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[DEBAT] Le Seigneur des Anneaux
J’ai vu qu’il manquait à cette section un débat sur le Seigneur des Anneaux. Je m’y colle.
Où l'on commence au début...
The LOTR qu'est-ce que c'est ? C'est un moment d'une trilogie de JRR Tolkien, professeur de lettres de son état.
Cette trilogie, par ordre d'écriture, c'est :
Bilbo le Hobbit, LOTR, le Sillmarion (c'est le principal, les puristes ajoutent les contes, les poèmes, les dessins et tutti quanti).
On peut dire qu'avec ces trois oeuvres Tolkien réécrit les légendes humaines. En piochant habilement dans les divers mythologies et religions, il créé un monde complet partant d'une Genèse avec le Sillmarion pour arriver à un "nouveau testament" avec LOTR.
J'utilise ces termes non pas pour appuyer les thèses sectaires (il y en a...) mais bien pour dire que JRR Tolkien a monté de toute pièces ce qui peut être lu comme des textes de nature religieuse. Tous les éléments y sont : explication du fonctionnement du monde, création de l'univers, code moral, quêtes initiatiques et même une ébauche de "tradition orale" commencée avec LOTR et continuée par les contes et même des chansonnettes censées se transmettre de mère à enfant.
En cela, ce monde est l’œuvre d'une vie, c'est une compilation de tout ce que Tolkien a pu apprendre du fonctionnement des légendes, de leurs mécanismes, de leur force.
Et cela a fonctionné. Si besoin est de citer un exemple de ce succès, imaginez ce que serait votre vision des Elfes sans lui... de petites fées comme dans la tradition Bretonne ? des lutins nuisibles comme dans les légendes nordiques ?... ben non. Pour la plupart d'entre nous ce sont des être lumineux, grands, beaux... exprimant des idéaux supra-humains. Et eux, ce sont ses Elfes, aucun autres.
Je pourrais continuer longtemps dans ce registre. Mais vous avez compris l'idée : l’œuvre de Tolkien tire sa force d'une structure complexe et parfaitement maîtrisée.
Une adaptation, comment ?
Parlons du film, maintenant.
Cette trilogie reprend, dans les grandes lignes, la division en livres de l’œuvre originale. Deux livres par épisode, ce qui fait peu étant donné la densité du texte.
Pour cela une adaptation a été faite, s'attardant sur des passages, coupant dans certains autres. Je ne fais pas de procès à la méthode en elle même, j'ai apprécié un certain nombre d'adaptation aussi difficiles (le Dune de Lynch par exemple) par le passé. Mais j'ai trouvé les choix faits assez dramatiques.
La dimension magique : le monde de Tolkien est extrêmement magique. Tous les objets ont une essence, tous les lieux aussi. Une attention particulière est apportée aux noms, support de la magie par excellence. L'épée de Gandalf a un nom, les anneaux Elfes également. Tout ce qui n'est pas nommé explicitement mais par allégorie ou périphrase est mauvais, nocif.
Cet aspect est complètement passé sous silence dans le film. Tout au plus entendons-nous parler d'Anduril. Et encore, rapidement. Un choix de facilitée ? Pas vraiment. Nommer les choses ne prends pas de longue minutes, une phrase peut suffire, nul besoin d'épiloguer.
Par contre la perte est immense : elle désincarne le monde et lui ôte sa dimension mythique. Nous ne voyons pas un monde où les légendes se côtoient, nous sommes dans un monde manufacturé où une épée est un truc pour faire des trous dans les gens qui a été forgée par on ne sait qui pour on ne sait quelle raison (il devait s'ennuyer, j'imagine).
Pensez à Excalibur ou au Cor de Roland pour vous rendre compte de la perte immense qui a été causée par ce choix.
Le destin : LOTR est porté par le destin. Les Elfes, Nains et autres Ents sont en train de disparaître. C'est ainsi. Mais ils ont une dernière chose à accomplir avant de quitter définitivement les Terres du Milieu : laisser l'endroit propre afin que la vie puisse continuer. Ce n'est donc pas tant pour démolir le méchant qu'ils s'unissent que pour faire pénitence. Pour racheter leurs fautes. C'est aussi pour racheter les fautes de ses ancêtres qu'Aragorn se bat et c'est pour racheter la faute de Bilbo que Frodo est obligé de partir.
Dans le film, cette dimension est laissée en second plan, et ainsi c'est tout le moteur de l'histoire qui disparaît et avec elle une bonne part de philosophie de renoncement (discutable, j'en conviens).
La quête initiatique : Comme tout conte LOTR a sa quête initiatique. Aragorn apprend à devenir Roi. Bilbo et ses compères Hobbits deviennent adultes. Elf et Nain se débarrassent de leur xénophobie. Gandalf affronte et dépasse ses démons (non, il ne tue pas le Balrog, désolé)...
Dans le film nous ne voyons pas cette progression : ainsi sont-ils, ainsi seront-ils (tout au plus Frodo se pose-t-il des questions...)
Voici ce que l'adaptation laisse de coté, pour le plus grand appauvrissement du thème.
Un film, c'est quoi ?
Maintenant, la forme. Je suis sûrement idéaliste, mais j'attends de la réalisation d'un film qu'elle apporte quelque chose au sujet.
Là je n'en vois pas trace. Les décors proviennent tous de peintures (plutôt sympas, au demeurant) qui ont été réalisées sur le sujet du livre. Et quand je dis "proviennent", le mot est faible : les Hobbits dans la montagne, la Comté, tout cela sent le placage en fond sans créativité (allez ici si vous n'êtes pas convaincus).
Ce n'est pas vilain, mais cela me gêne profondément dans le concept : on a la triste impression que le réalisateur ne nous propose pas "son" LORT, mais bien un LOTR prémaché, bien cadré, parfaitement adapté à l'imagerie à laquelle on peut s'attendre. Autant pour la sincérité.
Ensuite les bonnes vieilles ficelles que tout film Hollywoodien moderne doit respecter. Usant. Pour n'en citer qu'une, le nain Gimli tourné en dérision. Difficile de croire un instant que c'est le roi du peuple qui a créé la Moria qui mange comme ça à table (et merci pour le lancer de nain, c'était élégant).
Il y aussi une utilisation du numérique souvent maladroite. Les fonds sont somptueux, mais les décors "réels" sont cheap (la table l'Elron fleure bon le pin Ikea, et la vasque divinatoire de Galadriel a bien l'air d'être en pierre reconstituée). Le contraste manque de crédibilité.
Et pour terminer, un casting médiocre. Sans même parler des acteurs principaux dont le panel d'expressions se réduit à deux ou trois, les personnages secondaires ont carrément été trouvés dans les égouts (désolé pour cette envolée, mais un Elf avec un goitre, ça n'est pas possible)
Conclusion
Je suis bien conscient que mon argumentaire a ses lacunes. On m'a déjà rétorqué "mais quoi c'est un film de fantasy", "tu te prends la tête, on passe un bon moment"... ou pire "ben ça fait une version au cinéma, c'est déjà bien".
Oui, certes, je ne peux pas dire que c'est MAUVAIS.
Mais je défends que c'est du gâchis. En trahissant un livre passionnant, riche, complexe, on le réduit à une succession de batailles dignes d'un "donjon et dragon".
En le réalisant médiocrement, il ne trouvera jamais sa place auprès du livre, mais restera une anecdote.
Quelle est vide cette vision cinématographique. Qu'elle est triste.
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