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Schoubi |
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Voilà ce que j'ai fait cette après-midi....D'ailleur c'est pour ça que je n'ai pas écouté Radio Oxmo, désolé dez 
C'est un peu rapide, j'ai pas cherché à peaufiner ça peut donc sembler un peu brut de décoffrage....Et pis mon style est ce qu'il est, d'habitude c'est plutôt des textes scientifiques que je rédige, courts et conscis, pas des essais littéraires.... 
Mais c'est ça de donner envie, après on se retrouve avec pleins de textes sur les bras 
Bonne lecture à tous, j'espère que ça va plaire 
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Por Favor !
Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus: je suis mort.
Tout avait bien commencé pourtant : le soleil était au rendez vous, conformément au climat tropical il ne pleuvait que deux heures par jour, la bière était fraîche et les gens souriants. Il était midi, et j’étais accoudé à une table en inox poisseuse de Coca-Cola séché, en réfléchissant au fait que décidément, oui, le Venezuela était un pays bien accueillant ; et pas seulement parce qu’on peut trouver des clopes à l’unité dans les rues, mais aussi parce qu’il suffit de sourire à quelqu’un pour s’en faire un ami.
Très utile quand on cherche son chemin.
Le matin j’étais justement perdu dans une de ces ruelles de terre battue qui bifurquent interminablement, à croire qu’elles ont été crées spécialement pour égarer l’occidental habitué à voir des panneaux indicateurs depuis sa plus tendre enfance. Cela ressemblait à un égarement dans une forêt : on croit reconnaître un arbre, un buisson, devant lequel on est déjà passé, alors qu’on s’enfonce de plus en plus loin pour au final pouvoir uniquement reconnaître le fait qu’on est complètement perdu. Dans ces ruelles, chaque porte, chaque virage est un arbre, un buisson potentiel…Au bout d’un certain temps, variable selon les capacités individuelles d’orientation dans un milieu vaste et inconnu, le résultat est identique : mais par quel chemin suis-je arrivé ?
J’en étais à cette simplissime et dramatique conclusion lorsque je la vit sortir d’une porte cochère à quelques mètres devant moi. Nous étions vraisemblablement du même âge, elle avait la peau hâlé, presque noire. Ses cheveux étaient attachés en un chignon sommaire au dessus d’un visage fin ponctué un petit nez rond, légèrement retroussé entouré d’yeux également ronds et tellement noirs qu’on les jureraient fait d’une seule pièce, sans pupille, ni iris. Très peu maquillée mais un petit peu quand même, chose rare chez les femmes du pays. Vêtue simplement, comme la plupart des gens pauvres, ce qui se résumait pour elle à des sandales rose bonbon, un short relativement court mais surtout relativement sale et un banal t-shirt passablement élimé arborant fièrement sur le devant en lettre rouge vif : « University Of Michigan ». Elle portait un sac en toile que je devinais remplit de victuailles mais qui paraissait plutôt remplit d’enclumes en fonte tant les muscles de ses bras et les parois du sac étaient tendus. Le pire était son vélo qu’elle poussait à côté d’elle, un vieux vélo féminin de couleur jaune tirant sur le blanc et de nombreuses taches de rouille un peu partout. Il faisait un terrible couinement qui semblait venir de la roue arrière.
Vu ma situation et étant la seule personne croisée depuis une bonne heure, je n’hésitai qu’une demi seconde et lâchai les deux mots que je prononçais le mieux au cours d’espagnol du lycée:
« Por favor ! »
J’avais du crier sans m’en rendre compte car elle sursauta légèrement. Mais me voyant, elle arbora aussitôt un magnifique sourire qui, bien que constitué de dents espacées et quelquefois chevauchantes, avait le mérite d’être large et d’un blanc immaculé.
« Si ? »
Ce petit « si ? » se prolongeait sur la fin, invitant légèrement mais tellement agréablement à poursuivre le dialogue.
