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En exclusivité LOL
Bon aller... je vous colle en EXCLUSIVITÉ française LOL... un article que j'ai écrit (un peu vite) pour une revue espagnole il y a quelques mois... et sur lequel je viens de remettre la main en fouissant dans un vieux "Mes documents" LOL...
Bonne lecture.
Citation: Michael Moore.
Parler de documentaire, c’est toujours un peu casse gueule. Premièrement, parce qu’on oublie un peu trop souvent que c’est du cinéma. Et oui, le documentaire, c’est un art et pas du journalisme. Enfin, quoi que... Bon prenons sous un autre angle, le documentaire c'est du réel, ça nous montre le monde. Mais y’a bien quelqu’un qui nous le montre ce monde dans un documentaire ? Et ce quelqu’un, il nous parle avec son écran plein d'images. Si quelqu’un parle, on est déjà plus dans le réel aurait sûrement dit le professeur Lacan. Bon, l’axe réel/artificiel n’est pas terrible non plus. Je vous l’avais bien dit que c’était casse gueule de parler de documentaire. Mais il est dernièrement une occasion de parler documentaire qu’on ne saurait manquer pour d'obscurs raisons ontologiques : Michael Moore.
Michael Moore n'est pas très connu (voire pas du tout) au pays du chapapote et du gordo de Navidad et c'est pas faute d'être intéressant voir passionnant. Alors faisons rapidement connaissance, voulez vous. D'abord, Michael Moore est américain, et ça pas besoin d'être Lévi-Strauss pour s'en rendre compte au premier regard sur le bonhomme : obèse, mal rasé, une casquette de baseball vissée en permanence sur son crâne mal peigné. Et pour le voir, ça on le voit dans ses films et c’est bien la première chose à dire sur son cinéma (faut croire que j’ai pris parti dans le débat évoqué au dessus). Moore fait partie de ses documentaristes qui prennent le parti d'aller au front et de se mettre devant la caméra (En cela, on peut d'emblée le rapprocher de Marcel Ophuls, fils du grand Max, réalisateur de très bon documentaire sur la collaboration en France, Le chagrin ou la pitié, ou encore sur la couverture par les médias de la guerre en Yougoslavie, Veillées d’armes). Alors, il y va et franchement. C’est là sûrement la première grande qualité de Moore et son premier défaut. Mais c’est vrai que je ne vous ai pas encore dit de quoi Michael nous parle dans ses films. Michael est né à Flint, Michigan, autrement dit LA ville de General Motors Company (Buick) : LE symbole du capitalisme américain. A Flint, les gens mangent, dorment, travaillent, s'amusent label General Motors Company. Lorsque GMC a décidé à la fin des années 80 de fermer les usines et de déménager pour un endroit où il fait bon vivre pour les capitalistes (sans syndicats, ni lois...), la ville est tombée dans le chaos : la criminalité a explosé, les expulsions sont devenues quotidiennes, le nombre de suicides a dépassé toutes les statistiques. C’est alors que Michael Moore a décidé avec quelques amis de l'école de cinéma, recrutés en vitesse, de se lancer à la poursuite de Roger Smith, grand patron de l’entreprise, pour lui demander des comptes. Cette poursuite a la fois dur et hilarante, c’est Roger and me (1989).
C’est avec ce film, primé dans de très nombreux festivals que Michael Moore est entré dans le petit cercle des grands documentaristes. Dès Roger and me, Moore fait preuve d’une patte, d’une touche personnelle qui ne le quittera plus : s'investir tant financièrement que physiquement dans le film, il est omniprésent à l’image ; mêler images qu’il tourne avec son équipe avec spots publicitaires, dessins animés, images d’archives, formant un véritable melting-pot visuel ; un ton humoristique omniprésent et de bon goût. A cela, il faut ajouter une thématique centrale : les états unis et tout ses travers, c'est à dire le capitalisme, l'impérialisme, la violence, la folie des armes à feu, j’en passe et des meilleurs. Après Roger and me et un essai de comédie raté à Hollywood, Michael commence à devenir célèbre en participant voir en animant divers shows télévisés irrévérencieux dans lesquels ils s'attaquent aux grandes compagnies, aux politiques américains, au lobby des armes, etc. Il écrit aussi quelques livres dont le principal (Downsize this) est l’occasion pour faire son second documentaire : The big one.
Semblable à Roger and me dans la forme, Moore profite de la tournée de dédicace et de conférence qu’il fait pour la promotion de son livre pour visiter les entreprises qui délocalisent alors qu’elles affichent des bénéfices énormes : décernant prix du plus grand délocalisateur, chèque cadeau pour payer le premier mexicain à 80 cents de l'heure, etc. Jubilatoire et provocateur, le documentaire est l'occasion de voir et d’entendre de la bouche même des plus grands patrons de ce monde quelques vérités bien senties : le patron de Nike, lui même, déclarant à un Moore halluciné, qu'il n'a jamais mis les pieds en Indonésie, pays qui concentre l'ensemble de la production de Nike, ou encore que le travail des enfants de 14 ans ne lui posent pas de problèmes, ou encore ce jeune exécutif qui explique alors que les employés sont en grève derrière la porte, que s'ils avaient mal travaillé et que l'entreprise avait fait moins de bénéfices, ils ne seraient pas licenciés. Après un nouveau passage très réussi par la télévision (The awful truth), Moore vient de signer un nouveau documentaire époustouflant : Bowling for columbine.
Columbine, c’est ce lycée américain où deux étudiants ont ouvert le feu et tuer plusieurs étudiants et un professeur avant de retourner leur arme contre eux. Bowling parce que le matin même avant la fusillade, les deux élèves jouaient au bowling avec d’autres camarades de classes. De nouveau, la forme est éclatée : images des journaux télévisés, diverses actions de Moore (contre les supermarchés qui vendent des munitions au milieu des poissons surgelés et des donuts), interviews de divers protagonistes de l'affaire (la police, un père de victime, le sidérant d'intelligence Marilyn Manson...) et même un petit dessin animé qui raconte l'histoire des États-unis. Parce que c'est bien les états unis que Moore interroge dans son film. Comment a t'on pu en arriver là ? Moore prend une par une, les données du problème : la violence de la musique et du cinéma, la vente d'armes, l'histoire "violente" des états unis... Mais tous les éléments montrent que les Etats Unis ne sont en rien différent de nombreux autres pays : 70% de la population canadienne est armée et pourtant le nombre de mort par balles est 100 fois inférieur aux USA. La France, l'Allemagne, la Grande Bretagne ont eux aussi une histoire violente faite d'impérialisme, de massacres coloniaux, de crimes religieux est pourtant comme pour le Canada le nombre de morts par balle est toujours 100 fois inférieur à celui des USA. Le film regorge d’arguments et de recherches, de chiffres, d'interviews pour essayer de démêler LE problème : plus de 11 000 morts par armes à feu par an aux USA. Alors je ne vous en dit pas plus, je pense qu´il (c’est toujours un peu le cas) vaut mieux aller faire un tour dans les salles ou dans votre vidéoclub préféré pour voir les films de Moore. Bowling for Columbine, c’est l’occasion de penser un peu le problèmes de la violence, mais aussi celui de la politique américaine, pourquoi ce pays et dans une certaine mesure ça population se prennent pour les gendarmes du monde... La guerre en Irak en est un exemple d'actualité. Alors avec Moore et pourquoi pas Chomsky dans l'autre main, arrêtons nous un peu et regardons les... nos maîtres... |
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