|
dez |
 |
Mister Oxmo 2003 
Déconnecté
Niveau : 5 N° de Membre :
11578
Ancienneté : 96%
Participation : 12%
Inscription: 03 Apr 2003
Localisation:
Age: 55
Messages: 10037
Sujets Lancés : 1149
|
[Petite histoire]
<h4>
Coucou
Il y a de cela environ un mois, je vous ai livré une petite histoire qui avait plu à certains.
Voici que je récidive, j'espère qu'elle vous plaira aussi, l'humour est toujours présent, un peu à la manière des Monty Pythons.
Histoire de dates
</h4><h5>
Même si aucun événement historique ne date de ce jour là, le 11-11-1111 ne fut pas un jour comme les autres. Ce matin là, Phillibert de Hautefeuille étudia son calendrier plus longtemps que de coutume.
On se doute qu’à cette époque, les calendriers n’étaient pas ces chefs d’œuvres de clarté et de concision que sont les calendriers de la poste de maintenant. Au début du 12ème siècle, rares étaient ceux qui possédaient un calendrier et encore, il fallait avoir vraiment envie de connaître la date.
Copiés de manière plus ou moins habiles par des moines sur des parchemins plus ou moins biens tannés, les salmigondis d’enluminures, de graphismes romans, mélangés de considérations spécieuses en bas latin sur l’astrologie et les mystères de la Sainte Trinité, présentaient une telle difficulté de lecture qu’on ne pouvait jamais affirmer en se levant :
« Tiens aujourd’hui, on est dimanche 12 mars 1096, si je partais en croisade ? »
Non, il fallait consacrer une bonne demi-heure à déchiffrer ce galimatias, tel Phillibert de Hautefeuille ce matin là, avant d’être vraiment sur de la date.
Aussi, après maintes vérifications, Phillibert se fut assuré qu’on était bien le 11-11-1111, son visage s’éclaira devant cette découverte et il enfourcha avec enthousiasme son destrier pour faire part au premier passant venu de cette constatation.
Il se trouva que le premier homme que Phillibert rencontra était un serf en train de glaner son champ.
- Holà ; l’homme ! l’appela-t-il. Nous sommes aujourd’hui le 11-11-1111 !
Le paysan le regarda avec des yeux ronds, nettoya posément son outil, et répondit avec un air chargé de perplexité :
- Cela signifie-t-il la fin du monde, le début de l’apocalypse ? l’arrivée du 2ème messie ? ou la suppression de la gabelle, de la corvée et du droit de cuissage ?
Phillibert dut bien admettre qu’il n’en savait rien : et bien, nous sommes le 11-11-1111, quoi ! c’est drôle, c’est tout !
Ce à quoi le paysan répondit que ne sachant pas lire, ignorant même ce qu’était un calendrier, s’il n était question d’aucun des événements précités, on pouvait tout aussi bien être le 34-214-racine de 3, cela lui était complètement égal.
...Et il se remit au travail.
Un peu déçu, Phillibert poursuivit son chemin et alla voir Alcidur, le maître échevin de la ville, dont la grande culture était à même de saisir tout le sel de cette date étonnante.
- Eh ! Nous sommes le 11-11-1111, annonça-t-il, c’est formidable, non ?
Alcidur lui jeta un regard surpris :
- Mais pas du tout, nous sommes le 10 septembre 1112 ! J’ai étudié mon calendrier il n’y a pas une heure.
Phillibert protesta qu’il avait étudié le sien avec autant d’attention et qu’on était bien le 11 novembre 1111. Sur quoi entra un troisième personnage.
- Tiens s’exclama Phillibert espérant l’arbitrage du nouveau venu, voilà l’artisan drapier ! il est si superstitieux que pour lui, cette date doit annoncer une échéance fatidique et je suis sûr qu’il est blême de terreur. Mais le nouvel arrivant semblait tout à fait normal.
- Vous n’y êtes pas du tout, s’écria-t-il quand on lui eut expliqué le litige. Nous sommes le 13 octobre 1110 et je n’ai rien à craindre !
Ce qui fit protester Alcidur plus fort et il s’en suivit une discussion confuse mais qui finit par éclaircir la situation. Phillibert utilisait le calendrier grégorien, Alcidur le Julien et le drapier l’Aurélien. C’est qu’à cette époque, voyez-vous, toute la chrétienté n ‘était pas d’accord sur le bon calendrier, ce qui engendrait des histoires à n’en plus finir avec les rendez-vous des batailles et les dates de grossesses des femmes par rapport aux départs des maris en croisade. Aussi, la découverte de Phillibert fit autant d’effet que s’il avait annoncé le début du nouvel an chinois, et le drapier le quitta en lui disant :
- Reviens me voir dans onze mois, et je conviendrai qu’il s’agit d’une date exceptionnelle et je l’attends d’ailleurs avec crainte car je sais qu’elle sera le signe d’événements funestes.
