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[CRITIQUE] Der Untergang / La chute (2004) - ALL - Oliver Hirschbiegel

La chute (Der Untergang)
Film allemand.
Genre : Historique, Drame
Durée : 2h 30min.
Année de production : 2003
Date de sortie : 05 Janvier 2005
Réalisé par Oliver Hirschbiegel
Avec Bruno Ganz, Juliane Kohler, Alexandra Maria Lara
Synopsis
Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Les combats font rage dans les rues de la capitale. Hitler, accompagné de ses généraux et de ses plus proches partisans, s'est réfugié dans son bunker, situé dans les jardins de la Chancellerie.
A ses côtés, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l'abandonner. Tandis qu'à l'extérieur la situation se dégrade, Hitler vit ses dernières heures et la chute du régime.
Site officiel
Compléments
Les intentions du réalisateur
Selon Oliver Hirschbiegel, "le défi ne consistait pas à mettre en scène les personnages fictifs de façon crédible, mais à donner vie aux personnages réels, à les recréer à la manière d'un documentaire. Je ne voulais surtout pas qu'on ait le sentiment qu'il s'agit de comédiens interprétant un rôle (...). Les personnages historiques doivent être totalement crédibles". Dans un même souci de réalisme, le réalisateur limita au maximum l'utilisation d'éclairages artificiels.
Pour représenter l'atmosphère de la guerre, il décida également de se passer des traditionnelles scènes de combat spectaculaires : "dans le film, on n'aperçoit pas vraiment l'ennemi. Je me suis placé du point de vue des Allemands et j'ai adopté une approche quasi documentaire. c'est pour cela que j'ai tourné caméra à l'épaule (...)".
S'il hésita avant de s'engager dans le projet, Oliver Hirschbiegel finit par accepter, parce qu'il estimait qu'en tant qu'Allemand, c'était son "devoir historique d'accepter. (...) Personne n'a le droit de nous empêcher de parler de notre propre histoire -sauf nous-mêmes."
Les intentions du scénariste
Bernd Eichinger affirme que le film ne se réduit pas à l'analyse d'un "microcosme", mais "s'intéresse à la situation d'un régime à l'agonie", dans une "sorte d'épopée ultra condensée". "Dans mon scénario, j'ai tenté de mieux faire comprendre le fonctionnement de ce régime, mais de manière concentrée, en me focalisant sur une seule période (du 20 avril 1945 -l'ultime anniversaire d'Hitler- au 2 mai 1945). Cela facilite grandement la compréhension".
Pour le scénariste, qui balaye les reproches concernant le choix d'un tel sujet en affirmant qu'il ne faut pas se voiler la face, s'interdire d'aborder une période si essentielle de notre Histoire, "le plus grand danger consistait à faire d'Hitler un psychopathe ou un fou. Hitler était animé d'une énergie criminelle et destructrice incommensurable -c'était un barbare au sens le plus fort du terme. Mais je suis convaincu qu'il est resté maître de lui jusqu'à la fin -et c'est pour cela que le pouvoir ne lui a jamais échappé".
La polémique
Par la teneur de son sujet, extrêmement sensible, le film d'Oliver Hirschbiegel a suscité la polémique en Allemagne. N'était-il pas dangereux d' "humaniser" Adolf Hitler ? Selon le réalisateur, le danger résidait bien plus dans le fait de conserver de lui l'image irréelle d'un monstre qu'à le restituer dans ses traits d'homme: "C'est une insulte aux victimes de prétendre qu'il n'était pas un être humain (...) Il a su exactement ce qu'il faisait à chaque moment de sa vie, et, avec lui, tous ceux qui le suivaient (...) Si vous le trouvez sympathique, c'est que vous n'écoutez pas".
Pour Bruno Ganz, "Il n'était ni le pantin grotesque dont on rit aujourd'hui quand on entend ses discours, ni un fou enragé -ce serait beaucoup trop réducteur". Selon le Taggespiegel, l'acteur "montre que les choses les plus inhumaines peuvent sortir d'un être humain, ce qui ne les rend pas plus légères".
La polémique
Avant même sa sortie en France, ce film a suscité des polémiques : ce film sur Hitler dépeindrait son héros de façon positive car des traces d'humanité apparaîtraient, ce film serait abject, car en se concentrant sur les 12 derniers jours de la vie d'Hitler, il occulterait l'horreur, et les effets du nazisme, etc...
De plus, ce film aurait été infiltré par des groupuscules néo-nazis dans sa distribution...etc etc...
