|
Didou |
 |
Guru 
Déconnecté
Niveau : 5 N° de Membre :
65
Ancienneté : 100%
Participation : 7%
Inscription: 24 Feb 2002
Localisation:
Messages: 5746
Sujets Lancés : 289
|
Vivant dans un pays étranger parfois ''limite'' mais bien loin de la dangerosité d'un pays comme l'Iran, je ressens le besoin de faire quelques commentaires.
1 - au moins inconséquente.
Quand tu es expatrié dans un pays étranger, une chose importante que tu apprends est de ne jamais te mêler des affaires politiques du pays qui t'accueille.
Plus que jamais quand celui-ci est totalitaire.
S'il y a une opposition, une critique à avoir, laissez les diplomates et les politiques le faire, c'est leur boulot, pas le votre !
La jeune fille, si elle est aussi ''innocente'' que nos médias et autorités veulent bien le dire, a alors fait preuve d'une inconséquence sans pareille et, de mon point de vue, fort critiquable.
On peut la plaindre, certes, mais avec parcimonie car il faut parfois être un peu responsable de ses actes, non ?
(ce qui, d'autre part, ne signifie pas qu'il ne faut pas tout mettre en œuvre pour la libérer, c'est évident...)
2 - si innocente ? manipulée ?
La presse française, docile et servile comme à son habitude, a fait passer unanimement la bonne parole, venue d'en haut, que cette jeune fille est totalement innocente (plus le reste c'est-à-dire le cinéma habituel : Super Sarko, revenu de vacances bronzé et musclé, va la libérer, Super Kouchner EXIGE sa libération...)
Que l'urgence de la situation impose que les médias fassent ''corps'' avec nos autorités, je peux le comprendre à condition que les questionnements viennent par la suite mais j'ai un gros doute sur ce point.
Mais moi, à mon petit niveau de rien du tout, je peux me permettre de prendre du recul et de m'interroger. C'est pas interdit, non ? (Pas encore ?)
Et...je lis ceci :
Bernard Kouchner :
"Cette jeune femme était enseignante à Ispahan, vous le savez. Elle n'a rien fait d'autre que de marcher pendant une heure une fois et une heure et demie une autre fois avec les manifestants", a rappelé le ministre. "Elle n'a pas envoyé de 'rapport', mais une note très brève au directeur de l'Institut français de recherches iraniennes, qui est un institut culturel, comme nous en avons 27 autres dans le monde", a-t-il ajouté.''
Et là, permettez-moi de le dire, je suis sur le cul ! Déjà annoncer publiquement un truc pareil, c'est ne pas lui rendre un grand service, ni rendre un grand service à tous les universitaires et chercheurs présents dans des pays à risque mais avec Kouchner, il faut s'attendre à tout (dans la médiocrité)
Donc, on résume : non seulement elle participe à une manifestation mais en plus elle envoie une note à l'ambassade.
On cherche vraiment le bâton pour se faire battre !
Vous en connaissez beaucoup des expatriés n'ayant aucun lien avec les autorités françaises qui font, spontanément, des rapports à l'ambassade sur des évènements, graves de surcroit, survenus dans le pays dans lequel ils vivent ?
Alors, on peut émettre 2 hypothèses, en dehors de son inconséquence totale qu'on ne peut écarter totalement :
- Soit Clotilde est une petite espionne inexpérimentée qui s'est totalement ratée.
- Soit elle s'est faite manipulée, on lui a demandé de faire ce petit rapport et ceux qui lui ont demandé ne pouvait pas ne pas savoir les énormes risques qu'elle encourait
Dans ces deux cas, l'État français devrait faire profil bas pour cette barbouzerie (pas la première, ni la dernière) plutôt que s'épancher dans les médias mais on ne se refait pas, n'est-ce pas ?
