|
mopz02 |
 |
Expert 
Déconnecté
Niveau : 3 N° de Membre :
8147
Ancienneté : 97%
Participation : 4%
Inscription: 15 Jan 2003
Localisation:
Messages: 2805
Sujets Lancés : 205
|
Voilà, voilà, on arrive ! L'Anax, on ne peut pas le laisser deux minutes sans qu'il ne se mette à picoler ! C't'un monde quand même !
Citation: Message écrit par Anaximandre, le 20-02-2006 à 20:50
Tiens, un mopz ! Cool !  |
Ben j'allais quand même pas te laisser tout seul sur ce coup ! 
Citation:
Tout à fait d'accord, il n'y a pas lieu de censurer, ce n'est pas ce que je dis. Je dis que l'attitude désinvolte qui consiste à brandir l'étendard des valeurs fondamentales telles la liberté d'expression pour cautionner la bêtise, le manque de respect, de compréhension, la généralisation abusive, le ravalement d'un problème complexe à une petite polémique de caricaturistes qui prétendent faire ainsi acte de résistance, me paraît aussi pernicieuse que la censure elle-même. Je n'ai jamais dit et ne dirai jamais - du moins je l'espère - qu'il faut censurer ces dessins ou les interdire. Je parle de la contradiction entre ce que l'on prétend défendre et ce que l'on discrédite en même temps. Et je ne vois pas en quoi le renchérissement au sujet de l'Islam peut faire avancer le combat pour la liberté d'expression, si c'est elle qui est en cause. A partir du moment où elle a été mise en danger, du fait de censeurs ou de certains fanatiques s'essayant à l'intimidation, il n'y avait plus lieu de jouer sur ce terrain là. Il y a d'une part l'obligation de respect qui n'a de valeur précisément que parce qu'elle n'est inscrite en aucun code et qu'elle ne sera jamais codifiable, et cette obligation a été bafouée dans un premier temps. Jusque là, rien à voir avec la liberté d'expression. Certaines réactions prônant la répression, la censure et la menace ont mis l'événement sur le terrain du débat pour la liberté d'expression. Mais là, ce n'est plus la religion dans son ensemble qui est en question. C'est dans ce petit tour de main subrepticement amené que tout bascule. Ces caricatures je m'en fous, je les trouve simplement cons et malvenues. Ce qui m'irrite, c'est la posture soi-disant héroïque de ceux qui renchérissent en insulte au nom de la liberté d'expression, liberté dont ils font si peu usage habituellement... |
Je n'ai bien entendu jamais imaginé que tu puisses te présenter en défenseur de la censure ! Évidemment qu'il a fallu une poignée d'excités pour faire basculer le truc, mais force est de constater que c'est au nom de Dieu que ces gens-là parlent et qu'ils ont trouvé un écho certain auprès des représentants des grandes religions (qui ont encore perdu une occasion de la fermer). Maintenant, je te l'ai dit, je comprends parfaitement ton irritation à voir tout un tas de larbins de presse enfourcher immédiatemment la rengaine de "la liberté ou la mort" quant ils passent le plus clair de leur temps à ramper.
Citation: Merci pour les précisions historiques. Au moins là-dessus, pas besoin de discuter. Tout à fait d'accord encore une fois pour dire qu'on ne peut pas justifier la remise en question du droit à la caricature. Mais encore une fois, ce n'est pas ce que je pointe du doigt. Cf. supra. Oui aussi, la religion (et encore, il ne serait pas malvenu de préciser laquelle...) nourrit des comportements extrêmistes. Oui, elle porte ce germe en elle. Mais est-elle la seule ? Et est-ce là l'essentiel de ce qu'elle est, ou de ce qu'elle fait, ou de ce qu'elle apporte ? C'est bien là que nos avis divergent. Je préfère répondre à tout ça au prochain paragraphe. |
Je ne dis pas que la religion est seule à porter l'intolérance mais force est de constater qu'elle l'a si souvent alimentée au cours des siècles (et pour des motifs pas toujours très religieux, j'en conviens) qu'elle finit par y être automatiquement associée.
