 |
looping17 |
|
Expert
Niveau : 3 N° de Membre :
4413
Ancienneté : 98%
Participation : 71%
Inscription: 13 Sep 2002
Localisation: Dans un monde meilleur !
Age: 55
Messages: 2999
Sujets Lancés : 164
|
Message écrit par Maousse, le 09-10-2003 à 15:51 gourmand ? kekseksa ?
Gourmandise : l'un des 7 pêchés capitaux ou on ?
Voici un texte de Maurice des Ombiaux parlant de la gourmandise (c'est un peu long mais non moins interresant) :
"Aux temps bénis d'avant la guerre, je dînais avec un moine bénédictin de France que la loi sur les congrégations avait chassé de son monastère comme on disait alors dans la bonne ville de Bruxelles chez un prêtre qui était peut-être l'amphitryon le plus accompli que j'aie connu de ma vie.
C'était un moine digne du XVIe siècle. S'il avait vécu à l'époque de la Ligue, ce qui lui eût convenu à merveille, il aurait, tout en conspirant, tenu tête à Gorenflot, de joyeuse mémoire, dans les rôtisseries de l'antique rue Saint-Jacques
Nous rendions hommage à la table de notre ami lorsque, parlant de la gourmandise à propos de la Physiologie du goût, nous tombâmes d’accord pour reconnaître que c’était à tort qu’elle figurait parmi les péchés capitaux.
Le péché est non pas d'aimer la bonne chère, mais de s’empiffrer. Et le moine éloquent d'appeler aussitôt les textes sacrés à la rescousse. Il citait l'épître où saint Paul recommande à Timothée de ne pas s'abstenir de boire du vin, à cause de la faiblesse de son estomac et de ses fréquentes indispositions.
Je ne sais s'il était homme d'action, mais ses discours en donnait l'idée par des conclusions d'ordre pratique. Il nous annonça, en effet, qu'à la première occasion qui s'offrirait à lui, il demanderait au Saint-Père de retirer la gourmandise du fatidique des fautes qui entraînent la damnation éternelle.
" Mais par quoi la remplacerez-vous ? fit notre hôte, amusé par cette proposition d'apparence audacieuse et paradoxale ; car il ne s’agit pas seulement de supprimer un péché capital, il faut en mettre un autre à la place pour qu'il y en ait encore sept.
- C’est juste, répondit le moine, je vous l'accorde, encore qu'il n'y puisse n’y avoir que six péchés capitaux au lieu de sept. Mais je crois à la vertu des nombres. "
Et nous nous mîmes à chercher ce qui, à l'encontre de la gourmandise est vraiment une offense grave envers Dieu, envers la création, envers le prochain.
Je n’énumérerai pas le champagne, le café, la Fine, les cigares que la résolution de ce grave problème absorba. Toujours est-il que, un peu avant minuit, heure de la retraite, nous tombâmes d’accord pour proposer la tristesse au lieu et place de la gourmandise dans l'heptarchie des vices humains.
" Oui, la tristesse est vraiment une injure, conclûmes-nous. Elle marque une révolte contre la divinité, elle est antisociale, tandis que la gourmandise rend hommage au Créateur dans sa création, et elle forme un des plus puissants liens de la société."
La guerre arriva, et quand, à Paris, je m'enquis du moine ligueur pour l'aller voir, j 'appris qu'il venait de mourir sans avoir accompli le grand dessein théologique qui nous avait agités un beau soir d’été, tandis que les insectes de nuit venaient se brûler les ailes a la flamme tremblante des bougies.
Il me sembla que, selon le vieil adage successoral le mort saisit le vif, j'étais tenu de poursuivre la réalisation du grand Projet auquel j'avais donné un assentiment des plus vifs.
Un jour que je me trouvais dans la Ville éternelle, j 'allais voir un monsignore avec qui j'étais en relations assez suivies depuis quelques années.
C'était sous le pontificat de Benoît XV qui avait reçu M. Jonnart, ambassadeur de la III° République auprès du Vatican, en souhaitant qu'il fît revivre les bonnes traditions de la cuisine française du cardinal de Bernis, dont Pie IX disait qu'elle était encore en odeur de sainteté à Rome. Comme on le voit, l’occasion était propice et je n'eus garde de la laisser échapper.
