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Zakath |
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Une excellent analyse qui résume bien ma pensée :
Citation: "En gros, depuis l'élection de Sarkozy, il y a un air du temps, si vous voulez, il y a un air du temps qui est au décomplexé, il y a un air du temps qui est au, finalement, pourquoi se gêner (… A.S.I a été victime de cet air du temps-là (… l'émission a toujours énervé les dirigeants de France Télévision, depuis qu'elle existe (… " *
Daniel Schneidermann a bien raison. L'époque est au décomplexé. Et depuis bien plus longtemps qu'on veut bien le dire. On peut tout se permettre, tout faire croire. Plus c'est gros, plus ça passe. Prenons le cas de l'émission Arrêt sur images, apparue sur les écrans l'année de l'élection du président Chirac. Depuis 1995, elle représente la critique des médias dans l'esprit du "grand public". Elle a réussi à passer pour une émission dérangeante pour le système (médiatique, et politique pourrait-on dire, à la lecture des réactions de ses téléspectateurs indignés de sa disparition). Elle est reprise dans les lycées. Son animateur est invité dans des débats publics sur la télévision. On le considère comme critique sur sa profession, ce qu'il revendique à l'envie.
En douze années, Arrêt sur images aura vu passer quatre Présidents Directeurs Généraux (Jean-Marie Cavada, Jerôme Clément, Marc Tessier et Patrick de Carolis), trois directeurs généraux (Jean-Pierre Cottet, Daniel Goudineau et Claude-Yves Robin) et six directeurs des programmes.
La dangerosité pour le "système" ne saute donc pas aux yeux, pas plus que l'énervement des directeurs de "grandes chaînes" "(on reverra avec délices le 200e numéro de l'émission du 26 mars 2006, où furent invités Etienne Mougeotte, Marc Tessier, Jérôme Clément et Pierre Lescure…
Dans l'intervalle, quelques esprits un peu plus retords ont été mis au pas. On citera évidemment le cas Pierre Carles, persona non grata à la télévision depuis 1994. Son film sur Pierre Bourdieu – le seul réalisé du vivant du sociologue – aurait pourtant constitué un bien bel hommage à ce dernier à son décès début 2002. La chaîne préféra rediffuser – sur le câble – le Arrêt sur images "mythique" de janvier 1996… On a également supprimé quelques émissions culturelles très bien faites (notamment celle d'Elisabeth Martichou il y a une dizaine d'années) sans déclencher de levées de boucliers.
Daniel Schneidermann découvre aujourd'hui que la télévision "n'est pas prête à être critiquée de l'intérieur". Il accepterait donc, avec beaucoup de retard et de polémiques, les conclusions de Pierre Bourdieu et de ceux qui partagent ses analyses sur le fonctionnement des medias.
Mais il n'aura cessé de prétendre le contraire durant ces douze années. Il rejoint en cela les Karl Zéro, John-Paul LePers et autre Paul Moreira, qui déclaraient tous fièrement être libre de travailler comme ils le souhaitaient lorsqu'ils oeuvraient sur une chaîne du groupe Vivendi, mais qui, une fois dehors avec une marque de pompes au derrière, admettaient que l'autocensure était le meilleur moyen de garder leur poste. "On ne mord pas la main qui vous nourrit", disait Karl Zéro…
En outre, on remarquera que même une fois son sort scellé en coulisse, Daniel Schneidermann se refuse à sortir avec panache : après avoir déclaré fort justement au Journal Du Dimanche que sa direction est "nulle", il regrette et tempère ses propos presque immédiatement sur son blog : "Ce qui est nul, c’est de parler comme ça (...)il y a une manière de dire les choses. De la même manière, je suis certain que si Carolis a vraiment parlé de mes "turpitudes", ses mots ont dépassé sa pensée, et je ne lui en veux pas".
Le couperet est malgré tout tombé sur A.S.I.
L'ambition d'Arrêt sur images était de faire de nous de "meilleurs téléspectateurs", de nous aider à mieux décrypter les images. Après deux mandats Chiraquiens, le bilan est maigre : on a passé notre temps à caqueter sur les bidonnages télés, sur les petites manœuvres de couloirs (le traitement de la campagne présidentielle par Daniel Schneidermann est particulièrement éclairant). Les bidonneurs n'ont en revanche pas été dégagés du P.A.F. :
- PPDA, si critiqué par le journaliste Schneidermann, invita même l'écrivain Schneidermann pour promouvoir un essai "fameux" il y a quelques années. Pas rancunier pour un sou, le Patrick…
- Jean-Marie Cavada fut le patron de Daniel Schneidermann à France 5 avant de diriger Radio France, tout ça malgré l'affaire des faux barbus à La marche du siècle…
- Carolis est aujourd'hui P.D.G. de France Télévisions.
Les médias sont plus que jamais aux ordres du pouvoir (économique et/ou politique). Jamais la connivence et le mélange des genres n'ont été aussi forts.
Finalement, à part les quelques trublions évoqués plus haut, seul le malheureux Olivier Chiabodo a perdu son poste après avoir triché lors d'un Intervilles de sinistre mémoire.
Rectifions donc : le bilan n'est pas maigre, il est carrément famélique.
Il ne s'agit évidemment pas de rendre Arrêt sur images responsable de ces dérives, mais de considérer avec circonspection le rôle que cette émission a joué comme garde-fou. Cela en dit long, finalement, sur son utilité profonde. Nous avons dorénavant peut-être davantage conscience de la surface des choses. Comment tel ou tel montage nous influence par exemple.
Certes.