Citation: Peut-être une interprétation historique personnelle, si l'on admet qu'Augustin, Thomas, Mozart, Hegel, Dostoïevsky, Wagner, Bresson, Tarkowski, sont des références toutes personnelles (parmi beaucoup d'autres que je ne citerai pas), pour n'en rester qu'au christianisme. On ne résume pas le parcours de ces hommes en le reconduisant à la soumission à un dogme (et tu n'auras pas la mauvaise foi de me dire que leur réflexion et leurs créations sont nées d'un doute au sujet de l'existence de Dieu). La religion n'est pas primordialement un dogme, elle ne l'est que pour les esprits bornés qui auraient trouvé (et qui trouvent) sans la religion un moyen de s'asservir à un parti quelconque. Elle est avant tout un horizon de pensée, un sol où l'on peut faire croître le pire et le meilleur. Mais que l'on soit un Augustin ou un Patrick Sebastien, on n'est jamais dispensé d'horizon. Et cet horizon, il est aussi bien fourni par la religion que par la culture, que par la situation historique et géographique et par un tas d'autres choses. Personne ne pense dans le vide, à moins de penser du vide, ce à quoi la plupart des athées s'en tiennent, et encore, eux aussi sont les fils de leur temps. En terme d'horizon, les religions ont bien souvent été les plus féconds qui ont été donnés dans l'histoire de l'humanité. Je ne saurais même pas dire s'il y en a eu un autre aussi essentiel jusqu'à nous. Mais laissons cela. |
Là, tu fais semblant de ne pas me comprendre ou je me suis mal exprimé (ce que je préfère croire). Et je n'aurais pas la mauvaise foi de dire que seul le doute est source d'inspiration ! Tout comme je ne te taquinerai pas sur Mozart dont le Requiem (c'est bien de lui dont il s'agit, n'est-ce pas ?) est une oeuvre de commande (il n'avait pas jugé bon d'en écrire auparavant). Un requiem dont la sublime inspiration est peut-être autant à chercher dans la conscience d'une mort prochaine, et donc dans les questions qui vont avec, que dans la religion en elle-même. Mais soyons clair, je ne dis qu'une chose, Dieu, la foi en Dieu, peut être source d'inspiration, je n'en doute pas une seconde, mais la Religion, si l'on excepte les œuvres de commande, est-elle vraiment source d'inspiration (Je sais, d'accord, elle fournit un cadre avec ses textes, ses mythes, etc. mais là, faudrait aussi définir l'inspiration) ? Oui, le problème de l'existence (ou de la non existence) de Dieu a souvent été un moteur de réflexion, mais cette question avait-elle besoin d'une Religion (avec tous les dogmes qu'elle comporte nécessairement) pour se poser ? L'humanité n'a quand même pas attendu la Révélation et l'apparition des Livres saints pour s'interroger sur le monde dans lequel elle vivait et sur son devenir. Qu'elle ait peuplé la nature puis le ciel de divinités puis d'une Divinité n'est-il pas avant tout la conséquence de ces interrogations restées sans réponse plus que leur cause ? Une fois encore, il me semble qu'il faut nettement séparé le besoin de la foi en (ou le besoin de) Dieu et la Religion. Je crois que nous aurions peut-être dû commencer par préciser le sens que nous accordons au mot "Religion", cela nous aurait sans doute évité des incompréhensions. Voici la définition qu'en donne le Robert et qui est bien celle à laquelle je souscris :
LA RELIGION_: reconnaissance par l'être humain d'un pouvoir ou d'un principe supérieur de qui dépend sa destinée et à qui obéissance et respect sont dus; attitude intellectuelle et morale qui résulte de cette croyance, en conformité avec un modèle social, et qui peut constituer une règle de vie.
Citation: Beaucoup de choses à redire aussi sur la conception de la religion comme pensée unique, indiscutable, agencement de préceptes impératifs et autoritaires. Prenons l'ancien testament, c'est la compilation des textes les plus divers, provenant de lieux et d'époques tout à fait différentes, de traditions radicalement distinctes, c'est une compilation de textes de teneurs et de contenus divergents, parfois même contradictoires. Certains d'entre eux frôlent l'athéisme ! Une seule chose les relie, et donne son sens à cette réunion, et ça n'a rien à voir avec la Loi, à savoir : l'Alliance de Yaveh et du peuple d'Israël. ET C'EST TOUT. La fameuse parole de Dieu, on aurait bien du mal à s'en faire une idée aussi unilatérale et stricte que tu sembles le croire à partir des textes sacrés. Par ailleurs, tu noteras le nombre d'occurrences dans le Pentateuque où il est fait mention d'autres dieux (présentés comme inférieurs à Yaveh certes, mais tout de même). |
Et c'est là que je ne te suis plus du tout. Je t'invite cordiamement à lire Naissance de Dieu de Jean Bottéro, le grand spécialiste français de l'Orient ancien. Après avoir montré les indéniables apports des mythes sumériens au mythe de la Genèse (entre autres), après avoir crédité les hébreux du rôle essentiel qu'ils occupent sur le chemin de l'unicité de Dieu, il travaille à rétablir la chronologie des textes qui composent l'Ancien testament et l'agencement de ces textes. Il apparaît clairement que cet agencement, qui ne respecte nullement la chronologie des textes, est bien le fruit de la volonté d'un "clergé" de façonner un dogme. Tout comme il apparaît clairement que nombre de penseurs (on diraient plutôt Prophètes dans le contexte) ont été sciemment écarté de cette compilation parce qu'ils n'allaient pas dans le sens de l'orthodoxie en cours de construction. Dès le départ, cette idée de Dieu (certains diront cette sublime idée de Dieu) est récupérée, travestie, arrangée, dogmatisée. Voilà ce que fait la Religion, elle s'empare d'une idée riche de promesse (ou non, c'est selon) et l'enferme dans un carcan pour servir des desseins personnels. Encore une fois (cf. ci-dessus), c'est dans la définition du mot Religion que semble résider beaucoup de nos divergences.
