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Citation: Saint-Vincent de Paul: des pratiques habituelles, selon des médecins --par Florence Sebaoun--
AP | 03.08.05 | 18:47
PARIS (AP) -- Au lendemain de la découverte de 351 foetus et corps d'enfants morts-nés conservés, en dehors de tout cadre juridique, à l'hôpital Saint-Vincent de Paul à Paris, certains médecins insistent sur l'importance de ces pratiques à des fins d'enseignement ou de recherche tout en soulignant la négligence des responsables.
«Je pense qu'il y a des foetus et des enfants morts-nés dans la totalité des maternités hospitalo-universitaires», a avoué mercredi à l'Associated Press le Pr Axel Kahn, membre du Comité consultatif national d'éthique. «Jadis, c'était l'habitude. On demandait de ne pas injurier l'avenir, de garder les dépouilles afin de pouvoir faire, le moment venu, les études nécessaires. Les obstétriciens devaient conserver ce matériel dans ce but».
Spécialiste de génétique, Axel Kahn ne cache pas avoir lui-même, il y a 35 ou 40 ans, «fait des études sur ces dépouilles». «Les chercheurs qui en avaient besoin pour leurs travaux demandaient aux obstétriciens de ne pas s'en débarrasser et j'espère avoir contribué à améliorer la médecine et à éviter de tels drames», dit-il en évoquant la naissance d'enfants morts-nés.
Depuis, «la loi s'est modifiée», mais «cela veut-il dire que les collections anciennes aient été détruites avant les lois de 1994?», se demande-t-il. Interrogé sur le pourquoi de cette conservation après 1994 à Saint-Vincent de Paul, le Pr Kahn a déclaré ne pas «croire que des chercheurs aient pris la responsabilité de recherche sauvage en dehors de la loi actuelle».
En revanche, dit-il, «que le personnel n'ait pas voulu injurier l'avenir, mais ait voulu garder ces bébés pour pouvoir faire un jour toutes les études génétiques nécessaires ne me semble pas invraisemblable».
Inquiet des répercussions que cette affaire pourrait avoir sur la loi Veil, Axel Kahn a estimé que ces choses-là devaient «être discutées sans le faux-semblant de l'excès émotionnel d'un scandale. Ne pas respecter la loi est grave, mais il ne faut pas en rajouter».
Le Dr Pierre-Marie Cousin, président du syndicat des gynécologues-obstétriciens (Syngof), ne s'est pas non plus montré surpris de la «conservation depuis des années dans tous les hôpitaux universitaires de foetus et de morts-nés, non réclamés par les familles, à des fins d'enseignement, de recherche. Ces foetus porteurs de malformations intéressent tous ceux qui ont de l'enseignement à faire», a-t-il déclaré.
«Aucun médecin ne sera surpris», a-t-il ajouté. «Pour apprendre l'anatomie, on a besoin de savoir comment être fait le corps humain». Selon lui, ces corps n'auraient toutefois pas dû être «conservés dans une chambre mortuaire», mais «dans un laboratoire d'anatomie pathologie ou d'embryologie».
Pour expliquer la quantité de corps d'enfants morts-nés retrouvés, le Dr Cousin a rappelé que Saint-Vincent de Paul «est un hôpital qui pratique des autopsies de morts-nés provenant aussi d'autres hôpitaux. Il est possible qu'un certain nombre d'entre elles n'aient pas été réalisées, la cause de la mort ayant été retrouvée en étudiant simplement le dossier.
Une autopsie d'enfant est un travail considérable et le délai pour l'obtenir peut atteindre six mois. Que l'inhumation ou l'incinération de ces morts-nés n'aient pas été faites est peut-être une négligence, mais pas un problème moral», a-t-il estimé. AP
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