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Le Procès de Pretoria, Afrique du Sud
Citation: Source: Myself again 
En 1997, sur la fin du mandat du Président Nelson Mandela, une loi sur le contrôle des médicaments a été votée (Medicines and Related Substances Control Amendment Act, n°90 of 1997). Cette réforme s’appuie sur un simple constat : contre le SIDA, le traitement pour un mois par la combinaison AZT-3TC coûte 800 Rands (110 Euros) par les voies pharmaceutiques régulières. Or, le revenu mensuel moyen pour un foyer sud-africain est de 500 Rands.
Ainsi, les individus les moins aisés se retrouvent tout à fait incapables d’assumer financièrement le traitement anti-SIDA. D’un autre côté, plusieurs offres sont faites au gouvernement pour des médicaments génériques à un coût mensuel de 400 Rands, notamment par le fabricant indien de génériques CIPLA.
Avec 4,2 millions de personnes séropositives soit près de 20 % de la population, l’enjeu de santé publique pousse l’Etat sud-africain à adopter les quatre dispositions principales de la loi de 97 :
- le principe de la substitution par un médicament générique pour les molécules dont le brevet de 20 ans est arrivé à expiration,
- l’élaboration d’un Comité pour la fixation des prix des médicaments,
- le recours à des appels d’offres internationaux lancés par l’Etat pour ses approvisionnements en médicaments.
- et enfin la possibilité d’effectuer des importations parallèles de médicaments faisant l'objet de brevets en Afrique du Sud
Cette dernière disposition s’est retrouvée au cœur d’un intense conflit.
Très rapidement, en février 1998, l’Association de l’Industrie Pharmaceutique d’Afrique du Sud (PMASA) et 39 laboratoires internationaux - Boehringer Ingelheim, Bristol-Myers Squibb, Glaxo Wellcome, Merck et Roche entre autres - assignent le gouvernement devant les tribunaux bloquant dès lors son application.
L’industrie pharmaceutique estime que la loi était incompatible avec la nouvelle Constitution de l'Afrique du Sud, en ce sens qu'elle autorisait le Ministre à abroger les droits des titulaires de brevets et violait les termes de l'Accord sur les ADPIC. Le gouvernement a fait valoir que sa législation était entièrement compatible avec l'Accord sur les ADPIC lequel permet aux Membres de l'OMC d'autoriser les importations parallèles, qu'elle ne portait pas sur l'octroi de licences obligatoires, que le Ministre ne se voyait pas accorder de vastes pouvoirs d'abrogation en ce qui concerne les droits des titulaires de brevets et que, par conséquent, elle était entièrement compatible avec la Constitution sud-africaine. On notera néanmoins que l'affaire n'a pas été portée devant l'OMC pour violation par l'Afrique du Sud de l'Accord sur les ADPIC.
La position de l’industrie pharmaceutique a soulèvé une véhémente protestation par les ONG et l'opinion publique mondiale. L'association Treatment Action Campaign combattant auprès du gouvernement sud africain a été rejointe progressivement par d'autres associations du monde entier (MSF, Act-up, Aids Law Project, etc.). Pétitions, lettres ouvertes, déclarations, sommet pour la promotion des médicaments génériques, les armes déployées ont été nombreuses pour faire rompre l’industrie pharmaceutique.
Avec la multiplication des actions des ONG, la mobilisation des séropositifs sud-africains et les images en provenance des tribunaux, le procès de Pretoria tournait au désastre médiatique pour les firmes plaignantes et bouleversa l’opinion publique des pays riches entraînant le débat juridique sur le terrain politique.
Dès lors, certains membres du parlement européen se sont prononcés pour que l'accès à des médicaments à très bas prix soit facilité. De même, la Commission européenne par la voix de son commissaire Pascal Lamy précisait, lors d'un congrès organisé par les différentes ONG, que les ADPIC présentent une flexibilité qui permet de faciliter l'accès aux médicaments et qu’il fallait trouver un terrain d'entente sur la mise en application de cette flexibilité. Dans une interview donnée le 15 avril 1998 au journal The Observer, Gordon Brown, le ministre des finances britannique a demandé aux laboratoires pharmaceutiques de s'impliquer dans la résolution de ce problème. Il a même proposé des réductions de taxes sur la R&D. Nelson Mandela lui-même a fait part de son avis en demandant aux laboratoires de changer d'approche dans une allocution à la télévision sud-africaine.
