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Mister Oxmo 2003 
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[HISTOIRE] La rivière
Bon lundi à tous, je vous livre en pâture le deuxième jet d'une histoire loin d'être finie, plusieurs parties doivent être revues et allonges, d'autres raccourcies etc. si vous avez des suggestions, je vous invite à les poster.
Note : cette histoire contient des éléments qui peuvent choquer certains lecteurs.
La rivière
Je m’appelle Dimitri, je suis un petit garçon dont on ne fête jamais les anniversaires. Je suis né à la campagne, dans une petite ferme et j’habite avec ma maman, mon papa et mes animaux, mais ils ne restent jamais longtemps en ma compagnie. Maman et moi on s’entend vraiment bien maintenant, mais ça n’a pas toujours été le cas. Quand mon père vivait avec nous, ma vie était bien différente et je me sentais délaissé. Je n’allais jamais à l’école, c’est mes parents qui s’occupaient de mon éducation. Et puis, pas besoin de toutes ces choses inutiles qu’on apprend à l’école pour servir son papa et sa maman.
Maman n’a jamais eu de temps pour s’occuper de moi ; elle m’appelait son petit monstre. Papa n’avait que trop de temps, même si je haïssais les jeux auxquels il jouait, et qu’il me faisait jurer de n’en rien dire à maman. Si je lui disais, il me découperait en petits morceaux et jetterait les restes dans la rivière. Alors lorsqu’il s’approchait de moi et me forçait, j’acceptais de plaire à papa, même si tout au fond de moi, je savais que c’était mal, je ne pouvais rien y changer. Il me rasait les cheveux parce qu’il ne supportait pas le roux. Parfois aussi il m’attachait à mon lit, dans la grange et me frappait si fort qu’après quelques coups je ne ressentais plus la douleur.
Je n’avais pas d’amis, papa décourageait les visites, et les autres enfants se sentaient mal à l’aise avec moi de toutes façons. Alors je m’asseyais dans le noir de ma sombre cellule et je jouais tout seul. Sauf que je n’étais pas vraiment seul, j’entendais et je voyais des choses dans le noir qu’aucun autre garçon n’avait le droit de voir ou entendre. Les bruits sous le plancher, les chuchotements dans le mur et les crissements à la fenêtre étaient mes compagnons d’enfance. Les chuintements me parlaient et je leur répondais en silence, grâce à mes pensées. Je leur livrais tous mes secrets et ils me chuchotaient à l’oreille des mystères dérobés aux mondes des ombres.
Plus fort que les autres, c’était le bruit du cours de la rivière qui emplissait mon esprit. La rivière même dont mon père avait privé sa proie légitime. La rivière murmurant son manque de chair et d’os sanglants. J’avais été un bon garçon, mère et père avaient été méchants. Le temps était venu pour eux d’aller à la rivière.
Il y avait plein d’outils dans le grenier, des scies tranchantes, des marteaux énormes, cordes et haches. J’ai patiemment attendu dans le grenier jusqu’à ce que j’entende LES bruits. Mère et père avaient encore bu, à présent ils se disputaient à nouveau, à présent ils redevenaient méchants. Je pris mes outils et je décidais d’aller jouer avec eux. Je savais grâce à papa et à ce que m’avaient appris mes ténébreux amis ce qu’il fallait faire pour organiser une fête réussie.
Après s’être tous trois amusés comme jamais, je les regardais, tous deux allongés par terre. Il y avait beaucoup de sang dans la pièce, mais ça n’était pas grave, ils n’en n’avaient plus besoin à présent. Je soulevais leurs corps et je les remis de part et d’autre du lit, je m’allongeais alors entre eux…jamais plus je n’ai ressenti cette impression que l’on formait une vraie famille, unie par des liens que personne d’autre ne peut connaître.
Soudain, des bruits retentirent, était-ce la même nuit où la suivante, je ne sais plus, car l’osmose de nos trois corps allongés était si forte que mon esprit semblait flotter dans les limbes vaporeuses de la pièce.
Ces sons, d’abord élusifs, puis de plus en plus présents se mirent à résonner dans ma petite tête. Ces bruits ne venaient pas des murs, ni de la maison, mais du fond du jardin, au bas du petit sentier qui menait au ruisseau. Je me mis debout, en passant devant la glace de la chambre, je pus voir que moi aussi, j’étais plein de sang, mais là non plus, ça ne me dérangea pas, car j’étais emprunt de leur odeur, qui emplissait mes narines et pénétrait mon âme. Je sortis de la maison et allai en premier lieu ranger les outils dans la réserve.
Ensuite, je parcouru le court chemin qui menait à l’eau. Les bruissements devenaient de plus en plus clairs au fur et à mesure que je m’en rapprochais. Lorsque je parvins sur les rives, le silence retentit comme une libération, puis je me penchai pour apercevoir mon reflet dans l’eau. Comme j’avais grandi ! Il n’y avait que quelques minutes depuis que j’avais vu mon reflet dans le miroir de la chambre, mais on aurait dit que j’avais poussé comme une mauvaise herbe. A la lueur de la lune, il me sembla que j’étais grand maintenant. Pas par la taille, mais les traits de mon visage semblaient s’être affirmés en un rien de temps. C’est alors qu’une voix, bien distincte et à nulle autre pareille, brisa le silence parfait de cette nuit merveilleuse.
C’était la rivière qui me parlait, à moi, moi tout seul.
On a conclu un pacte avec la rivière : d’abord elle les voulait tous les deux, mais comme j’ai insisté, j’ai pu garder, sinon maman en entier, sa tête. Elle pourrait donc avoir tout mon papa, mais moi, je pourrais garder le beau visage de ma maman auprès de moi pour qu’on puisse jouer ensemble, à présent, elle avait tout le temps du monde à me consacrer.
C’est à ce moment que ça me trouva, c’était tapi dans l’eau et ses yeux me fixaient avec le même amour qu’une araignée ressent pour sa proie. Une ombre sortit de l’eau et me recouvrit tout entier. Ca m’embrassa et fit me fit ressembler à ce que j’avais à l’intérieur de moi. Ce fut la plus intense expérience de mon existence. Il se passa beaucoup de temps avant que puisse réaliser que je vivais encore. Durant des jours qui me parurent des siècles, ça m’apporta des rats, des souris, des chats et d’autres petits animaux pour jouer et dont il m’apprit à disposer correctement. Ca ne parlait pas, la rivière le faisait à sa place. Ca m’apprit comment j’avais bien agit et comment maintenant une nouvelle vie s’ouvrait à moi.
Ensuite, un jour, je me retrouvai seul, j’étais bien devenu le petit monstre de maman. Ma dette envers la rivière est toujours présente en moi et pour l’honorer, je joue avec d’autres personnes, et la rivière glousse de bonheur à chaque fois que je la nourris, mais peut-être qu’un jour je vais me lasser et suivre le cours descendant de celle-ci et tenter l’expérience de la ville, après tout, sous la ville, il y a des rivières aussi, au moins aussi accueillantes que celle auprès de laquelle je vis.
Encore une fois, bon lundi et à bientôt.
Dez.
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Edité par dez le 16-06-2003 à 17:24
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