|
Klaudius |
 |
Expert 
Déconnecté
Niveau : 3 N° de Membre :
1887
Ancienneté : 99%
Participation : 2%
Inscription: 25 May 2002
Localisation: Villeurbanne
Messages: 1614
Sujets Lancés : 52
|
LE REFUGE DU CANCER 21 JUIN 22 JUILLET
Le cancer est rêveur, fantasque, capricieux, charmant, fascinant, terriblement irritant.
Il vagabonde. Il est à la foire et au moulin. Il ne sait pas vraiment s'il veut regarder ou se faire voir. Il promène dans le monde son monde à lui. C'est un mondain introverti.
Il marche à l'intuition et aux souvenirs. D'ailleurs, il marche de travers quand il est crabe, franchement à reculons quand il est écrevisse.
Observons le crabe cancer. Il a l'air mou. On ne saurait nier le fond de mollesse du cancer. Il est cependant pourvu d'une solide carapace et il regagne son trou avec vivacité. Serait il mou seulement entre le moment où on le surprend et celui où il se souvient de sa carapace et de son trou ? Le crabe conserve un fond de mollesse jusque dans sa vivacité. Dieu merci, il restera quelque mystère après que nous aurons achevé cette chronique.
Il se dégage du crabe / cancer une impression de digestion. Ses multiples mandibules ne cessent de s'agiter et de saliver, même lorsqu'il vous regarde dans les yeux. Il se nourrit de toutes sortes de déchets qu'il assimile avec une rare obstination. C'est un estomac sur pattes. Une véritable usine de retraitement d'ordures organiques. On voit l'intérêt écologique du crabe qui est lui-même nourriture, après décorticage.
Il est parfois tourteau, ce qui lui donne l'air bonhomme, et parfois étrille. L'étrille est un petit crabe mince, le seul à savoir nager (à reculons). Ses pattes postérieures aplaties lui permettent une brasse dansante. Sur la côte vendéenne, on le désigne sous le vocable très cancérien de « balleresse ». Il est tout à fait comestible, sauté à la poêle, à la provençale. (La manière « à la provençale » est très répandue en Vendée. On finira par l'appeler « à la vendéenne ». Ainsi meurent les civilisations.) Réflexion faite, le nom d'étrille est très cancérien aussi.
Le cancer a une vie intérieure intense. Et un peu fouillis. C'est un inconscient caparaçonné. Ses multiples mandibules internes n'arrêtent pas de mâchonner du conscient pour en faire de l'inconscient. Il fait de l'inconscient avec tout.
Le crabe cancer se replie sur lui-même, ses pattes sous lui et ses pinces devant les yeux. L'écrevisse, la langouste ou le homard cancer adoptent carrément la position fœtale en repliant leur queue. Maman! Le cancer appelle souvent sa mère, soit qu'elle lui manque, soit qu'elle l'étouffe. Il se veut farouchement indépendant mais il se voit bien, aussi, douillettement lové dans quelque giron.
Le cancer ne se penche pas sur son passé : il y plonge, il y baigne. Il ne fait pas de projets d'avenir, il fait des projets de passé. S'il prévoit de consacrer son temps à quelque chose, c'est « à la recherche du temps perdu ».
Incertitude, ô mes délices,
Vous et moi nous nous en allons
Comme s'en vont les écrevisses,
À reculons, à reculons. (Apollinaire)
A force de se replier sur lui-même et sur son passé, le cancer finit par se demander si le monde existe vraiment en dehors de sa carapace.
« Moy, je meregarde dedans moy, je n'ai affaire qu'à moy,
je me considère sans cesse, je me contrerolle, je me gouste, je me roulle en moy mesme »,
assure Montaigne. (Cette rigueur dans l'introspection lui vient de son côté saturnien, la plupart des cancers s'introspectent avec plus de fantaisie.).
On comprend que le cancer soit prédisposé aux névroses, aux longues maladies, aux symptômes imprécis et aux guérisons incomplètes.
Le cancer est prolifique. En oeufs, en paroles, billets, libelles, poèmes, romans, oeuvres en tout genre. L'abondance de ses pontes est fonction de la sélection naturelle, qui est sévère. Sa prolixité est encouragée par la Lune ; planète de la mère, de l'eau, du fourmillement, de la foule et des mirages , sa maîtresse.
(Il faut avoir vu le ballet, ravissant et un peu ridicule, que le crabe exécute pour sa maîtresse lorsqu'elle est pleine.)
Le cancer est tantôt lunaire, tantôt lunatique. Tantôt enchanteur, tantôt illusionniste. Il a toujours son miroir-mirage sur lui, il passe par des phases, il a sa face cachée qu'il se cache à lui-même.
Son humilité est généralement feinte. Il ironise volontiers peut-être pour dissimuler un manque d'humour. Il vit sa solitude au milieu de la foule. Il entend mais il n'écoute pas. Il n'a pas vraiment besoin d'écouter. Il est très réceptif. Doué pour la télépathie, pour la modulation de fréquence et toutes ces sortes de merveilles. Mais sait il seulement qu'il a entendu ?
Le cancer aimerait bien qu'on le prenne avec des pincettes. La nature et le zodiaque, qui sont malicieux, l'ont doté de grosses pinces. Profitons des leçons de la nature et du zodiaque. Prenons le cancer avec des pincettes. À cause de ses grosses pinces.
__________________
Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l'obscurité !
Le sage montre la Lune, le fou voit le bout du doigt
[HOW TO] Comment payer son apéro sur OXMO quand on arrive sur le forum & autre
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 12 Jours, 11 Heures, 26 Minutes, 8 Secondes en ligne
|