Avec beaucoup de gestes, quelques mots d’espagno-anglo-français je réussis à lui faire comprendre ma situation et ma destination. Cela la fit beaucoup rire, puisqu’elle se doutait bien que je ne venais pas chercher un hôtel dans ce quartier, pour la simple et bonne raison qu’il n’y en avait pas. Elle posa son cabas à terre et son vélo à l’ombre, puis me prit par le bras en pouffant de rire et en me disant de la suivre. Elle s’appelait Mathilda et forcément, j’étais très loin de mon chemin. Nous pûmes donc discuter très joyeusement, le fait que je sois perdu la faisant réellement rire aux éclats. Avant d’arriver sur la grande place de la ville, non loin de l’avenue où se situait mon hôtel, je réussi à lui faire avouer son âge et à ma grande surprise (que je ne laissait pas paraître) il était inférieur de presque cinq ans au mien, ce qui l’emmenait à peine au-delà de la majorité. Arrivé sur la place, j’eu à peine le temps de la remercier chaleureusement que son visage se fit plus grave. Elle regarda rapidement l’ensemble de la place puis m’expliqua très rapidement des histoires de courses, de maison, de père, de long chemin et reparti. Je la regardai s’éloigner un moment dans la ruelle puis prendre un de ces innombrables tournants que nous venions de parcourir et disparaître. Son départ me laissa un goût amer, comme s’il s’agissait d’une fuite précipité, contrastant brusquement avec le fait que nous avions bavardé tranquillement tout au long du chemin. Mais il est vrai qu’elle transportait ses courses, qu’il est possible que son père ne soit pas des plus fins et que si elle avait acheté du poisson, vue la chaleur qui commençait à monter, elle faisait bien de se dépêcher.
C’est ainsi que la chaleur aidant, je me retrouvai attablé à cette table collante en sirotant une bière littéralement congelée puisque je dû attendre quelques minutes avant de pouvoir verser quelques gouttes du précieux liquide dans mon verre. Magie des congélateurs au thermostat en fin de vie. En attendant, je couchai le début de cette journée dans mon journal de bord en grignotant les frites un peu trop huileuses qui accompagnent la parilla, assortiment de viandes grillées.
Ma bière ne devint entièrement liquide qu’en début d’après-midi, ce qui me permit de digérer tranquillement les frites et de me préparer à l’expédition de cette après-midi. J’avais en effet décider de profiter de la fraîcheur matinale pour visiter la ville librement (ce que j’avais accomplit au-delà de mes espérances) et de mettre à profit l’après midi étouffante pour la visite des monuments dont l’atmosphère reste fraîche grâce aux constructions en pierre massive, chères aux colons espagnols.
Inutile de dire que l’après midi se déroula rapidement, j’eu même le temps de monnayer un hamac double place à un vendeur très souriant et tout aussi affable sur les performances de l’équipe nationale de football (que j’ai pourtant toujours vue derrière le brésil ou l’argentine…). Finalement après avoir discuté une bonne heure, je pus rentrer en fin d’après-midi à mon hôtel avec mon souvenir emballé dans un solide papier carton et, bien content de ma journée, je décidai d’aller à la recherche de quelques touristes, jeunes de préférence, aptes à tester l’ambiance des discothèques locales. Direction le plus proche restau-touriste du coin, ce qui se résuma à traverser la rue. Ici point de tables poisseuses, on retrouve l’ambiance simple et propre des restaurants occidentaux, même les serveurs parlent anglais. Tout en dégustant des empanadas (beignets de poisson ou de viande) je scrutais la salle à la recherche de jeunes motivés à faire la fête. Je constata rapidement que la salle etait presque vide, en tout cas vide de jeunes... Au moment du rhum ponctuant le repas, je vis un groupe de trois personnes dans la rue, dont le plus grand personnage, un jeune homme blond de un mètre quatre vingt quinze et grosso-modo quatre vingt dix kilos brandissait une bouteille de Jack Daniel’s tout en beuglant je-ne-sais-quoi dans un anglais grignoté. Derrière lui, un jeune couple rigolait à grands éclats de leur congénère ivre mort. Des Américains. Bon, et bien au moins eux font la fête. Je payai mon repas et parti à leur poursuite. Ils s’étaient