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Forum OXMO Forum OXMO > Section Loisirs > Littérature > Sondage: [JEU] Prix littéraire Oxmo 2005: votez !!!


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Sondage: [JEU] Prix littéraire Oxmo 2005: votez !!!

Comme promis le vote des oxmiens oxmiennes compte pour une voix dans le choix final du vainqueur du grand jeu littéraire Oxmo 2005 !

N'hésitez pas à laisser vos commentaires, à poser des questions aux "auteurs", à faire des critiques, ce post est là pour cela et je ne pense pas qu'aucun "auteur" ne joue les divas et se vexe !

Tout d'abord une petite centralisation de tous ces textes qui vous permettra de mieux vous y retrouver pour lire (désolé pour le flood, j'ai pensé que c'était plus clair comme cela).

Les nouvelles hors concours ne sont pas publiées ici mais méritent d'être lues (j'aime beaucoup celle que les tranchées )


Je tiens à remercier tous les participants, au vu du nombre de nouvelles (neuf nouvelles concourrent, 2 voire 3 hors concours ), ce prix a rencontré plus de succès que ce que j'avais imaginé. J'ouvrirai un nouveau topic pour centraliser toutes les remarques quant au jeu, à son déroulement, ses limites, etc. J'espère que le jeu sera renouvellé car, je l'avoue, je crevais d'envie d'y participer !

Je profite de ce thread pour avertir le jury (que je remercie vivement aussi) que bientot un mail lui sera envoyé avec un fichier word regroupant tous les textes et les modalités de choix.


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Edité par Servef le 11-12-2004 à 05:18

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Old Post 11-12-2004 04:58
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La réunion, de Major Tom

Citation:
« Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus: je suis mort. »
- Non ! Aurélien, ce script est le pire que tu m’aies fait lire, hurla Richard.

Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien ! D’ailleurs, vu l’état dans lequel je me suis couché, je ne comprend même pas comment faisait richard, mais, lui il avait la forme, la très grande forme même.
Richard c’était un grand gars sec, pince sans rire, très chiant mais rarement en colère, ce matin je ne sais pas ce qu’il avait après Aurélien.
A décharge, ce script n’était pas un des meilleurs qu’il nous ait fourni, toutefois Richard en avait accepté des pires alors pourquoi ce matin avait-il décidé de ne rien laisser passer ? Je pressentis que nous étions partis pour de longs monologues comme il en avait le secret.

- Partout il est question de mort, tiens au hasard celle ci « Facteur, triste facteur ! Un cercueil sous ton bras ! ». Tout est sombre, aseptisé froid et mélancolique, pas une once de créativité là dedans.
- Non ! Aurélien tu m’as habitué à plus de punch et ne me dis pas que c’est la faute de ce Blake, je me fiche de ce qu’il fait et peut m’importe qu’ils se pressent pour voir ses films.
- Sérieusement, écoutes ce que tu as écrit ont dirait le fruit de l’accouplement entre David Hamilton et Marie Shelley, je cite « Il eut un songe : il lui semblait qu’il était couché d’abord sur des herbes sèches; parmi lesquelles il y en avait quelques-unes de piquantes qui l’incommodaient; et qu’ensuite il reposait mollement sur un lit de roses, dont il sortait un serpent qui le blessait au cœur de sa langue acérée et envenimée. « Hélas! disait-il, j’ai été longtemps couché sur ces herbes sèches et piquantes, je suis maintenant sur le lit de roses, mais quel sera le serpent? » ». Et ensuite tu nous dit «Après ce songe, il a une autre vision : il se voyait en France, à Aix, sur un perron; avec deux chaînes, il retenait un ourson ».
Sans laisser Aurélien s’expliquer, Richard surenchérit de plus belle :
- C’est non seulement creux, insipide et mauvais, mais jamais en tant que producteur je n’accepterai aucun animal sur le tournage, déjà que l’on va en Hongrie, ce n’est pas pour se retrouver à gérer un zoo. D’autant que si la SPA tombe dessus elle usera de son influence pour retarder le visa d’exploitation.

Ah La métaphore de l’accouplement, c’est vrai qu’il était en très grande forme le Richard. Il s’acharnait sur Aurélien comme l’ouragan s’abat sur les populations démunies, et de rajouter :

- Aurélien, Je te rappelle le synopsis de départ, Jonathan Noël est un écrivain. Il ne brille pas par une carrière éclatante, mais cette fois il y croit, il a le sentiment de créer LE roman, celui de sa consécration. L’histoire est pourtant simple on filme ce qu’il couche sur papier, un fond de péplum chic, et hop les amours adultérins de Charles et Lucrèce Borgia, le tout en décors plus beau que nature.
Y a pas à tortiller du cul, je veux du sexe, du sexe, du sexe, le reste tu brode autour, t’as compris ? Tonitrua Richard à l’intention d’Aurélien.
D’une certaine manière j’aimais autant que ce soit Aurélien plutôt que moi, qui subisse la mitraille de Richard.

- Patron, c’est bon je crois que je la tiens cette fois écoutez, minauda Aurélien
« LORSQUE lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. » c’est bien comme intro hein ?

- Aurélien tu te fiches de moi, je t’ai dit pas d’animaux c’est quoi cette histoire de pigeon, t’es con ou quoi ?

A ce moment là je crois qu’il n'y avait pas de terre ferme; il n'y avait pas de lac qui soit assez profond pour qu’Aurélien puisse échapper au courroux de Richard.
Le pschiiit électrique d'un flash d'appareil photo se déclencha, aveuglant Richard l'espace d'un instant, c’était Bérénice l’assistante de Richard qui par mégarde venait d’appuyer sur le bouton. N’importe qui se serait fait fusiller pour un tel outrage, n’importe qui sauf Bérénice, il faut dire qu’en deux semaines les choses ont bien changé pour elle.

Je me rappelle encore cet instant où je l’ai présenté à la boite ils ont tous cru que c’était ma copine, pourtant la première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide et Richard n’était pas loin de partager son opinion.
C’est vrai, que ce n’était pas à proprement parler un canon, mais une gentille fille prête à tout pour rendre service.
Le sourire aux lèvres en toutes circonstances et des yeux profond et mutins, ajoutez à cela une forte poitrine toujours tendue sous un chemisier trop cintré et une paire de fesses rebondies plantée sur des jambes fermes, vous obtiendrez Bérénice.
Même si elle était la simplicité incarnée, elle savait y faire et les pipes qu’elle prodiguait sur mes conseils à Richard, lui permettait d’avoir un contrôle total sur son patron. En guise de remerciements Richard tiraillé par le remord de profiter honteusement de Bérénice à mon insu, me fichait une paix royale et tout ce que je demandais m’était accordé.
Il faut dire que j’avais bien renseigné Bérénice sur les goûts et les petites manies de Richard, en retour cette fille me témoignait une reconnaissance hors normes, a un point tel qu’indépendamment qu’elle ne soit ni ma femme ni ma copine en titre je me sentais de plus en plus lié a elle et tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé.

Rien ne nous prédestinait pourtant, il y a trois semaines par une fin d’après midi chaude et humide tandis que j’effectuais le réapprovisionnement du réfrigérateur. Les caisses passées une des roues avant du caddie couinait et avait une tendance marquée à obliquer vers la gauche et, ce ne sont pas les vingt cinq packs de corona qui facilitaient la manœuvre de retournement de l’engin pour accéder à ce fichu parking. C’est ainsi que j’éclatais le cabas de Bérénice qui eut le malheur de se trouver là à cet instant, projetant sur sa jupe un mélange de lait, de confiture et de miel. Alors que je m’attendais à recevoir les foudres divines, elle me souria gentiment en inclinant la tête. Il était bien naturel que la raccompagne chez elle, elle n’allait tout de même pas rentrer toute seule dans cet état. Je la fis donc monter dans ma voiture et je commençais à essuyer sa jupe avec des mouchoirs en papiers tout en me confondant en excuses.
Sans un mot elle mis son index sur ma bouche puis jetant le kleenex elle guida ma main vers sa cuisse, pour racler la confiture, étonné je fus mais pas autant que lorsqu’elle porta ma main à sa bouche et se mis a me sucer goulûment les doigts.
Une fois propre je fis glisser ma main le long de sa joue, son cou, m’attardant sur sa nuque pour enfin finir ma course contre son opulente poitrine, tandis que l’autre s’affairait à faire glisser sa jupe souillée.
Alors que je lui caressais l’intérieur des cuisses en remontant vers son nid douillet, elle s’est mise a genoux sur le siége et commença à dégrafer mon pantalon, ouvrit ma braguette et lentement sortit mon sexe turgescent, lécha abondamment sa main et doucement s’entreprit a quelques mouvements de va et vient pour me décalotter le gland.
Je caressais sa culotte devenue humide et sentais sous le tissu son petit mont se durcir sous mes attouchements.
Il ne lui fallu pas longtemps, pour me prendre en bouche, quelle fille, tantôt succion, tantôt aspiration, sa langue se faisait câline ou curieuse, elle me léchai la verge comme elle aurait dégusté un cornet de glace, avec la même gourmandise, avec la même avidité. De mon coté je ne la ménageais pas non plus, elle ruisselait tant mes caresses devenaient pertinentes et ses petits tressaillements me laissait présager qu’elle n’allait pas tarder a me jouir dans les doigts.
Bérénice m’a sorti le grand jeu, la pipe infernale, le grand 8, le chamboultou, la pieuvre édentée, la sangsue de Bornéo, elle réussit en en temps record à recueillir l’onctueux fruit de ses efforts.

A cet instant quand je regarde Bérénice je me souviens de la voiture et, je bande encore... ! En fait, c’est vrai à chaque fois que je la regarde et des souvenirs nous en avons accumulés en trois semaines.

Maintenant là par exemple, Richard est fou de rage après Aurélien, moi assis dans un coin, je pense à quoi ? Aux seins lourds de Bérénice, à son sexe mi-épilé qui se frotte contre ma bouche, à l’odeur suave et musquée qu’elle répand quand son corps vibre de plaisir.

Encore hier soir, après une longue et épuisante journée de casting, comme on avait fini tard, Richard avait réussi à la coincer dans son bureau et obtenir qu’elle le pompe tandis qu’il compulsait une dernière fois ses notes. Sacré Richard ça l’aide à se concentrer parait-il, je l’imagine le pantalon sur les chevilles alors que Bérénice en bas et porte-jarretelles pour seuls vêtements s’applique à lui éponger le gland sous la table. En contre partie de quoi elle avait néanmoins obtenu qu’il invite sur ces deniers personnels, toute l’équipe à finir la soirée dans ce nouveau club.

Une petite lune brillante était suspendue haut dans le ciel nocturne, et les constellations de l'automne saupoudraient le ciel bleu-noir comme une poussière de diamants broyés, c’est ainsi que nous arrivâmes, Richard, Aurélien, Bérénice et moi devant la lourde porte capitonnée du club.

Je sonne et met Bérénice devant, une paire d’yeux nous scrute longuement, « c’est bon allez y » fit le patron en nous ouvrant la voie.
Le claquement de la porte noire qui se refermait emplit l'univers feutré qui régnait dans l’endroit, très vite je compris que c’était une boîte bizarre.
D’un coté le bar, une piste de danse déserte et de l’autre coté des coins baignés de pénombre ou des couples s’affairent. Au fond d’un corridor une scène étrange, une fille nue est allongée, pieds et poings liés, à ses cotés un nain en cuir rouge lui peint le corps se servant de son sexe monstrueux comme d’un pinceau.

Allons y dit Bérénice, J'aime les nains qui savent bien peindre..! Richard qui n’était pas familier de ce genre de spectacle resta estomaqué devant la taille de l’engin du nain « Chacun de nous est comme Dieu l'a fait, et bien souvent pire» dit il finalement un soupçon d’amertume dans la voix se demandant comment un si gros sexe pouvait appartenir a un aussi petit homme.

Il ne fallu pas longtemps à Bérénice pour devenir familière des lieux, elle s’installa à une table, commanda deux bouteilles de champagne et nous invita à la rejoindre.
La garce n’avait pas choisi la table au hasard, elle disposait maintenant d’une place de choix pour observer deux couples qui copulaient sous les regards échauffés d’une bande de motards moustachus. C’est vrai que les deux filles en donnaient du plaisir, à se lécher mutuellement elles étaient dèja le visage maculé de la jouissance de l’autre, tandis que se faisant face, deux hommes les prenaient sans ménagement. Les quatre corps ondulaient dans un joli mouvement et se choquaient mutuellement à un rythme effréné, c’est vrai qu’a la place des motards je serais bien chaud moi aussi.

Tandis que nous vidions consciencieusement une troisième bouteille, Bérénice commençait à avoir chaud, elle se trémoussait et jetait à la cantonade des regards de chatte en chaleur, alors qu’elle entreprit de se caresser en ouvrant son chemisier elle mit un pied sur l’entrejambe de Richard et l’autre sur le mien pour mieux nous exciter.
Très vite les deux seins lourds de Bérénice jaillirent de leur écrin de dentelle. Des seins comme jamais j'en avais vu, fermes et doux à la fois, un très joli galbe de poire surmontés de tétons rosés gros comme des boutons de console, durs et longs, j’avais à chaque fois la même envie de les aspirer, de les caresser de les titiller de les faire rentrer à l’intérieur. Rien que l'idée de prendre ses seins dans mes mains, de les attraper par en dessous et les faire rouler sous les doigts, me mettait dans une exitation terrible, Il m’en faut moins pour m’installer ses cotés et me mettre à l’ouvrage, c’est d’ailleurs ce qu’elle attendait, et comme si cela ne suffisait pas elle écarta les cuisses pour que tout l’entourage puisse profiter du spectacle des ses jambes offertes, comme souvent à son habitude Bérénice ne portait plus de culotte dés le milieu d’après midi, non pas qu’elle aimait particulièrement avoir l’intimité à l’air. Un jour, elle m’avoua un jour qu’elle emmenait pourtant trois culottes de rechange chaque jour, mais que cela ne suffisait pas, alors à un moment il faut bien que je sèche me dit elle en riant.
Sacré Bérénice, elle commençait à émettre des râles de plus en plus forts alors que je m’évertuais à lui introduire un doigt tout en lui cajolant son bouton d’amour.

Je ne sais pas si c’est cela ou Aurélien bourré qui a crié que Richard était un vrai enculé, toujours est il que nos amis les motards se sont mis à nous entourer, Bérénice en a bien sucé quelques uns et même plusieurs en même temps, mais la meute en voulait plus, toujours plus et ce hors d’œuvre que leur offrait notre amie, n’a fait que leur ouvrir l’appétit. Pauvre Richard il semblait bien mal en point quand nous l’avons remis dans taxi.
A la réflexion, c’est peut être même pour ça que Richard en a après Aurélien ce matin !

- Bordel ! Hurla Richard en s’adressant à moi, tu penses à quoi ? T’as rien dit de la réunion ce matin, tu crois peut- être que je te paie a dormir ?
Aurélien, répète ta dernière phrase pour mossieu qui dort
- euh… la dernière scène, extérieur nuit, travelling arrière, « Le jour s'en va, la nuit est tombée; Charles, le puissant empereur, est endormi. » fondu au noir générique.