L’accusation est faite aux laboratoires de vouloir faire passer les profits avant la vie des séropositifs. Si le système des brevets doit être préservé, les protestataires considèrent que ce système en l’état actuel empêche les malades d’accéder à un traitement moins cher, adapté et efficace. D'autant que quelques laboratoires génériqueurs et, en particulier ceux des pays où l’accord sur les ADPIC ne s'appliquent pas encore (comme Cipla en Inde), proposent activement leur production de génériques à très bons prix. Depuis 1997 d'ailleurs, plusieurs rapports de règlement des différends de l'OMC font déjà état du problème de l'application des ADPIC en Inde et au Brésil.
En même temps, les laboratoires se défendent d'être un rempart à l'accès aux soins, au contraire. Par la voie de la Fédération Internationale de l'Industrie du Médicament (FIIM ou IFPMA en anglais), les grands laboratoires regrettent d'être pris pour cible alors qu'ils ont baissé les prix de leurs antirétroviraux et qu'ils sont les seuls à pouvoir améliorer encore les traitements. Certes, les prix atteints sont encore plus élevés que ceux proposés par les génériqueurs mais l'effort est très important.
L'enjeu pour les firmes pharmaceutiques est de pouvoir garantir le respect des lois sur les droits de propriété intellectuelle à l'échelle internationale. Ce respect est effectivement la seule garantie de maintenir la recherche et le développement de nouvelles molécules. Actuellement, les infrastructures pour la prise en charge des malades et des séropositifs ainsi que la mise en place et la surveillance des traitements sont insuffisantes en Afrique sub-saharienne. Les laboratoires sont aussi en droit de se demander où et à qui vont aller les médicaments et si le résultat ne sera pas désastreux : développement de résistances, trafic de médicament...
Compte tenu de l'urgence de la situation en Afrique du Sud, l'industrie pharmaceutique est montrée du doigt mais elle n'a aucune responsabilité dans l'épidémie terrible qui frappe l'Afrique et n'a pas vocation à remplacer les systèmes de protection sociale, ni les pouvoirs publics. Elle se dit consentante pour faciliter l'accès des pays pauvres aux antirétroviraux, mais il est légitime que les laboratoires s'inquiètent du devenir de leurs brevets dans le reste du monde et aussi de la capacité des pays concernés à restreindre le trafic vers des pays industrialisés.
Le gouvernement sud-africain n'est pas non plus hors de causes dans la situation actuelle du pays. En effet, il a d'abord refusé les offres du Fond de Solidarité Thérapeutique International pour la prévention de la transmission verticale du SIDA (mère infectée-enfant) puis les offres par les laboratoires de baisses de prix ou même de médicaments gratuits. M. Thabo Mbeki, l’actuel président, se demande encore lors d’interview si le VIH est bien le responsable du SIDA! Le président Mbeki a même décidé de ne pas le déclarer comme urgence nationale ; ce qui, par ailleurs, empêche son pays de bénéficier tout à fait légalement de licences obligatoires (prévues dans les ADPIC).
De plus, comme l’explique le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline, si l’affaire s’est terminée devant les tribunaux, c’est parce que les compagnies ont « tenté sans succès, à de multiples reprises, de négocier avec le gouvernement Sud Africain ». Notamment, les fabricants ont plusieurs fois fait des offres de réduction de leurs tarifs, offres largement ignorées. En fait, le gouvernement sud-africain est complètement dépassé par la situation sanitaire du pays à tel point que ce sont les entreprises qui prennent en charge la prévention et l'éducation de la population.
