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Le capitalisme peut-il avoir un visage humain ?
Alain Caillé, sociologue, fondateur du MAUSS, Gerard La fay, économiste (prof d'éco à Jussieu), Nicolas Baverez, économiste, historien, et ma pomme, anti-économiste, débattaient.
Le capitalisme me paraît un processus de destruction de l'humain à trois égards :
i) à travers la destruction de ce qui constitue le « collectif » et le « gratuit » (les deux étant intrinsèquement liés), ce « collectif» étant un des aspects de l'humanité ;
2) à travers la lutte de tous contre tous, le « darwinisme social » (la mauvaise interprétation de Darwin), autrement dit, l'organisation de l'exploitation ;
3) et enfin à travers l'organisation de la frustration permanente, de la rareté et du besoin, du manque. « Perdre sa vie. à la gagner », ou encore : « Ce système où l'homme n'est plus rien, le temps est tout, et l'homme n'est plus que la carcasse du temps. » Toujours Marx.
Ce système est autodestructeur, il conduit à une catastrophe écologique majeure. Tant mieux ? Après tout, l'État-providence est sorti de deux guerres civiles monstrueuses... Le capitalisme, c'est de l'argent qui veut faire un peu plus d'argent (la vieille « chrématistique » d'Aristote) en sollicitant dans le cycle du travail, de l'énergie, des techniques, et ce, à l'infini.
Peu importe ce que l'on produit, pourvu que l'on produise. On prétend qu'il y avait des biens positifs (les voitures) et des biens négatifs (les déchets, les carcasses, la pollution). Cette distinction est stupide : un bien peut être tantôt positif, tantôt négatif. Une économie du déchet extrêmement prospère naît sous nos yeux.
La rareté de l'eau est un problème pour ceux qui en manquent. Pas pour ceux qui la vendent, la transportent, la purifient, la mettent en bouteilles, etc. Plus l'eau est rare, plus elle est intéressante.
Le capitalisme ne peut exister sans la rareté et sans organiser la rareté, c'est-à-dire la frustration et le besoin.
Le capitalisme ne peut exister que par la destruction du collectif.
Or, depuis la grotte Chauvet, l'homme produit du collectif : l'art, la langue, le droit, l'argent. Le langage est une notion collective « massive ». La « mercantilisation » d'Internet est typiquement un phénomène capitaliste. Internet a été inventé par des militaires et popularisé par des chercheurs, c'est-à-dire des gens dont le fonctionnement et l'esprit sont aux antipodes de ceux des commerçants. Bien sûr, à titre personnel, un chercheur n'est pas, à titre individuel, cupide, vénal, je dis que son principe de fonctionnement est fondamentalement gratuit. Pasteur était cupide.
Le capitalisme, tel un coucou, vole éternellement ce qui est gratuit. Il le partage, le marque, l'estampille, met des logos, met des péages. Sans Von Neumann, sans Turing, sans Gödel, il n'y aurait pas d'ordinateurs. En revanche, sans Windows, il n'y aurait pas eu de production de masse des PC.
L'accumulation organise la lutte des hommes entre eux, dans la compétition et la servitude volontaire, selon le principe de la propriété et de l'exclusion : ce qui est à moi n'est pas à toi. Ce faisant, le capitalisme exploite, il faut le croire, ou « sublime », un désir profondément enfoui dans le cœur de l'homme, désir profondément individuel, qui est celui de battre, dépasser, ou tuer son prochain (cf. Girard, Freud ; ou d'autres). Cette compétition libère une extraordinaire énergie.
Cette "sélection naturelle des forts tuant les faibles" ce darwinisme social est profondément anti-humain : comme l'a si justement montré Darwin, l'espèce humaine est la seule à protéger les faibles. Dans la dialectique privé-collectif, gratuit-marchand, darwinisme social contre solidarité sociale, l'aspect collectif, gratuit, solidaire finira sans doute par l'emporter. C'est ça ou Tchernobyl, puissance mille.
ONCLE BERNARD.
(26 novembre 2003)
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