- Alors t’en penses quoi ? hein s’exclame Richard

- Bah, J’ai pas le sentiment que soit assez sexe ? Fis-je .


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La soirée, de Rievilo

Citation:

″Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus: je suis mort...″
Tu parles d’un titre à deux balles ! Pourquoi une certaine presse (si jamais cela mérite le nom de presse) s’acharne-t-elle à vouloir faire revenir sur le devant de la scène des personnes retombées dans l’anonymat à grands coups de titres racoleurs...Mais, laissez nous tranquilles à la fin ! Non seulement on doit les supporter pendant X années et,quand enfin on arrive à s’en débarrasser,les voilà qui reviennent par la petite porte, pour nous raconter une histoire qui est rarement rocambolesque,souvent pitoyable.
Sommes nous donc abonnés à vie ? Je n’ais rien signé moi, en plus ça me poursuit jusqu’à chez moi ! Si j’attrape Tab et sa stupide habitudes d’acheter ces magazines et ensuite de les semer au grès du vent chez ses potes.Est ce que je dépose mes poubelles chez lui ? Le pire dans tout ça, c’est que à chaque fois qu’il en laisse un quelque part, la personne qui le retrouve va le lire dans l’heure qui suit.Doit y avoir un produit dedans qui t’hypnotise ou qui te rend accro et qui fait que tu ne peux pas t’empêcher de le feuilleter.Peut-etre dans l’encre ou alors des images subliminales…va savoir…hum…voyons voir ce qu’il y a d’autre la dedans…Faire du sport,manger bio,ne plus prendre l’ascenseur,prendre votre café avec du sucre non sucré…bla-bla-bla…vous vivrez mieux et surtout,vous vivrez plus longtemps.
L’internationale des vieux est en marche et, elle va tout balayer sur son passage.A vos brumisateurs, prêts, partez…Le problème est : est-ce que j’ai envie de vivre vieux là-dedans, est-ce que j’ais envie de traîner mes ″vans″ dans ce bourbier qui te bouffe de ton premier cris jusqu’à ton dernier souffle.
Mais, qu’est-ce qui m’a pris de faire ça ? Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter cette invitation ?
Pourquoi je ne suis pas resté chez wam, à zapper sur les cent vingt chaînes du câble pour finalement éteindre la boîte à visions et m’allonger dans mon hamac et écouter ce bon vieux ″Kind Of Blue″.Merde Miles ! Pourquoi n’as-tu pas fait ton job ce soir, pourquoi tu ne m’as pas envoûté comme tu sais si bien le faire à l’ordinaire ?
Un bip sur mon portable, plus de feuilles dans mon paquet d’OCB et me voilà parti pour cette soirée.Incroyable comment je peux m’agacer quand je réagit comme ça.Juste une minute pour repenser à la dernière soirée et à sa fin calamiteuse et, je ne me serais pas retrouvé dans cette épave en pleine nuit, en train d’attendre que le calme soit revenu tout autour de moi.Mais, revenons en au déroulement de cette histoire :
Il est dix neuf heure,je descend les escaliers,retrouver en bas de mon immeuble mon pote Dell qui m’attend paisiblement dans son épave roulante.Pret à se faufiler à travers des ruelles impossibles,afin d’éviter le moindre embouteillage pour être à l’heure au 132 de la rue des âmes.Le starter au maximum ( sinon elle cale et là la seule solution c’est le pousse-pousse) La Renault Fuego crache une fumée blanchâtre qui se marie parfaitement avec le nuage qu’expulse Dell par la fenêtre du conducteur.L’autocollant ″Non au nucléaire″ sur le coffre arrière de la voiture est vraiment parfait dans cette circonstance.Un coup bien placé sur la portière et le carrosse s’ouvre à son passager.Aussitot, les premières notes de″Entroducing″ de DJ Shadow se font entendre et,inondent le trottoir à la grande désapprobation de mon concierge qui a là,la confirmation de tout le mal qu’il pense de moi.Le sourire que je lui envoie n’a pour effet que le claquement de la lourde porte d’entrée.Sur ce bruit sourd,nous voilà parti à travers la ville.
- ″ Tu te rends compte que depuis quelques années ,il ne se passe pas un jour sans que l’on ne célèbre une journée mondiale contre ou pour quelque chose.En plus tu as vraiment le choix , régionale,nationale,européenne,internationale : Journée mondiale de la terre,de la transhumance,pour la santé,contre la douleur,journée de l’UDF,journée contre la grippe aviaire,rencontres francophones de la schizophrénie…bref,un vrai filon pour la presse.à longueur de JT ou de journaux.Ils sont tranquilles comme ça.Les papiers sont bien préparés à l’avance et hop le moment venu,ils n’ont plus qu’à les sortir du freezer et à les présenter à nos yeux ébahis devant tant de discipline et de rigueur journalistique.A croire qu’il ne se passe rien d’autres sur notre planète bleue.Et c’est toujours la même histoire du côté de la rédaction.Quand je soulève le problème,le rédac-chef me répond que cela intéresse les gens et que ce sont de très bonne transitions entre des sujets opposés.Qu’il ne faut surtout pas lasser les lecteurs avec trop de suivi.Je fait quoi moi la dedans,tu peux me le dire ?″
Sans attendre de réponse de ma part, il accélère et engage la voiture entre brume et pluie.
Une heure plus tard, nous voilà devant le 132 de la rue des âmes.Un pavillon identique à tous ceux de la voie mais, pas de doute, la soirée a bien lieu là vue le niveau sonore qui s’échappe des fenêtres qui sont pourtant à double vitrage.Nous nous laissons happer par les décibels et pénétrons dans la soirée.Pas le temps de poser ma veste que déjà je suis harponné entre le hall d’entrée et le salon.
- " Ce qu’il faut comprendre K, et ce que j’ai compris, et qui est une évidence c’est que en ce moment le voyant lumineux de mon répondeur téléphonique clignote d’une autre couleur."
Je vous présente Darius.Un bon ami.Ca fait quelques années maintenant que l’on se connaît, ça date de la maternelle. Autant dire que l’on se connaît bien.Enfin je crois...En ce moment il psychote pas mal, enfin en ce moment c’est une façon de parler parce que ça fait un petit moment que sa grimpe chez lui. Un sacrée guide de haute montagne dans sa catégorie le Darius. J’aimais bien sa douce folie au début, sa changeait et puis peut être que je cherchais çà à ce moment là.
-" Pourquoi c’est de quelle couleur un voyant de répondeur téléphonique ? "
-" C’est vert bien sur…et le mien en ce moment il est rouge ! "
C’est assez incroyable quand pour la première fois on se retrouve face à quelque chose que l’on nomme régulièrement sans jamais vraiment la rencontrer : la schizophrénie.
A ce moment là j’ai deux possibilités .Soit je rentre dans son histoire (et ça ne serai pas la première fois), soit je m’esquive comme j’ai bien appris à le faire. N’ayons pas peur des mots, je suis devenu un athlète de haut niveau en la matière. C’est tout un art. Se faufiler sans être vu.Il y’a bien une autre réaction : être présent physiquement tout en s’échappant de son envelope.Mais je n’aime pas trop faire cela, c’est un tantinet gênant, mais parfois la fatigue ou la non envie vous font choisir ce mode là.
-"Et c’est pas bon signe ? "
-"Mais enfin K, tu ne comprends pas ? "
Je me demande bien pourquoi j’ai choisi cette voie là ?
-" Qu’est ce que tu veut que je te dise... tu sais, la couleur des voyants des répondeurs téléphonique c’est pas mon fort "
-" Je te dis que le mien en ce moment il est rouge. Mais ça ne m’étonne pas, c’est la suite logique. Le problème c’est que je les ais démasqué et, il y a pleins d’autres petite choses comme ça. Ce couple que je croise à différents endroits par exemple, l’autre jour ils étaient en bas de chez moi dans la rue dans une voiture. Ils faisaient semblant d’attendre quelque chose, et quelques jours plus tard, j’ai vu la même voiture dans mon rétroviseur. Ils sont vraiment pas discrets, mais bon c’est pas un problème moi ça m’aide. "
J’ai comme l’impression que ce ça va être la version longue ce soir. Il est redoutable dans ces conditions. Le pire c’est que si on ne fait pas attention, on commence à entrer dans l’histoire et, de façon totalement absurde, on se met à douter et on regarde dans son rétroviseur sur le chemin de retour. Il faut absolument que je réussisse à m’échapper sinon je vais prendre du retard dans la soirée. Désolé Darius, pas ce soir. Encore faut-il trouver la manière, je ne peux pas l’arrêter comme ça. Quoi que, si je réfléchie, il ne m’a pas donner le choix non plus. Pourquoi devrais-je me plier, une fois de plus, à cette cérémonie dariusienne ? Il n’y aura pas de sacrifice ce soir, ou en tout cas ça ne sera pas moi l’agneau. Question de survie, je dois trouver un remplaçant. Et pourquoi pas Magic ? Ils sont sur les mêmes ondes ces deux, toujours prêt à partir dans un chorus endiablé. Je me demande si c’est vraiment un hasard qu’ils soient là tout les deux ce soir, il faut toujours prévoir un minimum dans une soirée vous ne croyais pas …? Il y a de fortes chances qu’il y ais des dégâts collatéraux dans cette bataille de francs-tireurs. Ils ne font ni dans la dentelle ni dans la frappe chirurgicale. Et si c’était le cas, je pense que j’inviterai un général de l’armée à la retraite pour nous expliquer le déroulement de la joute. Je les trouve tellement choux ces vieux guerriers, décorés comme des sapins de noël, quand ils essayent de nous expliquer des non images de guerres et autres bombardements nocturnes verdâtres en direct des messes informatives. Je me demande si c’est facile ou pas d’en faire venir un chez soi, juste pour une soirée …«Général 30mn » livré chez vous en 30 minutes maximum,passé ce délai nous nous engageons à vous faire demi tarif sur la course. L’image d’un général, assis sur le porte bagage d’une mobylette rouge de livraison, traversant la ville à vive allure me fait mourir de rire. Faudrait-il inventer un fauteuil particulier pour nos consultants en goguette ? On a bien crée une boite pour permettre aux pizzas de ne pas refroidir en chemin quand on vous les livre à domicile, pourquoi pas pour mon chef de guerre. Je le veux chez moi en pleine forme, que du premier choix. Mais je divague, je m’emporte et j’en oublie le principal : Darius est là devant moi et il attend une réponse.
-" Tu sais que selon Magic, Neil Armstrong n’a jamais marché sur la lune en 69. La mission Apollo XI ne serait jamais allée mettre les pieds sur le caillou poussiéreux là-haut.Tout cela n’était que propagande. Tout a été fait en studio et en plus de façon parfois grossière. On ne rappelle jamais assez la situation géopolitique de cette époque : La guerre froide Darius ! L’ennemie bolchevique, mangeur d’enfants, avait déjà envoyé un pauvre type faire le tour de notre planète à bord d’une canette de l’espace. Comme dans une cours de récréation, pour être plus fort que l’autre, ils ont monté ce bobard certes un peu gros mais qui a fonctionné à merveille. Et forcement les gens l’ont vu à la télévision donc l’ont cru, puisque toi comme nous savons très bien que la télévision ne ment jamais ! "
Je me demande si je n’en ais pas trop fait là ? En même temps en l’attaquant sur un de ses points faibles je me garantie son adhésion et je le vois détaler vers quelqu’un qui sera plus apte que moi pour soutenir ce genre de conversation. Mais je ne me fais pas de soucis, nous nous croiserons encore de nombreuses fois dans la soirée et qui sais le genre de discussions que nous aurons.
Toutes ces personnes dans la pièce me rappellent ce qui c’est passé ce matin pour moi à l’anpe.N’allez pas faire de comparaisons qui n’aurais pas lieu d’être, il s’agit juste de la masse de gens présente qui me fait revenir ma matinée passée à l’ANPE.Au moment ou j’ais franchi la porte des locaux (qui se trouvent de façon passagère dans les vieux murs désaffectés d’une usine laissé à l’abandon, la belle image que voilà…), j’ai juste le temps d’entendre :
-"Panne nationale…je suis désolé mais, je ne distribue pas de ticket pour ne pas vous faire attendre.Nous avons une panne de tout le réseau informatique, nous ne pouvons rien faire pour vous, désolé, peut-être que d’ici quelques heures…ceux qui veulent partir peuvent, pour les autres il y aura de l’attente."
Bingo ! Motivé comme un jeune scout qui prépare son premier camps, je me suis retrouvé tôt ce matin ici pour faire vite et bien mon inscription comme demandeur d’emploi.Pas de ticket pour ne pas attendre…si seulement c’était vrai, comme si le simple fait d’avoir un ticket permettait de passer la vitesse de la lumière tel le commandant du Faucon Millénium.
Donc, fébrile, j’attends avec impatience l’arrivée du fameux sésame qui,me permettra de ne plus attendre.Je me demande bien,quel phénomène entre en compte à ce moment là pour causer une telle accélération des particules.Pendant ce temps,la pièce exsangue se rempli de façon calme mais certaine.La fille du guichet répète inlassablement la même phrase aux nouveaux arrivants.Le lot habituel de raleurs et de mécontents est bien présent,qui plus est,ce problème informatique leur donne une assurance supplémentaire et,très vite,on n’entends plus que eux.La pièce se partage en deux :les raleurs qui disent tout et son contraire,ils sont assis sur les quelques chaises mises à leur disposition.Le deuxième clan est celui qui tourne en rond autour des panneaux sur lesquels sont affichées les offres d’emplois.Meme après les avoir lu des dizaines de fois,ils tournent et retournent tels les prisonniers du film d’Alan Parker :Midnight Express .Ils connaissent les offres par cœur mais,ils ne veulent surtout pas s’arrêter et rester immobiles,l’arrêt c’est la mort.
Et moi dans tout ça …? Je dois revenir dans la soirée sous peine d’entendre que je suis encore ailleurs.Je clame et réclame bien haut et fort le droit aux « flash-back » personnels quand on le désire.
Une cibiche, voilà ce qu’il me faut.Quelques volutes, essayer désespérément de faire quelques cercles dans l’air puis les traverser d’un dernier jet de fumée bien dirigé, comme les cracks dans les vieux films en noir et blanc.Je devrais trouver mon bonheur du coté du bar improvisé pour cette occasion.Incroyable le nombre de personnes qui peuvent s’amasser autours du coin rafraîchissements, et ce dans n’importe quel endroit.A la nuit tombée,tous les animaux se retrouvent autour du point d’eau et font fi des conflits qui peuvent exister :Une sorte de Pax Romana ?
Bhâti est la personne qu’il me faut.Une compulsive de la nicotine,elle a toujours sur elle deux paquets de sa marque préférée,pas question de tomber en rade et ce,quelques soient les circonstances.Elle peut oublier bien des choses mais,certainement pas celle là.Son dernier séjours en Angleterre en atteste bien :sachant que le prix des clopes était là-bas bien plus élevé qu’en France,elle avait fait ses provisions.Tout était prêt de ce côté-là et,le jour de son départ elle oublia son billet de train sur la table basse de son salon.Notez que au départ,elle l’avait posé là bien en évidence pour ne pas l’oublier.Il y était toujours d’ailleurs quand elle est entrée dans son appartement un mois plus tard…Elle était en plein récit et, se trouvait dans un pub au moment du déjeuner.
-“This is the traditional fish and chip…Yes, yes…Les deux petites vieilles dames indiennes étaient assises en face de moi.Le pub était plein.Là-bas,partager sa table est monnaie courante.Juste deux ou trois mots pour débuter le repas et rapidement plus rien.Le copieux fis hand chips était en train de subir les assauts répétés de mes compagnes de tablé.Elles se jetaient juste de temps en temps un regard complice entre quelques bouchées de frites made in England, entendez par là des frites aux hormones qu’il fallait couper en deux sous peine de s’étouffer en les mangeant.Avec une de leur frites vous en faite cinq chez nous .A grands coups de ketchup et de vinaigre au malt,les assiettes se vidaient à vitesse grand V.Celle qui m’avait demandé la permission de s’asseoir,s’empressa d’aller chercher deux chocolats pour qu’ils puissent refroidir et être bu sans perdre de temps.Poisson,frittes et chocolat…
Ces petits bouts de femmes étaient d’une efficacité redoutable, à l’image des londoniens : pas de temps à perdre, course perpétuelle contre la montre.Si un fou inventait une une telle épreuve sportive, le champion olympique serait à coup sur londonien.Quand à nous les français : derniers ou pas loin…A peine le temps de commander un autre thé au comptoir que déjà, mes compagnons de table ne sont plus là.Run, run, run baby run.
Je suis de façon définitive une latine.Je fais attention au temps mais, je ne cours pas après, je vis avec lui.J’ai le temps !”
Tonnerre d’applaudissements pour cette dernière phrase autour de moi.Mais, elle enchaîne aussitôt, son auditoire en demande encore.
-“Les pubs anglais méritent leur réputation :il y fait bon y être,ils sont agréables et les gens y sont chaleureux et acceuillants.Nos cafetiers pourraient en prendre de la graîne.Même si votre anglais n’est pas parfait,il prennent le temps de vous écouter,vous déchiffrer.Souvent derrière le comptoir,un des membre n’est pas anglais(du moins sur Londres) et,tomber sur lui vous facilite la commande.Vous ne pouvez donc pas mourir de faim et de soif.Par contre,votre porte-monnaie se videra comme un arbre en automne balayé par le vent.Londres est la seule ville dans laquelle je me suis senti pauvre m’avait dit un ami…il avait bien raison.Cette phrase se confirmait chaque jour pour moi…”
Surtout quand on est obligé de se payer un deuxième billet de train pour l’Eurostar car le premier est en train de se morfondre tout seul sur votre table du salon made in Ikea…comme c’est étrange,Bhâti ne parle pas de cette épisode à son auditoire.Allons, allons je ne vais tout de même pas gâcher son moment, je veux juste une cibiche.La drogue la plus légale et vendu à chaque coin de rue.Je retrouve très vire Dell avachi sur un canapé,en grande conversation avec le poisson rouge qui le regarde fixement dans l’aquarium.Il me donne les clés de la voiture pour que je puisse aller prendre mon paquet oublié dans sa Fuego.
Dehors, il fait un froid tenace.L’objet tant convoité est là, au sol, à coté du levier de vitesse.Pas le temps de me relever que j’entends des voitures s’arrêter à coter de moi.Bruits de portières,courses,ordres, je comprends très vite qu’il s’agit d’une descente de police.Il est question de piratage informatique, de téléchargements.D ‘après les conversations, il y a même une équipe télévisée pour montrer le tout au journal de 13h du lendemain midi.Aucune possibilité de prévenir les autres,je reste là,effondré contre les sièges de la voiture .Je ne peux même pas m’allumer une cigarette…


