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[CRITIQUE/LIVRE] L’Iliade pour les nuls - Alessandro Baricco
" L’Iliade pour les nuls ", j'avoue aime ce genre d'article ou des retrovieux s'attaquent aux technojeunes... tout un programme!
Pour le livre en lui-meme, j ai lu l'original (qui est franchement genial) et l article m'a quand meme confirme ce que je pense de ces remix-books 
Citation:

L’Iliade pour les nuls
Par Adeline Bronner
Ce livre a été écrit pour être accessible au public le plus large. Mais nos contemporains ayant, on le sait, peu de temps à accorder aux choses de l’esprit il fallait adapter le très long poème d’Homère à la vitesse des modernes : couper, adapter, réécrire… caviarder, briser, aseptiser.
Ce texte de Baricco deviendra sans aucun doute le nouveau viatique des générations contemporaines pour entrer dans le monde d’Homère… Tout en restant gentiment sur le pas de la porte. L’idée était peut-être bonne, le résultat est malheureusement calamiteux. Cela se lit vite et bien, mais de l’âme du grand poète (des aèdes), de la violence, des ravages de l’égoïsme, de la recherche de la gloire et des jeux des dieux, il ne reste que quelques ersatz pour gens pressés. L’Iliade résumé en 192 pages écrites en très gros caractères afin de ne pas fatiguer les yeux meurtris par les néons et les lueurs blafardes des écrans de palm et de téléphone, voilà ce qu’est « Homère- l’Iliade » de Baricco dont nous aurions tous pu nous passer, à commencer par l’auteur lui-même, qui a pourtant d’autres talents que ceux possédés par tout bon garçon boucher.
L’auteur nous prévient dans une longue introduction (mise en perspective avec le reste du livre) que son but est de livrer Homère à la compréhension et au plaisir de tout un chacun. Mais l’époque moderne ne veut plus de longues heures perdues à écouter un long texte où les digressions, retours et interprétations diverses noient l’intrigue et l’action. Nous sommes modernes et les discours des dieux, les interprétations des signes, les descriptions de l’environnement et les longues discussions tactiques ne répondent plus au bagage de notre époque « fast-food ». Nous sommes des rationalistes, des gens évolués qui ne peuvent plus trouver le moindre charme à ces débordements de polythéisme et de superstition. Alessandro Baricco a donc décidé de nous livrer un texte épuré où on trouve un peu de sexe, un peu de jalousie, de la violence à foison et des noms par milliers. Pas le temps de se familiariser avec les personnages, ils sont déjà morts et en route pour le royaume d’Hadès.
De l’Iliade, ne reste que des instants, de la poussière et du sang. Rien donc. Ni le fond, ni la forme. Ni la violence des combats, ni l’intelligence des hommes, ni la puissance d’évocation, ni les affres des personnages. On croise Hector, Agamemnon, Pâris, Hélène, Ménélas et Achille et Ulysse, mais de manière tellement succincte, anecdotique et caricaturale qu’on a l’impression très nette d’être dans une super production hollywoodienne à destination de neocons. L’intrigue délicate et complexe des aèdes antiques devient sous la plume de Baricco une lourde machine qui n’aura aucun mal à se vendre sur le marché de l’adaptation cinématographique ou télévisuelle…
Je ne sais pas comment ceux qui ont été invités à écouter ce court texte ont ressenti ce délestage en règle d’une œuvre, mais pour ma part, outre l’aspect très contestable de la manière, je n’y ai trouvé ni le charme, ni l’énergie, ni la puissance des longs chapitres de l’original. Vide, sans âme, ce texte charcuté à la hache, est nul et non avenu. Du prêt à l’emploi pour cadres pressés, le premier texte officiel de la pensée globale, dans lequel tout ce qui ne sert pas est éradiqué. Tout ce qui ne sert pas, tout ce qui ne répond plus à nos critères, à notre imaginaire, à notre culture : out ! En voilà une idée et on ne peut plus novatrice ! Un conseil à cet auteur italien qui a dû trop fréquenter la table de la Berlu : laissez donc aux grands auteurs leurs œuvres et faites preuve d’imagination pour vos propres créations. Et surtout, n’essayez plus de nous dicter ce qui est bon pour nous ou ce que vous imaginez être pour notre bien. Un élément positif, ce texte m’a immédiatement donné envie de retourner voir du côté d’Homère… mais moi, ce texte là je le connaissais, j’en avais déjà savouré la grâce et la puissance. Souhaitons que les générations qui nous suivent tombent d’abord sur la version longue pour ne surtout pas avoir envie de se lancer dans cette pauvre petite version expurgée de façon tellement indélicate.
Alessandro Baricco – Homère, l’Iliade – Albin Michel – 2006 – 192 p. – 16 €
Traduction de Françoise Brun |
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