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damdam |
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Citation: Message écrit par Servef, le 11-12-2004 à 04:27
C'est un peu cela Major Tom, c'était pour donner un cadre et pouvoir tout lire sans y penser des nuits blanches...
Je suis aussi favorable à l'édition de ta fin !
Damdam, à quand ta nouvelle ????? |
j'espère j'aurais un peu de temps et de la motiv' cette nuit, sinon pas avant lundi 
voili, un peu plus de 2.000 mots ... c'est sûr qu'avec les 500 de + demandés, ça y gagnerait. Mais j'aurais alors fini pour le concours 2006 
Citation:
Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus : je suis mort. Henri vous a quitté. Je tenais à l'annoncer, même si cela doit déjà être écrit dans les nouvelles à cette heure, porté à la connaissance du monde entier s'il l'eût fallut. Des circonstances tragiques ainsi acceptées par tous, une fois passées en langage médiatique. Nos guerres les plus barbares meublent au quotidien d'autres colonnes sans que personne ne se sente vraiment concerné, on ne saurait donc s'émouvoir pour un seul homme avec davantage de sensibilité.
Je sais que je dois paraître froid, mais c'est par fierté d'en avoir enfin terminé, tellement j'ai attendu ce moment. Chacun anticipe la fin à sa façon, cela représentait pour moi un évanouissement physique vertigineux alors je l'ai rendue spectaculaire.
Pour éviter l'enterrement convenu de la personne que j'étais, on ne retrouverait jamais mon corps. D'ailleurs je n'ai pas non plus la curiosité de souhaiter pouvoir assister au rassemblement des gens portant mon souvenir. Sans doute parce qu'ils s'étaient toujours trompés à mon compte et qu'ils continueraient, mesurant mon existence en cumulant les réussites constatées par les uns et les autres, entraînés qu'ils l'étaient dans une course au jugement dernier à laquelle j'avais toujours évité de participer.
Il est difficile de comprendre ce que je ressens avant de "partir" : un détachement total, progressivement et volontairement atteint, de ce et ceux que j'ai connu auparavant.
Sans que cela ne sache expliquer mon geste, je veux ici parler une dernière fois d'un passé gâché, non sans une part de responsabilité personnelle. Oui je vais confesser mes actes manqués. Mais ce sera pour mieux montrer que toutes ces "absences", souvent prises pour de l'indifférence, m'avaient avant préservé d'aventures qui auraient changé beaucoup de choses. Je suis néanmoins convaincu que je n’aurais pas pu être plus satisfait qu’au moment d’écrire ces lignes, malgré toutes les désillusions qu’elles vont décrire.
Dans une famille où la richesse était acquise par héritage, on cultivait l'oisiveté comme ambition et l'égocentrisme dans les relations. J'aurais alors pu jouer tous les rôles sans aucune limite, du successeur méritant au voyageur hédoniste en passant par le pseudo-artiste décadent. Mais je suis resté l'enfant poli, suiveur et seul, passant la majeure partie de son temps à l'observation de toutes choses et à l'interprétation fantasmée des forces qui les animent et les lient entre elles. De peur de perturber ces mécanismes et les actions qu'ils engendraient, je ne faisais jamais rien. L'ennui ne m'avait pas tué mais inspiré trop souvent les mêmes rêves d'une autre réalité, qu'il m'arrivait de croire avoir vraiment vécu. Cela avait également été une matière d'excellence pendant toute ma scolarité.
Tout ce temps évaporé n'avait pas été consacré aux rares rencontres potentielles qui se sont présentées à moi, celles qui auraient dû être mon école de la rue. Bien qu'elles furent seulement entrevues, elles demeureraient mes souvenirs les plus persistants, quelques bouffées d'oxygène dans le vide de mon éducation. Ce serait également mes regrets les plus tenaces aujourd'hui si je ne m'étais pas persuadé depuis que vivre une seule de ces histoires m'aurait empêché de connaître ce qui a motivé l'acte le plus courageux de cette vie, quoi que l'on puisse en dire. Bien entendu, je n'ai pas eu ce sens du sacrifice consciemment et j'ai fais tous ces mauvais choix par facilité, voire par lâcheté. Ce défaut de tempérament s'était révélé très tôt.
Le petit gitan et sa jeune sœur furent les premiers visiteurs de mon univers. Ils sont passés devant la propriété chaque été pendant deux ans à m'appeler du regard, agrippés à la même bicyclette. On me savait trop fragile pour me risquer dans les sentiers champêtres alentours, c'est sans doute pour cette raison que l'accès à la sortie m'était interdit. De toute façon je n'avais pas imaginé le faire et après cela je n'oserai jamais le premier pas vers l'inconnu.