3 - Les véritables enjeux
Les véritables enjeux, vous ne les connaitrez pas en lisant la presse française qui, comme d'habitude, va se contenter de relayer la bonne parole venue d'en haut et de faire dans la compassion et la sensiblerie (on a rien trouvé de mieux pour faire de l'audience)
Foirage d'une petite espionne, manipulation d'une petite étudiante, inconséquence hallucinante d'une expatriée dans un pays totalitaire, finalement peu importe.
La vraie histoire, celle qu'on ne peut lire que dans la presse Internationale, c'est que évidemment la pauvre Clotilde est devenue un pion sur l'échiquier diplomatique avec lequel Teheran s'amuse beaucoup.
Et là, je donne la parole à Bruno Roger-Petit qui a pondu un petit article, gratiné je dois le dire, sur le sujet :
Citation: Comment l'Iran utilise Clotilde Reiss pour humilier Sarkozy...
Depuis quelques jours, on ne parle plus que du procès mené à Téhéran à l'encontre de quelques dizaines de personnes, notamment la jeune française Clotilde Reiss. La France s'active pour la faire libérer, et notre président en a fait la "priorité" de ses vacances.
Profitons en pour se pencher sur cette affaire par le biais du storytelling, ce qui nous permettra de constater que l'histoire que l'on raconte en France à ce sujet n'est pas du tout celle racontée au reste du monde par les Iraniens.
1/ La version française (disponible en VO aux 20h de TF1 et France 2 hier)
Alors qu'il se remettait de son petit pépin de santé qui l'a humanisé et rendu comme tout le monde, le président doit, au péril de sa santé, tout faire pour libérer la petite française innocente des griffes des immondes mollahs arriérés qui règnent sur l'Iran. Cela prouve que notre président avait bien raison de faire la leçon de démocratie à ces tricheurs et truqueurs d'élections libres, cette meute qui a porté au pouvoir le malhonnête et mal rasé Mahmoud Ahmadinejad. Comme le monde respecte notre président, la sympathique Syrie a accepté de l'aider un petit peu. L'Union Européenne aussi. Et notre président doit faire tout ça armé de son seul portable, tel Jack Bauer dans 24, c'est vous dire l'exploit.
2/ La version perse (diffusée dans le monde entier, sauf en France)
Depuis quelques jours, le chef du petit Satan rame comme un malade pour faire libérér sa jeune compatriote. Ca lui apprendra à nous donner des leçons de démocratie et à nous expliquer ce qu'on doit faire chez nous. Chez nous, on fait ce qu'on veut, y compris juger des petites Françaises très télégéniques, à l'air sensible et fragile et qu'on filme bien pour que ça émeuve l'opinion publique française. Du coup, le président français, il veut bien nous causer. Alors, on s'amuse. On lui répond pas. On lui fait savoir qu'il faut d'abord causer à la Syrie. On lui demande ce qu'en pense l'Europe, parce que la France toute seule, ça nous fait marrer. Bref, on le regarde se prosterner devant tout le monde pour libérér la petite française. Ca lui apprendra une petite règle de base en matière de politique étrangère. Il n'y a que le rapport de forces qui compte et il faut pas nous emmerder quand on a pas envie de mourir pour la démocratie à Téhéran. Obama l'a bien compris lui. Maintenant le président français, il va le comprendre. Et le plus drôle, c'est qu'à la fin, on libérera la petite Française, parce que nous, nous saurons que ça constituera son humiliation suprême.
Et voilà. Les mêmes faits: deux histoires différentes. A noter que la version française n'est disponible qu'en France (où elle est en outre la seule autorisée). Le reste du monde, lui, a droit à la version perse. Dormez braves gens de France, dormez... |
Le mot de la fin : espérons que Clotilde Reiss sorte de ce beau merdier le plus vite possible.
__________________
Que chacun s'efforce dans le milieu où il se trouve de témoigner à d'autres une véritable humanité. C'est de cela que dépend l'avenir du monde.
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 43 Jours, 1 Heure, 39 Minutes, 14 Secondes en ligne
|