arrêtés quelques mètres plus loin, assit sur un banc en sirotant leur Jack Daniel’s. Les fous. Siroter à cette heure en pleine rue une bouteille coûtant ici l’équivalent d’un mois de salaire moyen n’a rien de très malin, autant mettre un panneau lumineux et clignotant au dessus de leur têtes : « NOUS SOMMES RICHES ! ». Je profitais de leur erreur pour la leur faire remarquer et engager ainsi la discussion sur la suite de la soirée. Ils m’indiquèrent qu’ils comptaient finir la bouteille avant d’aller au « Mambo » une boîte à quelques pas d’ici et dont ils ont eu de très bons échos. Ils m’invitèrent volontiers à les suivre ce que j’acceptais volontiers, le nom de la boîte laissant présager des heures de danse sur des rythmes effrénés. Afin de ne pas paraître trop profiteur, je couru chercher une bouteille de rhum-orange à un épicier du coin (autre aspect intéressant de ce pays : l’achat d’alcool à n’importe quel heure), nous la sirotâmes rapidement après la bouteille de Jack Daniel’s et c’est donc plutôt chancelant et rigolards que nous arrivâmes devant la boîte. Fait étrange pour une boîte, personne ne faisait la queue devant et nous voyions plusieurs groupes entrer sans même adresser un mot ou un signe de tête au videur.
En France (et sans doute encore plus aux Etats-Unis), dans n’importe quelle boîte notre état éthylique aurait entraîné l’ire des videurs qui n’auraient même pas daigné nous regarder. Ici, on nous accueilli comme des habitués…Peut-être mes récents amis américains l’étaient-ils ? Ou alors cette fichue pancarte « NOUS SOMMES RICHES ! » leur servit-elle de carte d’identité ? Je penche pour la deuxième solution.
A l’intérieur ça sentait le cannabis et la sueur, des gens partout, la boîte était pleine à craquer…Encore un indice qui n’explique pas pourquoi le videur laissait entrer tout le monde…Peut-être tentait t-il un record du monde. Le grand américain eu tôt fait de commander une autre bouteille de Jack Daniel’s dont je n’ose même pas imaginer le prix…Nous la sirotons sec, au goulot, debout, pressés les uns contre les autres, en écoutant la même musique qu’on entend continuellement dans nos boîtes occidentales, avec des gens qui dansent de la même façon, copiés collés informes d’eux-mêmes à l’intérieur du grand logiciel qui régit nos vies…Cette boîte me file la nausée, je m’attendais à une discothèque latino comme on en trouve plein à Paris mais dont l’ambiance sent la copie justement. Bref quelque chose de plus authentique et c’est le contraire qui s’offre à moi, une discothèque parisienne copiée en plein centre du Venezuela…Robbie Williams, Beyoncé, que de musiques que j’ai déjà entendu dix, vingt fois. Un gars du pays m’explique que c’est la meilleure boîte de la ville, que c’est pour ça qu’il y a tant de monde. Quand je lui explique qu’elle ressemble à une boîte française, il semble content, me regarde avec un grand sourire et lève le pouce. Pourquoi tant de fascination envers notre mode de vie occidental, ne serait-il pas possible d’adapter l’un à l’autre sans pour autant détruire l’un et porter l’autre aux nues ? Sous l’effet de l’alcool je sens que la nausée monte rapidement. Les mêmes effets lumineux, les mêmes gens habillés à l’identique qui scandent les mêmes refrains. Seuls mes amis américains semblent sortir du lot en parlant, riant et buvant plus fort que tout le monde. Je les rejoins en sentant la nausée monter. On me tend un joint (un « marley » comme ils l’appellent), je fume sans même m’en rendre compte, la première taffe finit le processus et je crache un petit pâté d’empanadas digérés…Bizarrement nous sommes tellement serrés que seuls mes Américains le remarquent, ce qui les fait rire encore plus forts…Je tire encore deux-trois taffes, j’échange le « marley » contre la bouteille de whisky, je sirote une goulée pour échanger le goût ignoble du vomi qui emplit mon palais par le goût fruité du Jack Daniel’s et je leur annonce que je sors prendre l’air. Cela les fait encore plus marrer…Je me demande si je ne suis pas tombé sur des robots se nourrissant de whisky et ayant pour but unique de rigoler le plus fort possible. L’effet du « marley » commence à se faire sentir, la tête me tourne encore plus, il faut que je sorte.