En face de la pharmacie, il y avait un gros chien attendrissant. Après chacun de mes fréquents passages chez le médecin, ma mère a toujours garé la voiture trop loin pour qu'il puisse attraper les restes de viande grappillés que je le lui lançais. Il exprimait alors sa frustration en s'excitant bruyamment et je ne pouvais qu'accompagner du regard le vieux monsieur qui répondait inlassablement à cet appel en partant promener la bête. Bien plus tard, je répétais volontairement le même stratagème, ayant fini par m'amuser de l'intention du vieillard qui pensait naïvement satisfaire son compagnon. Je suis toujours resté aussi mesquin dans mon art de la contemplation.
La voiture avait aussi été ce luxueux objet qui me différenciait de "la silhouette". Au retour de l'école, nous la dépassions un peu avant de doubler le bus de la ville-centre qui bifurquait ensuite et terminait sa boucle. J'aurais probablement fait ce trajet en même temps si j'avais pris les transports en commun pour rentrer à la maison. Je l'ai connu tout autrement. Au fil des années de Collège puis de Lycée, j'avais eu tout le loisir de reconnaître son allure au loin. J'avais identifié plusieurs attitudes qui me permettaient d'interpréter son humeur et, selon la météo, j'arrivais même à deviner ses choix vestimentaires avec une certaine exactitude. Si j'ai parfois pu imaginer, avec envie, l'avoir plus approché, je me satisfaisais de cette séparation qui permettait de me sentir supérieur, rassuré qu'elle n'avait pas ce pouvoir sur ce moi puisque je n'étais que cette chose roulante et impénétrable derrière des vitres fumées. J'ai ensuite pris l'habitude de précipiter mes démarches et de raser les murs afin d'éviter d'être la "silhouette" de quelqu'un d'autre.
Les apprenties boulangères, l'étudiante du cours de piano à domicile, la femme du jardinier qui l'accompagnait quelques fois dans l'année, les participantes moulées des séminaires de yoga organisés certains week-ends estivaux sur notre pelouse ainsi que certaines speakerines des éditions de la mi-journée : toutes ces apparitions représentaient des rendez-vous immanquables, elles attiraient intensément mes regards dissimulés sans que je nourrisse d'autres projets à leur égard. Les femmes auront été des étrangères à mes yeux et à mes mains.
Les trains secouant le terrain à leur passage et les exercices d'équilibres des avions ou des gros navires m'avaient toujours fasciné de loin. J'aurai aimé en visiter l’intérieur si j'avais su comment éviter le contact physique avec les personnes qui fourmillent dans les espaces d'embarcation. Il y a quelques années, j'ai toutefois fréquenté une petite gare de campagne désaffectée. Une de celles qui jalonnent les grands axes nationaux. J'y ai expérimenté pendant plusieurs semaines un de mes nombreux jeux solitaires, d'une nouvelle nature. Je m'allongeais à différents horaires sur les voies. Les yeux fermés, je comptais alors les secondes à rebours, toujours plus lentement. C'était des instants haletants, d'ailleurs le plus souvent je ne respirais plus avant de remonter sur le quai.
Ma première vraie rencontre, avec la mort. La première fois que je trouvais quelque chose qui changerait enfin ma condition, et je savais qu'elle serait mon unique chance de le faire. Je n'allais plus arrêter de penser à son arrivée définitive. Il est sûr que mon comportement dés lors peut être considéré avec un peu de recul comme porteur du germe de ce qui s'est passé hier. Durant cette période, le temps n'a pas manqué pour que cela ait pu éveiller plusieurs fois des soupçons sur ma santé en général chez des personnes intéressées. Cela n'a pas été le cas.
Et puis un jour, dans une bête salle d'attente de dentiste, elle est entrée. Je ne l'ai pas tout de suite reconnue mais l’air qu’elle a déplacé devant moi transportait une odeur que je n'oublierai plus. Sans sourciller ni lever la tête, j'ai d'abord imaginé avoir goûté sa peau un instant, entre des fragrances plus chimiques, alors que j'étais bien loin de pouvoir connaître réellement cette sensation.
