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Mail d'un PE2 de Montauban et transmis à l'IUFM de Tarbes ...
J'ai reçu ce texte que je vous transmets.
Citation: Mail d'un PE2 de Montauban et transmis à l'IUFM de Tarbes ...
Sans commentaires ...
Objet : Marseda
Bonjour,
Un mot sur ce que j'ai vécu jeudi matin en arrivant dans ma classe.
Des élèves en pleurs, d’autres surexcités, de la tension et de la fragilité dans mon groupe CE2
L'instit du CE1 m'avait prévenu juste avant, à 8h, pendant que je m'escrimais entre photocopieuse et massicot : tu n'auras pas Marseda aujourd'hui, ses parents vont être expulsés aujourd'hui, les policiers sont venus chercher son petit frère à l'école mardi soir à 17h.
J'ai noté l'information mais j'étais surtout concentré sur le déroulement de ma séance de math, "comparer des longueurs sans règle graduée".
A peine les enfants assis en classe j’ai compris que ma séance millimétrée eh bah je pouvais m’asseoir dessus. Suzanne en larme me tend un dessin qu’elle a fait pour Marseda. Hugo violent dans ses paroles : « les flics sont venus chercher son petit frère à l’école on ne reverra plus jamais Marseda, elle va retourner en Albanie où c’est la guerre ». Fikria invectivant le reste de la classe : « Evidemment maintenant tout le monde aime Marseda »…
Je demande aux enfants de m’expliquer calmement ce qui se passe. Je leur situe l’Albanie sur la carte. J’explique à Johan pourquoi il ne s’est pas fait arrêter quand il est allé en vacances au Portugal. On parle des papiers, de la nécessité des papiers, des passages difficiles qu’on peut traverser dans une vie. Je dis que la situation est complexe pour mettre fin au débat pro sarko/anti sarko.
Je parle de l’injustice que je ressens : sortir brusquement une élève d’une classe, que les enfants connaissent depuis plus d’un an, bien intégrée dans sa classe, parlant bien le français puisque je ne m’était pas douté une seconde que Marseda était d’origine étrangère.
L’après midi, le directeur de l’école, également l’instit de cette classe, est venu en classe parler de la situation, qu’il connaît bien puisqu’il était là quand les policiers sont venus mardi soir à 17h. Il répond à toutes les questions des enfants, rassurent ceux qui ont peur pour leur propre sort. (!) Il leur dit qu’il a vu Marseda, Armen et leurs parents au centre de rétention de Cornebarrieu, que le papa de Marseda s’est fait arrêté lors d’un contrôle routier.
J’écoute avec attention ce dialogue entre la classe, apaisée, et leur maître. C’est fort, ces 10 minutes. Je mesure sans double décimètre la richesse de ce métier. Puis le directeur s’en va et les enfants dessinent et écrivent des textes qui seront transmis à Marseda. Evidemment je ne corrige pas les fautes d’orthographe mais ils peuvent me demander d’orthographier des mots au tableau. La seule demi heure de calme de la journée. Mais pendant que les enfants dessinent en silence je sens en moi monter la
colère.
Le lendemain une marche était organisée à 17h depuis l’école Buisson jusqu’à la préfecture, marche de protestation contre l’expulsion de cette famille.
Associations, enseignants, parents d’élève, 300 en tout, c’est beaucoup pour Montauban. J’apprends que la famille de Marseda est en France depuis 3 ans, que le petit Armen n’a jamais été scolarisé en Albanie mais seulement en France. Que toute aide de l’état a été supprimée pour cette famille depuis quelques mois, famille qui depuis erre de centre pour sans domicile fixe en famille d’accueil, qui vit de la générosité de quelques parents d’élèves ou associations, famille qu’on a vu dormir dans sa voiture aux abords de l’école.
En écoutant les discours à la préfecture je ne peux m’empêcher de penser à ce poème « liberté » d’Eluard, il faut que je le fasse avec les CE2, maintenant c’est trop tôt, mais plus tard dans l’année « sur toute chair accordée, sur le front de mes amis, sur chaque main qui se tend, j'écris ton nom ». Quand même ! Pourquoi envoyer des policiers chercher Armen à l’école (Marseda était malade et avec ses parents), devant les autres enfants ?
Pourquoi séparer les enfants de leurs parents le mardi soir et la nuit de mardi à mercredi ! Est-ce juste de l’indifférence ? Est-ce volontaire ? Faire peur ?…
Le soir, sur la table de la cuisine, je tombe sur la toute récente lettre du président de la République Française aux éducateurs. « …Que voulons-nous que deviennent nos enfants ? Des femmes et des hommes libres, curieux de ce qui est beau et de ce qui est grand, ayant du cœur et de l’esprit, capables d’aimer, de penser par eux-mêmes, d’aller vers les autres, de s’ouvrir à eux… ». Nausée.
Voilà, il fallait que ça sorte… un peu de soleil, les températures qui remontent. Je vous souhaite un bon dimanche. On aimerait chanter, avec Barbara : « Regarde, quelque chose a changé, l’air semble plus léger, c’est indéfinissable ».
Bien à vous,
Olivier
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunis
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul Eluard
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Je définis la cour un pays où les gens
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu'il plaît au Prince, ou s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le paraître,
Peuple caméléon, peuple singe du maître,
On dirait qu'un esprit anime mille corps ;
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 16 Jours, 5 Heures, 3 Minutes, 19 Secondes en ligne
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