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Aillagon a liquidé le système des intermittents.
Comme le dit le ministre, "un intermittent n'a pas un statut, mais une assurance-chômage".
C'est juste. 2,13 millions de chômeurs indemnisés en France ont une assurance-chômage et une sale vie de chômeur. Les intermittents, eux, sont des demi-chômeurs avec une belle vie d'artiste.
D'autres intermittents sont des chauffeurs de stars de la télé, des standardistes pour les boîtes de prod qui vendent leur merde papier-cul en main à des télés. Canal-+ SA employait 482 intermittents en 2002, contre 812 cadres et employés. Ces intermittents sont des « permittents », des permanents déguisés. Les employeurs peuvent ainsi mettre rapidement fin aux contrats, éviter de les transformer en CDD et, horreur, en CDI.
Et puis, tout ce qui est répétitions, travail personnel, n'est jamais payé par les employeurs. Combien de temps avant de monter sur les planches pour y faire trois entrechats de spectacle vivant ! Tout ça, on s'en fout, l'intermittent coûte cher : 828 millions d'euros pour 102 600 profiteurs. Soit, si je ne m'abuse, 8 070 euros le profiteur ! Par an ! Pour faire l'artiste et sauter la spectatrice ! Tandis que le chômedu ne perçoit que 1737 euros. Pour faire le chômeur; Et être cocu.
Certes, l'intermittent n'est jamais malade, il bosse quoi qu'il arrive, sa caisse de retraite est largement excédentaire, mais il est indemnisé en moyenne 45,31 euros par jour, contre 28,66 euros pour le chômedu. Durée moyenne d'indem de l'intermittent : 205 jours. Du chômeur : 158 jours.
Bien entendu, ce calcul mondain (1) ne tient pas compte des cotisations de tous les permanents du spectacle (il y en a beaucoup et ils cotisent beaucoup), de tous les emplois induits par les intermittents...
Bref. Profiteurs.
Solution : transformer le chômeur en intermittent.
Hélas, la solution inverse a été choisie.
L'intermittent deviendra chômeur et cocu comme les autres, y a pas de raison. On aurait pu envoyer l'inspection du travail traquer l'abus, mais l'inspection du travail est occupée. La CFDT, le Medef, l'Aillagon et le journal Le Monde, spécialisé dans la lutte contre les abus divers, passent à l'attaque.
D'abord, une dame Rived négocie pour la CFDT avec un monsieur Revoil, directeur général de l'Unedic, signe après une vague magouille avec les riches intermittents de la CGC et de la CFTC un protocole auquel visiblement elle ne comprend rien (pour l'excellente raison qu'il est incompréhensible) et demande des explications au sieur Revoil, qui lui répond : t'inquiète, poupoule, «pour le calcul de la franchise, je vous confirme qu'elle sera établie selon l'ancien système sauf que l'on retirera trente jours du résultat obtenu (2) ».
Le lendemain, Aillagon se précipite sur France Inter pour dire qu'il a sauvé les intermittents et leur a même ristourné trente jours de franchise, ou l'inverse, il rien est pas sûr. Manque de bol, la mère Rived a signé un truc ubuesque qui fout en l'air le système précédent, lequel fonctionnait très convenablement (aux gardes du corps de Delarue près, payés — je suppose — comme intermittents, et à la secrétaire de Pivot près, payée, elle, comme intermittente pendant vingt-cinq ans, ça c'est vrai).
Des matheux s'y mettent. C'est invraisemblable. La durée de franchise devient totalement aléatoire, les indemnités aussi, les gros en profitent, les petits trinquent. Rien, absolument rien ne change pour les abus.
Au contraire, les permittents sont encouragés, un mec qui gagne 90 000 euros attend 247 jours pour être indemnisé exactement comme un type qui en gagne 16 000. D'emblée, 30% des mecs se retrouvent chômedus avec ce système. Mais, au moins, tout le monde est cocu et le Medef est content.
ONCLE BERNARD
1. « Les abus et les aubaines des intermit-tents », Le Monde, 23/07/03.
2. Lettre du 17 juillet.
(30 juillet 2003)
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