La qualité du film en lui-même a été quasiment oubliée, quelques personnes osant préciser quelquefois sur les plateaux télés qu'il s'agissait d'un film très maladroitement réalisé, digne d'un film télé de bas étage, n'existant que grâce à sa provocation...
Quelques avis pour ouvrir l'appétit
Telerama :
Citation: La Chute
Les derniers jours de Hitler comme si vous y étiez : pari réussi ou dangereusement raté ?
Pour : réalisme terrifiant
Pas de meilleur moyen d'en savoir un peu plus sur Hitler que de s'enfermer avec lui entre quatre murs, dans son bunker, juste avant son suicide. Le postulat est simple, le résultat assez dense. Il faut dire aussi que la fin du dictateur, avec sa mise en scène et ses zones d'ombres, force la curiosité, appelle même le cinéma, disons-le sans gêne. Le réalisateur et le producteur l'ont bien compris. Peut-on le leur reprocher ? Pas vraiment, car le geste qu'ils accomplissent s'avère fécond tant d'un point de vue historique que cinématographique. Etre jour et nuit, du 20 avril au 2 mai 1945, aux côtés du monstre, assister aux dernières discussions de l'état-major, vivre de l'intérieur la chute du régime, c'est aussi appréhender l'homme au moment le plus pathétique, là où la vérité a de fortes chances de crever l'écran.
Ce n'est pas le premier film sur Hitler, mais les autres avaient choisi un genre résolument distancié, celui de la comédie satirique (Le Dictateur, de Chaplin, To be or not to be, de Lubitsch), ou bien de la fantasmagorie (Moloch, de Sokourov). La Chute vise le réalisme, c'est sa force, sa limite aussi, car son souci de véracité historique l'entrave sans doute.
C'est une candidate pour un poste de secrétaire qui nous fait pénétrer dans l'antre de la bête. Traudl Junge, c'est son nom, tressaille à l'idée de voir de près le Führer. On s'identifie à elle, forcément. Cette part inavouable de fascination, le film l'assume pleinement, pour mieux la retourner plus tard. Une porte s'ouvre, Hitler apparaît, prononce des mots courtois, passe en revue les candidates. Malaise de voir ainsi le tyran si attentionné. Malaise qui serait impossible sans l'immense Bruno Ganz, dont la prestation est exceptionnelle.
Si Hitler était un monstre, un barbare, il n'en faisait pas moins partie de l'espèce humaine. Il lui arrivait même d'être humain - on le voit pleurer, être tendre. Le réalisateur, Oliver Hirschbiegel, le filme au plus près, brisant la distance qui peut entretenir le mythe. Il y a dans La Chute un souci obsessionnel du détail, une volonté presque clinique d'enregistrer le physique et le mental de Hitler, ses gestes et ses mots. De ses tremblements parkinsoniens aux variations de sa voix, de ses colères à ses maladresses - il se tache en mangeant. Ces effets de loupe, servis par une mise en scène rigoureuse et judicieuse, ne sont pas innocents : La Chute se collette résolument avec une figure que certains disent irreprésentable...
Le film est juste et concret, voilà tout. On découvre donc par moments un Hitler affable, relativement loyal même - il épargne Speer, ministre de l'Armement, qui lui avoue sa trahison. Cela ne relativise aucunement son ignominie : on le voit haineux, paranoïaque, tyrannique, enfermé dans une logique suicidaire folle puisqu'elle inclut son propre pays pour lequel il n'a que mépris. La vérité est que Hitler n'a pas seulement organisé le génocide juif, mis l'Europe à feu et sang, il a aussi détruit son peuple, sa culture. « Si la guerre est perdue, peu m'importe que le peuple périsse. Il ne mérite pas mieux », lâche-t-il un moment, plein de fureur.
D'où les échappées hors du bunker, qui modifient quelque peu l'enjeu du film, en le déplaçant vers le sort tragique des civils bombardés. On voit bien à quel besoin cela répond - montrer une souffrance longtemps taboue - mais cela paraît presque pléonastique. Le meilleur se situe assurément dans le bunker, qui concentre et exacerbe l'horreur nazie. Dans ce marasme, la fête est un temps encore possible - ce moment grotesque et irréel où Eva Braun danse sur les tables en sabrant le champagne ! Il y a là un parfum de décadence, un déni de réalité parfaitement inquiétant. Peu à peu, l'atmosphère se délite, les dignitaires partent sans revenir, le lieu se vide, les derniers soldats sont hébétés d'alcool. On sent la mort qui rôde, glaçante.
