|
riolobo |
 |
Guru 
Déconnecté
Niveau : 5 N° de Membre :
3373
Ancienneté : 99%
Participation : 8%
Inscription: 29 Jul 2002
Localisation: var
Messages: 6439
Sujets Lancés : 434
|
[CRITIQUE] Furie / Fury (1936) - USA - Fritz Lang
Furie/Fury
Film américain (1936). Drame. Durée : 1h 35mn.
Avec Spencer Tracy, Sylvia Sidney, Walter Abel, Edward Ellis, Bruce Cabot Plus...
Réalisé par Fritz Lang
Synopsis
--------------------------------------------------------------------------------
Citation: Joe Wilson aime Katherine Grant et, afin d'avoir assez d'argent pour pouvoir l'épouser il travaille dur dans une station service. Il se trouve accusé du kidnapping d'Helen Peabody alors qu'il est absolument innocent. Mais on découvre sur lui des billets de la rançon et le shérif le met alors en prison. Plusieurs meneurs, notamment Kirby Dawson, dressent la foule contre Wilson. Inquiet, le shérif demande l'aide de la Garde Nationale mais le gouverneur, peu soucieux d'être impliqué dans cette affaire, ne l'envoie pas. La foule en furie attaque alors là prison. Un homme fait sauter celle-ci à la dynamite.
Tous croient Joe mort alors qu'il a réussi à survivre. Il se cache pour ne pas être reconnu et il demande à ses deux frères d'attaquer en justice pour meurtre tous ceux qui ont participé à l'assaut de la prison. Vingt-deux personnes sont identifiées. Elles nient farouchement et se procurent de faux témoins mais la projection de bandes d'actualités prises au moment de l'attaque les accusent formellement. Les accusés risquent la peine de mort Katherine découvre que Joe est vivant et ce dernier finit par renoncer à sa vengeance et à se rendre. |
La petite histoire
Citation: Invité en 1933 par Gœbbels, le ministre de la propagande d'Adolf Hitler, à devenir le cinéaste officiel du Troisième Reich (le Führer ayant beaucoup admiré MÉTROPOLIS) Fritz Lang qui est juif n'hésite pas et quitte immédiatement l'Allemagne. Trois ans plus tard, Fritz Lang qui a obtenu la nationalité américaine tourne FURIE pour la MGM de Louis B. Mayer qui ne recule pas devant l'audace et la violence du sujet : le lynchage collectif. L'idée du film en était venue à Fritz Lang en apprenant par les journaux qu'un lynchage venait d'avoir lieu à San Francisco. Lang a toujours avoué que FURIE, son premier film américain était également de tous les films qu'il avait tournés à Hollywood, celui qu'il préférait...
|
Source : Monsieur cinéma
critique de Luc Moulet dans son excellent ouvrage « Fritz Lang » collection cinéma d’aujourd’hui - Seghers
Citation: Fury (Furie, 1936) est au départ un scénario de Norman Krasna sur et contre le lynchage. L'esprit critique et retors de Lang s'attaquera également au lynchage, mais fera surtout apparaître le danger constitué par ceux qui s'attaquent aux Iyncheurs avec une violence identique à la leur Joe Wilson, honnête citoyen américain, gagne en auto la vilJe où habite Katherine, qu'il va enfin pouvoir épouser après avoir économisé sou par sou. On l'arrête en chemin: il ressemble à un kidnapper actuelJement recherché par la police, et il a sur lui des bilJets de la rançon. D'honnêtes citoyens veulent le lyncher et mettent le feu à la prison. Il est enseveli sous les décombres. La ville apprend son innocence et Katherine sa mort. Mais, en fait, une explosion l'a miraculeusement sauvé. Blessé, il se réfugie chez ses frères, garde l'incognito, et leur demande d'attaquer pour meurtre les Iyncheurs identifiés d'après un film: 16 condamnés à mort. Katherine retrouve Joe, et le convainc de venir au tribunal pour sauver ses Iyncheurs.
Il s'agit donc d'une réflexion sur la vengeance. Le héros est innocent, et il a de très bonnes raisons de vouloir se venger. Mais il va commettre une injustice, tuer plusieurs hommes qui ont montré de la méchanceté, mais qui sont néanmoins innocents du délit de meurtre pour lequel ils sont arrêtés. Le thème de la vengeance, abordé de façon superficielle et poétique dans Kriemhilds Rache apparaît ici comme le thème permettant le mieux de montrer l'hésitation entre le Bien et le Mal chez l'homme. L'insuffisance de l'appareil judiciaire lui donne l'excuse, la circonstance atténuante, le motif qui le décidera peut-être à sauter de l'autre côté de la légalité.