Mais Daniel Schneidermann, sa cohorte de jeunes et jolies collaboratrices et ses chroniqueurs fort-en-thèmes nous ont-ils réellement expliqué pourquoi et comment la presse devrait ne pas répondre à des critères marchands ? En quoi la concentration dans les médias est nocive ? En quoi un industriel – qu'il dépende des commandes d'état ou pas – propriétaire d'une chaîne de télévision ou d'un journal représente un vrai danger pour la pluralité et donc pour la démocratie ?
Daniel Schneidermann, dans son blog (et jamais à l'antenne), emploie à loisir l'expression "Radio Lagardère" pour fustiger Europe 1 et certains de ses animateurs. A-t-il expliqué ne serait-ce qu'une fois à ses lecteurs ou à ses téléspectateurs ce qu'implique la présence d'un marchand d'armes dans le monde de l'édition et de la presse ?
Critiquer les médias n'est pas une fin en soi. Critiquer la télévision, fut-ce à la télévision, devrait être une mission. Pas un plan de carrière.
Sur ce point, même un politicien en campagne (François Bayrou) a tapé plus fort en 6 mois de temps que Arrêt sur images en 144 ! Pire : il a fallu que ce même homme politique aborde publiquement les problèmes liés aux médias pour que l'émission "critique" lui fasse écho. Un comble !
Cette émission était ludique, intéressante et éclairante. Mais n'était-elle pas surtout, bien souvent et finalement, assez anecdotique ?
En parlant de mélange des genres, le présentateur d' Arrêt sur images en connait un rayon.
Chroniqueur…média à Libération, il applaudit des deux mains l'arrivée au journal de Laurent Joffrin fin 2006, lequel emmène dans sa besace deux mesures phares : suppression du droit de veto des rédacteurs du journal et plan social d'environ quatre-vingt journalistes. Daniel Schneidermann espérait peut-être, de son côté, la promotion de super "webmédiateur".
Nouvellement licencié de France 5 (son salaire net annuel était de 83000 euros en 2003, on conçoit que ça plombe le moral de devoir s'en passer), il s'inquiétait récemment de savoir si les collaborateurs de son émission allaient devoir pointer à l'ANPE.
Il eut moins d'états d'âme lorsqu'il vira la modératrice Perline (procès perdu aux Prud'hommes par le journaliste) pour des prétextes fallacieux, ou lorsqu'il congédia sans égard un de ses documentalistes accusé – à tort – d'avoir fourni des images off de son émission avec Jean-Marie Messier au réalisateur Pierre Carles. Le coupable court toujours. De même, le recours au "C.D.D. d'usage" serait courant, selon un de ses anciens collaborateurs**. Une pratique totalement en accord avec la législation du travail, bien entendu…
"On ne traite pas les gens comme ça" affirme Daniel Schneidermann au sujet de l'attitude de la direction de France 5.
Pas mieux.
Il y a peut-être aussi de quoi être surpris par le soutien apporté à Arrêt sur images et au temps d'antenne accordé à son présentateur vedette, notamment par des gens connus pour être radicaux.
ACRIMED nous tient informés de la situation sur son site et soutient ouvertement l'idée d'un maintien de l'émission. Henri Maler, un de ses animateurs, a même signé la pétition montée par des internautes. Daniel Mermet, lui, ne l'a pas fait malgré l'interview sympathique de Daniel Schneidermann qu'il a réalisé lors de là-bas si j'y suis.
On peut considérer ces gens comme étant de beaux joueurs, ou des gens soucieux de défendre la seule émission critique des médias sur une grande chaîne. On ne cherchera pas leurs motivations. Peu importe.
Ils s'entendent pourtant à dire que l'émission attaque à peu près tout, sauf l'essentiel. On voit bien aujourd'hui que même cela, c'est encore de trop. Qu'attendre donc de cette télévision-là ? Quid de la critique indépendante, hors système et radicale ?
Soutenir Arrêt sur images – et surtout un présentateur aussi compromis – n'est-ce pas une erreur ? En effet, demander la réhabilitation d'une émission tolérée parce qu'au fond inoffensive, n’est-ce pas faire le jeu d'un système très habile à organiser sa propre contestation plutôt qu'à la subir ? N'est-ce pas souhaiter qu'on maintienne "l'arbre qui cache la forêt", occultant une critique de fond ?
À ces questions, je n'ai pas de réponse. Tout comme je m'étonne qu'on puisse employer les termes de "censure", "atteinte à la liberté d'expression", "sarkozysme des médias", "décision politique"… Il est vrai que la décision de France 5 intervient dans un contexte tout particulier. Mais plus que "le système", n'est-ce pas davantage la sensibilité de certains confrères que Daniel Schneidermann chatouillait ? Ne sommes-nous pas en présence d'un simple règlement de comptes entre protagonistes à l'ego surdimensionné ?
Mettre en doute la personnalité de l'animateur était déjà un message assez peu audible. C'est peu dire que cela se complique à l'heure actuelle, tant l’unanimité est grande et le sens de la mesure minimal. Il se passe pourtant aujourd'hui un de ces emballements que Daniel Schneidermann se plaît d'ordinaire à démonter. Quelle ironie…
En attendant, il est possible que l'émission renaisse à l'étranger, dans un pays francophone. Souhaitons que notre journaliste préféré s'affranchisse des contraintes qu'il avait sur une chaîne du service public français. C'était mon souhait, ma prière : voir Daniel Schneidermann prendre le maquis. On y est peut-être. |
source: http://jeanbeatles.blogspot.com/200...-ber-alles.html
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