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Bon c'est pas que l'info soit de première importance mais pour une fois que LeMonde se met à gagner des points Godwin, on va pas s'en priver 
Citation: Le XV de France au centre d'une mêlée politique
LE MONDE | 21.09.07 | 15h45
Le 7 septembre, lors du match d'ouverture de la Coupe du monde de rugby, la classe politique française s'était déplacée en masse pour assister à la défaite du XV de France face à l'Argentine (12-17). De droite et de gauche, de Ségolène Royal à Jean-Pierre Raffarin, personne ne voulait manquer l'événement - et peut-être brouiller un peu plus la vieille question "le rugby est-il de droite ou de gauche ?" (il est conservateur).
Le président de la République lui-même était présent, en compagnie de plusieurs membres du gouvernement Fillon. A la fin de la rencontre, il était descendu dans les vestiaires des Bleus pour tenter de remonter le moral des troupes - "J'en ai connu moi aussi des défaites" - mais aussi de son futur secrétaire d'Etat aux sports, Bernard Laporte, sélectionneur des Bleus.
Vendredi 21 septembre, la tribune d'honneur du Stade de France promet d'accueillir une affluence tout aussi prestigieuse : Nicolas Sarkozy devrait de nouveau y prendre place aux côtés du premier ministre irlandais, Bertie Ahern, et de plusieurs ministres français. Chacun pourra vérifier sur place si leur futur collègue a su, cette fois, trouver la stratégie qui doit conduire le XV de France en finale de la compétition et lui-même au gouvernement.
Et gare à ceux qui ne pousseraient pas correctement derrière la mêlée des Bleus ! Selon une anecdote rapportée par Le Figaro Magazine du 15 septembre, "agacé par le comportement de la compagne du prince Albert de Monaco, qui applaudissait le jeu argentin, François Fillon n'a pu s'empêcher de lui faire remarquer le côté "déplaisant" de la situation." "J'applaudis ceux qui jouent au rugby", aurait rétorqué Charlene Wittstock, une citoyenne d'Afrique du Sud.
Deux semaines après son lancement, l'un des traits les plus marquants de ce Mondial 2007 est donc sa forte charge politique, au plan national du moins. Ce n'est pas une première pour un événement sportif. On sait depuis les Jeux olympiques de Berlin, en 1936, les liens étroits qui unissent à l'occasion sport et politique.
On sait aussi depuis la naissance du rugby que ce sport fait bon ménage avec les sphères du pouvoir : dès le milieu du XIXe siècle, les dirigeants anglais avaient compris tout l'intérêt qu'il y avait à promouvoir ce sport viril et collectif dans les universités, afin de développer chez les jeunes gens le courage et la bravoure nécessaires pour mieux faire régner le Rule Britannia. En France, le rugby a toujours été très politisé, et pas toujours pour la gloire : le rugby à XV a été vichyste pendant l'Occupation.
"TOURNÉE D'ADIEUX"
Cette hyper-politisation d'un Mondial de rugby n'est pas davantage une première. En 1995, Nelson Mandela avait su tirer le meilleur parti possible de l'accueil de la Coupe du monde par une Afrique du Sud à peine sortie de la honte de l'apartheid. La victoire des Springboks l'avait considérablement aidé à magnifier "la nation arc-en-ciel".
Mais l'incursion du politique prend ici une tournure particulière liée au sélectionneur du XV de France. Depuis qu'il a officiellement été nommé, en juin, pour occuper le poste de secrétaire d'Etat aux sports dès la fin de la Coupe du monde - au plus tard le 21 octobre -, Bernard Laporte a fait de son mieux pour porter les deux casquettes en même temps, quitte à se prendre les pieds dans le tapis. En juillet, alors que le XV de France débutait sa phase de préparation, le ministre-entraîneur assurait prendre deux heures chaque soir pour se pencher sur divers dossiers du sport français. Fin août, peu avant le coup d'envoi du Mondial, il évoquait "le patriotisme sportif" à propos de la circulation des joueurs de rugby d'un pays à l'autre : "Un beau dossier pour un ministre des sports", selon lui.
Et puis la compétition a commencé, et là le mélange des genres fut désastreux. Deux jours avant France-Argentine, Bernard Laporte expliquait, "après en avoir parlé au ministre de la défense", que ce match serait dédié à la mémoire d'un soldat français mort peu de temps avant en Afghanistan. Puis lui vint l'idée de faire lire à ses joueurs la lettre de Guy Môquet quelques heures avant le coup d'envoi de France-Argentine : un geste largement critiqué pour son côté déplacé et interprété comme un étonnant acte d'allégeance à Nicolas Sarkozy.
Bernard Laporte, qui se dit pressé de rejoindre le gouvernement, en fait-il trop en cumulant deux fonctions, l'une réelle, l'autre future ? Et cette politisation nuit-elle à la qualité des performances du XV de France ? Ce sont au fond les seules questions qui comptent. Clive Woodward, l'entraîneur du XV d'Angleterre champion du monde en 2003 a sa réponse : l'entraîneur du XV de France n'aurait jamais dû annoncer son départ en politique et faire de cette Coupe du monde sa "tournée d'adieux", a confié Sir Clive au magazine Rugby Hebdo.
Eric Collier |
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