La Chute tourne dès lors au film de terreur, de pur effroi. Hitler communique encore quelques ordres, s'emmure dans le silence. L'action se réduit à une cérémonie de tombeau, s'organise autour de rituels macabres, capsules de drogue, corps à brûler. Toute trace d'émotion, de sensibilité s'est évanouie. C'est l'humanité qui se vide de sa substance, accomplit le pire : Mme Goebbels assassine sans jamais trembler ses enfants, un à un. Séquence insoutenable mais parfaitement réfléchie, dans sa précision et sa durée.
On excusera donc volontiers le point de vue parfois un peu fluctuant puisque le film est dépourvu de la moindre ambiguïté. Face à la débâcle, au chaos de son régime, Hitler révèle son visage de folie et d'infamie, sa volonté de destruction sans limite. Que ce film pour les Allemands soit une date, c'est évident : comment pourraient-ils vaincre ce démon du passé s'il reste invisible ? Mais il l'est aussi pour les Français, pour le monde entier. En étant aussi clairement visible à l'écran, Hitler nous regarde tous.
Jacques Morice
Contre : terrifiante maladresse
Les maladroits sont parfois pires que les salauds. Avec une honnêteté évidente et une candeur qui dépasse l'entendement, Oliver Hirschbiegel a fait des derniers jours de Hitler une tragédie shakespearienne. Une fresque toute de bruit et de fureur. Le décor ? Berlin, ville assiégée, filmée le plus spectaculairement possible, théâtre du drame qui se joue. Et, terré dans son bunker comme une bête traquée qui sent le danger croître d'heure en heure, Hitler. Un Hitler perdu, défait, trahi, malade. Un être plus pathétique que monstrueux, rendu presque touchant par l'interprétation d'un des plus grands acteurs allemands, Bruno Ganz, dont les yeux de chien battu rendraient humaine la pire des crapules.
Durant les deux heures trente de cette (très lente) danse de mort, on entendra Hitler pester contre l'incompétence de ses généraux, hurler des diatribes démentes contre les juifs et se moquer comme d'une guigne du sort de ses compatriotes. Mais on n'apprendra presque rien de ses théories meurtrières puisque ne seront jamais évoquées les horreurs des camps. En revanche, on le verra rêver devant la maquette de sa ville idéale, épouser la douce Eva Braun, remercier sa secrétaire fidèle, qui jusqu'au bout le trouvera sympa comme tout. On le verra, aussi, provoquer chez ses derniers fidèles, mourant pour lui et avec lui, une force d'âme digne des modèles antiques.
Le pompon, c'est les Goebbels. Madame, surtout, qui endormira puis empoisonnera ses cinq enfants, afin qu'ils ne survivent pas à la chute du national-socialisme. Une folle ? OK, si ce n'est que le réalisateur filme son geste dément comme un rituel glaçant et funèbre. A cinq reprises, on verra cette femme, au masque ravagé de douleur, introduire une capsule de cyanure entre les lèvres de ses enfants endormis. Et surveiller qu'ils s'endorment en paix pour l'éternité. Une Médée moderne... Il est des maladresses qui font peur et qui font mal.
Pierre Murat
Télérama n° 2869 - 8 janvier 2005 |
Figaro - Débats et opinions
Citation: La Chute : un devoir d'information
PAR JEAN DES CARS
[19 janvier 2005]
La France est décidément un curieux pays. Parce qu'un long-métrage de cinéma retrace, d'une manière implacable et avec un réel talent, les douze derniers jours du maître du Reich enfermé dans son bunker alors que la guerre est perdue et que Berlin va être pris par les troupes soviétiques en avril 1945, nous n'aurions pas le droit de nous faire une opinion. Une polémique, totalement artificielle et injustifiée, a été déclenchée par les tenants de la bonne conscience et du «devoir de mémoire» qui nous assènent leurs prescriptions sans appel.
Comme pour le film de Mel Gibson, La Passion, la plupart de ceux qui en parlent n'ont pas vu le film et ne le verront pas. Prétexte avancé : ne pas cautionner l'insupportable, refuser de voir Hitler sous des traits humains... Moi, je l'ai vu et j'en suis ressorti stupéfait par la maîtrise du réalisateur, le jeu des acteurs (formidable Bruno Ganz en Hitler, lui qui a été un inoubliable Faust sur les scènes allemandes) et l'atroce intimité que l'on subit et partage avec les derniers fidèles où toutes les réactions humaines sont décortiquées, du courage à la lâcheté en passant par l'abominable. Pendant deux heures trente, on est cloué sur son fauteuil, la salle est époustouflée et il n'est pas rare d'entendre des applaudissements à la fin.
