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Forum OXMO Forum OXMO > Section Loisirs > Cinéma, DVD, Télévision > [CRITIQUE] L’homme qui n’a pas d’étoile / The man without a star (1955) - USA – King Vidor


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Thumbs up [CRITIQUE] L’homme qui n’a pas d’étoile / The man without a star (1955) - USA – King Vidor


L'homme qui n'a pas d'étoile / the man without a star
Film américain (1955). Western. Durée : 1h 29mn.
Avec Kirk Douglas, Jeanne Crain, Claire Trevor, Richard Boone, William Campbell
Réalisé par King Vidor

Synopsis

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Citation:
Dans une petite ville de l'Ouest, Dempsey Rae et Jeff Simson, son protégé, sont engagés par Strap Davis pour travailler dans un ranch. Sous l'influence de Dempsey, Jeff apprend vite à se servir d'un pistolet... Le ranch appartient à une femme séduisante, Reed Bowman, qui a l'intention d'engraisser 5 000 têtes de bétail sur les terres fertiles de la région. Cette décision n'enchante guère Dempsey : lorsqu'un éleveur se montre un peu trop gourmand, cela finit toujours par la pose de barbelés sur la prairie et par des bagarres. Et précisément, Reed Bowman vient d'engager Steve Miles comme tueur à gages. Dempsey donne sa démission. Mais Reed garde Jeff à son service comme garde du corps...

Décidé à quitter la région, Dempsey se réfugie quelques jours chez Idonee, une femme de mœurs légères qui a élu domicile dans la ville voisine. Mais la bande de tueurs de Steve Miles fait irruption et lui inflige une sévère correction qui réveille ses instincts belliqueux. Bientôt rejoint par Jeff, Dempsey se met au service des autres éleveurs. Après avoir ramené le calme dans la contrée, le cow-boy partira vers de nouveaux horizons....


La petite histoire
Citation:
L'HOMME QUI N'A PAS D'ÉTOILE est ce vagabond qui erre sans but et sans attaches sur les terres du vieil Ouest américain à la fin du siècle dernier... En 1954, Kirk Douglas est un comédien qui s'affirme. Lorsqu'il tourne L'HOMME QUI N'A PAS D'ETOILE, il propose son salaire en participation : de cette manière, il aura une plus grande liberté d'option sur le scénario. Ce désir de pouvoir intervenir au niveau de la conception du film ne fera que s'accentuer par la suite lorsque le comédien créera sa propre maison de production : la Bryna. Pour l'heure, il est indéniable que la poigne de Kirk Douglas s'est fait sentir sur le plateau. L'acteur précisera d'ailleurs quelques années plus tard: " Je n'ose pas dire que j'ai mis le film en scène, car on m'accuse souvent d'être un acteur qui veut mettre en scène... J'aime bien King Vidor qui a fait de très beaux films, mais là, il était en dehors du coup...". De son côté, King Vidor refusa la paternité du film sous le prétexte que le sujet lui fut imposé. Tout juste reconnut-il la photo et le choix des paysages.
Le film fit l'objet d'un remake en 1968 sous le titre UN COLT NOMMÉ GANNON, réalisé par James Goldstone et adapté par les deux mêmes scénaristes, mais mis au goût du jour avec un érotisme et une violence directement hérités du western italien.

Source:Monsieur cinéma


Approche de Patrick Brion dans son immense livre « le western » aux éditions la Martinière
Citation:

Dempsey Rae et le jeune Jeff Jimson sont embauchés par Strap Davis, le contremaître du ranch le Triangle. La nouvelle propriétaire du ranch, Reed Bowman, trouve normal de laisser ses troupeaux vagabonder sur les herbages de son voisin, Bill Cassidy. Ce dernier décide de poser des barbelés. Reed congédie Davis et le remplace par Dempsey, visiblement séduit par elle. Dempsey hait le principe des clôtures et des barbelés qui marqué dans sa chair autrefois. Il est prêt à affronter Cassidy, mais Idonee, une de ses anciennes amies, le met en garde. C'est alors que Reed engage Steve Miles, une canaille que connaît bien Dempsey. Reed réussit à mettre le jeune Jeff de son côté, contre Dempsey. Dempsey est sauvagement battu par les hommes de Miles. Il décide alors de rejoindre le parti de Cassidy.-La présence de Dempsey contribue à la victoire de Cassidy et des siens. Les hommes de Miles sont défaits. Dempsey repart, mais Jeff, qui avait fini par le rejoindre, demeure auprès de Cassidy dont il épousera la fille, Tess.