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de Mopz

Citation:

Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus : je suis mort. Pour tout dire, cela n’aura pas été aussi pénible que je l’avais imaginé. Un jour vous êtes là, bien vivant, entouré de vos amis ou de votre famille, voire des deux pour les plus chanceux, et puis le lendemain c’est fini. Ceux qui vous chérissaient portent le deuil, parfois un peu trop ostensiblement, ceux qui vous exécraient n’osent pas toujours ricaner, ou le font en douce le plus souvent, et l’immense majorité du monde se contrefout de votre disparition qu’elle n’a d’ailleurs pas plus remarqué qu’elle n’avait entrevu votre existence. C’est comme ça et c’est très bien. Cela me convient parfaitement.
J’avais rêvé d’une belle mort, dans mon lit, sur mes vieux jours, avec au moins un véritable ami à mes côté pour me tenir la main. Mais voilà, je n’aurai pas eu le choix. Ils m’avaient prévenu, je ne peux pas le nier. Je savais parfaitement que ça allait arriver. Simplement, j’avais espéré qu’ils me laisseraient un peu plus de temps. Vous savez, il y a des choses que l’on souhaiterait voir réglé avant de partir. Pour ma part, l’ardoise était assez longue et je reconnais qu’il aurait fallu beaucoup de temps pour l’effacer. Ils en ont décidé autrement.
Quand ils sont venus me chercher, le soleil n’était encore qu’une promesse. L’air restait chargé du doux parfum de la nuit qui semblait s’accrocher aux branches des arbres, comme s’il renâclait à laisser la place aux puissants et enivrants effluves diurnes de ce début d’été. Je n’avais pas dormi de la nuit, agité par un étrange pressentiment. Lorsque j’ai entendu l’automobile s’arrêter devant la maison, j’ai su que ce ne pouvait être qu’eux. Alors, sans attendre, je suis sorti à leur rencontre. Je n’ai pas pris le risque d’embrasser une dernière fois mon épouse et mes enfants. Qui sait, j’aurais peut-être hésité. Et s’ils s’étaient réveillés, la scène aurait sûrement tourné au mélodrame ; il y aurait eu des cris, des larmes, et pour finir, beaucoup de problèmes pour tout le monde. Non, je pense avoir fait ce qu’il fallait. Vraiment.
Je suis sorti dans le petit matin clairet, droit comme un i, raide comme un piquet pour ne pas trembler, et je me suis dirigé vers la grosse automobile noire dont le moteur ronronnait doucement. Ils n’ont pas paru surpris de me voir devancer leur appel. L’un d’entre eux m’a ouvert la portière sans m’adresser la parole. Je me suis assis derrière le conducteur et l’autre à fait le tour de la voiture pour venir s’installer à mes côtés. Après m’avoir jeté un coup d’œil dans son rétroviseur, apparemment satisfait de me trouver confortablement calé dans la banquette moelleuse, le chauffeur a enclenché une vitesse et la puissante automobile s’est élancée lentement, sans une secousse. Nous sommes très vite sortis des faubourgs pour rejoindre une grande route qui montait tout doucement vers les premiers contreforts alpins. Personne ne disait mot. Le chauffeur semblait hypnotisé par le ruban d’asphalte, son voisin somnolait, et le rouquin qui m’avait ouvert la portière paraissait absorbé par une réflexion intense qui lui faisait plisser le front. Curieusement, ce silence n’avait rien de pénible. L’habitacle baignait dans une douce quiétude qui apaisait mon angoisse. À nous voir ainsi, vous auriez sans doute crus surprendre de vieux amis en route depuis bien longtemps pour une destination lointaine. Durant environ deux heures, rien ne vint troubler cette étrange atmosphère. Puis, alors que nous roulions sur une route étroite et sinueuse, le chauffeur ralentit avant de bifurquer pour s’engager sur un petit sentier forestier que nous suivîmes pendant une dizaine de minutes à travers bois jusqu’à une petite clairière où, toujours sans sortir de son mutisme, il arrêta le véhicule et coupa le contact. Je compris alors que nous étions au bout du voyage et, sans poser de questions, je descendis pour rejoindre d’un pas tranquille le rouquin qui m’avait devancé. Du doigt tendu, il m’indiqua la direction à prendre et nous nous engageâmes tous les quatre sous les frondaisons qu’un soleil maintenant éclatant transperçait de ses rayons déjà brûlants. Je songeais à tout ce que j’abandonnais, un peu ému, pendant que nous gravissions la colline.
Arrivés au sommet, alors que je m’apprêtais à descendre sur le versant opposé, le grand brun qui avait somnolé si paisiblement dans la voiture déclara soudain d’une voix nette, claire et impérieuse, qu’il était inutile d’aller plus loin. Surpris, je m’arrêtai pour me retourner et constatai que les trois hommes m’avaient laissé parcourir seuls les derniers mètres. Regardant tout autour de moi, je commençai à m’interroger. Pourquoi avaient-ils choisi cet endroit-là ? Ça ne ressemblait pas à ce que j’attendais ! Je m’apprêtais à poser la question lorsque, s’approchant de moi, le rouquin d’un clin d’œil m’engagea à me taire. Lorsqu’il fut assez près, il me chuchota quelques conseils. Je ne devais rien dire, les deux autres n’étaient au courant de rien. Il fallait que ça ait l’air vrai. Tout en me parlant, il me tendit une arme en m’assurant que je n’avais rien à craindre. C’est à ce moment-là que je sentis la peur m’envahir. Le rouquin dut la voir dans mes yeux car il se fit plus pressant, m’engageant à lui faire confiance, me signifiant que ses acolytes allaient finir par s’impatienter et qu’ils étaient tout à fait capable de prendre les choses en mains. « Ou tu leur donnes le spectacle pour lequel ils sont venus, ou tu es un homme vraiment mort. » finit-il par me dire. « Ce n’est pas ce qui était convenu. » articulais-je péniblement. « Je sais, mais nous avons pensé que c’était plus sûr pour tout le monde. » me répondit-il sans sourciller. Je sentais qu’il perdait patience. Son regard devenait vraiment inquiétant. J’étais maintenant persuadé de m’être fait posséder. Ça ne devait pas se passer comme ça ! Je devais simplement disparaître, prendre une autre identité. J’avais tout accepté. J’abandonnais femme et enfants et je me volatilisais pour toujours. Le patron m’avait donné sa parole. Nous étions d’accord ! Après toutes ces années, je lui avais fait confiance. Incapable de réagir, j’entrai dans un état second, statufié, tous les sens en éveil. Tout autour de moi, l’air bruissait de vie, la nature s’acharnait à croître quand je me dirigeai vers le néant. Il y avait là une ironie cruelle que je ne pouvais ignorer même si je n’en tirais aucune colère. Un vent doux s’était levé qui faisait mollement frémir les feuillages dont le chant atone rythmait les bavardages incessants des oiseaux. Par instant, comme en contre-chant, on percevait le léger gazouillis de l’eau vive. Il devait y avoir une source tout près d’ici. « Et merde, on ne peut vraiment compter sur personne ! J’avais parié que tu marcherais jusqu’au bout, connard !» Sans plus attendre, le rouquin m’arracha l’arme des mains, la colla contre ma tempe et appuya sur la gâchette. C’est comme ça que, le 26 juin, un peu avant midi, je suis mort. Comment voulez-vous que je l’oublie un jour ?


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de newazimuth

Citation:

Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus : je suis mort.
Evidemment ce n’était pas la première fois. Déjà par deux fois, au tout début, j’avais été abattu dans l’exercice de mes fonctions. Mais à chaque fois j’avais persévéré et j’étais reparti à zéro avec les mêmes ambitions.
Mais cette fois ci, c’était différent, il semblait que cela fut définitif. Et tout le problème était là.
Mais comment en étais je arrivé à ce désastre ?
Pourquoi avait il fallu que je, ou plutôt qu’il, ou devrais je dire que nous mettions sur pied ce trafic ?

- 1 -

J’étais heureux, tout allait pour le mieux, ma petite agence de détective privé tournait à merveille. Oh bien sur je n’avais qu’une confiance limitée en mes deux employés.

Zimuth Touta, un grand black issu du sous continent américain ou du moins ce qu’il en restait, avec sa démarche chaloupée et son amour du new tango en fa dièse ne pouvait qu’inspirer au mieux de la curiosité, au pire de la méfiance. Mais voila il était le seul pilote breveté de navette modèle X23 disponible sur cette foutu planète Verta.
En tout cas le seul à avoir répondu à mon annonce. Le seul également à fredonner à longueur de journée « Ce soir, je serais la plus belle pour aller danser, danser … » ; une veille comptine EuroBulgare remise au goût du jour l’année dernière, par un audio robot programmateur en mal de sensations.

Et Lucy Homère, une rousse élancée comme une liane qui devait sa présente identité disait elle à la culture littéraire de ses géniteurs.
« Vous avez de la chance, smooty (oui smooty purple est mon nom et est toujours mon nom), vous auriez pu avoir une navigatrice avec Sherlock Holmes inscrit sur sa combinaison de vol ».
Je l’avais échappé belle, j’en convenais aisément ; cette nouvelle mode qui voulait que l’on porte un identifiant sans aucun rapport avec son sexe du moment m’horripilait au plus au point.
C’était décevant, de faire appel à un service de nettoyage vous indiquant que « Pénélope Alma sera à votre domicile ce jour à 14H00 », et de se retrouver avec un petit asiatique grassouillet transpirant sur un escabeau en train de nettoyer les baies vitrées opacifiées par 6 mois de pollution.
Lucy Homère était bardée de diplômes de navigation subespace obtenus par correspondance, avec une recommandation élogieuse de son précédent employeur, un archéologue renommé, qui insistait « sur ces compétences sans failles de navigatrice, mais également sur sa grande maîtrise du tantrisme ».
Je me suis longtemps demandé si cette dernière phrase n’aurait pas influencé mon jugement.

- 2 –

« Tout être humain à le droit à une existence virtuelle » Article 27 de la charte des droits de l’Homme.
Tout avait commencé à ce moment là.
31 décembre 2200, Pékin, les Nouvelles Nations Unies (NNU) avaient ratifiés à l’unanimité cette proposition émanent de l’Institut du Développement Humain. L’IDH, rassemblait tous les plus grands scientifiques de la planète et était garant à ce titre des droits des êtres humains.
Beaucoup on dit à cette époque que cette vénérable institution était à la solde des grands trusts à l’échelle planétaire et notamment du conglomérat Indochinois XIyangApple leader mondial dans les techniques logiciels et matériels de réalité virtuelle.

Moi j’ai toujours pensé que c’était la suite logique aux deux précédents articles ;
2180 New Delhi : Article 25 Tout être humain a le droit à une activité rémunérée pour subvenir à son existence.
2185 Le Caire : Article 26 Tout être humain est avant tout un consommateur et doit à ce titre dépenser l’intégralité de ses revenus.

Voila deux articles qui avaient également fait évoluer fortement l’existence humaine ; leur mise en application fut une affaire rondement menée. Il faut dire que les Chinois avaient testés avec succès ces deux préceptes.
Dès votre majorité, à 16 ans, et en prenant en compte un minimum de vos aspirations, le bureau local du NNU vous assigne une activité. Cela peut être un travail productif classique, ou bien continuer une formation, ou encore élever son unique enfant.
Toutes ces activités sont rémunérées.