En quelques regards inaperçus, j'ai ensuite scruté l'ensemble des parties visibles de son corps. Chaque centimètre carré semblait vraiment vivre indépendamment du reste, le tout en parfait harmonie. Par-dessus un genou qui chevauchait l'autre, des mains justes charnues s'entrelaçaient et semblaient glisser le long de la jambe selon une apparente attirance des extrêmes. Dans cette continuité, tombant sous un pantalon de toile fine et comme mystérieusement suspendue, une cheville frémissante supportait à peine un pied ballant, parcourue par quelque veine marquée qui dessinait un relief appelant à de lentes caresses. J'ai frissonné à cette idée. Mon premier et seul fantasme, que je ne n'allais pas remplacer sans l'avoir assouvi et parce que je n'avais pas d'autres notions du plaisir. Ce ramassement suggérait une position d'une grande sensualité comme le corps entier se recroquevillait sensiblement jusqu'à insuffler une courbure du dos, laissant se dévoiler une échine anguleuse et câline.
Enfin, j'ai découvert ce visage en forme de larme autour de lèvres tressaillantes. La moiteur de cette fin d'été perlait encore sur sa peau au contour des cheveux, ce qui ternissait un teint déjà hâlé. Evidemment je reconnaissais maintenant cette expression brumeuse que j'avais vue dans les journaux un an auparavant. À l'époque, dérangé par autant d'inconnu, je m'étais arrêté soudainement. Je ne voulais pas approcher un oeil plus attentif à son égard et n'oserai jamais le faire, entretenant ainsi ma fascination pour ces traits flous. Préférant sans doute qu'ils le demeurent, je prenais alors toujours mes distances en passant devant le kiosque où elle était restée travailler presque six mois. C'était sur le chemin pour aller chez le buraliste avoisinant chez qui je cherchais dorénavant la presse quotidienne.
Pourtant ce jour-là, un hasard heureux m'a permis de bafouer un des principes qui fondaient ma conduite poltronne et j'avais aimé ce risque. Tout de même bouleversé, j'ai quitté la pièce avant la consultation en oubliant la douleur de mes sagesses. Pour la première fois, je ressentais mon instinct profond et comprenais le destin qui me ferait exister, au moins pour elle, au moins un instant. Comment l'atteindre sachant que je ne représentais rien pour elle ? Les journaux auxquels je l'associais me semblèrent être le meilleur support : "L'enfant du pays a commis l'irréparable lors de son dernier voyage". Mais cela ne suffirait pas et je devrais encore trouver le moyen me faire remarquer en la touchant personnellement avec mon acte.
Je me suis alors permis pendant quelques mois tous les coups que la morale interdit. Filature, guet ; finalement des qualités que j'avais déjà développées. Avec un soin insoupçonné, je consignais dans un carnet toutes les informations collectées. Des déplacements uniquement à vélo, des autocollants engagés sur la boîte aux lettres ou le sac, des signes de gêne à chaque bruit de moteur : une voiture serait l'arme par destination. Un goût pour la flânerie bucolique, une passion pour la photographie, la recherche régulière de panorama : les falaises du Moher feraient l'affaire pour attirer son attention sur ma chute. Son allure légère, sa désinvolture face aux petits aléas de son parcours quotidien, ses moments de béatitude devant les phénomènes les plus simples : tout le romantisme qu'elle m'inspirait exigeait une certaine poésie des circonstances. Il faudrait que je laisse à mon point de départ des habits usagers placés au sol tel un corps vidé, comme témoins d'une nudité désirée dans l'absolution ultime. D'ailleurs je me débarrasserais d'ici là de tout ce qui représentait ma vie.
Aujourd'hui cela est arrivé et je suis enfin lavé de ce passé, définitivement grâce à cet aveu. Je veux qu'il soit désormais le seul à pouvoir expliquer ce qui s'est produit en moi tout ce temps. La mort était pour moi un passage obligatoire et symbolique vers une nouvelle reconnaissance.
Maintenant que tu as peut-être été touchée par mes déclarations, j'aimerais tant voir ton émotion quand tu as découvert que je parlais de toi. Mais je ne peux prévoir celle que tu as au moment de t'annoncer que je suis encore vivant, que je t'attends dans la cabane surplombant le Cap Noir, non loin de ton lieu de rêverie favori. Nous nous enfuirons depuis le port, sans laisser de traces, vers des horizons où nous ne serons jamais rattrapés par notre histoire.
J'ai envie de croire que l'espoir est un rêve éveillé que je réaliserai avec toi. Je suis mort pour eux, désormais je ne veux vivre que pour toi, Jolene.
H.
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Edité par damdam le 25-12-2004 à 01:59
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