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Une excellente interview de Jan Kounen sur technikart.com : 
Citation:
Technikart : Aujourd'hui, il y a de plus en plus d'adaptations de bande-dessinées à l'écran : est-ce que cela traduit un manque d'inspiration des scénaristes travaillant pour le ciné ?
Jan Kounen : Je ne sais pas, mais en tout cas, j'aime bien partir d'une oeuvre qui existe déjà : on peut dire qu'on se l'approprie toujours un peu. C'est vrai que dans les adaptations de B.D par rapport à la littérature, l'exercice de mettre en image l'univers de la B.D ne m'intéresse pas vraiment. Autant, c'est possible quand on fait quelque chose qui est déjà écrit parce que là il n'y a pas d'univers visuel, tu construis tes propres images. Mais dans la BD, tout est déjà très décrit. Il y a une base visuelle et une forme écrite très proche des films. Pour Blueberry, je savais que j'allais faire quelque chose de différent, que j'allais parler de l'expérience secrète (le chamanisme ndlr), donc pouvoir mettre mon imaginaire dans cette partie de la B.D, qui est mal traitée. Par exemple, je préfère l'adaptation de Batman de Tim Burton parce qu'elle n'est pas vraiment fidèle à la B.D et là je reconnais le réalisateur comme s'il avait fait son propre film. Il y a aussi un autre problème qui est celui des fans de B.D, qui, eux, attendent à ce que l'on leur livre la mise en image fidèle de leurs héros. En ce qui concerne le fan de Blueberry, s'il ne va pas voir une certaine ressemblance physique avec certains personnages, que les décors ne sont pas ceux de la B.D, il ne va rien comprendre et il va passer à côté du film. Je pense aussi que lorsque l'on fait une adaptation, il est plus facile de parler de choses personnelles, le héros devient un peu le miroir de toi. C'est une façon d'avoir beaucoup d'intimité.
Technikart : Comment t'es venue l'idée de lier Blueberry avec le chamanisme ?
Jan Kounen : On va dire que la base de l'histoire c'est la rencontre entre un Cow-Boy et des Indiens, donc symboliquement entre l'Occident et une autre culture. Tout vient de l'expérience mystique…le regard sur différentes cultures. A partir du moment où j'ai choisi le chamanisme, j'ai décidé de traiter du western parce que c'était encore la période historique où les Indiens et les blancs avaient une situation conflictuelle. Il fallait aussi trouver le héros qui pouvait encadrer cette aventure. Mais je ne me suis pas trop posé de questions, j'ai tout de suite pensé à Blueberry à cause de la mine et du spectre car il y a un chamane mort ainsi qu'une apparition dans le Spectre aux Balles d'Or.
Technikart : Comment s'est passée ton expérience avec les chamanes et qu'est-ce que cela t'a apporté pour la suite ?
Jan Kounen : Je voulais vivre une expérience mystique et j'étais curieux de savoir ce qu'était cette mort virtuelle dont les chamanes parlent. Nous sommes des hommes de Neanderthal en ce qui concerne l'expérience mystique et ce n'est pas notre culture qui va nous raccrocher à ça. J'ai aussi fait un documentaire qui s'intitule « The Other World » sur le chamanisme. Je suis parti durant la période de Blueberry (à partir de juillet 99) pendant laquelle, j'ai fait ma rencontre avec les chamanes dans la jungle. « The Other World » est comme un journal de bord puisque je raconte ce que je vis. Cela remet totalement en question ta façon de voir la vie. Je suis parti aux States et en Suède pour rencontrer des spécialistes du chamanisme qui avaient un regard occidental et ouvert. Il y a un véritable lien entre Blueberry et le documentaire. Lorsque j'ai tourné « The Other World », grâce à ma relation avec eux, les chamanes ont autorisé une caméra à infrarouge lors des cérémonies religieuses. A partir de ce moment là, je me suis dit que j'allais faire une série d'images qui, au bout de 3-4 ans est devenue un long documentaire. En parallèle, j'écrivais Blueberry qui a mis 6-7 ans à se faire. Au départ, je voulais faire vivre l'expérience mystique au personnage. Tout le travail a été de retranscrire des choses que je vivais.
Technikart : Comment s'est passée ta relation avec les chamanes pendant le tournage ?
Jan Kounen : Le travail a été dur car il fallait concilier les rapports entre les chamanes et Blueberry, le monde des indiens et le monde des visions. Il y a aussi un troisième film, dont je ne suis pas le réalisateur, qui s'appelle « L'Esprit du Film », c'est là que l'on voit le rapport avec les Indiens sur le tournage. On peut y voir aussi Tetsuo Nagata, le chef opérateur qui joue de la guitare dans un saloon. C'est d'abord la rencontre entre deux cultures, l'occident et les chamanes, puis le devenir d'un film.
Technikart : As-tu travaillé à partir d'un story-board même quand tu adaptes une B.D ?
Jan Kounen : Tout à fait. Le stroryboard est venu cinq ans après le début de l'écriture. Mais je ne l'ai pas tellement utilisé. J'ai essayé de me laisser guider par l'inspiration sauf quand je faisais des scènes d'action, car elles nécessitaient une certaine technologie à savoir que tel jour on faisait tel plan et qu'on avait besoin de telle caméra. Mais à part ces quelques scènes qui représentaient 10% du plan de tournage, le reste était de l'inspiration.
Technikart : Est-ce que tu peux me raconter ta collaboration avec Gérard Brach, le scénariste de Roman Polanski ?
Jan Kounen : Il a fait énormément pour Blueberry puisque que notre collaboration a durée un an. Il a crée tout le fondement de l'histoire. Là, j'ai pris une grande claque sur la manière d'écrire des films. A peine tu as parlé de l'histoire que Gérard Brach va partir écrire vingt pages d'un coup. Il a créé tous les personnages, de Wally Blount à Runi en passant par Rolling Star (Ernest Borgnine) qui est un shérif en fauteuil roulant. L'écriture de Brach est très visuelle et instinctive, car il décrit les choses en parlant de saveurs, d'odeurs et de lumières, c'est certainement dû à ce qu'il a été lui-même réalisateur. Quand je lisais ses pages, j'avais l'impression de lire un roman ! Il maîtrise l'univers mythique, tout ce qui nous fait rêver.
Technikart : Il y a un grand brassage de musiques dans ton film, comment as-tu fais pour rassembler le tout ?
Jan Kounen : Nous avions envie d'aller à la racine de la musique avec François Roy et Jean-Jacques Hertz en prenant un flûtiste africain, de la musique mongole, indienne et aller vers des musiques qui ont des racines mystiques. Enfin, il y a bien sûr des chants chamaniques dans les séquences des rituels. Les musiciens Chamanes qui jouent, sauf Temuera Morrison (Runi), sont des Péruviens que j'ai fait spécialement venir pour jouer leurs rôles. Pour ce qui concerne le coté occidental, nous avons des chants irlandais, des chansons espagnoles de l'époque et nous avons l'orchestre qui est un peu l'archétype de la musique de l'Ouest. Nous avons joué avec le côté guimique, mais nous n'en avons pas trop fait pour ne pas trop aller vers le spaghetti western. Cela aurait bien collé pour Dobermann qui est plus dans ce registre mais pas dans le cadre d'un western mystique comme celui-la !
Louise Bernier le 17 février 2004
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