En contre partie nous sommes également devenu des Nouveaux Consommateurs.
La durée de validité de notre salaire est d’un mois maximum après sa perception, et il est composé, pour nous sur le continent Européen, de 30% d’Euro_logement, 20% d’Euro_locomotion (valable indistinctement pour les moyens de déplacement individuels ou collectifs), 15% Euro_nourriture, 15% d’Euro_culture, 10% d’Euro_vacances, et 10% d’Euro_libre.
Les prélèvements obligatoires, pour les différentes institutions étant retenus directement sur le salaire.
Avec ce système, l’économie fonctionnait à merveille, le taux de croissance était à 2 chiffres. Les classes dirigeantes libérales exultaient, et les tenants d’une économie de marché planifiée étaient aux anges.
Quant aux autres, dont moi, ils travaillaient, et ils consommaient sans véritable aspiration, dans une société ou la liberté d’existence, le libre arbitre étaient des concepts inconnus.

Voila pourquoi, ce droit à une existence virtuelle, fut perçu à l’époque, comme la création d’un véritable univers de liberté, de fantaisies accessible à tous les êtres humains sans distinction de classe, de nationalité, de revenus.
Un nouvel Eden, une seconde chance pour beaucoup de laissés pour compte, de paria de cette société ou l’uniformisation des cultures, et le système économiques macro libérale en vigueur, ne laissent que peux d’espace pour le genre humain.

Tout alla très vite.

- 3 –

Le 27 janvier 2205 à 8H00, ils sont venus chez moi installer le Module d’Univers Virtuel modèle Tang22.
En rentrant de mon travail à 17H00, cette cabine d’une emprise au sol de 2 m2 (que j’avais décidé de faire installer dans la chambre), était déjà raccordé au Réseau et était même opérationnelle si j’en croyais le message laissé sur ma console de communication par mon voisin de palier.

Tim Xi mon voisin, ne put s’empêcher à 18H00 de venir me faire part de ses sensations. Lui aussi comme tous les habitants de cette tour de 1902 logements avait été équipé de ce Module d’Univers Virtuel.
Si on en croyait les panneaux publicitaires lumineux virevoltant en permanence dans le ciel, tous les habitants de la planète seraient équipés d’un MUV dans les 2 ans à venir au maximum. Et tout ceci gratuitement. En fait un nouveau prélèvement obligatoire avait été institué à vie et couvrait le prix de la machine et sa location mensuelle.

Tim Xi était en face de moi, il jouait sans passion avec PitouPi son chien robot, qui le suivait partout. D’ailleurs moi aussi il faudrait que je dépense avant la fin du mois, mes 15% d’Euro_culture ; peut être ce petit poisson robot bleu vu sur le Spam réseau et disponible en 9H00 chez vous.
Je lui servis un alcool de rose, avec des olives reconstituées. Tim était désign level pour une boite qui commercialisait des smileys.

- Tu verras, Pol (oui Pol Féval est, enfin était mon nom), c’est super simple d’utilisation ce MUV. Tu rentres dans la cabine, elle est configurée uniquement pour toi, tu enfiles la senso combinaison, les lunettes panoramiques, et le casque audio et le tour est joué. A toi une nouvelle existence.
- Oui ça parait jouable même pour un surveillant de serres horticoles ! Tu as choisis quel univers Toi, et ta Femme ? Reprends des olives.
- Chloé, a choisis sans hésiter le middle Age ; tu sais l’an 1000 les chevaliers, les châteaux. Et quand à moi j’ai hésité entre la préhistoire, oui l’apparition de l’homme sur terre, et 2100 l’écroulement de l’économie mondiale.
- Et alors ??
- En fait les dinosaures ne m’inspirent pas vraiment alors j’ai opté pour 1900, le début de l’ère industrielle. Pas mal ton alcool de roses, tu pourrais m’en avoir ?
- oui ça doit pouvoir ce faire, répondis je distraitement.
- génial ! L’alcool rien de telle pour oublier son job, sa femme et son clébard. Dès que tu as choisis ton époque tu me dis. Ha oui n’oublie pas de leur retourner le contrat.

Le contrat d’existence virtuelle. Voila deux heures que je parcourais ses 102.000 caractères sur ma console de com et une seule chose à retenir, ils étaient responsable de rien de ce qui pourrait m’arriver en utilisant leur MUV.
En leur retournant le contrat avec mon paraphe numérique, ils s’engageaient à mettre à ma disposition 16H par jour au maximum, tous les jours de l’année, l’univers virtuel que j’aurais choisis parmi les 10 disponibles.
16 H par jour, ils n’étaient pas fou, je devais au minimum travailler 6H et il me fallait bien 2H pour pouvoir jouer mon rôle de nouveau consommateur. Je me suis toujours demander quelle était ma fonction la plus utile pour la société : employé modèle ou sur-consommateur enjoué ?

Ils s’engageaient également à mettre à ma disposition dans l’univers que j’aurais choisi, une somme équivalente à 1000 Euro_libre, pour m’aider à débuter dans ma nouvelle existence. Cette somme était identique pour tous.
Sinon je pouvais élaborer librement mon avatar virtuel ; je pouvais choisir d’être un homme ou une femme, dans une plage d’âge comprise entre 7 et 77 ans, de race indou, européenne, afro cubaine, pygmée ou bien encore un mixte de tout ceci.
Mon apparence physique était modulable. Le choix de ma terre d’accueil également.
Dans cet univers parallèle virtuel, le temps s’écoulait de la même manière que dans l’espace réel. On grandissait, vieillissait, et mourrait. Les accidents, les maladies, étaient également de la partie mais, disait la publicité « dans des proportions infiniment moindre que dans la réalité ».
En cas de mort de notre avatar, ils s’engageaient à nous redonner une nouvelle existence virtuelle dans un des univers de notre choix. Les cas de suicide étaient statués par une commission spéciale, et un délai de 6 mois était recommandé avant la création d’une nouvelle identité virtuelle.

Le passé, très peu pour moi. Quoi que ? Le middle age avec la possibilité de courtiser Chloé ! Oui mais il faudrait avoir la certitude que Chloé n’est pas choisis d’être matérialisée en un sergent de la garde, porté sur la boisson et maniant habilement la hache à double tranchant.
Non trop risqué ! Moi j’ai retourné, par le Réseau, leur contrat avec la case suivante cochée : Année 2500, exploration de l’espace.
Trente secondes après, le MUV passait du rouge au vert, et l’accès était libre.

- 4 –

10 ans ont passé.
La navette X23 est sur la rampe d’envol du spatioport prête à décoller avec pour destination la planète Orangea ; pas moins de 37H de vol subespace. Arrivée prévue à 12H30 le 26 juin, sur la wangbase.
Zimuth Touta était en discussion avec Lucy sur un détail de balise non répertorié sur son plan de vol. Je n’ai jamais su si Lucy me trompait avec Zimuth.

Quand à moi je respirais enfin ! Ma 285éme mission était sur de bons rails. Si les renseignements étaient exacts, j’allais enfin pouvoir mettre la main sur un nouveau Personnage Virtuel Non Identifié. Un dénommé Oxmo Rider ; drôle de nom.
Les PVNI étaient apparus presque aussitôt après la création des univers virtuels. Des pseudos rebelles avaient modifiés des MUV (les modèles Tang 27 à 33) pour permettre la création de plusieurs existences virtuelles, à partir d’une seule identité réelle. Ces existences virtuelles illégales se revendaient une petite fortune. Il faut dire qu’elles permettaient à leurs détenteurs de vivrent plusieurs existences en parallèle sur différents univers. Le bonheur, l’extase, le fin du fin dans cette société en mal de liberté.

Evidemment le système avait aussitôt réagis. Et sur chacun des 10 univers, une nouvelle profession était apparue : exterminateur de PVNI.
Et moi Smooty, j’en était un. Et l’un des meilleurs si j’en croyais mon compte en banque.
10 ans à parcourir l’espace, à traquer des « Oxmo Rider » sur toutes les planètes terraformées. Dix années de liberté, d’aventure, et surtout 10 ans à profiter de la vie. Je suis l’heureux propriétaire de 3 superbes Cadillac à coussin d’air, de 6 logements disséminés dans tous l’univers ; j’ai bibliquement connu des dizaines de femmes toutes plus belles les unes que les autres, marié trois fois, papa de 5 enfants de toutes les couleurs.

Et puis subitement, peux avant l’atterrissage, ma tablette de communication c’est mise à clignoter ; un message urgent crypté, d’une source inconnue, m’était destiné. Et j’appris toute l’histoire, toute mon histoire.

- 5 –

Il avait été dénoncé. Ils étaient remontés jusqu’à lui. Son implication dans un trafic illégal d’alcool de rose ne faisait aucun doute. Il s’était barricadé dans le MUV modèle Tang22, ils avaient tiré. Pol Féval était décédé et moi aussi par la même occasion.
Mais je ne devais pas m’inquiéter, il avait pris toutes ses précautions. Il préférait 1000 fois vivre dans cet univers virtuelle que survivre une fois dans le réel. Tel étais la dernière phrase de son mémo.

Et depuis ce jour, j’essais de comprendre.
En attendant je suis devenu un politicien qui milite chaque jours pour la création d’une charte définissant et protégeant les droits élémentaires des êtres virtuels.
- Lucy vous êtes prête à noter ?
- Oui dès que Zimuth arrêtera d’hurler sa chanson débile !
- Alors Article 1 : « Toute existence virtuelle à droit à un être humain », Article 2 : « tous les êtres virtuels naissent égaux, ……….. », article 25 : « les êtres humains ne doivent pas faire confiance au level designer travaillant dans des entreprises commercialisant des smilaids », article 227 : « la chanson - Ce soir, je serai la plus belle pour aller danser, danser, pour mieux évincer toutes celles que tu as aimées – est interdite de diffusion dans tous les univers virtuels ».


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de Dez

Citation:

Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus: je suis mort…

Nous sommes en 1997 et j’émerge lentement d’une longue nuit peuplée de peur, de désespoir et de cauchemars, je m’extrais de cette obscurité en haletant, mon cœur bat la chamade. Je sors d’une léthargie qui me semble millénaire, les sens engourdis, comme entravés par des liens invisibles. Je gis sur le dos, tourne la tête à gauche, à droite, j’essaye de remuer les bras et les jambes, mais seul mon visage répond, le reste demeure figé. Excepté une lumière aveuglante, tout ce que je perçois est brumeux et lointain. Je suis comme un cadavre conscient qui sort d’un néant prolongé passé dans la mort. J’entends vaguement des bruits qui viennent à mes oreilles, épars, sourds, je ne peux déterminer leur provenance et leur nature exacte, on dirait des conversations. Il me semble apercevoir çà et là des formes qui bougent à ma gauche, mais l’espace dans lequel je suis est si petit : une pièce chichement meublée, à peine un lit ou je suis couché, un évier à gauche de la porte d’entrée, mais un des pan de mur est vitré et c’est de là que me parviennent ces visions de personnes.

J’ouvre la bouche, balbutie quelques paroles que je ne comprends pas, et j’attends. Toujours cette sensation de vide absolu dans tout mon être comme si on avait vidé mon enveloppe charnelle de toute sa substance. D’abords murmurés, les mots qui sortent de ma bouche se transforment vite en cris, mais que se passe-t-il ? Bon sang, ou suis-je ?

Enfin, après ce qui me semble être une éternité d’attente, une femme ouvre la porte, elle est vêtue de blanc, plutôt petite et ses traits harmonieux affichent une apparente quiétude et compassion. Elle s’approche de moi, et me murmure à l’oreille des phrases dont je ne saisis pas la teneur, sa voix est pourtant posée, rassurante. Je m’entends lui dire que j’ai soif, que je veux boire, que je dois boire. Elle me répond quelque chose, se dirige vers l’évier, prend une boîte en dessous de celui-ci, tourne le robinet, et en revient avec une petite compresse imbibée d’eau qu’elle me pose sur les lèvres. J’ai tôt fait de happer tout le liquide qui sort du tissu. C’est la première sensation apaisante depuis que j’ai repris mes esprits, je réalise que je suis littéralement mort de soif, c’est cela que je réclamais tout à l’heure…mais pourquoi ne me donne-t-elle pas un verre d’eau ? Non cela ne suffirait pas à apaiser ma soif, c’est d’une mer dont j’ai besoin! Pourquoi jouer à ce jeu cruel ? Ne sait-elle pas que je suis une carcasse pourrissante et desséchée abandonnée au milieu d’un désert rocailleux et enflammé?

Je suis assoiffé bordel ! Donnez moi ce que je demande, que je revienne à la vie, que je puisse me lever et quitter ce purgatoire. J’ai envie de sentir autre chose que quelques maigres gouttelettes dans ma bouche ensablée. Je veux mette fin à cette immobilité étouffante…hélas, en dépit de mes suppliques, elle se dirige vers la porte, quitte la pièce et je me retrouve à nouveau seul, jamais de ma vie je n’ai autant compris combien le manque d’eau peut être horrible.

Je suis immobile d’accord, mais le reste de mon corps est présent, j’essaye de me relever pour m’asseoir, en vain, je me rends vite compte que je suis sanglé à ce que j’imagine être un lit. Mes bras, malgré mes ordres refusent de bouger, il en va de même pour mes jambes. Je remarque alors que des fils transparents fixés à des branches métalliques situées de part et d’autre de moi plongent dans mes membres supérieurs. On dirait des câbles remplis de liquide qui trônent en apôtres au dessus de ma tête. La soif implacable qui constituait alors ma seule sensation commence à être accompagnée par une douleur sourde qui me lance dans le bas du dos. Au fil des secondes qui s’égrènent, elle devient de plus en plus présente et rapidement : je suis pris au piège dans un étau qu’un tourmenteur invisible resserre lentement avec sadisme. Il m’enfonce un poignard dans le dos au rythme d’une lente mélopée tortueuse. La cadence de la torture s’accélère et j’ai vite l’impression qu’un tison incandescent me consume les lombaires et gagne du terrain en se propageant dans mes jambes. Je me remets à crier, la douleur devient insoutenable, mon corps n’est qu’une plaie béante qui suinte la souffrance. Je hurle à présent, comme si le fait de crier pouvait chasser le diable qui me tourmente. Je ne sais pas comment ni pourquoi je reste conscient, j’ai envie de couper le courant, d’éteindre la lumière, de m’évanouir, de me royaumer dans le néant sensitif.

Du coin de l’œil, je vois la porte se rouvrir, la même femme apparaît de nouveau, elle se dirige à pas précipités vers une des perches me qui surplombent, elle s’y affaire quelques instants et la douleur s’atténue rapidement, pour se transformer en une lente litanie apathique. La femme se rend à l’évier, et en revient avec une autre gaze, remplace la première en la posant sur mes lèvres desséchées. Elle se penche sur moi, me caresse les cheveux avec une infinie douceur, son regard se porte sur le mur derrière moi et j’ai juste le temps de la voir quitter la pièce qu’une vague de bien-être nauséeux s’infiltre dans ma chair. Je m’engourdis de plus en plus, je me vois sombrer dans ce néant que je réclamais à corps et à cris et c’est avec plaisir que je me précipite dans ce sommeil éthéré, abyssal et sinueux…


Suis-je en train de rêver ? Je me vois debout, en plein milieu de la ville, il fait nuit. Un ami m’a convaincu de descendre à Liège avec lui-même si je n’en n’ai pas vraiment pas envie. Nous arpentons les tavernes du « Carré », mais le cœur n’y est pas, il s’est fait plaquer une fois de plus la veille et je suis d’humeur morose; même l’alcool, qui coule à flots, ne nous tente guère. D’ordinaire, lorsque nous sortons en ville, il nous suffit de quelques boissons pour être métamorphosés en joyeux fêtards, quitte à paraître ridicule à plein de monde. Peu importe, nous sommes jeunes et nous n’avons rien d’autre à faire de nos vies en ce moment même.