" Dès que j'ai lu cette histoire, je l'ai adorée. Le script était très mauvais et je l'ai fait réécrire. j'ai mis mon salaire en participation et j'ai préparé ce film avec passion. Un jour, j'ai eu un coup de fil de Ray Stark, mon imprésario, qui m'a demandé d'employer King Vidor, qui ne trouvait pas de travail. j'ai accepté. C'était une erreur. C'était un très mauvais choix. Il n'a rien compris au thème et en plus il n'arrivait pas à tourner à toute vitesse: c'était un film à petit budget et souvent je le voyais préparer un plan qui ne collait ni avec l'histoire ni avec nos moyens. Il fallait tout le temps le bousculer, lui faire changer son découpage.
Je n'ose pas dire que j'ai mis le film en scène, car on m'accuse souvent d'être un acteur qui veut mettre en scène... j'aime bien King Vidor, c'est un homme délicieux, qui a fait de très beaux films, mais il était là en dehors du coup... » (Kirk Douglas.)
« j'ai eu l'impression que pour Vidor diriger L'homme qui n'a pas d'étoile revenait à s'abaisser. Il arrivait toujours un peu en retard. Je devais l'attendre. J'étais le producteur en même temps que la vedette du film. C'était mon travail de faire le film. Je devais le pousser: "Allons, King, je sais que c'est un petit film mais nous devons y aller." Il se mettait alors à me parler de l'âge d'or d'autrefois. Je lui rappelais: "Peut-on enfin y aller ?". » (Kirk Douglas.)
« J'ai mis dix jours à écrire le film. Ce fut un tournage précipité. j'ai travaillé aussi près que possible de King Vidor. j'avais un énorme respect pour lui. Il s'est produit que Douglas avait un mois de battement entre deux films. Il venait d'en faire un pour la Warner et devait en tourner un pour la Fox. Il avait un mois entre ces deux tournages. Il voulait savoir s'il était possible de glisser un film. Rosie (Aaron Rosenberg) m'a dit: "Pouvons-nous le faire? Avons-nous un sujet ?" ai je répondu. Il m'a dit: "Oui, j'ai une chose appelée "L'homme qui n'a pas d'étoile " que Bud Beauchamp est en train d'écrire." Bud n'avait en fait écrit que la première scène, qui était sacrément bonne. j'ai dit: "Allons-y", et j'ai écrit le premier scénario en dix jours. Le studio a donné son feu vert. Kirk l'a lu et a dit: "Parfait, parfait, parfait." King Vidor a été chargé de le réaliser. Vous vous souvenez de la scène dans le saloon où Kirk Douglas danse en jouant du banjo. Ça c'est King Vidor. J'avais écrit la scène, mais je n'osais pas rêver de danse avec le banjo. Ça c'est King Vidor. Il est arrivé avec de petites idées formidables et, une fois de plus, le film a subi l'influence de son metteur en scène (Borden Chase.)
« Mon agent m'a appelé un jour et m’a dit de me rendre à l'Universal pour parler avec lui. J'y suis allé et nous avons rencontré Borden Chase, qui était le scénariste, et m’a dit qu'ils avaient négocié avec Kirk Douglas pour quatre semaines. Nous avions trois semaines avant le début du tournage. Ils m'ont demandé si je pouvais tourner le film en quatre semaines. Je leur ai répondu si quelqu'un en était capable, c'était moi le premier. Le scénario n'avait pas été accepté tel quel. Nous avions donc une réunion de travail quotidienne à propos du scénario. Nous devions commencer et achever le film à des dates impérativement fixées. Je crois que le premier plan de travail prévoyait un tournage de vingt-quatre jours. Si je me souviens bien, nous avons été capables de le faire en vingt-deux jours. Nous avons tout tourné en studio, sauf quelques plans que avons faits à Lasky Mesa, qui n'est qu’à une heure du studio. J'y avais déjà tourné Duel au soleil. » (King Vidor.)
La référence à Duel au soleil n'est pas un hasard, car les deux films posent le problème des pâturages libres et des barbelés. On aurait donc tort de croire King Vidor lorsqu'il déclare: « A part la photographie et le paysage, il n'y a pas grand-chose de moi dans le film. Je n'ai pas écrit le scénario. Il m'a été imposé. » Tout porte en effet la marque de Vidor. La manière de diriger Kirk Douglas, mélange d'insolence ironique- il trempe son peigne dans le bocal de poissons rouges de Claire Trevor – et de tragédie personnelle - les traces des barbelés sur sa poitrine - , d'expérience et de provocation, est celle d'un très grand cinéaste. De même, le personnage de Reed, une de ces real women de l'Ouest, prêtes à s'offrir et à se vendre pour assurer leur puissance terrienne et économique, est tout aussi stupéfiant. Passant de la comédie ( la stupéfaction de Dempsey et des autres cow-boys devant la baignoire ) à la chronique nostalgique (Dempsey retrouve en Idonee une ancienne amie), de l'affrontement physique (la correction d'une rare violence infligée par Miles à Dempsey, le thème même des barbelés) au pittoresque (les figures de vétérans qui hantent le saloon), Vidor utilise toutes les facettes du western.
Comme John Wayne aurait pu le dire à Montgomery Clift dans La Rivière rouge, Kirk Douglas instruit le jeune William Campbell: « Ne descends jamais de cheval sans qu'on t'y ait invité. Ne vends jamais ta selle. S'asseoir sur la selle d'un autre, c'est comme porter les chaussures d'un autre. »
Une leçon de vie westernienne. Une leçon de cinéma.


