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Pavix |
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bon, à mon tour..... dommage que je n'ai pas les deux mois supplémentaires pour que ma productivité de stakhanoviste peaufine certains aspects....
Citation: Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus : je suis mort.
Les images de cet instant, les sensations éprouvées à ce moment-là, resteront gravées à jamais dans ma mémoire.
Non pas que la scène était particulièrement belle : le sourire béat, presque serein, découvert par ma femme Catherine, et qui a persisté jusqu’à l’arrivée des autorités compétentes, avait de quoi choqué mes amis les plus intimes, puisque cela faisait bien longtemps, en tout cas assez pour que je ne m’en souvienne, que je ne souriais plus. D’ailleurs, en y réfléchissant, je crois avoir accentué mon sourire à la vue de la panique et du malheur de ma « tendre » épouse. Je peux aujourd’hui affirmé qu’elle m’a tué au travail, tout cela pour assouvir ses besoins vitaux, shopping, beauté, voire amants…
De plus, ma pose était assez commune : je me tenais assis, certes un peu raide, encastré dans mon fauteuil favori, seul survivant de la dictature du temps et de mon couple. Par ailleurs, la tête penchée sur le côté n’avait rien de glamour, ni de morbide, mais témoignait d’une souplesse que nul n’avait envisagée auparavant : cette désarticulation participait activement au succès de ma mort.
Et que dire des volutes de poussière qui flottaient dans les filets de lumière terne que laissaient échapper les volets décatis de cette grande baraque, erraient en suspension, se surchargeaient des lourds relents du cadavre que j’étais alors, et, après réflexion, que je n’avais jamais cessé d’être.
Je tiens à signifier mon attachement à ce moment particulier de ma vie. Il me tient à cœur pour plusieurs raisons. La détresse soudaine de Catherine y est pour beaucoup. Je ne peux m’empêcher de revisionner son effroi, son visage blême. Et oui, Catherine, notre amour était en viager, le débirentier et le décédé ne faisant malheureusement qu’un !
Je peux passer pour un être cruel, ingrat, mais à l’aube de ma mort, je décide d’être lucide. Je revois ma vie et mes accomplissements sous un nouvel angle : une vie heureuse sans accroc, traversée sans encombre, sans épaisseur diront certains en raison de l’absence d’expériences, je traversais donc la vie sans obstacle, celle-ci ne m’ayant jamais remarqué. Puis une rencontre, un soir d’hiver, Catherine, qui fit basculer ma vie. L’amour me transforma en fantôme asservi, sans aucun avenir. Le constat est sévère.
Mais il annonce la renaissance de ma liberté. Et de ma vengeance : je t’abandonne Catherine… toi et tes sombres remords, je l’espère ! Ah ! tu pleures ! Mais promène-toi dans les longs couloirs de notre gigantesque maison ! Perds-toi en ces murs, fondation des ruines de notre couple ! Sache que j’emporte avec moi un souvenir impérissable qui ne te profitera pas : ton corps décharné, gesticulant, hurlant à l’agonie, enveloppé dans ce linceul de lumière blafarde !
Oui, je suis donc cruel, avec cette personne que j’ai sans doute aimée, et j’accepte par avance tout châtiment, je prends le risque, du moment que ces images ne s’effacent pas.
Une autre raison majeure fut la totale surprise qui résulta de ma mort. Non pas que je ne l’avais pas vue venir, au contraire, j’avais bien bu ce poison volontairement, en toute connaissance de cause, je m’étais documenté très consciencieusement sur le sujet, je ne voulais laisser rien au hasard, je ne devais pas échouer. J’étais donc averti des spasmes et de convulsions que cela engendrait mais, après essai, si je devais à nouveau me suicider, je réfléchirais à un autre moyen, ou au moins à une autre mixture.
Ma mort m’attendait donc dans mon bureau… et une chose merveilleuse se produisit : alors qu’un dernier râle signifiait ma transformation définitive en pantin macabre, ELLE entra… quelle belle mise en scène, je n’aurais jamais osé espérer un tel final, une telle apothéose ! Je n’avais jamais envisagé auparavant sa participation à cet instant que je considérais encore il y a peu comme relevant de ma plus stricte intimité, mais dès son irruption, je compris une partie de la jouissance bénéfique que j’allais ressentir.
Il est très étrange que, calé bien confortablement au fond de mon cercueil, je pense encore et encore à ma mort, à mon voyeurisme sordide et à la satisfaction qui en découlait. Surtout que, même si je n’ai pas vu les jours passés, je suis persuadé qu’il s’est écoulé un temps relativement long entre ce moment qui m’est si cher, vous l’aurez compris, et maintenant. Mais après tout, j’ai toute la mort devant moi, je ne suis pas pressé.
Toutefois, il me tarde que toutes ces cérémonies cessent. J’éprouve de plus en plus de difficultés à contenir mon agacement face aux lamentations et au désarroi de mes proches. Non, je ne reviendrai pas ! Que faut-il faire pour que vous l’acceptiez ?! La mort fait partie de la vie, alors rentrez chez vous, travaillez, dépensez !!