Nous persistons dans notre quête futile d’un peu de gaieté, mais minute après minute, le fil de la soirée s’étire sans que nous y prenions un quelconque plaisir. Je décide d’écourter cette virée nocturne insipide et suggère que nous rentrions chez moi pour regarder un film. Ma mère est en vacances, j’ai la maison pour moi tout seul. J’y ai déjà organisé quelques soirées la semaine précédente et nous nous sommes bien amusés, et puis quoi qu’il arrive, rien ne peut être plus maussade que deux crétins boudeurs qui déambulent la nuit dans une ville qui leur est au mieux indifférente, au pire hostile.

Quelques instants passent, nous nous retrouvons à l’arrêt de bus, ce dernier doit arriver dans quelques instants. Je m’assieds sur le parapet d’un mur et nous échangeons une conversation morne et plate qui sied bien à l’humeur globale de cette soirée pourrie. Après une dizaine de minutes (mais putain il est encore en retard, ce bus), je vois son regard se porter derrière moi, je me retourne, oubliant pour mon plus grand malheur que le muret sur lequel je suis assis ne fait que quelques centimètres d’épaisseur et qu’il surplombe un escalier menant vers le parking en sous sol. Je perds l’équilibre, je m’entends crier, je me vois tomber, puis c’est le trou noir.

Lorsque je reviens à moi, une douleur infernale me laboure le dos et la jambe droite, je constate avec horreur que cette dernière est complètement démise : elle gît parallèle à mon bras droit, je dois avoir l’air d’un pantin désarticulé. Deux filles sont à mes côtés, elles me parlent mais je n’entends pas ce qu’elles me disent, la douleur accapare presque tous mes sens, je me contente de respirer de plus en plus fort, de plus en plus vite, je panique.
Je regarde en l’air et je remarque avec effroi que je suis au bas des escaliers : j’ai fait une chute de cinq mètres et j’ai atterri sur le dos. J’entends une sirène au loin, elle se rapproche puis stoppe net. Mon copain Stéphane arrive alors accompagné de deux ambulanciers, je les vois s’affairer autour de moi, ils ne me touchent pas, ils semblent évaluer l’étendue des dégâts en me disant de ne pas bouger, de surtout ne pas bouger. Ils me mettent une minerve, l’un d’eux me fait une piqûre que je ne sens pas tant la douleur qui m’assaille balaie toute autre sensation, j’ai à peine le temps de voir qu’ils vont me déplacer sur une civière que mes yeux se ferment et je tombe dans le noir le plus profond.

…J’émerge en balbutiant quelques mots, je suis entravé et allongé sur un brancard étroit, on me transporte à l’hôpital me dit l’homme qui se tient assis à mes côtés. Il me demande qui il doit prévenir. Dans un moment de lucidité, je donne le numéro de téléphone de ma marraine, car je réalise que la seule autre personne qui devrait être avertie est ma mère et elle est à 3000 kilomètres d’ici, en Turquie. Je replonge alors avec ravissement dans l’insondable obscurité qui me permet de ne pas ressentir la douleur.

Une voix m’arrache à ma torpeur, c’est celle d’un homme. Il me sort de la gadoue dans laquelle je m’étais plongé. Je suis de nouveau dans cette pièce dégarnie, je suis de retour et ce que j’ai pris pour un rêve n’est autre que ce qui m’est arrivé quelque temps avant que je ne me réveille pour la première fois. L’homme me parle mais ses mots parviennent chichement à se frayer un chemin vers les méandres de mon cerveau. Je capte cependant clairement quelques mots : « fracture…Opération…Morphine…Ne pas boire… ». Je suis immobile, mais j’ai parfois la nette impression de me détacher de mon corps et planer au plafond. Lorsque je regarde vers le bas, le tableau que peint mon imagination me terrorise : je suis sur une planche en bois, ce que j’avais pris pour un lit n’est qu’une étroite civière rigide sur laquelle n’est même pas installé un mince matelas, une ou deux machines sont érigées en gardiennes derrière ma tête et deux personnes m’entourent, je suis dans une chambre d’hôpital. Je sors de la pièce. Manifestement, je me trouve au service des urgences, il fait jour : on se croirait dans une fourmilière, un ballet incessant de personnages en blanc anime ces couloirs. J’essaye de poursuivre mon voyage, mais bientôt, la douleur que j’avais presque oubliée se rappelle à mon souvenir et vient me planter un nouveau coup de poignard dans les jambes et le dos. En une fraction de seconde, je refais l’itinéraire inverse et me retrouve prisonnier de mon corps.

Les deux personnes quittent la pièce, et je reste seul avec la douleur et la soif, toujours aussi insidieuses, elles poursuivent leur labeur inexorable : l’une scie ma colonne en deux parties avec méthode et application, l’autre me déshydrate tellement que j’ai l’impression de m’enliser. Et la macabre séquence se poursuit encore et encore, parfois entrecoupée par l’apparition d’une infirmière qui réitère inlassablement les mêmes gestes. A un moment, je perçois clairement quelques unes de ses paroles, on ne peut pas me donner à boire car je vais subir une lourde opération.

Malgré ce cycle infernal, j’essaye de focaliser ma pensée, malgré la panique, je me concentre sur ce lieu, sur moi, je comprends que c’est la morphine qui me fait plonger dans cet état semi végétatif, qu’elle a pour but d’atténuer la douleur; c’est ainsi qu’au rythme du ressac de l’inconscience, je tente de réfléchir à ce qui m’arrive, je dois avoir quelque chose au dos, cela explique mon immobilité et la douleur…et c’est pour ça que je suis impuissant, mon sort est entre les mains de quelqu’un d’autre, j’attends…j’attends…rien ne se passe pendant des heures. Je suis presque en train d’exploser, pourquoi est-ce qu’ils ne m’endorment pas une bonne fois pour toutes ? Pourquoi est-ce que les doses de calmants semblent devenir de moins en moins efficaces ?

Après des heures et des heures de coma à moitié éveillé, on me tend un téléphone à l’oreille, je reconnais la voix, c’est celle de ma mère. Elle a prit le premier avion en direction de Bruxelles en imposant sa présence, elle vient d’arriver à Zaventem. J’arrive à parler presque clairement, je me souviens la rassurer, lui dire que je vais bien, qu’on va m’opérer et que ça ira mieux après…comme j’aimerais l’avoir à mes côtés…

Je ne me rappelle pas clairement combien de temps tout cela a duré, mais j’ai appris par après qu’on avait postposé l’opération à cause d’un caillot de sang présent à l’endroit même de la fracture et qu’il était trop dangereux d’ouvrir, de peur de faire empirer une situation qui était déjà mal engagée.


A un moment, on me transfère de ma planche sur une civière et j‘entends vaguement qu’on va intervenir. Enfin ! Je vais pouvoir aller mieux, me lever et sortir d’ici, clore cette parenthèse cauchemardesque. Je regarde le plafond qui défile à présent au dessus de moi. Une présence chère se penche sur mon épaule, ma mère est en train d’accompagner le brancardier qui me mène en salle d’opération. Elle prononce d’une voix rassurante les mots d’amour que seule une mère peut dire à son fils souffrant, elle m’embrasse et me dit courage, avant que je ne voie sa silhouette disparaître derrière deux portes.

A cet instant précis, je remarque la présence d’une horloge au dessus des portes, il est presque douze heures, et c’est de midi qu’il s’agit car j’ai vu la lumière du soleil à travers une fenêtre que nous avons croisée. A cet instant précis, je suis encore l’Olivier d’avant, le bipède qui marchait, qui courrait, qui avait pleins d’ « amis », celui à qui il n’était jamais rien arrivé de grave…

Alors que l’anesthésiste m’endort, je ne réalise pas que je suis mort ce 26, que pour une fraction de seconde d’inattention, ma vie a basculé à jamais. Je vais passer cinq mois à l’hôpital, devoir réapprendre des gestes que je considérais comme acquis à tout jamais, je vais aussi guerroyer des staphylocoques dorés, je vais subir une dizaine d’autres interventions chirurgicales, rester paraplégique jusqu’à la fin de mes jours, mais…signe que la mort n’est pas la fin de tout, je vais aussi rencontrer la femme de ma vie.

Tous ceux que j’aime, dans leur amour, à tous ceux-là, je veux dire que leurs âmes me soutiennent autant que la mienne me supporte, que je les aime et les aimerai toujours. Quant à ceux qui m’on abandonné, je ne désire plus rien d’eux, tout au plus puis-je leur souhaiter une fin moins pénible que les trente-six heures de calvaire que j’ai passées en ce mois de juin 1997.


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Por Favor !, de Schoubi

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Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus: je suis mort.
Tout avait bien commencé pourtant : le soleil était au rendez vous, conformément au climat tropical il ne pleuvait que deux heures par jour, la bière était fraîche et les gens souriants. Il était midi, et j’étais accoudé à une table en inox poisseuse de Coca-Cola séché, en réfléchissant au fait que décidément, oui, le Venezuela était un pays bien accueillant ; et pas seulement parce qu’on peut trouver des clopes à l’unité dans les rues, mais aussi parce qu’il suffit de sourire à quelqu’un pour s’en faire un ami.
Très utile quand on cherche son chemin.
Le matin j’étais justement perdu dans une de ces ruelles de terre battue qui bifurquent interminablement, à croire qu’elles ont été crées spécialement pour égarer l’occidental habitué à voir des panneaux indicateurs depuis sa plus tendre enfance. Cela ressemblait à un égarement dans une forêt : on croit reconnaître un arbre, un buisson, devant lequel on est déjà passé, alors qu’on s’enfonce de plus en plus loin pour au final pouvoir uniquement reconnaître le fait qu’on est complètement perdu. Dans ces ruelles, chaque porte, chaque virage est un arbre, un buisson potentiel…Au bout d’un certain temps, variable selon les capacités individuelles d’orientation dans un milieu vaste et inconnu, le résultat est identique : mais par quel chemin suis-je arrivé ?

J’en étais à cette simplissime et dramatique conclusion lorsque je la vit sortir d’une porte cochère à quelques mètres devant moi. Nous étions vraisemblablement du même âge, elle avait la peau hâlé, presque noire. Ses cheveux étaient attachés en un chignon sommaire au dessus d’un visage fin ponctué un petit nez rond, légèrement retroussé entouré d’yeux également ronds et tellement noirs qu’on les jureraient fait d’une seule pièce, sans pupille, ni iris. Très peu maquillée mais un petit peu quand même, chose rare chez les femmes du pays. Vêtue simplement, comme la plupart des gens pauvres, ce qui se résumait pour elle à des sandales rose bonbon, un short relativement court mais surtout relativement sale et un banal t-shirt passablement élimé arborant fièrement sur le devant en lettre rouge vif : « University Of Michigan ». Elle portait un sac en toile que je devinais remplit de victuailles mais qui paraissait plutôt remplit d’enclumes en fonte tant les muscles de ses bras et les parois du sac étaient tendus. Le pire était son vélo qu’elle poussait à côté d’elle, un vieux vélo féminin de couleur jaune tirant sur le blanc et de nombreuses taches de rouille un peu partout. Il faisait un terrible couinement qui semblait venir de la roue arrière.

Vu ma situation et étant la seule personne croisée depuis une bonne heure, je n’hésitai qu’une demi seconde et lâchai les deux mots que je prononçais le mieux au cours d’espagnol du lycée:
« Por favor ! »
J’avais du crier sans m’en rendre compte car elle sursauta légèrement. Mais me voyant, elle arbora aussitôt un magnifique sourire qui, bien que constitué de dents espacées et quelquefois chevauchantes, avait le mérite d’être large et d’un blanc immaculé.
« Si ? »
Ce petit « si ? » se prolongeait sur la fin, invitant légèrement mais tellement agréablement à poursuivre le dialogue.

Avec beaucoup de gestes, quelques mots d’espagno-anglo-français je réussis à lui faire comprendre ma situation et ma destination. Cela la fit beaucoup rire, puisqu’elle se doutait bien que je ne venais pas chercher un hôtel dans ce quartier, pour la simple et bonne raison qu’il n’y en avait pas. Elle posa son cabas à terre et son vélo à l’ombre, puis me prit par le bras en pouffant de rire et en me disant de la suivre. Elle s’appelait Mathilda et forcément, j’étais très loin de mon chemin. Nous pûmes donc discuter très joyeusement, le fait que je sois perdu la faisant réellement rire aux éclats. Avant d’arriver sur la grande place de la ville, non loin de l’avenue où se situait mon hôtel, je réussi à lui faire avouer son âge et à ma grande surprise (que je ne laissait pas paraître) il était inférieur de presque cinq ans au mien, ce qui l’emmenait à peine au-delà de la majorité. Arrivé sur la place, j’eu à peine le temps de la remercier chaleureusement que son visage se fit plus grave. Elle regarda rapidement l’ensemble de la place puis m’expliqua très rapidement des histoires de courses, de maison, de père, de long chemin et reparti. Je la regardai s’éloigner un moment dans la ruelle puis prendre un de ces innombrables tournants que nous venions de parcourir et disparaître. Son départ me laissa un goût amer, comme s’il s’agissait d’une fuite précipité, contrastant brusquement avec le fait que nous avions bavardé tranquillement tout au long du chemin. Mais il est vrai qu’elle transportait ses courses, qu’il est possible que son père ne soit pas des plus fins et que si elle avait acheté du poisson, vue la chaleur qui commençait à monter, elle faisait bien de se dépêcher.
C’est ainsi que la chaleur aidant, je me retrouvai attablé à cette table collante en sirotant une bière littéralement congelée puisque je dû attendre quelques minutes avant de pouvoir verser quelques gouttes du précieux liquide dans mon verre. Magie des congélateurs au thermostat en fin de vie. En attendant, je couchai le début de cette journée dans mon journal de bord en grignotant les frites un peu trop huileuses qui accompagnent la parilla, assortiment de viandes grillées.

Ma bière ne devint entièrement liquide qu’en début d’après-midi, ce qui me permit de digérer tranquillement les frites et de me préparer à l’expédition de cette après-midi. J’avais en effet décider de profiter de la fraîcheur matinale pour visiter la ville librement (ce que j’avais accomplit au-delà de mes espérances) et de mettre à profit l’après midi étouffante pour la visite des monuments dont l’atmosphère reste fraîche grâce aux constructions en pierre massive, chères aux colons espagnols.