Une fois dehors j’ai l’impression qu’il fait très frais, ça me fait du bien. Je me dirige d’un pas décidé vers mon hôtel, afin de mettre rapidement le plus de distance entre moi et les clones du tube cathodique qui s’agitent frénétiquement derrière les portes refermées.
Après quelques mètres de parcours, je retrouve enfin une démarche plus assurée.
C’est là que j’ai revu Mathilda. Bizarrement au moment où je me suis dit que j’allais mieux, je relève la tête et elle est là, avec son vélo.
« Holà. »
Je lui réponds un truc qui la fait rire, sans doute « Holà » mais bredouillé comme un poivrot. Elle me prends par le bras et me demande si ça ne me dérange pas qu’elle m’accompagne. Bien sûr que non que ça ne me dérange pas, je réponds (ou plutôt je bafouille) et je lui signale quand même que je rentre à mon hôtel, ayant un peu trop bu. Elle ri encore et me répond qu’elle n’avait pas du tout remarqué. Ca me fait rire aussi. Je prends son vélo et nous commençons à marcher. Vraiment gentille cette fille, tellement de choses à raconter. Elle m’explique toute l’histoire de la rue, de la ville, de son pays. Mais pas beaucoup de choses d’elle-même. Arrivé près de l’hôtel on s’assoit sur les marches pour discuter, prolonger la nuit encore un peu. Je ri en lui expliquant que chez nous ce sont les hommes qui raccompagne les filles, pas l’inverse. Elle ri aussi car ici normalement les hommes ne se perdent pas dans les rues. Douce euphorie.
Finalement je lui fait part de ma décision d’aller me coucher, mon regard plongé dans le sien est sans équivoque possible, nos visages si proches...
C’est alors que je suis mort.
Bizarrement cela s’est fait bien avant, un peu avant midi comme je le disais, mais c’est une mort qui a couvé lentement, toute la journée, pour enfin arriver à maturité et me terrasser rapidement.
Elle me tend la main, paume vers le haut.
Je ne comprends pas, je hausse un sourcil.
Elle me dit un prix.
Horrible réalité qu’inconsciemment je connaissais dès la première rencontre avec Mathilda. Dix huit ans à peine et déjà combien d’hommes à son actif ?
Ma nausée revient d’un coup. J’ai juste le temps de faire un pas pour m’éloigner d’elle, et cette fois ci pas besoin de Bob pour m’aider à finir le processus, le contenu gastrique jailli, abondamment et liquide cette fois. Je me sens vraiment mal.
Je bredouille que je suis désolé, je vais dormir seul. Elle sourit encore et me répond que ce n’est pas grave, c’est juste dommage pour moi, elle m’aimait bien, elle m’aurait fait un tarif. Elle me laisse un baiser sur la joue et s’en va sur son vélo qui couine. Je monte dans ma chambre et m’écroule en pleurs sur mon lit.
Je suis donc mort ce 26 juin un peu avant midi, alors que je croisais cette fille qui devait se prostituer pour vivre et que je ne voulu pas le voir, aveuglé par sa beauté, sa gentillesse et par ma naïveté.
Je la revit le lendemain, alors que je m’apprêtais à prendre le bus vers la capitale, elle était dans le coffre d’un pick-up conduit par un vieux, avec six autres filles et leurs vélos. Le vieux souriait, la nuit a due être rentable.
Elle me fit au revoir de la main, en souriant.
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