Pour que vous évaluiez mon malaise face à de déluge de tristesse que semble avoir provoqué ma disparition, je vais me risquer à faire une petite comparaison, qui vaut ce qu’elle vaut, mais bon, après tout, je n’ai pas la tête à consacrer plus de temps sur ce point-là : la fierté, légitime et naturelle me semble-t-il, d’avoir le pouvoir de réunir dans ma vie autant de gens, de proches et de moins proches, venant de tous les horizons (certains visages ne m’évoquent d’ailleurs aucun souvenir), y compris celui de la belle famille, tous unis dans le même malheur, cette fierté cumulée à ma joie, éprouvée lors ma mort libératrice, n’atteint pas le ras-le-bol de toutes des parades et autres manifestations lacrymales et désespérées, de cette propension à me regretter, moi vivant. Est-ce que je regrette un seul instant d’avoir mis fin à mes jours ? Non, bien sûr. Ma dernière volonté serait que toutes ces personnes acceptent mon choix et me laissent, seul, à mes occupations.
Car s’il est étrange que je pense encore à ma mort, il est bien plus surprenant que celle-ci me fournisse le temps et les conditions pour réfléchir, méditer, seul, au calme. J’emploi ce terme, « surprenant » car, à vrai dire, je ne m’y attendais pas. J’ai déjà évoqué le soin méticuleux, le souci du détail lors la préparation de ma mort… je ne m’étais pas du tout préoccupé de ce qui se passait après. A ma décharge, mes conceptions étaient bêtement les mêmes que tout le monde : le départ du monde des vivants signifiait extinction des feux, du cœur, déconnexion totale, brutale et définitive des centres nerveux et vlan ! baisser du rideau et fin du spectacle. Et bien non. Pas pour l’instant, en tout cas. Pour l’instant, la mort me permet de réfléchir à loisir, de me plonger dans des songes métaphysiques, de rêver, je bénéficie d’une sorte de liberté intellectuelle, aucune frontière, aucun obstacle aucune contrainte, aucune influence ne se dressent face à moi.
Mais, en contrepartie, je suis seul. Je reste désespéramment seul. Une solitude qui n’est pas de même nature qu’auparavant. J’erre dans un vide immense et étroit, rempli d’un silence lourd, les repères traditionnels n’ont plus lieu d’être. Il n’y a personne avec qui partager et confronter ces sensations, personne pour m’assurer que mon état est bien naturel. Est-ce là le sort réservé à tous les morts ? Est-ce un châtiment ? Je ne comprends pas pourquoi cette angoisse déchirante me gagne… pourquoi serait-ce un châtiment d’ailleurs ? Pour quelle raison serais-je puni ? Non, je n’ai strictement rien à me reprocher. Il n’y a pas l’ombre d’un péché dans mon existence fade, sans aspérités, je reste persuadé que la seule trace de mon passage sur Terre se limite à ce trou creusé pour ma dépouille. Mais alors pourquoi me sens-je si seul ? Je dois avouer que cette situation est au fur et à mesure des plus désagréables. Plus le temps passe, plus ce malaise gagne du terrain, plus mes idées s’obscurcissent. Comment, en aussi peu de temps (mais combien de temps d’ailleurs), ce trouble a-t-il pu succéder à la joie et cette étrange liberté ?
Il s’agit vraisemblablement d’une punition. Après tout, qui suis-je pour avoir décidé du lieu, du moment, de toutes les conditions de ma mort ? Je ne suis, je n’étais qu’un être humain tout ce qu’il y a de plus commun…. Une vengeance de Dieu ? Je n’y crois pas. Et si il existait ?… et puis quel comportement, quelle réaction égoïste ! Comment peut-on abandonner des gens, comment peut-on renier ce don pour des motifs obscurs et dérisoires ? Quelle injure en regard aux souffrances existantes, et bien plus tragiques que les miennes ! Ai-je donc été aveugle et lâche… Pourquoi ma vision du monde se trouve-t-elle transcendée en ces instants ? Je ne peux plus réagir !! Je ne peux que le reconnaître et le regretter…
Je dois le confesser alors : je n’ai jamais mené ma vie pleinement. Si elle s’est révélée aussi lisse, elle le doit à ma pathétique faiblesse, mon absence d’ambition, … je ne mérite aucune compassion… pour avoir refusé très rapidement à enrichir, à renouveler l’existence qui m’était offerte, pour avoir refusé les opportunités offertes, ses saveurs, ses risques, je suis sans doute condamné à lutter avec mon indigence, à cohabiter avec ces pensées exagérées, extrêmes mais qui m’agressent et me condamnent.
Et puis je dois l’admettre : j’ai aimé, elle m’a aimé…Je m’en souviens… Je pourrais encore tomber amoureux… son assurance, son dynamisme, sa joie de vivre, sa volonté d’aller de l’avant m’avait séduit…je n’étais rien pourtant…
Non ! Comment se fait-il que tout cela ressurgisse brutalement, comment le passé paré d’atours aussi excessivement doux et durs peut-il s’immiscer dans ce repos qui devrait être éternel ! Je vous en prie ! Je vois bien que la lucidité me quitte, mais je désire comprendre les raisons de cette confrontation avec des souvenirs, avec un passé témoin des frustrations de ma vie ?! Ces flots d’images, de paroles, de situations se déverseraient-ils dans mon esprit seulement pour noyer à jamais mes pensées violentes et ingrates lors de ma mort ? Ont-ils une fonction salvatrice ? Je ne sais pas… tout comme je ne me suis rendu compte de rien… Pardon d’avoir été ce que je suis, pardon de ne pas avoir vécu, pardon d’être maintenant mort…
Le 26 juin, un peu avant midi, il m’est arrivé quelque chose que je n’oublierai pas. Ou plutôt que je n’oublierai plus. Pour avoir refusé l’humanité, je suis mort. |
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Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien.
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