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[OS] Vista : l'histoire de la remise à zéro
Vista : l'histoire de la remise à zéro
Ceux qui pensent encore que Vista est une simple évolution de Windows XP devraient réellement commencer à revoir leur copie. Sorti des traditionnels commentaires « C’est Windows XP avec une nouvelle interface plus lente », il suffit la plupart du temps de se rendre sur le site de Microsoft pour trouver une montagne d’informations. Et ceux qui creusent finissent par trouver une foule de données. On se rend alors assez vite compte que d’un élément à un autre, Vista n’a rien d’une mise à jour.
Pour autant le système a eu une genèse plus que douloureuse, et a marqué une étape très difficile pour Microsoft puisque la société s’est retrouvée au bord de la guerre civile sur des questions de premier ordre. Ce que l’on appelle aujourd’hui le « Longhorn Reset » n’aura été que le signe extérieur d’un bouleversement plus profond au sein de la firme, dont l’un des résultats aujourd’hui est la grande réforme de la société suivant trois branches principales.
Si l’on doit associer un seul nom à Vista, ce sera définitivement celui de Jim Allchin, l’une des têtes pensantes de Microsoft. Employé par le géant depuis 1990, Allchin a pratiquement toujours été rattaché à la plateforme Windows et est connu pour ne pas avoir cru en Windows XP. Il se définit lui-même comme habité constamment par certains petits démons qui lui montrent depuis des années que la plateforme Windows fonce dans un mur, car sa conception et sa philosophie sont en décalage avec son temps.
Lorsque Bill Gates a commencé à parler du successeur de Windows XP, le projet était dans sa tête d’une limpidité totale. L’architecte en chef de Microsoft souhaitait en effet rebâtir le système depuis le début, en intégrant l’ensemble des nouveautés auxquelles il avait pensé, notamment WinFS. C’était un projet complexe, mais attrayant, et Gates pensait dans tous les cas à une véritable coupure technologique. Cette vision des choses s’est avérée fatale pour le projet.
Windows est un système monolithique, une vaste colonne de fonctions et d’éléments inextricablement liés entre eux. Certains composants sont optionnels et gravitent autour de la colonne en attendant d’y être éventuellement rattachés, mais la quasi-totalité du système est solidaire. Dans cette philosophie de développement, chaque développeur écrit sa portion de code, avant de tout réunir dans une version que l’on nomme « build ».
Seulement voilà, l’ampleur du projet était telle que ce mode de développement devenait catastrophiquement long, et à moins de pouvoir y consacrer un temps si long qu’il en devenait ridicule, il fallait revoir le fonctionnement du cycle de développement, c’est-à-dire…tout. C’est à peu près le message que Jim Allchin est venu annoncer à Bill Gates un jour de juillet 2004, préfigurant le « Reset » qui allait arriver.
Bill Gates a au départ refusé, occupant un poste dont les fonctions sont assez paradoxales au final : en tant qu’architecte en chef, il est censé permettre l’innovation sous toutes ses formes, mais en restant celui qui a le plus les pieds sur terre pour éviter les dérapages. Allchin a insisté en expliquant que le projet était si complexe que les développeurs n’arriveraient jamais à le faire fonctionner correctement, surtout dans les temps impartis. Gates a alors octroyé une rallonge de temps aux développeurs pour continuer à avancer dans la vision initiale.
Jim Allchin en est ressorti quelque peu frustré. L’homme a en effet consacré les quinze dernières années de sa vie à la plateforme Windows, sans pour autant réussir à passer le message sur ses craintes et ses doutes quant au futur de celle-ci. D’un autre côté, Vista marque la fin de la carrière d’Allchin puisqu’il prendra sa retraite une fois le système dans les étalages. Allait-il garder ce qu’il avait à dire dans l’ombre ? Et bien non, si Vista devait être son chant du cygne, alors il fallait qu’il puisse en ressortir fier. Le chemin allait être bien long.
Les évènements qui ont suivi ont donné raison à notre bonhomme. Tandis que d’un côté la colère des développeurs augmentait car le projet ne se présentait pas du tout sous une bonne lumière, la concurrence a commencé à bouger et à innover tandis que le géant de Redmond rayonnait d’une sensation de se reposer sur ses lauriers. On trouve trois artisans d’un début de déclin de Microsoft sur une multitude de fronts : Google, Apple et Linux (et plus globalement le monde de l’open source).
Google en particulier allait se révéler un adversaire redoutable, ayant disposé des pions solides ne demandant plus qu’à être réunis sous une même bannière, ce qui pourrait bien arriver bientôt. La société peut créer librement n’importe quel logiciel, le lancer sur Internet sous forme de version Beta et profiter ainsi de sa brillante aura de société jeune et branchée, et surtout proche de ses utilisateurs. Une manière de faire totalement impossible avec un système comme Windows.
La crise de Longhorn a commencé tandis que les concurrents commençaient à proposer des fonctions dont Bill Gates souhaitait qu’elles fassent partie intégrante du prochain Windows. La situation a commencé à devenir difficile quand Google Desktop et SpotLight sont apparus, reprenant le concept annoncé de WinFS. Le fond était différent, mais il s’agissait d’infliger un camouflet public à Microsoft. L’opération a été une réussite.
Microsoft, prisonnier d’une structure et d’une organisation bureaucratiques, ne pouvait que réagir mollement. Le pire pour Jim Allchin restait sans doute la culture associée au développement du monde PC. La plupart des sociétés ont été embrigadées dans un rythme visant à proposer un maximum de fonctions dans le temps le plus court. Les problèmes engendrés par une telle philosophie étaient multiples : un nombre important de bugs, et donc de patchs, et l’impossibilité d’ajouter des fonctions avec le nombre croissant de patchs car on ne pouvait plus prévoir les effets d’une modification.