Citation: Au sujet du christianisme, c'est encore pire. La multitude d'écoles qui en sont nées suffit à faire douter de la thèse selon laquelle cette religion serait une parole univoque et définitive. Là encore, la diversité interne des textes ne trouve son unité qu'à travers la foi en la Résurrection. C'est bien cela dont il est question dans la Révélation, et non de lois ou de rites ou de dogmes, qui ne sont jamais que la fossilisation d'une expérience originelle authentique, mais encore une fois, cette fossilisation n'est pas propre à la religion... Tant qu'il y aura des esprits étroits, on ne pourra pas y échapper, avec ou sans religion. Et il y a une étroitesse tout aussi propre à l'athéisme. Dernière chose sur le christianisme : lis ou relis les épîtres de Paul, qui sont le long développement de cette seule idée : la Loi sans la Grâce n'est rien. C'est la Grâce qui est essentielle et non la loi.
Je ne vais pas tartiner mon post de mille autres exemples. Qu'il suffise d'ajouter celui du soufisme pour l'Islam, je ne parlerai pas du bouddhisme que je connais trop mal. |
Que la religion, par son travers qui est le dogmatisme, mais aussi, j'en conviens, par les questions qu'elle soulève, suscite des courants divergents en son sein, c'est là chose bien naturelle dont tu ne peux décemment te servir pour argumenter. Toute pensée formalisée fait rapidement débat dès lors qu'elle porte sur un sujet aussi essentiel. Cela n'empêche pas que la Religion implique non pas seulement la foi en l'existence de Dieu, mais aussi l'adhésion à tout un tas de credo et d'obligations bien plus discutables qui ne peuvent être remis en question sauf à s'exclure de la Religion pour rejoindre le déisme.
Ah oui, ce brave Paul dont se revendiquait Bossuet à propos de l'esclavage : « De condamner cet état [de servitude], ce serait entrer dans les sentiments que M. Jurieu lui-même appelle outrés, c’est-à-dire dans les sentiments de ceux qui trouvent toute guerre injuste : ce serait non seulement condamner le droit des gens, où la servitude est admise, comme il paraît par toutes les lois, mais ce serait condamner le Saint-Esprit qui ordonne aux esclaves, par la bouche de saint Paul, de demeurer en leur état et n’oblige point les maîtres à les affranchir. » (j'ai immédiatement pensé à cette citation, je n'ai pas résisté au plaisir de te la faire partager. Je sais, c'est un coup bas un peu hors sujet )
Mais pour en revenir à Paul (dont il faudra effectivement que je lise ou relise (je n'en ai lu que des "bouts") les épîtres, il vit et "prêche" en un temps où la Religion chrétienne n'existe pas encore vraiment, en un temps où les Eglises sont encore en formation, ou le "credo" reste à définir. Il apporte sa "pierre" à l'édification de cette religion mais il ne lui appartient pas encore, d'autant moins qu'il se comporte et se pense en "prophète" si mes souvenirs sont exacts. Ses "errements" conceptuels qui ont fait évoluer sa pensée aucours des années lui auraient certainement valu les pires ennuis une fois le dogme bien établit, une fois la Religion installée.