Néanmoins, il ressort que chaque partie a été animée par la motivation d’arrangement. En effet, devant l’urgence de la situation sanitaire du pays et les prévisions économique alarmiste (manque à gagner de 17% sur le PIB d'ici 2010) du pays, l'image des laboratoires ne pouvaient que pâtir de ce procès.
Cette négociation aboutira entre le 8 et 11 avril 2001, lors d’un séminaire à Hosbjor près d'Oslo en Norvège, organisé par l'OMC et l'OMS avec pour thème la tarification et le financement des médicaments essentiels. Cet atelier a réuni près de 50 experts représentant tous les acteurs impliqués dans l'accès aux médicaments essentiels dans les pays défavorisés : des laboratoires, des ONG, des génériqueurs, des gouvernements et des organisations intergouvernementales.
En avril 2001, à la suite de cette négociation, les sociétés pharmaceutiques devant la Haute Cour de Pretoria ont alors retiré leur plainte contre le gouvernement. Les sociétés ont reconnu le droit de l'Afrique du Sud à adopter des lois ou règlements nationaux, y compris des règlements pour la mise en oeuvre de la Loi portant modification du contrôle des médicaments et substances connexes, en conformité avec la Constitution sud-africaine et l'Accord sur les ADPIC. De son coté, le gouvernement a réaffirmé son engagement d'honorer ses obligations au titre de l'Accord sur les ADPIC et s’est engagé auprès des laboratoires pharmaceutiques de les consulter avant l'élaboration des conditions d'application de la fameuse loi sur le contrôle des médicaments.
Le dénouement de cette affaire a vu l’Afrique du Sud rejeter fin 2002 une demande de licence obligatoire sur des médicaments anti-SIDA par le fabricant indien Cipla. A travers son industrie pharmaceutique, l’Afrique du Sud a préféré avoir recours à la licence volontaire auprès des grands laboratoires.
Le procès de Pretoria a donné lieu à un retentissant différend entre certains pays membres de l’OMC quant à l’interprétation des dispositions de l’Accord ADPIC signé à Marrakech. L’objet du litige portait sur l’accès des ressortissants des pays pauvres aux médicaments innovants traitant les grandes pandémies mondiales, à savoir la tuberculose, le paludisme et bien sûr le SIDA.
Les PED disposant d’une industrie pharmaceutique (Brésil, Inde, Afrique du Sud) ont eu fréquemment recours au régime de la licence obligatoire au motif d’une situation d’urgence sanitaire pour produire des médicaments protégés par un brevet dans les pays occidentaux. Ainsi, les Etats-Unis avaient demandé à l’OMC d’annuler une loi brésilienne destinée à contourner les droits des brevets, avant d’abandonner la procédure, sous le feu des critiques.
En principe, les articles 30 et 31 de l’Accord sur les ADPIC autorisent la fabrication de génériques afin de répondre aux besoins sanitaires d’un pays en situation d’urgence. Cette disposition se retrouve d’ailleurs dans le droit français à l’article L. 613-16 du CPI.
De ce fait, lors du procès de Pretoria, la contestation des laboratoires pharmaceutiques ne se situait pas sur la fabrication de génériques par l’Afrique du Sud mais sur l’importation en provenance de l’Inde de ces génériques. L’exportation de médicaments génériques fabriqués sous licence obligatoire a été ressentie par les pays occidentaux, et surtout les Etats-Unis, comme un risque majeur de détournement pour une éventuelle réimportation qui pourrait déstabiliser le marché pharmaceutique occidental.
En liaison avec la situation sanitaire mondiale, le procès de Pretoria a réintroduit le débat sur l’assouplissement des règles internationales de la propriété intellectuelle au secteur pharmaceutique. Sous la pression des PED, majoritaires à l’OMC, et soutenus par l’opinion publique mondiale, l’OMS et de nombreuses ONG ont porté ce débat au premier plan lors de la Conférence de Doha (Qatar).
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Si vous avez le courage de lire déjà tout ça, vous verrez que la situation est plus complexe que ce que les militants d'ATTAC veulent faire croire à tous.
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Si vous me voyez lutter avec un ours, priez pour l’ours. Sumatriptan
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