|
Stan Laurel |
 |
Confirmé 
Déconnecté
Niveau : 3 N° de Membre :
6040
Ancienneté : 98%
Participation : 2%
Inscription: 15 Nov 2002
Localisation: somewhere over the rainbow
Messages: 1343
Sujets Lancés : 90
|
La triplette de Neuilly
L'un se verrait bien président de la France. L'autre, du Medef. Le troisième veut être brillant en tout... Chez les Sarkozy, existe-t-il un gène de l'ambition ? Portrait d'une fratrie à hautes prétentions.
Citation: Quelqu'un s'est trompé. Ou c'est une mauvaise farce. Sur le petit écriteau qui désigne chacun à la tribune, à la place du numéro 2 du Medef, est écrit Nicolas Sarkozy. Au lieu de Guillaume. Autant confondre Abel et Caïn ! Quand Guillaume arrive, les focales des télés sont déjà réglées. Il blêmit, s'emporte, «C'est inadmissible !» Le doigt de Dieu, ou celui de Freud, vient de frapper l'aîné des Sarkozy sous l'oeil noir des caméras. Il encaisse ce premier coup. Puis le deuxième, quand le conseil exécutif du Medef énonce ses préférences pour la succession d'Ernest-Antoine Seillière. Guillaume Sarkozy est le dernier. Sa stratégie de Sioux, le faux nez Francis Mer pour dissimuler son patronyme, a échoué. Deux Sarkozy en haut de l'affiche, c'était trop. On veut sa disparition. Jusqu'à son prénom.
La campagne du Medef, pourtant hautement politique, n'a pas fait les gros titres de la semaine, encombrés par l'autre affaire Sarkozy, «le coup de fatigue» de Nicolas, ses déboires conjugaux, son retour au gouvernement. Guillaume doit se rendre à l'évidence. Son rôle, c'est éternel second. Nicolas a beau avoir quatre ans, vingt centimètres et quelques kilos de moins, c'est le plus fort. On ne marche pas sur ses plates-bandes.
Comme chien et chat
Un autre l'a compris : François, le benjamin de 45 ans. Petit, il comptait les points quand ses aînés se bagarraient. Aujourd'hui, discret et réservé, il continue, et joue de l'autre côté du miroir médiatique, derrière la porte capitonnée de son cabinet de conseil en stratégie et communication : «Ses frères sont assoiffés de pouvoir et lui de réussite», dit leur mère, Andrée Sarkozy. François, «la perfection faite garçon» selon elle, a déjà vécu trois carrières. Médecin des Hôpitaux de Paris, directeur de projet dans l'industrie pharmaceutique et associé d'AEC Partners. Il aime les dîners en ville et les très beaux appartements, ce qui explique son départ à 30 ans de l'Assistance publique, malgré une vocation précoce. Il cumule les diplômes. «Guillaume était brillant en maths, Nicolas, brillant en français. François était brillant en tout», raconte Andrée. Mère au foyer, puis avocate, elle s'est reconvertie dans la communication familiale. Pas une semaine sans qu'un journaliste ne s'installe dans son salon de Neuilly, la ville surnommée Sarkograd, un verre à la main, assailli par le caniche nain de la maison. Il repartira avec une photo de famille, les trois garçons en 1960 ou Guillaume en concours hippique en 1974, et un paquet tout ficelé de confidences inédites. La transparence, voire l'exhibition, est une tradition chez les Sarkozy. Sauf le dernier, ils ont en commun une familiarité immédiate, qu'ils nomment «confiance». Confiance qui sera vite «trahie», si on s'avise de contester l'usage qu'ils en font : un instrument de pouvoir. Ce sont de bons acrobates.
Divorcée depuis la naissance de François, madame Sarkozy a gardé le nom. Comme les premières épouses de ses fils, tous trois séparés. «On habite tous Neuilly et on est tous remariés, ça pose parfois des problèmes chez le boucher», a remarqué un jour Guillaume. Andrée passe en revue sa famille, comme si on se connaissait depuis toujours. Sylvie, Christine, Cécilia, Marie, premières et secondes épouses, les neuf petits-enfants, Jean, Arpad ou Clémentine, et les rajoutés, tout le monde est «formidable», «adorable», de la forte en thème jusqu'à l'artiste, qui a un groupe de rap et une petite amie noire. La modestie ne fait pas partie du décor. «Notre trait commun, s'il y en a un, c'est qu'on est curieux, ouverts, et sans préjugés, dit François. Et on est gentils aussi, ce qui ne veut pas dire qu'on se laisse faire.»
Le «charmant» Nicolas, qui n'oublie jamais de convier sa famille à son intronisation à l'UMP ou à sa remise de décoration à l'Elysée, change de ton quand Guillaume fait une campagne sarkozienne pour devenir patron des patrons. Selon l'Expansion, le ministre de l'Economie aurait tenté de torpiller la candidature de son aîné en faisant pression sur Ernest-Antoine Seillière. Il aurait même obtenu que Guillaume soit rayé de la liste des participants à une réunion à l'Elysée sur l'avenir de l'industrie.
