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Une critique de libé qui parle de l'article en début de thread et qui apprécie visiblement beaucoup l'ami Houellebecq :
Citation:
Houellebecq, le tsunami annoncé
L'écrivain revient avec «la Possibilité d'une île» que quasiment personne n'a lue mais dont tout le monde parle.
Par Lilian MASSOULIER
Libraire à Toulouse.
L'exilé andalou, qu'on prit un temps pour un gaullien parti bouder en Irlande, est de retour dans quelques jours avec son nouveau roman, que «personne n'est censé avoir lu». Pas de service de presse pour les libraires, pas plus pour les journalistes, jusqu'à récemment du moins.
Parce qu'il y a peu, donc, certains critiques, triés sur le volet de l'admiration sans fard qu'ils vouent au Michel, ont pu se délecter en avant première des pages de la Possibilité d'une île, le tsunami attendu de cette rentrée littéraire.
Rentrée littéraire ? Vous savez, ces quelques semaines, deux ou trois, entre fin août et début septembre, où une avalanche de romans mal ou vite ou peu ou parfois, mais rarement, très bien écrits viennent encombrer en pile les librairies et autres grandes surfaces vendeuses de culture.
Donc, il y a quelques jours, certains ont eu droit à la primeur. Ils n'en diront rien, promis juré, jusqu'à l'officiel lancement de la bête, mais bon les fuites abondent. Science fiction, clonage, religion et tutti quanti sont au menu de cet opus houellebecquien. En attendant de juger sur pièce, on ne peut que hausser une épaule, voire les deux, sans plus se prononcer.
Ceux qui se prononcent le plus d'ailleurs ne sont pas ceux qui l'ont lu mais ceux qui ne l'ont pas lu, ceux qui ne font pas partie de la cour choisie par Fayard. Ceux-là sont furax, à l'image de l'académicien du Figaro, Angelo Rinaldi, qui manifestement n'a pas digéré de n'avoir pas été élu. Très remonté, il s'est fendu d'un billet relatant sa découverte fortuite de l'objet du délit, ce roman défendu, sur un banc public dans un parc du IIIe arrondissement. Surpris, il l'a lu, n'a pas aimé, mais alors pas du tout, mais n'est pas le seul, puisque, nous dit-il, le précédent propriétaire du livre s'était en page de garde fendu d'une note de lecture disant qu'il n'avait «pas du tout aimé», voire «rien compris». Rinaldi nous prend là à témoin : ce n'est pas du haut de son académisme rigide qu'il a rejeté Houellebecq, puisqu'un quidam (suffisamment placé quand même pour s'être procuré un exemplaire du roman) lambda n'a pas non plus goûté aux charmes prétendument irrésistibles de la prose du jojotant Houellebecq.
On lit le billet d'humeur, et on imagine Rinaldi venant raconter sa découverte inopinée chez Ardisson, tel Paco Rabane décrivant par le menu comment il avait, étant jeune, «fait l'amour avec la terre». Rinaldi, illuminé ! Faut-il donc qu'il soit mal à l'aise avec l'auteur Houellebecq pour inventer de telles inepties, pour ainsi céder à l'enfantillage puéril, quand il s'agissait juste de passer outre, ou d'expliquer plus simplement pourquoi il n'aimerait de toute façon pas le nouveau Houellebecq, quel que fut son contenu.
Car enfin, de quoi s'agit-il là ? D'une déception amoureuse ?
On dirait, oui, Rinaldi l'éconduit qui fait la tronche au grantécrivain surestimé, peut-être. Rinaldi jaloux de ses confrères mieux placés à gauche de ce seigneur des lettres de pacotille.
Faut-il donc en tout cas que Houellebecq soit un auteur clé, quoi qu'on en pense, pour susciter ainsi tant de débat.
Et justement c'est le fait même qu'il y ait débat qui place à part ce pessimiste ronchon, sans doute bien plus réaliste que l'ensemble de ses confrères, moins agité que certains ultras mais plus profond que beaucoup de faux légers penseurs.
Houellebecq revient, et tout s'affole, biographie élogieuse d'Arrabal par ici, pamphlet hargneux et partiellement injuste de l'autre, l'homme ne laisse pas indifférent, depuis Plateforme. L'homme n'est pas descendu, en dépit de son long silence, en dépit de son éloignement, n'est pas descendu du piédestal à la fois fragile et massif sur lequel l'époque l'a placé, cette époque même qu'il fustige si durement dans ses romans, non sans humour pourtant, non sans finesse, n'en déplaise à certains.
Si Houellebecq était une émission télé, ce serait donc un mélange d'Ardisson et de Fogiel, un mélange de déballage et d'information, de show-biz et de réalité, un arrangement iconoclaste avec la mort, la vie, et rien de tout cela aussi, tout ce qui ne compte pas, tout ce qui n'est rien, des mots, du bavardage, du creux, du vide. Houellebecq est tout cela dans ses livres, en tout cas. Il est tout cela, mais c'est déjà énorme, c'est déjà tout un pan de réalité, aujourd'hui, maintenant, tout un pan de médiocrité et de désespoir, de déchéance même parfois, quand tout peut paraître, à la lecture de certaines informations, juste dégueulasse et laid.
Mais s'il est un mélange de tout ça, une sorte de kaléidoscope, c'est par sa dimension poétique, surtout. Parce que c'est là, par un certain élan poétique, qu'il sublime ce chaos, ce cloaque, qu'il parvient à une incontestable justesse.
Angelo Rinaldi et d'autres pensent qu'il n'y a «rien» dans Houellebecq, sa vie, son oeuvre. Rien. Admettons. Mais ce rien est déjà bien plus, existe davantage que les trois quarts de ce qu'on appelle la littérature française, amidonnée de conservatisme, frileuse et de plus en plus introspective, qui plutôt que de s'ouvrir aux autres, aux vides, aux pleins, aux déliés, se focalise sur de pathétiques quêtes qui ne concernent que leurs auteurs et leurs familles.
Houellebecq, déjà, et ce n'est pas rien, n'écrit pas sur lui-même. Il n'écrit pas pour lui-même.
Il souffre ses romans.
Ça n'en fait pas le plus grantécrivain de ces soixante dernières années, mais ça lui permet de dominer, de la tête et des épaules, toutes ces mêlées écroulées à force d'être trop voûtées, qui gaspillent des notes de restaurants pour un prix, un bandeau, quelques centaines de milliers d'exemplaires.
Michel Houellebecq, moins lu que Marc Lévy, qu'Amélie Nothomb, mais attendu en France, en Allemagne, en Angleterre, comme le loup blanc, va-t-il tout engloutir avec sa Possibilité d'une île ?
Les alarmes retentissent déjà, certains tirent la tronche, d'autres se frottent les mains, on n'avait pas connu ça depuis le retour de Zidane ? |
Source: Libé
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