Soyons clairs : ce n'est pas parce qu'on voit La Chute qu'on est un suppôt du national-socialisme, un admirateur du Diable, un voyeur de quelques-uns des pires prédateurs que l'Histoire ait connus et, un temps, glorifiés. Il s'agit d'une exemplaire reconstitution historique, à la manière d'un reportage qui tire sa puissance dramatique de l'équilibre avec lequel sont montrés la folie, le fanatisme et la ruine. Serions-nous moins adultes que les Allemands ? Outre-Rhin, La Chute a été vue par plus de 4 500 000 spectateurs. Ce chiffre est d'autant plus significatif qu'il n'y a pas, actuellement, un véritable cinéma allemand représenté par de nombreuses productions comme en France et aux États-Unis.
La polémique est née parce que le réalisateur est allemand, ce qui retire à certains le monopole qu'ils s'étaient arrogés pour traiter un chapitre effroyable du XXe siècle. Ensuite, pour la première fois sont montrées les souffrances du peuple allemand, berlinois en particulier. Bombardements, incendies, commandos de francs-tireurs, traîtres, exécutions sommaires, jeunesse hallucinée, peur de Staline : cela aussi fait partie de l'Histoire. Dans le bunker, l'Apocalypse est imminente. Hitler est tour à tour charmant, mondain, dément quand il croit encore disposer d'armées en état, lucide quand il pressent la fin de son régime de terreur et la sienne, cherchant la meilleure façon de se suicider avec Eva Braun, qu'il épouse in extremis.
Ses vociférations, ses colères, ses prostrations sont désespérément humaines. Car comme tout dictateur, Hitler avait nécessairement un aspect humain. Si tous ses sinistres homologues étaient uniquement des monstres, le monde n'aurait jamais connu de telles horreurs. Staline était un homme, le couple Ceausescu un homme et une femme et j'en passe. Tout être est un Janus, capable du meilleur et du pire. Et le tremblement de la main gauche, trahissant une maladie de Parkinson et un état physique délabré, n'est pas une invention pour apitoyer qui que ce soit. La Chute, qui aurait été impensable avant une autre chute, celle du Mur de Berlin, est une éprouvante leçon d'Histoire et de cinéma ; ce film devrait être projeté dans les lycées et collèges comme le fut en son temps je m'en souviens – le film d'Alain Resnais Nuit et Brouillard.
Fort heureusement, le public ne s'est pas fourvoyé : dès la première semaine, le succès a déjoué les manoeuvres des imprécateurs. Soixante salles supplémentaires l'ont programmé. A voir. De toute urgence, toutes générations confondues, de préférence en version originale, évidemment. C'est un devoir d'information. Pour savoir ce qui s'est passé. Pour que cela n'arrive plus jamais. Les Français ne sont pas des autruches. |
Critique
Soyons clair dès le début : j'ai trouvé passionnant ce film, et trouvé injuste le procés des médias à son encontre.
Passionnant car on assiste véritablement à la fin d'un régime, mais aussi d'une idéologie, et d'une certaine forme d'horreur. Car on est proche des personnages (cinématographiquement parlant), on les suit dans leur intimité, leurs doutes, leur folie, leur hypocrisie, leur défaite sont saisies avec une objectivité remarquable. Si j'emploie leterme "remarquable", c'est qu'à mon sens, il n'est nul besoin de rappeler qui sont ces personnes, quels ont été leurs actes passés, il n'y a pas besoin de surenchère pour mettre en valeur ce concentré d'horreur, tous ces hommes responsables des atrocités de cet empire étant réunis et confinés dans un bunker.
Un autre point, qu'il faut souligner, est que ce film n'est pas centré sur Hitler. Les 3 derniers quart d'heure, il n'est plus là. ce film est tout simplement sur la chute du régime nazi. hitler est "juste" un personnage, traité comme les autres.
Alors bien évidemment, si l'approche est plutôt bonne, certains scènes se révèlent un peu vide, mais c'est le risque de l'approche du documentaire, c'est le risque de ne pas accentuer les effets, de ne pas enrichir artificiellement les actions, et les sentiments. A ce titre, les dernières images sont extrêmemnt fortes, que ce soit l'interview de la secrétaire ou les "nouvelles" des différents nazis acteurs de cette chute :il est effrayant/troublant de faire face aux photos de personnes ayant vécu parmi nous encore il y a peu (en gros, dans les années 2000).
Je vous conseille donc fortement ce film. On ne s'y ennuie pas, on se laisse porter par les flots de l'Histoire, car il est extremement prenant de pénétrer ainsi l'univers d'une troupe d'hommes - symbole d'une sorte d'apogée de l'Horreur.
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Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien.
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