Dans un tel contexte, le démarrage du projet Longhorn dans cette manière traditionnelle de développement ne pouvait contenter Jim Allchin qui détestait ce qu’il appelait lui-même la culture « fast and loose ». Comment imaginer travailler de cette manière quand plus de 4000 ingénieurs devaient assembler leur code et tester ensuite la version qui en résultait ? La tâche était titanesque et relevait du grotesque : la moindre erreur demandait un temps incroyablement long pour être localisée.
De son côté, Allchin avait tout de même commencé à préparer sa petite révolution, notamment en appelant à l’aide fin 2003 deux hommes, Brian Valentine, un vétéran de l’équipe travaillant sur Windows, et Amitabh Srivastava, un puriste parmi les informaticiens qui ne travaillait même pas pour Microsoft. Et pendant que les trois réfléchissaient à ce que le projet Longhorn devait être, la tempête soufflait à l’extérieur car les concurrents se déchaînaient. En avril 2004, Google lance Gmail qui entre en concurrence directe avec MSN Hotmail, et la Fondation Mozilla fait parler d’elle avec les premiers faits d’armes de Firefox. Le temps presse.
Valentine et Srivastava travaillent sur une nouvelle philosophie de conception et de développement et finissent par arriver à la même conclusion. Ils en réfèrent donc à leur chef Jim Allchin et lui exposent leur idée : Windows doit être éclaté en composants librement interconnectables. L’idée tranche radicalement avec ce qui se fait chez Microsoft depuis le début et d’ailleurs, dans un premier temps, déplait fortement à Bill Gates, qui n’avait pas imaginé que le système provoquerait autant de remue-ménage. Eclater le système en composants pour que ces composants puissent faire l’objet de mini projets séparés articulés autour d’un axe commun, accélérer le développement, dynamiser les échanges, repenser entièrement la conception d’un système d’exploitation : le projet est vaste.
Bill Gates souhaite que le projet retourne à son état initial. Allchin et Valentine, qui présentent le nouveau plan, insistent. Il est finalement décidé d’attendre le retour de Steve Ballmer, à ce moment là en déplacement. Les quelques semaines qui suivent montrent un Bill Gates plutôt mécontent de l’évolution des évènements, mais Srivastava motive les troupes en profitant de la volonté générale de faire bouger les choses.
Pour autant, les développeurs n’étaient pas tous unanimes, car s’ils voulaient que le projet soit entièrement repensé, les outils et les méthodes étaient également à repenser et cela signifiait une montagne de changements en perspective. En octobre 2004, Srivastava et son équipe avaient commencé à automatiser le processus de test, entre autres choses qu’il fallait revoir pour accélérer le cycle de développement et proposer enfin la réactivité nécessaire à Microsoft.
Les temps ont été difficiles au début, car certains développeurs faisaient réellement de la résistance. Lors d’une réunion pour exposer les changements de méthode, un développeur a interrogé Valentine à propos des mérites et avantages de tous ces changements. Valentine aurait répondu de manière assez directe : « Votre code est-il parfait ? Etes-vous parfait ? Si ce n’est pas le cas, fermez-la et aidez-nous ».
Au fur et à mesure que les mois avançaient, les changements introduits ont réellement commencé à apporter leurs fruits. Le travail restait tout de même délicat. Le noyau n’était pas réécrit de zéro, la base reprise était un mélange de Windows Server 2003 SP1 et de Windows XP SP2. Il fallait permettre au système de garder l’héritage des logiciels développés pour l’environnement Win32, mais également proposer à niveau égal toutes les nouvelles technologies réunies sous la bannière de WinFX.
Transformer Windows en un jeu de construction de type Lego aura présenté d’ici la sortie de Vista un travail gigantesque car le système n’a jamais été pensé dans ce but. La grande majorité des composants de Vista sont entièrement neufs, même si le système contiendra ce qu’il faut pour supporter un maximum d’anciennes applications. L’un des premiers avantages que l’on verra à l’éclatement du système sera la possibilité d’installer Vista Server avec un nombre de composants restreint, avec la possibilité de ne même pas installer l’interface graphique.
Les nouvelles méthodes vont permettre également de proposer un nombre bien plus important de versions bêta aux 500 000 personnes ayant accès au bêta test, réunissant les inscrits au programme (dont votre serviteur) et les abonnés MSDN Universal. On peut comprendre maintenant pourquoi tout semble s’accélérer d’un coup chez Microsoft alors qu’un tel retard s’était accumulé jusqu’à présent. Une bêta par mois pour Vista, la bêta 1 de WinFS totalement inattendue, la bêta 2 de Monad et l’ensemble des outils qui gravitent autour de Vista et de la prochaine génération de logiciels chez Microsoft, comme la suite Expression.
Les outils développés pour Vista servent également désormais à l’équipe en charge d’Office, et les premiers résultats seraient très encourageants. Le regret de Jim Allchin aujourd’hui est qu’il aurait souhaité que cette petite révolution dans la société soit arrivée bien plus tôt.
Quoi qu’il en soit, la concurrence ne reste pas inactive et pratiquement tous les acteurs préparent leur réponse à Vista, des distributions Linux aux différents outils et logiciels séparés comme Firefox. De son côté, Apple prépare également sa réponse, nommée Leopard, qui sortira dans la même période que Vista, soit à l’automne 2006. le système profitera alors pleinement de ses racines ‘intelliennes’.
SOURCE : www.pcinpact.com
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