Quand j'eus fini d'exposer au prélat romain les raisons pour lesquelles la gourmandise devait être rayée de la liste des péchés capitaux, il me dit avec un fin sourire :
"Je suis tout à fait de votre avis ! "
Cette adhésion, bien qu’elle eut été préparée par les signes d’assentiment que donnait mon interlocuteur durant l’exposé de ma thèse, ne laissa pas de me surprendre. Je restai un moment stupéfait comme celui qui a produit un grand effort pour enfoncer une porte ouverte.
" Vous avez mille fois raison, mon cher monsieur, et vos arguments sont sans réplique.
-Mais alors, lui répondis-je, ce sera moins compliqué que je ne le pensais. Puisque vous êtes si catégorique -et vous ne le seriez pas, monseigneur, si vous croyiez que le Vatican pourrait élever la moindre objection-, prêtez-moi donc vos bons offices pour que le Souverain Pontife soit saisi sans retard de la proposition. La façon dont il a parlé de la cuisine française du cardinal de Bernis m’autorise à croire qu’il prendrait un intérêt personnel à la question.
-Sans doute, fit-il en dodelinant de la tête, sans doute y prendrait-il un intérêt vif. Mais la question ne concerne ni le Saint-Père ni le Saint-Siège. "
Je le regardai sourire, inquiet de savoir s’il ne se moquait pas de moi , mais il me rassura aussitôt avec une sympathie que mon étonnement avait sans doute accrue.
" Laissez-moi vous rappeler, continua-t-il avec un geste plein d’onction, que Rome, s'adressant au monde chrétien, ne parle que la langue latine et non pas la française. Il n'a jamais été question de gourmandise dans la Ville éternelle, autour du trône de saint Pierre, mais de la gula de Salluste et de Cicéron, dont l’adjectif gu/osus a pour synonyme vorax, c'est-à-dire celui qui mange avidement et avec excès, autrement dit avec voracité. Or vous venez de me prouver que jamais le mot français gourmandise n'a signifié rien de pareil ; la définition donnée par les deux autorités les plus hautes, l'Académie et Littré, en fait foi. GOURMAND, celui qui aime la bonne chère ; synonyme : gastronome. Les mots gourmand, gourmandise ou gourmandie étaient couramment employés, avant le XIIle siècle, dans cette acception. Ils sont sans doute d'origine celtique. En irlandais, le gio-roman désigne celui qui a bon appétit. Il ne s'agit donc, en l’occurrence, que d'une traduction défectueuse.
" Rome juge les questions qui concernent le dogme, mais l'infaillibilité du pape ne s'étend pas à des controverses de grammaire et de linguistique. Puisque les dictionnaires qui établissent la jurisprudence de la langue française se sont prononcés, c'est aux évêques de France, de Belgique et du Canada qu'il appartient de faire disparaître de leurs petits catéchismes une erreur aussi manifestement reconnue. Rome est sans pouvoir en l'espèce. Rome a dit gula et non gourmandise. Elle créerait un singulier abus de pouvoir en intervenant dans un débat où elle ne peut apporter aucune compétence.
" Ce sont les évêques français qu'il faut persuader et non le Vatican, dont la sympathie et la bonne volonté sont, en l’occurrence, inopérantes.
-Je vous remercie, lui répondis-je. Quoique vous prétendiez que Rome n'a pas voix au chapitre, pour elle c'est encore par1er que de se taire aussi éloquemment que vous venez de le faire. Aussi puis-je répéter une fois de plus : Roma locuta est. "
Je puis donc dire que j'ai eu l'avis de Rome sur la question. La gourmandise ne figure parmi les péchés capitaux qu'à cause d’une traduction erronée du mot latin gula , qui signifie " voracité ".
C’est sur cette conclusion que le prélat romain me fit la grâce de m’offrir une bouteille des Castelli romani, que nous bûmes avec plaisir parce que l’amour de la cuisine française nous avait rapprochés et que la discussion nous avait suffisamment altérés."
Ca donne soif de lire, allez à la votre :

__________________
"Soyons réalistes, exigeons l'impossible" Che Guevara
Une chose est sûr : sur Oxmo, 
| IP: Logguée Temps en ligne : 17 Jours, 3 Heures, 15 Minutes, 27 Secondes en ligne
|