Rallyes et petites cuillères d'argent
Ils sont comme chien et chat, comme du temps des vacances à Pontaillac, près de Royan, où Andrée, qui ne voit pas les années passer, continue de louer une vaste maison chaque mois de juillet. Un déjeuner dominical, du temps où Nicolas était au Budget, a laissé des souvenirs de bataille. Au dessert, c'était le Medef contre l'Etat, les frères se sont empaillés sur la taxe professionnelle que le ministre voulait déplafonner. «Depuis, en famille, on ne dit plus que des bêtises», raconte Guillaume Sarkozy. Quand il a été hospitalisé pour l'opération d'un genou, l'été dernier, il a réclamé à sa mère les biscuits Paille d'or de son enfance. «A 54 ans», s'amuse Andrée, qui s'est précipitée. C'est pour lui qu'elle se fait le plus de souci. Il prend, dit-elle, des risques «insensés». Marié à une héritière du textile, divorcé, il s'est endetté pour racheter l'entreprise il y a quinze ans, jusqu'à vendre une maison sur l'île de la Jatte au plus bas de l'immobilier. Et maintenant, ses dettes à peine remboursées, «il dégringole à cause des Chinois». Pour Nicolas non plus, «ce n'est pas gagné». L'Elysée s'entend. Andrée ajoute : «Je verrai bien Guillaume à Bercy et François à la Santé.» C'est l'humour maison... Elle ne s'est jamais remariée, «quel bonhomme aurait supporté ça ?», et demandait juste à ses enfants d'être les meilleurs, en classe et ailleurs. Chacun avait intérêt à réussir sa partie. Elle leur disait : «Vous partez tous sur la même ligne, mais tout le monde n'arrivera pas premier.» Egalité des chances et que le meilleur gagne, on croirait un discours du président de l'UMP.
Au départ, rallyes, clubs hippiques, hôtel particulier dans le XVIIe, cours privé rue Monceau et petites cuillères en argent. «Il ne faut pas repeindre tout en rose», avertit François Sarkozy. Comme ses frères, il parle volontiers des fissures derrière la façade. La maison était en location et c'est le grand-père maternel, urologue, qui faisait bouillir la marmite : «Les fins de mois étaient difficiles et on manquait d'argent pour partir en vacances.» A l'école, parmi les fils de famille, ils étaient des enfants de divorcés au nom étranger, «à la fois dehors et dedans ce milieu», dit-il. Avec la furieuse volonté d'être un jour complètement dedans, entretenue par la mère infatigable, qui organisait des dîners en rentrant du palais de justice. «Des amis riches, on voyait bien la différence, raconte Guillaume Sarkozy. On vivait dans une certaine inquiétude. C'est resté un moteur fort chez nous. On comble l'inquiétude par la réussite.» Pas vraiment l'enfance à la Zola souvent racontée par Nicolas Sarkozy, qui aime vanter ses origines immigrées devant des auditoires défavorisés. Et pas tout à fait la jeunesse Neuilly-Auteuil-Passy qu'on lui a reprochée à gauche. Il manquait surtout un père, malgré la présence solide du grand-père. Paul Sarkozy, mari volage, s'est volatilisé à la naissance du troisième. «Il n'a pas été un père, dit François Sarkozy, j'ai passé mes premières vacances avec lui à 13 ans.» Il ajoute : «Il ne nous a pas beaucoup aidés mais il nous a beaucoup servi.»
Un sabre armorié qui coupa des têtes
Quelle légende, ce Paul Sarkozy ! Hongrois d'origine noble, il a fui le communisme, s'est enrôlé dans la Légion étrangère, avant d'atterrir à Paris sans un sou. Quelques années plus tard, il épousait Andrée, jeune fille rangée de la bourgeoisie lyonnaise, et débutait une belle carrière dans la publicité. Il s'est marié quatre fois. Sa dernière épouse a l'âge de son fils aîné. «Il est fantasque et charmeur, s'amuse François Sarkozy. Je lui ressemble beaucoup, je crois. Sauf pour l'éducation des enfants.» Quand il a été reçu en première année de médecine, une vocation grand-oedipienne, Paul Sarkozy n'était pas là. Il ne lui en veut plus : «On devient adulte quand on comprend que l'on ne changera pas ses parents.» Chacun des trois fils possède une chevalière aux armes de la famille Sarközy de Nagy-Bocsa. Guillaume, l'aîné, a la garde du sabre armorié qui coupa des têtes sur les champs de bataille de l'Empire austro-hongrois : «C'est tout ce que mon père a pu faire sortir.» Il se souvient de déjeuners du jeudi dans des pizzérias : «Il fallait rendre des comptes, c'était l'affection au résultat. La qualité du regard, de l'écoute, dépendait de nos résultats en classe ou des conneries qu'on avait pu faire. Il faisait toujours la comparaison entre nous trois, une façon de nous mettre en compétition.» A 18 ans, il a décidé qu'il ne verrait plus son père : «Il m'a dit : "Je ne vous dois rien." Ça m'a servi.» Quelques années plus tard, Nicolas et François ont obtenu la même réponse. François Sarkozy : «Au fond, on a toujours su qu'on ne pouvait compter que sur nous-mêmes.» A partir de là, le monde pouvait bien leur appartenir.
|
vendredi 10 juin 2005 (Liberation - 06:00)
__________________
Il était grilheure; les slictueux toves
Gyraient sur l'alloinde et vriblaient :
Tout flivoreux allaient les borogoves,
Les verchons fourgus bourniflaient.
[ Lewis Carroll ]
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 8 Jours, 11 Heures, 33 Minutes, 38 Secondes en ligne
|