Inutile de dire que l’après midi se déroula rapidement, j’eu même le temps de monnayer un hamac double place à un vendeur très souriant et tout aussi affable sur les performances de l’équipe nationale de football (que j’ai pourtant toujours vue derrière le brésil ou l’argentine…). Finalement après avoir discuté une bonne heure, je pus rentrer en fin d’après-midi à mon hôtel avec mon souvenir emballé dans un solide papier carton et, bien content de ma journée, je décidai d’aller à la recherche de quelques touristes, jeunes de préférence, aptes à tester l’ambiance des discothèques locales. Direction le plus proche restau-touriste du coin, ce qui se résuma à traverser la rue. Ici point de tables poisseuses, on retrouve l’ambiance simple et propre des restaurants occidentaux, même les serveurs parlent anglais. Tout en dégustant des empanadas (beignets de poisson ou de viande) je scrutais la salle à la recherche de jeunes motivés à faire la fête. Je constata rapidement que la salle etait presque vide, en tout cas vide de jeunes... Au moment du rhum ponctuant le repas, je vis un groupe de trois personnes dans la rue, dont le plus grand personnage, un jeune homme blond de un mètre quatre vingt quinze et grosso-modo quatre vingt dix kilos brandissait une bouteille de Jack Daniel’s tout en beuglant je-ne-sais-quoi dans un anglais grignoté. Derrière lui, un jeune couple rigolait à grands éclats de leur congénère ivre mort. Des Américains. Bon, et bien au moins eux font la fête. Je payai mon repas et parti à leur poursuite. Ils s’étaient arrêtés quelques mètres plus loin, assit sur un banc en sirotant leur Jack Daniel’s. Les fous. Siroter à cette heure en pleine rue une bouteille coûtant ici l’équivalent d’un mois de salaire moyen n’a rien de très malin, autant mettre un panneau lumineux et clignotant au dessus de leur têtes : « NOUS SOMMES RICHES ! ». Je profitais de leur erreur pour la leur faire remarquer et engager ainsi la discussion sur la suite de la soirée. Ils m’indiquèrent qu’ils comptaient finir la bouteille avant d’aller au « Mambo » une boîte à quelques pas d’ici et dont ils ont eu de très bons échos. Ils m’invitèrent volontiers à les suivre ce que j’acceptais volontiers, le nom de la boîte laissant présager des heures de danse sur des rythmes effrénés. Afin de ne pas paraître trop profiteur, je couru chercher une bouteille de rhum-orange à un épicier du coin (autre aspect intéressant de ce pays : l’achat d’alcool à n’importe quel heure), nous la sirotâmes rapidement après la bouteille de Jack Daniel’s et c’est donc plutôt chancelant et rigolards que nous arrivâmes devant la boîte. Fait étrange pour une boîte, personne ne faisait la queue devant et nous voyions plusieurs groupes entrer sans même adresser un mot ou un signe de tête au videur.

En France (et sans doute encore plus aux Etats-Unis), dans n’importe quelle boîte notre état éthylique aurait entraîné l’ire des videurs qui n’auraient même pas daigné nous regarder. Ici, on nous accueilli comme des habitués…Peut-être mes récents amis américains l’étaient-ils ? Ou alors cette fichue pancarte « NOUS SOMMES RICHES ! » leur servit-elle de carte d’identité ? Je penche pour la deuxième solution.

A l’intérieur ça sentait le cannabis et la sueur, des gens partout, la boîte était pleine à craquer…Encore un indice qui n’explique pas pourquoi le videur laissait entrer tout le monde…Peut-être tentait t-il un record du monde. Le grand américain eu tôt fait de commander une autre bouteille de Jack Daniel’s dont je n’ose même pas imaginer le prix…Nous la sirotons sec, au goulot, debout, pressés les uns contre les autres, en écoutant la même musique qu’on entend continuellement dans nos boîtes occidentales, avec des gens qui dansent de la même façon, copiés collés informes d’eux-mêmes à l’intérieur du grand logiciel qui régit nos vies…Cette boîte me file la nausée, je m’attendais à une discothèque latino comme on en trouve plein à Paris mais dont l’ambiance sent la copie justement. Bref quelque chose de plus authentique et c’est le contraire qui s’offre à moi, une discothèque parisienne copiée en plein centre du Venezuela…Robbie Williams, Beyoncé, que de musiques que j’ai déjà entendu dix, vingt fois. Un gars du pays m’explique que c’est la meilleure boîte de la ville, que c’est pour ça qu’il y a tant de monde. Quand je lui explique qu’elle ressemble à une boîte française, il semble content, me regarde avec un grand sourire et lève le pouce. Pourquoi tant de fascination envers notre mode de vie occidental, ne serait-il pas possible d’adapter l’un à l’autre sans pour autant détruire l’un et porter l’autre aux nues ? Sous l’effet de l’alcool je sens que la nausée monte rapidement. Les mêmes effets lumineux, les mêmes gens habillés à l’identique qui scandent les mêmes refrains. Seuls mes amis américains semblent sortir du lot en parlant, riant et buvant plus fort que tout le monde. Je les rejoins en sentant la nausée monter. On me tend un joint (un « marley » comme ils l’appellent), je fume sans même m’en rendre compte, la première taffe finit le processus et je crache un petit pâté d’empanadas digérés…Bizarrement nous sommes tellement serrés que seuls mes Américains le remarquent, ce qui les fait rire encore plus forts…Je tire encore deux-trois taffes, j’échange le « marley » contre la bouteille de whisky, je sirote une goulée pour échanger le goût ignoble du vomi qui emplit mon palais par le goût fruité du Jack Daniel’s et je leur annonce que je sors prendre l’air. Cela les fait encore plus marrer…Je me demande si je ne suis pas tombé sur des robots se nourrissant de whisky et ayant pour but unique de rigoler le plus fort possible. L’effet du « marley » commence à se faire sentir, la tête me tourne encore plus, il faut que je sorte.

Une fois dehors j’ai l’impression qu’il fait très frais, ça me fait du bien. Je me dirige d’un pas décidé vers mon hôtel, afin de mettre rapidement le plus de distance entre moi et les clones du tube cathodique qui s’agitent frénétiquement derrière les portes refermées.
Après quelques mètres de parcours, je retrouve enfin une démarche plus assurée.
C’est là que j’ai revu Mathilda. Bizarrement au moment où je me suis dit que j’allais mieux, je relève la tête et elle est là, avec son vélo.

« Holà. »

Je lui réponds un truc qui la fait rire, sans doute « Holà » mais bredouillé comme un poivrot. Elle me prends par le bras et me demande si ça ne me dérange pas qu’elle m’accompagne. Bien sûr que non que ça ne me dérange pas, je réponds (ou plutôt je bafouille) et je lui signale quand même que je rentre à mon hôtel, ayant un peu trop bu. Elle ri encore et me répond qu’elle n’avait pas du tout remarqué. Ca me fait rire aussi. Je prends son vélo et nous commençons à marcher. Vraiment gentille cette fille, tellement de choses à raconter. Elle m’explique toute l’histoire de la rue, de la ville, de son pays. Mais pas beaucoup de choses d’elle-même. Arrivé près de l’hôtel on s’assoit sur les marches pour discuter, prolonger la nuit encore un peu. Je ri en lui expliquant que chez nous ce sont les hommes qui raccompagne les filles, pas l’inverse. Elle ri aussi car ici normalement les hommes ne se perdent pas dans les rues. Douce euphorie.
Finalement je lui fait part de ma décision d’aller me coucher, mon regard plongé dans le sien est sans équivoque possible, nos visages si proches...

C’est alors que je suis mort.

Bizarrement cela s’est fait bien avant, un peu avant midi comme je le disais, mais c’est une mort qui a couvé lentement, toute la journée, pour enfin arriver à maturité et me terrasser rapidement.

Elle me tend la main, paume vers le haut.
Je ne comprends pas, je hausse un sourcil.
Elle me dit un prix.

Horrible réalité qu’inconsciemment je connaissais dès la première rencontre avec Mathilda. Dix huit ans à peine et déjà combien d’hommes à son actif ?
Ma nausée revient d’un coup. J’ai juste le temps de faire un pas pour m’éloigner d’elle, et cette fois ci pas besoin de Bob pour m’aider à finir le processus, le contenu gastrique jailli, abondamment et liquide cette fois. Je me sens vraiment mal.
Je bredouille que je suis désolé, je vais dormir seul. Elle sourit encore et me répond que ce n’est pas grave, c’est juste dommage pour moi, elle m’aimait bien, elle m’aurait fait un tarif. Elle me laisse un baiser sur la joue et s’en va sur son vélo qui couine. Je monte dans ma chambre et m’écroule en pleurs sur mon lit.

Je suis donc mort ce 26 juin un peu avant midi, alors que je croisais cette fille qui devait se prostituer pour vivre et que je ne voulu pas le voir, aveuglé par sa beauté, sa gentillesse et par ma naïveté.

Je la revit le lendemain, alors que je m’apprêtais à prendre le bus vers la capitale, elle était dans le coffre d’un pick-up conduit par un vieux, avec six autres filles et leurs vélos. Le vieux souriait, la nuit a due être rentable.
Elle me fit au revoir de la main, en souriant.


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de Zakath

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Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus : je suis mort.

Enfin c'est ce qu'il paraît, à en croire le certificat de décès. Je ne connais pas les circonstances exactes mais j'espère que la chose n'a pas duré trop longtemps. Peut-être ai-je succombé à une maladie foudroyante, mais j'en doute. Pas assez de signes avant-coureurs. Ou alors un crime, terrible, une malheureuse coïncidence qui me fit croiser le chemin d'un scélérat et périr de sa main, comme s'il avait senti autour de moi les corbeaux qui tournaient depuis un moment déjà.
Mais le plus probable, malgré tout, c'est que je sois allé moi-même taper sur l'épaule de la faucheuse. "Tu vas avoir beaucoup de travail dans peu de temps, prends donc un peu d'avance."

Mais je m'égare. Laissez-moi vous raconter mon histoire depuis le début. Enfin depuis un des débuts possibles à cette histoire qui n'est pas seulement la mienne.

Comme bien souvent dans ce genre d'histoire, tout a commencé avec un savant fou et son apprenti. Hugo était le savant, mon maître, et j'étais son apprenti. Il est impossible de décrire Hugo en quelques mots comme je suis contraint de le faire ici, mais je vais tout de même essayer. Imaginez un homme d'une cinquantaine d'années à la forte carrure, dont le seul signe d'âge serait des tempes légèrement grisonnantes. Il était une vraie force de la Nature et l'on eut dit en le regardant qu'il pouvait coucher un cheval en le saisissant par les naseaux. Mais, comme souvent dans ces cas-là, Hugo était également d'une douceur incroyable, tant avec les substances étranges qu'il manipulait qu'avec les gens ou les animaux.

Mais ce qui fascinait le plus toute personne qui le rencontrait pour la première fois, c'était sa voix. Elle était chaude et douce, coulait comme le miel. C'était un délice de rester assis à l'écouter parler d'un sujet qui le passionnait, simplement en se laissant bercer par ses paroles. Même lorsque l'on fermait les yeux, on sentait encore son sourire bienveillant posé sur vous.
Mais il était surtout un des plus grands savants de notre temps. Un alchimiste dont la renommée dépassait les frontières et atteignait même, à en croire un voyageur égaré, le lointain et mystérieux pays de Chine.

Il mélangeait d'étranges substances, lisait des manuscrits abscons écrits dans des langues depuis longtemps oubliés mais qu'à force d'acharnement il parvenait à déchiffrer. Il étudiait le mouvement des astres et les moeurs de tous les êtres vivants. Il se préoccupait également du mouvement des corps sur les surfaces, de la propagation des rayons lumineux à travers des verres de différentes formes et utilisait d'impressionnantes formules mathématiques.

C'était un grand homme de science dont je n'étais que peu digne d'être l'apprenti. Je n'entendais guère à toutes ces matières complexes, quelle que fut ma volonté d'y parvenir. Mais Hugo était simplement trop bon pour me renvoyer et prendre un étudiant digne de son savoir. En vérité, il fut presque un second père pour moi, et je l'aimais comme tel.


Un soir de décembre, il me fit venir dans son laboratoire. Il avait acheté à un vendeur ambulant un vieux grimoire, quelques mois plus tôt, et avait passé la majeure partie de l'automne à l'étudier. J'ai rarement vu mon maître aussi enthousiaste que ce jour-là.

J'étais à peine entré dans la pièce qu'il s'écria :
-Théophile, je pense enfin avoir percé les arcanes du temps ! Il devrait être possible de nous y promener à notre guise. Rends toi compte, faire des bonds de plusieurs centaines d'années dans le futur, pour observer ce que l'humanité deviendra, ou au contraire revenir dans le passé et nous enrichir de la science des anciens.
Puis soudain, comme s'il venait de se rappeler de quelque chose de très important :
-Hâtons-nous, la conjonction est presque sur nous. Plus tard, tout serait perdu !

Je pensais aussitôt qu'à force de rester enfermé dans son laboratoire, mon maître avait perdu la raison. Avait-on jamais entendu chose plus absurde que celle-là ? Néanmoins, sa science était sans limites et si un seul homme devait faire une découverte de cette ampleur, il ne faisait nul doute que ce serait Hugo. Aussi, j'acquiesçai.
Après tout, il se rendrait sans doute vite compte de son erreur lorsque ses expériences échoueraient, ce qui ne manquerait pas d'arriver, me disais-je alors.

Sans perdre une seconde, il m'envoya chercher divers ingrédients que nous avions précieusement amassés au long des années, tantôt acheté à un marchand de passage, tantôt échangé contre quelque grimoire à un éminent collègue, ou bien encore reçu comme paiement pour une guérison miraculeuse ou une prédiction avisée.

Sans la moindre hésitation, mon maître se saisit de toutes ces précieuses choses et les déposa délicatement dans le fond d'un grand alambic. On lisait la folie dans ses yeux et si je ne l'avais bien connu, je crois que j'aurais pris peur.

Mais bientôt, la machine se mit à produire un étrange liquide doré. Dès qu'il en eut un plein flacon, mon maître courut dans le jardin, en chemise de nuit. Le vent était glacial et il avait les pieds nus mais ne semblait pas le moins du monde incomodé. Il traça une figure étrange sur la neige puis se plaça au centre et me fit signe de venir l'y rejoindre. J'hésitai un peu car cela me rappelait par trop la cérémonie des adorateurs de Satan que j'avais vu une fois. Néanmoins, mon amour pour mon maître fut plus fort que mes appréhensions et je vins le rejoindre. Il leva alors les bras vers le ciel et découvrit le contenu du flacon qu'il tint bien haut. Puis il se mit à psalmodier en araméen ou dans une quelque autre langue éteinte.
Ce fut comme si le Ciel lui-même avait décidé d'accorder sa bénédiction à notre projet. Les nuages, jusque là formant une épaisse couche au dessus de nos têtes, s'entrouvrirent pour laisser passer un rayon de lune qui vint frapper directement la fiole.
Cela ne fut qu'un instant, tout au plus un battement de coeur, mais sembla durer toujours, comme si nous étions prisonniers à jamais de cette seconde. J'ai l'impression d'avoir vu à ce moment-là défiler l'éternité entière sous mes yeux. Je sentais autour de moi les hommes naître, vivre et mourir, silencieusement, les âges passer. J'étais une étoile et j'étais aussi bien plus que cela. Je me sentais plus puissant qu'un dieu, plus misérable qu'une larve, plus grand qu'une montagne mais plus petit qu'un des atomes d'Epicure. J'étais tout cela à la fois, dieu et homme, vivant et mort. Pendant un bref instant, j'ai été l'univers.