Le point de vue de Bernard Cohn dans « le western » ouvrage de vulgarisation aux éditions Gallimard
Citation:
L'Homme qui n'a pas d'étoile, bien que renié par son auteur qui n'en reconnaît que la photographie et les paysages (le scénario lui fut imposé) atteint au tragique le plus pur grâce à la beauté des symboles, et à la simplicité de l'intrigue qui fait alterner des scènes de cruauté presque sadique (l'homme qui se prend dans les barbelés) et des moments d'apaisement et d'humour (le départ de Kirk Douglas à la fin du film, quelques rencontres entre celui-ci et la séduisante et perverse Jean Crain, certains rapports avec Claire Trevor). Déchiré entre son idéal personnel, sa self-reliance pour reprendre les termes d'Emerson, et l'appel de la collectivité victime de l'injustice, le cavalier solitaire au passé maudit (en témoignent les marques de barbelé sur sa poitrine) trouve sa liberté dans la défense des fermiers, mais doit de nouveau s'exiler pour ne pas se trahir. Tel quel, paradoxalement, eu égard aux réserves de l'auteur quant à la paternité de l' œuvre, il est bien un héros vidorien, par les problèmes qui se posent à lui (relations individu-société, survie dans un monde en expansion territoriale et économique), sa croyance en lui-même, son idéalisme, et « la recherche constante de sa vérité ».



L’avis des spécialistes Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans l’incontournable « 50 ans de cinéma américain »
Citation:
Man Without a Star, western survolté, trépidant qu'il considérait comme une commande. Kirk Douglas alla jusqu'à s'en approprier la mise en scène, prétention que dément la vision des films qu'il a dirigés (même Posse qui a des qualités est fondamentalement différent de Man Without a Star). D'ailleurs le scénariste Borden Chase, sans nier l'invention de Douglas, -le seul acteur que j'ai vu améliorer un scénario-, confirme l'apport essentiel de Vidor: - La scène du bar où Douglas danse avec un banjo, c'est du Vidor. Il a ajouté des trucs merveilleux... Voilà un film totalement influencé par son metteur en scène. - On a même l'impression qu'il récapitule la plupart des grands thèmes vidoriens (la terre, la liberté, la civilisation, les rapports entre hommes et femmes, d'une formidable franchise sexuelle, qui en sont la dynamique; la matière première). Les lignes de force du cinéma américain, le tout en quatre-vingt-neuf minutes. Ce qui donne un ton rapide, sans lourdeur ni faux sérieux, truffé de rebondissements, de retournements elliptiques. Ce style nerveux ne freine pas le lyrisme el donne une ambiguïté aux conflits entre la civilisation et la nature, entre l'Est et l'Ouest, le capitalisme et la collectivité. La civilisation amène le pouvoir de l'argent, mais aussi la salle de bains; les barbelés sont source de mort, mais aussi de protection.


Mon avis

Autant le dire tout de suite, c’est mon western préféré … Je l’adore plus que Rio Bravo de Hawks, la prisonnière du désert de Ford, l’homme de l’ouest de Mann, les 7 mercenaires de Sturges, la dernière chasse de Brooks, l’ange des maudits de Lang, les conquérants de Curtiz, la charge fantastique de Walsh , Josey Wales hors la loi d’ Eastwood..
A première vue, le film ressemble à une banale série B : tout juste 1h30 , sans cinémascope , générique rapide en chanson …
Le film repose entièrement sur la personnalité forte de Kirk Douglas qui nous fait un véritable festival ! Des dialogues percutants comme des tirs de pistolets , de la bonne humeur à revendre, de l’action à point nommé, mise en scène pleine de panache , rythme haletant .
J’aime ce western parce qu’on y retrouve fidèlement les grands thèmes de l’ouest : le chemin de fer, le rôle du saloon, les ranchs, les rivalités entre éleveurs, les barbelés, la vie quotidienne et les préoccupations des cow-boys, les mauvais garçons du Far West, la mère maquerelle salvatrice , les arrivistes de la Côte Est etc.….
Des séquences insolites (la fameuse salle de bains), des scènes d’anthologie (la démonstration façon cirque au revolver de Kirk Douglas, la chanson au banjo, l’initiation aux techniques de cowboys ).
En fait, je m’identifie et envie profondément le personnage de Kirk Douglas , cow-boy qui n’a pas de but ( d’étoile ) , aventurier qui roule sa bosse dans tout le Far West, pas d’attache, pas de contrainte, il profite des plaisirs de la vie au jour le jour, une existence rythmée par l’expérience de la réalité de l’Ouest et une philosophie de la survie tout à fait originale : ne jamais tourner le dos à ton adversaire, ne jamais vendre sa selle… Même si dans le film, la vie de nomade de Dempsey Rae traduit en fait sa fuite de cette réalité de l’Ouest à cause de souvenirs et déceptions douloureuses, c’est encore la vie de bohème qu’il choisit à la fin alors que ses blessures intérieures ont fini par se cicatriser .
Je n’ai jamais vu tout ça réuni dans un autre western.
Du 100% pur régal.


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Quelle critique magnifique et complète ........... merci pour ce boulot qui donne envie riolobo


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