Citation: Enfin, au sujet du progrès des connaissances scientifiques, je ne dois pas être à la page concernant la nouvelle preuve de l'inexistence de Dieu. Ce que je sais en revanche, c'est que la foi n'est pas nécessairement incompatible avec l'esprit scientifique moderne, et ne va pas toujours de paire avec une tendance à l'obscurantisme. Jette un coup d'oeil aux divers tenants du pragmatisme anglo-saxon, William James en particulier (notamment son cours sur l'expérience religieuse). Jette un coup d'oeil à Bergson, qui n'était pas le dernier à s'y entendre en matière de science. Notez que les concepts scientifiques ne viennent pas de nulle part, ils ont eux aussi leur horizon. Ils ne sont pas glanés innocemment dans l'expérience de la réalité, si sophistiquée soit-elle, ou au contraire, si rudimentaire soit-elle. La science aussi a ses fanatiques, et ils ne sont pas les moins terribles. La science aussi impose des pratiques, peut-être plus sournoisement encore que les religions. Une chose est sûre : la science ne décide rien concernant l'horizon métaphysique, culturel, artistique ou religieux d'un peuple. Tout au plus, lorsqu'elle est élevée au rang de référent absolu pour la vérité et les décisions fondamentales d'un peuple, peut-elle être le refuge d'une pensée désespérément dépourvue d'horizon. |
Non, tu ne m'as pas compris, je n'ai jamais prétendu que la science avait apporté une quelconque preuve de la non existence de Dieu (quelle idée !). Je remarquais que le progrès scientifique à fondamentalement ébranlé les dogmes des religions (entre autre le créationisme) et que se voyant incapable de défendre leur Vérité, elles ont bien dû s'ouvrir au dialogue et relire leurs textes sacrés avec un nouveau regard. Je soulignais simplement ce fait : la religion n'a accepté l'ouverture et la relecture de ses "fondamentaux" que contrainte et forcée. Mais encore une fois, je ne dis ni n'ai jamais dit que la foi en l'existence de Dieu était incompatible avec l'esprit scientifique. En revanche, il me semble que l'acceptation des préceptes religieux met quand même un frein certain à l'esprit de découverte. Et s'il te plaît, ne fait pas de moi un scientiste ! Tu serais dans l'erreur .
Citation: Jamais cessé ? Si, je le prétends. Précisément maintenant, elle a cessé, elle n'engage plus à rien depuis longtemps. La religion dans notre société n'est plus rien de fondamental, elle est une composante de force sociale parmi d'autres. Si notre civilisation veut poursuivre son chemin à travers l'athéisme, maintenant que la question de l'athéisme est, me semble-t-il, largement réglée, il est temps qu'elle s'attaque au versant positif de l'affaire, et trouve en elle la force de créer quelque chose qui ait la hauteur de signification de ce qu'elle remplace. Si j'abandonne le confessionnal pour atterrir sur le divan d'un psy, non merci, je préfère m'expatrier sous le soleil méditerranéen où les livres sont parait-il si dangereux. Et pour en revenir aux caricatures, tant qu'on n'aura que ça à mettre en lieu et place des manifestations autoritaires de la religion, on ne parviendra certainement pas à vaincre notre passé, ni à fonder un terrain d'entente avec les autres peuples. Voilà mon avis. |
Mouais... encore que n'étant pas au fait de tout ce qui est publié sur le sujet, je ne serais sans doute pas aussi catégorique. Mais il est vrai que la Religion a fini par reculer (même si elle ne demande qu'à reprendre sa prééminence). En revanche je ne crois pas que l'athéisme soit si bien installé. Dieu est encore présent dans bien des têtes que la religion ne touche plus. Mais c'est vrai que ce recul de la religion semble signifier une victoire de l'athéisme, du moins pour tous ceux dont l'athéisme est en fait avant tout un anticléricalisme exacerbé plus qu'une véritable philosophie. Maintenant, bâtir un projet autour de l'athéisme, soit, mais quelle tâche !
Hep, moi aussi je veux aller vivre au bord d'une Méditerrannée dont tous les livres ne sont pas si mauvais (je n'entre pas dans le débat sur l'origine sémitique des religion révélées afin d'éviter toute incompréhension !).
Citation: Eh bien, je crois tout simplement qu'il n'y a choc de civilisation ni dans un cas, ni dans l'autre, tous ces événements n'ayant finalement que peu de rapport avec ce qui fait une civilisation. S'il n'y a pas de "défaut de croyance", il y a certainement une place vide, et il serait temps d'y mettre quelque chose. Bon, j'vais manger. |
Oui, on est d'accord, bien sûr qu'il n'y a pas "choc des civilisations", c'est bien parce que je le pense que je me suis attaché à toujours ramener la discussion à la Religion sans en désigner une en particulier. Je faisais justement la constatation que, quoi que les média en disent, l'écart se situe plus entre religieux et non religieux qu'entre chrétiens et musulmans ou juifs (tous, au bout du compte, appartenant à la même sphère de civilisation).
Citation: Héhé, je vieillis, qu'est-ce que tu veux... |
Tu parles, t'es encore un jeunot mon gars. Allez, du nerf ! 
__________________
Je définis la cour un pays où les gens
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu'il plaît au Prince, ou s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le paraître,
Peuple caméléon, peuple singe du maître,
On dirait qu'un esprit anime mille corps ;
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 16 Jours, 5 Heures, 3 Minutes, 19 Secondes en ligne
|