- C’était l’année dernière, et il ne s’est rien passé se gaussa Alcidur.
Dès lors, le drapier et l’échevin recommencèrent à discuter tandis que Phillibert s’en alla de plus en plus de mauvaise humeur. Il existait tout de même bien quelqu’un dans cette ville qui apprécierait à sa juste valeur l’intéressant prodige que constituait cette date, sachant qu’un tel phénomène ne se reproduirait plus jamais jusqu’à la fin des temps. Alors il décida d’aller voir le « sage » de la ville, un moine copiste-archiviste-astronome-enlumineur-philosophe-brasseur-fromager-botaniste auquel il demanda d’emblée si son calendrier était bien le grégorien.
A l’acquiescement du savant ecclésiastique Phillibert dit, rayonnant :
- Alors, nous sommes le 11-11-1111, vous vous rendez compte ?
Mais cette annonce ne sembla pas soulever la joie de son interlocuteur.
- Oui, convint-il et il y a douze ans, nous étions le 9-9-999 et nous seront morts le 22-2-2222 et je ne vois pas où est le prodige.
Phillibert n’avait pas pensé à ça : le moine savait tant choses qu’il était complètement blasé et qu’il en fallait beaucoup plus pour parvenir à l ‘étonner. Tout décontenancé, il insista :
- Mais quand même…enfin, ce n’est pas tous les jours qu’on a une date composée de huit fois le même chiffre !
- Et je te dis que nul à notre époque ne compte les mois avec des numéros, et que nous sommes le 11 novembre 11111, ça fait déjà deux chiffres de moins répondit le vénérable sage.
Puis, avec un soupir , il se pencha sur son tiroir et sortit un très vieux grimoire.
- C’est une lettre reçue par un de mes ancêtres, premier chrétien. Quand tu trouveras date plus exceptionnelle, fais-moi signe.
Phillibert lut : « Jérusalem, le 1er janvier 1. Chers parents, je suis bien arrivé après un long voyage, etc. » Il dut admettre que c’était plus fort, mais soupçonna, sans le dire, le document d’être apocryphe.
- Allons, maintenant, laisse-moi j’ai du travail !
Alors, Phillibert, plein d’amertume, estima que même si l’événement n’était pas d’une importance capitale, il ne pouvait néanmoins laisser passer cette journée dans l’indifférence générale. L’après-midi s’annonçait bientôt le soir viendrait et la nuit tomberait et on serait le 12-11-1111 et ça n’aurait plus aucun charme.
Il décida alors de se rendre chez le seigneur des lieux, le redouté comte de Baisenville, qui, il le savait, utilisait aussi le calendrier grégorien. Le comte le reçu aussitôt.
- Que me vaut l’honneur de votre visite, cher Hautefeuille ? dit le seigneur de sa terrible voix.
- Peut-être n’avez-vous pas regardé le calendrier en vous levant ce matin, votre excellence, répondit Phillibert, la face tournée vers le sol.
- Non, effectivement, je n’en ai pas eu le temps.
- Alors, maître, je suis venu attirer votre attention sur un détail, qui, quoi que négligeable, n’en reste pas moins fort amusant et d’un grande rareté : nous sommes aujourd'hui le 11-11-1111, le onzième jour du onzième mois de l’année onze cent onze !
- C’est ma foi vrai, admit le seigneur en vérifiant son propre calendrier. C’est effectivement un détail divertissant, je te remercie car vois-tu, j’ai un grand besoin de distractions en ce moment, nous vivons une époque difficile.
Le comte afficha une mimique chagrine.
- J’ai de gros problèmes d’argent avec ces guerres et ces croisades et j’ai besoin d’avoir recours à des procédés extrêmes pour que mes vassaux me payent à temps voulu les impôts qu’ils me doivent.
Quelque chose commençait à chatouiller Phillibert au fond de sa tête.
- J’ai même du imposer des délais très stricts à certains notables. Et je suis obligé de les faire pendre si, passé ce délai, ne serait ce que de quelques heures il ne m’avaient pas payé. Vois-tu j’ai ici la liste. Voyons, Hautefeuille devait me payer le…
- Le onze novembre à midi ! s’exclama Phillibert en se frappant la tête car il avait complètement oublié.
- Oui, et le soleil se couche, répondit le comte et je vois que tu n’as pas amené l’argent…
Le pauvre Phillibert ne put même pas se réjouir d’avoir sur sa tombe une date originale, car le temps qu’on le juge, qu’on le pende et qu’on l’enterre, on était déjà le treize, un vendredi…
</h5>
<h4>Voilà, c'est tout, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques/critiques....
A plus et longue vie à tous et toutes</h4>
<h2>Dez</h2>
__________________

Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 61 Jours, 20 Heures, 10 Minutes, 14 Secondes en ligne
|