Puis le charme a été rompu et cet instant s'est arrêté. Le temps a repris sa course et je suis redevenu Théophile, assistant du maître alchimiste Hugo de Dinechin. Je me suis tourné vers lui et j'ai vu dans ses yeux qu'il venait de vivre la même chose que moi.

Sans prononcer un mot, il a porté le flacon à ses lèvres et en a bu une gorgée, puis me l'a tendu. Le liquide doré était chaud et doucement amer, presque sucré. A mesure qu'il descendait en moi, je le sentais répandre une immense vague de bien-être. J'ai repassé le flacon à mon maître puis je me suis allongé dans la neige et je me suis endormi comme un nourisson repus.




La suite de ce récit sera plus courte, car il n'y a pas grand chose à en dire. Nous nous sommes réveillés dans les ruines poussiéreuses d'une ville qui avait manifestement subi les affres de la guerre. Mon maître m'annonça que nous étions dans le futur, plusieurs siècles après notre époque. Nous avions devant nous une nouvelle preuve de l'incroyable propension de l'homme à se détruire lui-même.

Nous avons exploré ce monde que nous ne reconnaissions pas pendant plusieurs mois, chassant pour nous sustenter les rares animaux encore vivants, bien qu'ils soient souvent maladifs ou difformes. De partout ce même paysage uniforme de désolation, de poussière et de mort.

Nous ne renonçions pas à trouver des rescapés mais peu à peu perdions tout espoir. De toute évidence, l'espèce humaine s'était sacrifiée sur l'autel aveugle de sa propre bêtise.

Mon maître maigrissait à vue d'oeil et dépérissait. Lorsqu'il tomba définitivement malade et que je commençai à craindre pour sa vie, je me décidai à retourner à notre époque, afin de le soigner convenablement. Malheureusement, il ne restait plus beaucoup du liquide doré et la quantité que je parvins à en extraire ne put que nous ramener quelques années dans le passé, soit juste avant la catastrophe qui s'était chargée d'éradiquer l'homme de la surface de cette Terre.

Je pus faire entrer mon maître dans un hôpital mais malgré leur apparente science, les médecins ne purent rien pour lui. Ils évoquaient des mots complexes, parlant de radiations et de surexposition, mais la vérité était qu'il avait simplement perdu toute envie de vivre depuis qu'il avait vu quel futur nous attendait.

Ne pouvant supporter cette torture qu'était la lente agonie de cet être exceptionnel, que j'aimais et admirais par dessus tout, j'eus un moment de faiblesse et utilisai le fond du flacon pour faire un bond en avant de quelques semaines. Je trouvai la chambre de mon maître occupée par un autre malade mais me devais d'en avoir le coeur net. Je profitais d'une absence de l'infirmière pour lui subtiliser ses dossiers. J'y trouvais deux certificats de décès datés du 26 juin, dont un à mon nom.

Je n'éprouvai ni peur ni désespoir à cette vue, mais simplement un grand soulagement de n'avoir pas à continuer seul, étranger en terre étrangère, sachant quel était le sombre destin qui nous attendait tous. Aussi c'est presque avec joie que je bus les toutes dernières gouttes du liquide doré pour revenir au côté de mon maître.

Avant de partir, je voulais néanmoins raconter mon histoire et sa triste fin, même si je sais que bientôt plus personne ne pourrait la lire et qu'elle n'a que bien peu de chances de changer ce sort funeste.

D'ailleurs, il va falloir que je vous laisse. Il est bientôt midi.


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de Pavix

Citation:


Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus : je suis mort.
Les images de cet instant, les sensations éprouvées à ce moment-là, resteront gravées à jamais dans ma mémoire.

Non pas que la scène était particulièrement belle : le sourire béat, presque serein, découvert par ma femme Catherine, et qui a persisté jusqu’à l’arrivée des autorités compétentes, avait de quoi choqué mes amis les plus intimes, puisque cela faisait bien longtemps, en tout cas assez pour que je ne m’en souvienne, que je ne souriais plus. D’ailleurs, en y réfléchissant, je crois avoir accentué mon sourire à la vue de la panique et du malheur de ma « tendre » épouse. Je peux aujourd’hui affirmé qu’elle m’a tué au travail, tout cela pour assouvir ses besoins vitaux, shopping, beauté, voire amants…
De plus, ma pose était assez commune : je me tenais assis, certes un peu raide, encastré dans mon fauteuil favori, seul survivant de la dictature du temps et de mon couple. Par ailleurs, la tête penchée sur le côté n’avait rien de glamour, ni de morbide, mais témoignait d’une souplesse que nul n’avait envisagée auparavant : cette désarticulation participait activement au succès de ma mort.
Et que dire des volutes de poussière qui flottaient dans les filets de lumière terne que laissaient échapper les volets décatis de cette grande baraque, erraient en suspension, se surchargeaient des lourds relents du cadavre que j’étais alors, et, après réflexion, que je n’avais jamais cessé d’être.

Je tiens à signifier mon attachement à ce moment particulier de ma vie. Il me tient à cœur pour plusieurs raisons. La détresse soudaine de Catherine y est pour beaucoup. Je ne peux m’empêcher de revisionner son effroi, son visage blême. Et oui, Catherine, notre amour était en viager, le débirentier et le décédé ne faisant malheureusement qu’un !
Je peux passer pour un être cruel, ingrat, mais à l’aube de ma mort, je décide d’être lucide. Je revois ma vie et mes accomplissements sous un nouvel angle : une vie heureuse sans accroc, traversée sans encombre, sans épaisseur diront certains en raison de l’absence d’expériences, je traversais donc la vie sans obstacle, celle-ci ne m’ayant jamais remarqué. Puis une rencontre, un soir d’hiver, Catherine, qui fit basculer ma vie. L’amour me transforma en fantôme asservi, sans aucun avenir. Le constat est sévère.
Mais il annonce la renaissance de ma liberté. Et de ma vengeance : je t’abandonne Catherine… toi et tes sombres remords, je l’espère ! Ah ! tu pleures ! Mais promène-toi dans les longs couloirs de notre gigantesque maison ! Perds-toi en ces murs, fondation des ruines de notre couple ! Sache que j’emporte avec moi un souvenir impérissable qui ne te profitera pas : ton corps décharné, gesticulant, hurlant à l’agonie, enveloppé dans ce linceul de lumière blafarde !
Oui, je suis donc cruel, avec cette personne que j’ai sans doute aimée, et j’accepte par avance tout châtiment, je prends le risque, du moment que ces images ne s’effacent pas.

Une autre raison majeure fut la totale surprise qui résulta de ma mort. Non pas que je ne l’avais pas vue venir, au contraire, j’avais bien bu ce poison volontairement, en toute connaissance de cause, je m’étais documenté très consciencieusement sur le sujet, je ne voulais laisser rien au hasard, je ne devais pas échouer. J’étais donc averti des spasmes et de convulsions que cela engendrait mais, après essai, si je devais à nouveau me suicider, je réfléchirais à un autre moyen, ou au moins à une autre mixture.
Ma mort m’attendait donc dans mon bureau… et une chose merveilleuse se produisit : alors qu’un dernier râle signifiait ma transformation définitive en pantin macabre, ELLE entra… quelle belle mise en scène, je n’aurais jamais osé espérer un tel final, une telle apothéose ! Je n’avais jamais envisagé auparavant sa participation à cet instant que je considérais encore il y a peu comme relevant de ma plus stricte intimité, mais dès son irruption, je compris une partie de la jouissance bénéfique que j’allais ressentir.

Il est très étrange que, calé bien confortablement au fond de mon cercueil, je pense encore et encore à ma mort, à mon voyeurisme sordide et à la satisfaction qui en découlait. Surtout que, même si je n’ai pas vu les jours passés, je suis persuadé qu’il s’est écoulé un temps relativement long entre ce moment qui m’est si cher, vous l’aurez compris, et maintenant. Mais après tout, j’ai toute la mort devant moi, je ne suis pas pressé.
Toutefois, il me tarde que toutes ces cérémonies cessent. J’éprouve de plus en plus de difficultés à contenir mon agacement face aux lamentations et au désarroi de mes proches. Non, je ne reviendrai pas ! Que faut-il faire pour que vous l’acceptiez ?! La mort fait partie de la vie, alors rentrez chez vous, travaillez, dépensez !!
Pour que vous évaluiez mon malaise face à de déluge de tristesse que semble avoir provoqué ma disparition, je vais me risquer à faire une petite comparaison, qui vaut ce qu’elle vaut, mais bon, après tout, je n’ai pas la tête à consacrer plus de temps sur ce point-là : la fierté, légitime et naturelle me semble-t-il, d’avoir le pouvoir de réunir dans ma vie autant de gens, de proches et de moins proches, venant de tous les horizons (certains visages ne m’évoquent d’ailleurs aucun souvenir), y compris celui de la belle famille, tous unis dans le même malheur, cette fierté cumulée à ma joie, éprouvée lors ma mort libératrice, n’atteint pas le ras-le-bol de toutes des parades et autres manifestations lacrymales et désespérées, de cette propension à me regretter, moi vivant. Est-ce que je regrette un seul instant d’avoir mis fin à mes jours ? Non, bien sûr. Ma dernière volonté serait que toutes ces personnes acceptent mon choix et me laissent, seul, à mes occupations.

Car s’il est étrange que je pense encore à ma mort, il est bien plus surprenant que celle-ci me fournisse le temps et les conditions pour réfléchir, méditer, seul, au calme. J’emploi ce terme, « surprenant » car, à vrai dire, je ne m’y attendais pas. J’ai déjà évoqué le soin méticuleux, le souci du détail lors la préparation de ma mort… je ne m’étais pas du tout préoccupé de ce qui se passait après. A ma décharge, mes conceptions étaient bêtement les mêmes que tout le monde : le départ du monde des vivants signifiait extinction des feux, du cœur, déconnexion totale, brutale et définitive des centres nerveux et vlan ! baisser du rideau et fin du spectacle. Et bien non. Pas pour l’instant, en tout cas. Pour l’instant, la mort me permet de réfléchir à loisir, de me plonger dans des songes métaphysiques, de rêver, je bénéficie d’une sorte de liberté intellectuelle, aucune frontière, aucun obstacle aucune contrainte, aucune influence ne se dressent face à moi.

Mais, en contrepartie, je suis seul. Je reste désespéramment seul. Une solitude qui n’est pas de même nature qu’auparavant. J’erre dans un vide immense et étroit, rempli d’un silence lourd, les repères traditionnels n’ont plus lieu d’être. Il n’y a personne avec qui partager et confronter ces sensations, personne pour m’assurer que mon état est bien naturel. Est-ce là le sort réservé à tous les morts ? Est-ce un châtiment ? Je ne comprends pas pourquoi cette angoisse déchirante me gagne… pourquoi serait-ce un châtiment d’ailleurs ? Pour quelle raison serais-je puni ? Non, je n’ai strictement rien à me reprocher. Il n’y a pas l’ombre d’un péché dans mon existence fade, sans aspérités, je reste persuadé que la seule trace de mon passage sur Terre se limite à ce trou creusé pour ma dépouille. Mais alors pourquoi me sens-je si seul ? Je dois avouer que cette situation est au fur et à mesure des plus désagréables. Plus le temps passe, plus ce malaise gagne du terrain, plus mes idées s’obscurcissent. Comment, en aussi peu de temps (mais combien de temps d’ailleurs), ce trouble a-t-il pu succéder à la joie et cette étrange liberté ?

Il s’agit vraisemblablement d’une punition. Après tout, qui suis-je pour avoir décidé du lieu, du moment, de toutes les conditions de ma mort ? Je ne suis, je n’étais qu’un être humain tout ce qu’il y a de plus commun…. Une vengeance de Dieu ? Je n’y crois pas. Et si il existait ?… et puis quel comportement, quelle réaction égoïste ! Comment peut-on abandonner des gens, comment peut-on renier ce don pour des motifs obscurs et dérisoires ? Quelle injure en regard aux souffrances existantes, et bien plus tragiques que les miennes ! Ai-je donc été aveugle et lâche… Pourquoi ma vision du monde se trouve-t-elle transcendée en ces instants ? Je ne peux plus réagir !! Je ne peux que le reconnaître et le regretter…
Je dois le confesser alors : je n’ai jamais mené ma vie pleinement. Si elle s’est révélée aussi lisse, elle le doit à ma pathétique faiblesse, mon absence d’ambition, … je ne mérite aucune compassion… pour avoir refusé très rapidement à enrichir, à renouveler l’existence qui m’était offerte, pour avoir refusé les opportunités offertes, ses saveurs, ses risques, je suis sans doute condamné à lutter avec mon indigence, à cohabiter avec ces pensées exagérées, extrêmes mais qui m’agressent et me condamnent.
Et puis je dois l’admettre : j’ai aimé, elle m’a aimé…Je m’en souviens… Je pourrais encore tomber amoureux… son assurance, son dynamisme, sa joie de vivre, sa volonté d’aller de l’avant m’avait séduit…je n’étais rien pourtant…

Non ! Comment se fait-il que tout cela ressurgisse brutalement, comment le passé paré d’atours aussi excessivement doux et durs peut-il s’immiscer dans ce repos qui devrait être éternel ! Je vous en prie ! Je vois bien que la lucidité me quitte, mais je désire comprendre les raisons de cette confrontation avec des souvenirs, avec un passé témoin des frustrations de ma vie ?! Ces flots d’images, de paroles, de situations se déverseraient-ils dans mon esprit seulement pour noyer à jamais mes pensées violentes et ingrates lors de ma mort ? Ont-ils une fonction salvatrice ? Je ne sais pas… tout comme je ne me suis rendu compte de rien… Pardon d’avoir été ce que je suis, pardon de ne pas avoir vécu, pardon d’être maintenant mort…

Le 26 juin, un peu avant midi, il m’est arrivé quelque chose que je n’oublierai pas. Ou plutôt que je n’oublierai plus. Pour avoir refusé l’humanité, je suis mort.



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de Big_Cheesius, sous réserve d'une nouvelle fin

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Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus: je suis mort.

La vie c’est comme un bonjour et un au revoir.

Ces impressions …

Je sens mes membres tous engourdis, les sensations reviennent, mes sens se réveillent peu à peu. Ma conscience revient pas à pas. Je bouge un orteil, puis au fur et à mesure tous mes doigts de pieds, j’essaie de bouger mes mains, en vain je remarque que je suis sous perfusion. Après quelques instants, recouvrant mes facultés tactiles, j’arrache la douloureuse perfusion brûlante. Je me rends compte que je suis dans une chambre d’hôpital, seul. Cette pièce d’un blanc trop propre à mon goût dissimule mes souvenirs … Qui suis-je ? Que m’est-il arrivé ?

Pas de réponses. Un vide abyssal m’envahit…

Des pas se font entendrent dans ce qui me semble être le couloir, la porte s’entrouvre et j’aperçois la fine silhouette d’une infirmière. Je fais semblant d’être toujours en si mauvais état, jusqu’à que celle-ci sorte une seringue de sa trousse. D’abord surprise par ma réaction voyant que j’étais réveillé et que la vue de cet outil me déplaisait, elle m’adressa la parole.

