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[CDC] Ecologie : La terra preta
Une civilisation amazonienne éteinte depuis cinq siècles lègue à l'humanité du XXIe siècle le secret de la fertilité des sols
Le reportage est passé sur ARTE la semaine dernière, et je tenais à monter un petit dossier sur le sujet, tellement ça me parait prometteur.
Ce reportage passera encore le 15.10.2005 à 12:20
Source Arte (elle sera surement rapidement obsolète et le texte est assez succint)
Article wikipedia
Site sur la terra preta de Michel Dussandier (sous copyleft)
source de l'article ci-dessous
Citation: Francisco de Orellana, compagnon de Pizarro, n'a pas trouvé l'eldorado et pourtant en 1541, la terre noire (la terra preta, en brésilien) d'une incroyable fertilité que les Indiens fabriquaient eux-mêmes en mélangeant du charbon de bois au sol pauvre de la forêt tropicale pourrais bien-être l'or du 21° siècle. Grâce à cette trouvaille agronomique, qui pourrait remonter à vingt-cinq siècles, les archéologues sont dorénavant persuadés que l'Amazonie abrita jusqu'à l'arrivée des Espagnols un véritable empire, aussi digne que ceux des Mayas ou des Incas.
Aujourd'hui, cette terre noire est toujours cultivée par les paysans brésiliens dans de nombreux endroits. Depuis plusieurs siècles les agronomes occidentaux ont publiés plusieurs hypothèses au sujet de son origine, ils hésitaient entre le volcanisme et la sédimentation de lacs disparus. Durant la deuxième moitié du 20° siècle on découvrit que cette couleur noire était dûe à des microparticules de charbon de bois, mélangées à la terre des groupes humains.
A la même époque, Bill Denevan constate qu'au sud-ouest du bassin amazonien, dans les plaines inondables du Mojos, en Bolivie il existe de longues lignes droites et de nombreuses formes géométriques, fantômes de champs, de canaux d'irrigation et de routes. Ensuite,les fouilles de l'archéologue Clark Erickson mettent au jour de minuscules tessons de poteries, signe d'une occupation humaine sédentaire et importante. Le doute n'est plus permis : une civilisation a occupé autrefois cette contrée, sur plusieurs milliers de kilomètres carrés.
Comment une civilisation aurait-elle pu subsister durant des siècles, sur des sols tropicaux, lessivés par les pluies?
Le mystère agricole des anciens habitants de la plaine du Mojos est percé par un troisième archéologue nommé Bill Woods, de l'université de l'Illinois (SIU), qui retrouve les mêmes débris de poteries le long de la rivière Tapajos, dans la forêt amazonienne, mélangés à la fertile terra preta. Le lien est rapidement fait. Cette civilisation précolombienne aurait donc inventé l'agriculture au charbon de bois. Le charbon philosophal capable de transmuter une terre inculte en pays de Cocagne !
Les agronomes et chimistes se sont empressés de vouloir en percer le secret. Les chercheurs de l'Institut national de recherche amazonienne (Inpa), mais aussi ceux de diverses universités nord-américaines et allemandes se sont penchés sur cette terra preta. Les tests de culture ont confirmé son extraordinaire fertilité comparée à celle du sol ordinaire. Bruno Glaser, de l'université de Bayreuth, a découvert que la magie du charbon relève de sa structure poreuse qui lui permet de stocker, et donc de retenir dans le sol les sels minéraux ordinairement lessivés par les pluies. Ce charbon de bois abrite également une microflore beaucoup plus efficace pour la végétation que celle d'un sol ordinaire. Mais il y a encore plus incroyable : cette terra preta semble se reproduire comme un organisme vivant ! Des Brésiliens commercialisant cette terre ont expliqué à l'archéologue Bill Woods qu'il suffisait d'en laisser une couche de 20 centimètres en surface pour que, vingt ans plus tard, le sol sous-jacent se trouve paré des mêmes vertus.
Grâce à cette invention miraculeuse de la terra preta, les Indiens d'Amazonie ont donc pu produire suffisamment de nourriture en pleine forêt tropicale pour y fonder une civilisation riche, peut-être, de plusieurs millions d'hommes. Il n'en reste rien, sinon quelques tribus éparses qu'on prenait jusqu'à présent pour des sociétés primitives. Du coup, c'est la réponse à un mystère qui hantait depuis longtemps l'anthropologue Michael Heckenberger, spécialiste de la tribu Kuikuru constituée d'à peine 300 âmes. De façon incompréhensible relativement à sa taille, celle-ci possède une structure sociale extrêmement hiérarchisée : l'héritage de son ancienne splendeur !
Mais ce n'est pas tout
Francisco de Orellana n'a jamais été cru quand il a signalé l'existence sur l'Amazone et le Rio Negro qui n'ont jamais été retrouvés par la suite. Grâce à la terra preta découverte en maints endroits le long de ces fleuves, on sait maintenant qu'il disait la vérité. Avec ses compagnons, il fut le premier, et certainement le dernier, à observer cette civilisation, victime, comme tant d'autres, de la grippe, de la variole et de la rougeole importées par les conquistadors.
La fabuleuse histoire de la terra preta ne s'arrête pas là ! Le secret de la civilisation perdue d'Amazonie promet d'être diablement utile à la nôtre, victime de la déforestation et souffrant encore de la famine. Rien qu'un peu de charbon de bois mélangé aux sols tropicaux pourrait couper court à la déforestation de l'Amazonie, mais aussi de toutes les forêts tropicales du monde menacées par la culture sur brûlis des paysans. Ils n'auraient plus à défricher un nouveau coin de forêt chaque année. Du reste, la recette pourrait même être donnée à toutes les contrées où les terres épuisées ne parviennent plus à nourrir les populations du monde. Aux agronomes de déterminer la meilleure façon de produire ce charbon de bois et les concentrations nécessaires.
La terra preta constitue également un excellent puits de carbone pour lutter contre le réchauffement de la planète, puisque le charbon de bois survit durant plusieurs siècles dans le sol. Depuis plusieurs années, le docteur Makato, employé par la deuxième compagnie électrique du Japon, propose de stocker ainsi des quantités considérables de charbon de bois dans les zones déboisées de la forêt indonésienne. Ce qui permettrait, en outre, de stimuler la croissance d'arbres et de reconstituer la forêt.
Beaucoup plus simple et sûre que les délires biotechnologiques la technique agricole des « sauvages » de la forêt brésilienne, pourrait bien détrôner l'agro-industrie ! Une merveilleuse leçon d'humilité. |
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