Au manichéisme expressionniste, succède une mise en situation réaliste de la conduite humaine. L'homme n'est pas tout d'une pièce; il n'est pas bon ou méchant au départ. Quelques accidents au cours de son existence peuvent l'amener, lentement, pas à pas, à choisir le Mal, sans même qu'il s'en aperçoive. Comme Hitchcock dans ses films américains, Lang donne une version plus compréhensible et je le crois, plus conforme à la vérité, de l'évolution vers l'illégalité.
Seul compte le cheminement psychologique; la fin, qui semble un peu facile et surajoutée, révèle, en plus du goût de l'auteur pour les renversements dramatiques, et de l'intervention de la censure préalable, un certain dédain pour les dénouements: le hasard seul peut décider de la vie ou de la mort d'un homme, de sa réussite ou de son échec. Les résultats matériels sont donc dénués de toute signification profonde.
Fury est imprégné d'un grand mépris pour la foule américaine. Cet Allemand émigré en Amérique semble avoir découvert une grande veulerie chez la population yankee. Férocement, il met en accusation les lâches Iyncheurs qui ne se reconnaissent plus eux-mêmes devant la projection cinématographique de leurs méfaits qui succède à leurs hypocrites dénégations. Il s'attaque aussi aux observateurs, aux voyeurs, aux commères, qui, en s'abstenant de prendre parti pour le plus juste, deviennent aussi coupables que les lyncheurs.
De Fury part la tradition qui fait de Lang le cinéaste du mépris.
C'est la seule touche empirique d'un film où tout est calculé pour servir l'intrigue, montrer les culpabilités réciproques de la société, de ses membres et de notre héros. Le moindre petit détail, par exemple le goût du héros pour les cacahuètes, qui, sur le moment, semble être une simple notation de réalisme familier, se révélera bientôt d'une importance primordiale pour la suite de l'histoire. De même pour les cadrages, pour le choix du décor, concordant avec la tonalité des scènes: une pluie soudaine annonce l'infortune du héros. L'expressionnisme et les artifices corollaires de montage se substituent parfois à la sobriété permanente du film pour montrer que les personnages sont dominés par des forces supérieures. Certains effets sont un peu forcés, comme ce plan de poules succédant à une conversation de commères, et que Lang désavoue aujourd'hui. Dans cet univers abstrait, il y a néanmoins une petite place pour l'amour et les sentiments quand cela peut avantager la progression de l'intrigue et l'intérêt du film, notamment dans les moments un peu creux qui séparent les deux morceaux de bravoure, le lynchage et le procès. Peut-être grâce à l'excellente Sylvia Sidney, on trouve là une sensibilité qui, dans You Only Live Once, fera jeu égal avec l'abstraction structurelle. Dialectique qui, pour beaucoup, contribue à en faire avec M le chef-d'œuvre de Lang.
|
Point de vue de Georges Sadoul
Citation: Seul Fritz Lang put réaliser à Hollywood deux films dignes de ses œuvres européennes. Venant de France, le grand réalisateur dirigea à Hollywood Furie (1936), qui s'attaquait à l'une des plaies sociales de la vie américaine, le lynchage. Lang y fut moins préoccupé de donner un aspect typique de sa nouvelle patrie que d'y retrouver son thème fondamental, celui de la culpabilité, vraie ou supposée, d'un homme traqué par l'aveuglement de la foule, l'incompréhension des hommes, la stupidité du destin |
mon avis
Ma critique sera loin d’être objective puisque Fritz Lang est un des cinéastes que je vénère le plus. Cependant, ce premier film de sa période américaine produit par le futur maître J.L Mankiewicz en début de carrière , est aussi fort qu’audacieux tant par son sujet très grave que par sa mise en scène limpide , vive et sans concession .
Spencer Tracy dans le personnage du lynché devenu lyncheur trouve probablement le meilleur rôle de sa carrière.
Un film noir, prenant et puissant qui traverse avec brio l’épreuve du temps.
C’est aussi une belle leçon de cinéma pour les jeunes auteurs qui remarqueront qu’il n’est nul besoin d’effets spéciaux, ni de caprices de style, ni de prouesse à la caméra pour réussir un très bon film.
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 50 Jours, 22 Heures, 28 Minutes, 59 Secondes en ligne
|