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Zakath |
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Citation: Fin du cauchemar de Sauper
Ceux qui n’ont pas encore vu Le Cauchemar de Darwin en salles ni en DVD pourront le voir lundi prochain (le 24 avril) sur Arte à 20h40. Depuis le temps qu’on leur rebat les oreilles avec ce documentaire, et que la polémique fait rage, ils pourront enfin se faire une opinion par eux-mêmes. Ici même le débat a été rude. Depuis, le vent a tourné. Dans tous les sens. On connaît bien désormais le phénomène dit de « l’emballement », cette convergence de bruits autour d’une message unique rapidement véhiculé par différentes sources non connectées entre elles (les amis, la famille, les collègues, les medias).Cimg0587 On découvre depuis peu le « contre-emballement », qui est la même chose mais dans le sens inverse. Lorsqu’on se retrouve dans l’œil du cyclone, au cœur même de cet étrange phénomène d’aller-retour, on peut se sentir un peu… « paranoïaque, c’est le mot ». Quand je le rencontre dans ce bistro parisien, Hubert Sauper se demande encore ce qui lui arrive. « Ca me dépasse… ». Sur son passeport, il est écrit « profession : universitaire » alors qu’il est cinéaste. Son Cauchemar de Darwin a remporté un immense succès international. Il a été vu par un million de spectateurs dans cinquante pays, dont 400 000 en France. Dans des salles de cinéma, ce qui est une prouesse pour un documentaire, et plus encore lors qu’on sait que sa forme et son sujet sont nettement moins démagogiques que ceux d’un Michaël Moore. Comment l’introduction de la perche du Nil dans les eaux du lac Victoria a bouleversé la vie des habitants de Mwanza, une ville tanzanienne dont la population vit en partie de la pisciculture. S’ensuit un cortège dans lequel misère, prostitution, drogue, sida et trafic d’armes mènent la danse macabre. Chose rare, le public et la critique furent unanimes dans l’enthousiasme. Le documentaire fut sélectionné aux Oscars mais le réalisateur comprit qu’il n’avait aucune chance devant La marche de l’empereur lorsqu’il vit des pingouins en plastique sur les genoux de certains spectateurs lors de la cérémonie ; il n’en obtint pas moins le César du meilleur premier film. De justesse pourrait-on dire car un réquisitoire contre son film, paru « opportunément » juste à ce moment-là dans la revue Les Temps modernes sous le titre «Allégorie ou mystification ? » créa un effet de contre-emballement assez inouï. On vit même des journalistes qui avaient encensé le film à sa sortie se déjuger et l’accabler sur la foi de ce texte. Son auteur, François Garçon, n’est pourtant spécialiste d’aucune des questions qu’il y évoque : historien du cinéma, il est également un homme de télévision, un gérant d’entreprises et un homme d’affaires dont la carrière a été liée au groupe Havas, versé plutôt dans le financement du cinéma « J’ai passé en tout sept mois étalés sur quatre ans en Tanzanie pour faire ce film, dit Hubert Sauper. Lui n’y a jamais mis les pieds ; il s’est contenté de faire son enquête sur Internet, chez les grossistes de Rungis et à Air France armé de sa calculette. Résultat ? Mauvaise foi, contre-vérités, déductions gratuites. En plus, il rappelle plusieurs fois que je suis Autrichien, on se demande pourquoi… ». Il commença par hausser les épaules, puis l’affronta dans un débat mais cela ne suffisait pas à calmer le contre-emballement, véritable motif de son accablement davantage que l’article lui-même. « Cette situation m’inquiète car j’ai affaire à un monstre inconnu » avoue-t-il. Il a donc organisé depuis une conférence de presse à Paris avec les anthropologues et biologistes au fait de la question pour mettre les points sur les i. Il envisage avec son avocat Me Thierry Lévy, de poursuivre François Garçon en diffamation : « Il y a un moment où l’on n’accepte plus d’être présenté comme mystificateur, manipulateur, imposteur. Surtout quand on sent des intérêts… autres que cinéphiliques derrière ce lobbying acharné pour faire publier cet article et pour le faire reprendre ». Le portable sonne. C’est son compatriote le réalisateur de La Pianiste et de Caché, Michaël Hanecke. Il a suivi la polémique, il vient de voir le film : « Qu’est-ce que je peux faire pour vous aider ? »
Ces derniers temps, en réaction à l’agitation suscitée par l’article des Temps modernes, et aux retournements de vestes, l'heure est au contre-contre-emballement, et à l'analyse critique de la rumeur. Le vent tourne à nouveau, ce qui n’empêche pas d’en pointer la technique la plus discutable : cette habileté du réalisateur dans sa façon de manipuler l'image, et donc l’émotion du spectateur, grâce au montage. Sauper n’en disconvient pas, même si il entend "mystification" dès qu'on parle de « manipulation », et que ce proçès l'insupporte. C'est pourtant le coeur du débat, entre fiction et et non-fiction, cinéma et documentaire, dans cette zone incertaine et floue où lui-même se risque et entrâine le spectateur en connaissance de cause. S’il fallait le rapprocher d’un écrivain et non d’un cinéaste, c’est immédiatement au grand (dans la double acception du terme) reporter polonais Ryszard Kapuscinski qu’il pense. Pour Négus, pour Ebène ses aventures africaines de Nairobi à Kampala, pour son tout dernier Mes voyages avec Hérodote (Plon) même s’il y est hélas davantage question des voyages d’Hérodote que de ceux de Kapuscinski (le lien est impossible mais tant pis, débrouillez-vous pour lire le passionnant entretien qu'il accorde cette semaine au Nouvel Observateur). Stylo ou caméra, qu’importe la technique, seul compte le moyen qu’on se donne : une très particulière appréhension du temps et un certain regard. |
Source: http://passouline.blog.lemonde.fr/l...u_cauchema.html
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