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jeudi 11 mars 2004, 23h58
Attentats de Madrid: les pistes ETA et Al Qaïda évoquées
MADRID/DOUBAÏ (Reuters) - Dans une lettre adressée à un journal arabophone de Londres, l'organisation Al Qaïda aurait revendiqué les attentats simultanés qui ont fait au moins 192 morts et plus de 1.400 blessés dans trois gares madrilènes jeudi matin, à trois jours élections législatives en Espagne.
La lettre revendiquant la série d'attentats - les plus sanglants en Europe depuis celui de Lockerbie en 1988 - n'a pas pu être authentifiée pour l'instant. Ce document, signé des "Brigades Abou Hafs al-Masri", a été reçu par le journal Al Qods al-Arabi.
"Nous avons réussi à pénétrer au coeur de l'Europe croisée et avons frappé l'une des bases de l'alliance des croisés", lit-on dans cette lettre qui parle d'une "opération Trains de la mort". Le même journal a déjà reçu des lettres de ce genre, émanant des mêmes brigades, et revendiquant les attentats commis en novembre 2003 contre deux synagogues à Istanbul, ainsi qu'en août dernier, contre le QG de l'Onu à Bagdad.
Cette revendication est intervenue en soirée alors que le ministre de l'Intérieur espagnol, Angel Acebes, venait d'annoncer la découverte, près de Madrid, d'une camionnette suspecte contenant un enregistrement en arabe comportant des versets du Coran ainsi que sept détonateurs.
Le gouvernement de José Maria Aznar s'est résolument rangé aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Betagne au moment de la guerre contre l'Irak au début 2003. Or, la nébuleuse Al Qaïda avait fait savoir dans deux enregistrements audio authentifiés en octobre 2003 qu'elle s'octroyait le "droit de riposter en temps et lieu choisis" contre tous les Etats présents militairement sur le sol irakien, ce qui est le cas de l'Espagne.
Le ministre espagnol de l'Intérieur avait initialement attribué l'opération à l'organisation indépendantiste armée ETA, avant d'annoncer dans la soirée qu'il n'excluait plus aucune piste.
"Les conclusions tirées ce matin, pointant du doigt l'organisation ETA, demeurent la principale piste suivie par les enquêteurs(...). Mais j'ai donné pour instructions aux forces de sécurité de ne rien exclure", a-t-il expliqué.
Le même Angel Acebes déclarait dans la matinée qu'il était "absolument clair que l'organisation terroriste ETA recherchait un attentat aux répercussions larges".
Ana Palacio, chef de la diplomatie espagnole, et Eduardo Zaplana, ministre du Travail et porte-parole du gouvernement, avaient également directement mis en cause les clandestins d'Euskadi Ta Askatasuna (Patrie basque et liberté).
Le Conseil de sécurité de l'Onu a condamné les attentats en reprenant à son compte la thèse du gouvernement espagnol sur une implication de l'ETA. Les autorités françaises ont dit elles aussi privilégier la piste de l'ETA.
REJET ABSOLU DES ATTENTATS PAR BATASUNA
De George Bush à Vladimir Poutine, de Kofi Annan à l'Iran, la communauté internationale a été unanime dans sa condamnation et son indignation.
Les dix attentats ont visé les gares d'Atocha, principale plate-forme ferroviaire de la capitale espagnole, d'El Pozo et de Santa Eugenia à l'heure de pointe où des milliers de banlieusards gagnaient le centre-ville.
Dans une intervention retransmise en direct par les médias, José Maria Aznar a promis que leurs auteurs seraient capturés.
Le président du gouvernement, qui abandonnera volontairement sa carrière politique après les législatives de dimanche, a estimé que les victimes de ces attentats sanglants avaient été prises pour cibles "simplement parce qu'elles étaient espagnoles".
"Les criminels qui ont causé tant de morts aujourd'hui seront arrêtés. Nous réussirons à en finir avec la bande terroriste", a-t-il ajouté, invitant la population espagnole à se rassembler vendredi pour exprimer leur indignation.
En juillet 1997, six millions de personnes avaient manifesté à travers l'Espagne pour dénoncer le meurtre d'un conseiller municipal basque, Miguel Angel Blanco, enlevé et exécuté par l'ETA.
Jamais l'organisation séparatiste basque, s'il se confirmait qu'elle était à l'origine de ces attentats, n'aurait frappé si lourdement. L'action la plus meurtrière imputée jusque-là à l'ETA remontait à juin 1987, quand une bombe avait explosé dans un supermarché de Barcelone, faisant 21 morts.
Pour certains spécialistes du séparatisme basque, à l'exception de la date choisie, le mode opératoire n'est toutefois guère comparable aux précédents attentats ou assassinats revendiqués par les indépendantistes.
Depuis le début de sa lutte, en 1968, l'ETA a tué près de 850 personnes mais aucune attaque n'a débouché sur un tel carnage et les séparatistes préviennent en général par avance les services de sécurité pour minimiser les pertes civiles.
Le dirigeant nationaliste basque Arnaldo Otegi, chef du parti Batasuna interdit par les autorités, a déclaré pour sa part qu'il ne croyait pas à la responsabilité de l'ETA et estimé en revanche que ces explosions étaient peut-être "une opération menée par des secteurs de la résistance arabe". Batasuna a fait part de son rejet absolu de ces attentats.
Le 24 décembre 2003, la police espagnole avait cependant déjoué un attentat à la bombe qui devait avoir lieu à Madrid en empêchant un homme de déposer des explosifs à bord d'un train en partance de Saint-Sébastien.
Et le 29 février dernier, une camionnette chargée de plus d'une demi-tonne d'explosifs liée à l'ETA avait été interceptée par les forces de sécurité alors qu'elle se dirigeait vers Madrid.
Le Parti populaire, au pouvoir en Espagne, a annoncé jeudi par la voie de Mariano Rajoy, son candidat à la succession de Jose Maria Aznar, qu'il suspendait sa campagne électorale.
Trois jours de deuil national ont été décrétés par les autorités de Madrid qui ont invité les Espagnols à se rassembler (demain) vendredi soir dans tout le royaume
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