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J'ai vu, j'ai bien aimé jusqu'à la poursuite en bagnole (phénoménale soit dit en passant...), après bah, j'me suis fait chier en attendant la fin.
Je partage tout à fait la critique du journaliste de libération... donc je le cite :
Citation: The Island de Michael Bay,
avec Ewan McGregor, Scarlett Johansson, Djimon Hounsou. 2 h 12.
bien sûr, on pourra trouver la concordance fortuite. Il n'empêche : The Island est à la fois le premier échec commercial du réalisateur Michael Bay et son premier film fréquentable. A croire que le public américain (qui a boudé cette sortie estivale, au même titre que Furtif, le crash de Rob Cohen, autre bourrin notoire, qui sort en France mercredi prochain) n'apprécie le cinéaste californien que pour sa capacité à pondre de vilaines daubes patriotiques (Armageddon, Pearl Harbor), singularisées par leur manque de subtilité.
Pourtant, l'impensable vient donc de se produire : à force de s'amuser à faire partir les millions de dollars en fumée (au sens propre : les explosions, c'est son dada !), Michael Bay a tourné un film doué de pensée, où longtemps l'action s'emploie plus à servir le propos qu'à le phagocyter. Pour aller à l'essentiel, disons que The Island ravive la grande tradition du cinéma de science-fiction des années 70, poussé dans ses retranchements pessimistes, puis efficacement soumis aux impératifs spectaculaires de la doxa hollywoodienne.
Anabolisants. Quelque chose comme un mélange de THX 11 38 de George Lucas et de Soleil vert de Richard Fleis-cher (dogmatisme établi sur le mensonge, effets pervers du progrès scientifique, individu broyé par le machiavélisme des élites qui réagit dans un sursaut de lucidité), défoncé aux anabolisants. Un thriller (à peine) futuriste, qui flambe avec un yacht de 25 millions de dollars, invente des motos volantes «au profil de requin» _ clou d'une scène de poursuite si ahurissante qu'elle justifie à elle seule le déplacement _ et, en sus, prétend poser quelques questions. Comme : «Jusqu'où est-on prêt à aller pour vivre toujours plus longtemps ?»
C'est d'ailleurs là le coeur du propos de The Island, qui montre comment un microcosme de nantis casse sa tirelire pour s'offrir des clones susceptibles à tout instant de lui fournir des pièces détachées. En réserve, gravite ainsi sous cloche (et sous terre) un monde parallèle «où les émotions sont bannies» et où chacun attend de gagner à la loterie pour partir sur l'île. Un aller simple qui cache une réalité autrement sournoise que deux êtres vont découvrir et affronter.
Equivoque. A partir de ce récit malin et tordu, qui réfute en partie le manichéisme usuel (la composition équivoque de Sean Bean, chef des Kapos) tout en conjuguant univers réel et virtuel, Michael Bay témoigne d'une insolence inattendue. Dans The Island, situé au siècle actuel, le fossé entre riches et pauvres a continué de se creuser inexorablement ; le souvenir des camps de concentration perdure ; opium cathodique, les images qui anesthésient la population n'ont de cesse qu'elles ne mentent ; et le président des Etats-Unis est traité de crétin absolu. Ce qui, effectivement, faisait peut-être un peu beaucoup pour complaire au box-office.
Par Gilles RENAULT
mercredi 17 août 2005 (Liberation - 06:00) |
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"Transformer le monde" a dit Marx ; "changer la vie" a dit Rimbaud : ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un.
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