de ne pas avoir fait appel plus vite aux troupes des autres Etats. Mais d'après le pacte, les troupes sont prêtées pour des tâches de défense civile, pas de maintien de l'ordre. Il a fallu un nouvel échange de fax pour que les gardes des autres Etats puissent être envoyés dans le centre-ville.
Où était le président Bush ?
M. Bush se voit reprocher, jusque chez les républicains, de ne pas avoir pris la mesure de la catastrophe. Mardi 30 août, il était à une commémoration militaire à San Diego, sur la côte Pacifique. Il est rentré le lendemain à Washington. Son avion n'a fait que survoler les zones dévastées. Les autres responsables n'étaient pas non plus présents pour l'alerter. Andrew Card, le secrétaire général de la Maison Blanche, était dans le Maine. Condoleezza Rice était en visite privée à New York. Elle a été aperçue en train de s'acheter des chaussures chez Ferragamo sur la 5e Avenue. Dès dimanche, elle était en mission de solidarité dans son Etat natal, l'Alabama. Des auditions sur Katrina sont prévues au Sénat dès mardi 6 septembre.
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Un autre artcile se révèle intéressant : il rapporte notamment les demandes chiffrées concernant les budgets pour améliorer les digues et autres, et les budgets alloués, toujours extrement faibles par rapport aux besoins....
Si il y a quelque chose dans cette affaire, outre la drame humain, c'est que contrairement au tsunami asiatique, il semblerait qu'il y avait moyen d'éviter une grosse partie des pertes humaines et matérielles. Mais bon entre la politique de l'autruche, le manque de communication (des rapports de la croix rouge décrivaient, il ya déjà 3 ans, la situation actuelle !!!), le jeu politique (parions que ca ne se produira pas), etc etc... ca fait beaucoup !!
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