« _ Voyons ce n’est pas sérieux, Monsieur, pour votre bien je dois vous administrer cette piqûre.
_ Vous faites fausse route je me porte très bien (mes sens ayant pleinement retrouvé leurs capacités).
_ Je suis désolée mais j’ai reçu des ordres.
_ Et bien vous m’envoyez navré, j’insiste je souhaite parler au médecin de garde ou à votre responsable.
_ Ne bougez pas, je reviens.
_ Merci, lui dis-je »

Quelques instants plus tard un pas au rythme beaucoup plus lourd s’approche de ma chambre, je décide donc de feindre à nouveau. Gardant un œil suffisamment ouvert pour qu’on ne le remarque pas, j’aperçois un homme ayant une forte carrure en blouse blanche.

« Monsieur, il est l’heure de faire votre piqûre, ne faites pas d’histoires et toi se passera bien. »

Voyant que la situation n’est plus à mon avantage je décide donc de prendre la seringue remplie de somnifère que j’avais pris soin de cacher. En une fraction de seconde je me relève de mon lit pour tendre mon bras au pauvre homme et lui plante la seringue en même temps dans le cou. Le produit se répandit immédiatement et le voilà affalé sur le sol.

Aussitôt je m’en presse de me lever de mon lit dans une allure lente afin de voir si « tout » fonctionne. Après quelques pas je pris le couloir et regardait si la voie était libre. J’étais au premier étage de ce qui ressemblait apparemment à une clinique privée de 3 étages, le plan de la clinique était sous mes yeux. J’empruntais donc les escaliers pour rejoindre le rez-de-chaussée discrètement sans me faire voir. Arrivé au niveau du couloir qui conduisait à l’accueil je fus surpris de ne pas croiser l’infirmière de tout à l’heure. Les flèches de la pendule dans l’entrée pointaient deux heures douze du matin.

Je m’approche à pas de loups du gardien et je ne mets pas longtemps à repérer le pistolet qui repose dans son étui sur le bureau. Je m’en empare et réveille le gardien en poussant son épaule droite avec le canon du pistolet. Encore à moitié plongé dans son rêve…

« _ Co… comment ? Stupéfait et perdu, il tente de balbutier quelques mots.
_ Ne cherche pas à comprendre, ce que je veux c’est savoir qui m’a placé ici …
_ Monsieur Blakey, je vous en prie ne me faites pas de mal ! »

Ainsi donc je me nommais Blakey, ce nom ne m’était pas familier mais par contre évoquait de vagues souvenirs, beaucoup de confusion malgré la décharge que ce nom a provoqué en moi.

« Ne fais pas le malin et tout se passera bien, montre moi le cahier des admissions à la page de mon entrée ici. »

L’homme terrifié n’avait probablement j’aimais eu à faire à une telle situation, mais je voulais absolument retrouver ma mémoire. Alors qu’il me tendait en tremblant le cahier à la page qui m’intéressait je le gardais en joue. Voyons voir ce que nous avons ici.

Bensington 26 / 06 / 99 – 11h43 : Lesther BLAKEY admis aux urgences, suite à un accident de la route.

Lesther … ce prénom fait ressurgir un passé lourd et chargé. J’en profite pour vérifier que mon « client » n’a pas bougé, pour regarder le calendrier qui est accroché au mur derrière son dos. Les dates passées sont rayées maladroitement au feutre rouge la seule qui n’est pas écrasée de rouge est le 31 août. Trois mois coupé du reste du monde …

Je suis donc à Bensington dans les montagnes vertes du Vermont.

Auparavant je voulais toujours arriver au lendemain, dorénavant aujourd’hui j’aimerai être hier.

« _ Donnez moi mes affaires personnelles s’il vous plaît.
_ Mais c’est votre sœur qui les…
_ Ainsi donc c’est elle qui ma fait interner ici ?
_ Monsieur Blakey il s’agit sûrement d’un mal entendu.
_ J’ai besoin d’argent, donne moi ce que tu as ! »

Je n’aimais pas entreprendre de telles opérations mais il s’agissait de ma vie, j’avais besoin de savoir qui j’étais et de me renseigner auprès de ma sœur.

« _ Tenez voici deux cents dollars, et ne dites pas à Floriane Downer que je ne vous ai pas fait de fleur en vous laissant partir…
_ Ahah, et bien j’y penserai, tu restes calme à ton bureau et ne fais pas le malin. »

D’un pas hâtif je sortis de cette sombre clinique, n’ayant qu’une seule idée en tête, savoir qui je suis et qu’est-ce qui m’est réellement arrivé.






Une nuit humide, fraîche; je me suis donné à la lumière brumeuse, hypnotisé par un plaisir étrange, je regarde attentivement tomber les feuilles mortes portées par le vent …

Cet endroit m’inspirait d’étranges idées comme si un complot avait été organisé contre moi, et cette sœur qui est-ce ? Une Floriane DOWNER ? Il était tard je me devais de trouver un hôtel pour pouvoir me reposer et remettre mes idées en place. L’anxiété de découvrir mon passé grandissait au fur et à mesure que je me rapprochais du centre ville. En effet la clinique privée était située un peu au sud ouest à la périphérie. Le taxi à l’hôtel « Redmond », un établissement rustique qui a pour atout d’être confortable pour un prix raisonnable. Je donnais un pseudonyme pour l’hôtelier pour ne pas me faire suivre, Johann Karmian, la chambre faisait une dizaine de mètres carré et possédait un large lit deux places très confortable. La nuit fut calme.

Vers midi je fus réveillé par les femmes de ménages qui demandaient à nettoyer la chambre, je pris le trousseau de toilettes fournis par la maison et alla vers les douches qui étaient situées au fond du couloir sur le palier. Une fois sec je regagnais ma chambre et allait au centre ville.

Tout d’abord j’achetais de nouveaux vêtements propres plus présentables. Décider à retrouver ma sœur je rejoignis le premier pub qui se présentait devant moi. Le « Wisdom », l’heure du repas avait sonné depuis longtemps je commanda une carte puis me rassasiait. Le pub est assez populaire toutes les couches sociales y étaient représentées. Le déjeuner fut exquis. La viande bien saignante m’avait manquée semble-t-il durant tout ce temps. Certains visages me paraissaient familiers, en effet j’avais l’impression que tout le monde me connaissait ici. Je me levais après avoir finit de manger et allait voir le barman pour régler l’addition.

L’adresse me fut communiquée au commissariat, et étrangement ma sœur habitait le coin, peut-être pour pouvoir me surveiller. Je suis de plus en plus sceptique par rapport à ma famille, ou du moins ce qu’elle en est.

Je mis moins de trois quarts d’heure pour trouver le lieu indiqué. Une maison coincée entre deux immeubles, c’est assez inhabituel dans une ville. Je tape à la porte d’entrée, quelques instants plus tard, un domestique apparemment fait son apparition.

« _ Bonjour, Monsieur, qui dois-je annoncer ?
_ Je suis Lesther BLAKEY j’aimerai m’entretenir avec ma sœur.
_ Bien, Monsieur, je vous en prie. Si vous voulez bien vous donner la peine d’attendre dans la bibliothèque, Madame vous y réceptionnera. Suivez-moi.
_ Très bien. »

Les couloirs de cette maison étaient énormes, quelques tapisseries ici et là, de grands meubles dans un style très nobles et anciens. Les tapis sur le sol avaient l’air d’avoir vu passer du monde ici. Une véritable décoration intérieure digne d’une famille noble ou bourgeoise.

Les portes de la bibliothèque s’ouvrirent enfin devant moi par le domestique, me laissant découvrir une pièce énorme et remplie de livres dans des meubles d’un bois massif. Les reliures luisent sous les rayons rougeâtres du soleil, deux fauteuils bien confortables ainsi qu’un bureau se tiennent debout dans la pièce. Je décide de m’asseoir pour attendre patiemment. Quelques minutes s’écoulent, et la porte de la bibliothèque se rouvrit.

« _ Je me doutais bien que tu reviendrai, tu veux boire quelque chose ? Elle avait ramené une bouteille de scotsh et deux verres.
_ Non merci, je me disais qu’on est jamais assez prudent …
_ Alors que deviens tu ? Tout en se servant à boire.
_ Rien de nouveau, que du vieux.
_ Tu ne changera donc jamais, Piotr »

Ce nom … Comme une décharge électrique traversa mon esprit tout en déterrant des souvenirs oubliés, des relations, des visages, des amours, des lieux … Disons que j’ai un avantage certain sur les membres de ma famille personne ne sait que je suis encore amnésique.

« _ On ne change pas une équipe qui gagne.
_ Mouais, bon écoute tu sais bien que Saibanez ton frère a prit le trône, il sera au courant de ton retour d’ici peu. Il n’hésitera pas à te faire enfermer si tu remontres ton visage devant lui, ou bien il te tuera.
_ Mais je comptais sur toi pour ne pas étendre trop vite la nouvelle Floriane, dis-je d’un ton assez fraternel.
_ Et bien écoute nous verrons, il faut que je te rende quelques unes de tes affaires. Je reviens dans une minute ne bouge pas. »

Et je m’exécutais et attendais de nouveau. Je sentis une forte présence mentale dans mon esprit comme envoûtante, comme si quelqu’un m’auscultait, une dissection psychique qui pendant de brefs instants m’avaient rendus très fatigué. Je ne mis pas longtemps pour récupérer mais cette sensation étrange me paraissait familière, voir très…

« _ Voilà, j’ai ramené tes affaires, tes papiers et ton talisman familial.
_ Merci, je ne vais pas tarder. »

Je m’avançais vers ma sœur pour la prendre dans mes bras, celle-ci fut tellement touchée qu’elle versa une larme, le temps s’était fait long je devais agir. Je sortis dehors et allait en direction d’une station de bus ou de train pour voir comment rejoindre l’aéroport le plus proche.

Je prends donc la route qui va vers le prochain arrêt de bus, quand j’entends que quelqu’un m’appelle en pleine rue.

« _ Lesther ! Lesther !
_ Oui c’est moi.
_ Je suis Karl tu ne me reconnais pas ou quoi ?
_ Si, si mais bon j’ai eu une hospitalisation assez lourde, je viens de sortir.
_ Ah ouais ? Rien de grave j’espère ?
_ Non, çà va merci.
_ Il faut que je te parle viens on va boire un coup chez moi. »

Quelques rues plus loin nous arrivons chez Karl, rustique studio en immeuble mais le minimum est là. Je m’installe à une chaise et nous entamons tout les deux nos bières respectives.

« _ Lesther faut que tu fasses gaffe, y a des types louches qui sont à ta recherche, ouais ils sont venus me questionner sur toi ce matin au boulot, évidemment j’ai dis que je te connaissais pas mais c’est plutôt troublant.
_ Et ils ressemblaient à quoi ces types ?
_ Ben plutôt bien habillé, tu sais le genre costume cravate pour gros gorilles.
_ Ah, tu penses qu’ils cherchent quoi ? C’est pas singulier ce genre de … »

Quelqu’un frappe alors à la porte avant que je ne finisse ma phrase, par méfiance, je rejette un coup d’œil dans mon sac contenant toutes mes affaires, j’y découvris par surprise une magnifique dague aux lignes épurées avec des teintes bleutées et violettes sur la lame portant des inscriptions étranges.

« _ Monsieur Karl Bhuca ?
_ Oui c’est moi ? Qui êtes vous ?
_ C’est la police ouvrait la porte s’il vous plaît, Monsieur. »

Karl s’approcha du judas pour voir à qui nous avions a faire, à peine avait-il eut le temps d’aligner son œil qu’un coup de feu fracassant retentit et propulsa Karl à terre. On lui avait tiré une balle dans l’œil… Un long filet de sang suivit sa chute pour enfin le rejoindre sur la moquette blanche souillée. Ne sachant que faire je décidais hâtivement de prendre la fuite par la fenêtre, heureusement que nous étions au premier. J’ouvris la fenêtre et j’entendis un second coup de feu avec le grincement de la porte. Je devais me dépêcher, ces personnes voulaient probablement ma peau, par chance je puis atterrir sur une caisse de bois énorme pour amortir ma chute et ne pas m’écraser sur le bitume. Je pris mes jambes à mon cou et courait aussi vite que je le pouvais. Un crissement de pneu hurla derrière moi, me faisant paniquer encore plus. Je trouvais non loin une petite ruelle qui me permettrait de me faufiler et de semer mes poursuivants. Une fois dans la ruelle je ressentis de forte vibration émanant de mon sac, j’y jetais un bref coup pour y voir le talisman présent briller de mille feux en lévitation et projetant des ombres dans la ruelle. J’arrivais vers la fin de la ruelle pour aboutir sur l’avenue qui menait vers le centre ville.

Des hommes, apparemment mes poursuivants arrivaient de toutes part, je continuai de courir sur la route dans la voie de droite après un bus, mais j’étais toujours suivi. Le talisman émit une onde puissante qui me fit mal à la tête si bien que j’avais des hallucinations me semblait it. Je voyais grandir en vitesse accélérée des peupliers sur la route, les voitures se transformaient en chevaux, des milliers de feuilles voltigeaient dans un ballet magnifique tout autour de moi, les immeubles se voyaient distordues et se transformer peu à peu en roches… Les poursuivants se mirent à me tirer dessus et les balles se changèrent en poudre argentée qui s’envolèrent vers le ciel qui ne cessait de changer de couleur pour se figer sur un bleu violet saisissant. Un feu brumeux doré parcourt toute la scène à laquelle j’assiste, et une nouvelle fois ce maux de tête.

Silence.

J’ouvre de nouveaux mes yeux et je m’aperçois que je suis en pleine nature …


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Old Post 11-12-2004 05:15
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ouh là ! c'est long à lire tout ça... peux-tu nous dire jusqu'à quelle date le peuple oxmosien peut donner son avis ?


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Les tôles ondulées mais les vaches aussi.


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mmm je ne vote pas...(mais j'ai tout lu)
Comme je ne suis pas un homme politique ni un nombriliste, je crois que je vais m'abstenir sur ce coup là. Il est très important d'au moins motiver votre vote par un petit commentaire, par égard à ceux qui ont passé du temps pour vous écrire toutes ces choses.


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Old Post 11-12-2004 10:05
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j'ai pas encore tout lu, mais je suis en bonne voie, et tout ce que je peux vous dire pour l'instant, c'est que rien qu'avec la diversité des styles d'écriture, je me régale..... même si je préfère certains styles à d'autres, tous les textes (que j'ai lus!) ont un point fort bien à eux..... je dévelloperais là dessus quand j'aurais tout lu!!


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Old Post 11-12-2004 14:19
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hello,

de retour après une semaine d'absence. j'ai lu les nouvelles nouvelles (?) et je prendrai le temps de relire les autres.
Quoi qu'il en soit, je tiens également à remercier tous ceux qui ont eu la volonté d'écrire quelque chose parce que j'ai bien aimé les lire, et serais bien tenté de voter pour tout le monde comme à l'école des fans
donc bravo à tous et à bientôt pour le vote


au jury : pourquoi prix littéraire 2005 ? Il y a déjà eu un prix 2004 ?


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Old Post 11-12-2004 14:54
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On fait comme star ac? LOL le vote du public et le choix du jury? Ca change beaucoup là.


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Old Post 12-12-2004 00:04
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