|
soul^keeper |
 |
Administrateur 
Déconnecté
Niveau : 5 N° de Membre :
1
Ancienneté : 100%
Participation : 19%
Inscription: 22 Feb 2002
Localisation: La Défense
Age: 48
Messages: 16623
Sujets Lancés : 2412
|
[INCENDIES] Les allumés du feu
Citation: Les allumés du feu
par Delphine Saubaber, Solenne Durox
<a href="http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=5297">Source</a>
Chaque année dans le monde, 500 millions d'hectares de forêt sont décimés par des incendies volontaires. Pyromanes, incendiaires... Qui sont ces criminels si difficiles à débusquer?
La pulsion venait le cueillir à la fin du jour, à l'heure où le soleil dépose un dernier baiser de feu sur le massif des Maures. Jean-Yves Gautier quittait sa maison de Figanières (Var) dans ses vapeurs d'alcool, s'en allait vers la pinède en tirant sur sa cigarette à grosses bouffées. La posait sur un tas de feuilles. Puis il donnait l'alerte. Les gars qui répondaient, Gautier les connaissait bien. Et pour cause: il était chargé de la communication au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Var.
Le 5 août 2005, Jean-Yves Gautier a laissé courir les flammes dans son jardin. Les gendarmes ont fait le lien avec six autres incendies. En juin dernier, le chargé de communication a pris quatre ans de prison, dont deux ferme. Le feu, c'était un moyen de rejouer sa vie, «qui n'est plus qu'une terre brûlée», explique son avocate, Me Véronique Pigeon-Pereira: «Il faisait ça après avoir déposé sa fille chez son ex-épouse, le week-end. Il buvait, mais ne s'en prenait qu'à de petites superficies.»
Pulsions, vengeance...
Cet été, comme souvent, les incendies de forêt ravagent les terres du Sud, de la Grèce au Portugal. 300 hectares sont encore partis en fumée dans le Var et la Drôme. En Espagne, livrée à des bûchers monstres, une trentaine d'incendiaires présumés ont été arrêtés. En Normandie, un mystérieux pyromane fait flamber des hangars agricoles. Et chaque année, dans le monde, 500 millions d'hectares de forêt sont décimés par des incendies volontaires. Une grande peuplade, les poseurs de feu. Il y a d'abord le pyromane, qui est un malade, agit par pulsions et reste souvent sur les lieux de son forfait, en priant pour que le vent se lève et que tout crame. La perversion, proche de la jouissance sexuelle, s'ancre généralement dans une enfance frustrée et relève de la psychiatrie. Et puis il y a l'incendiaire, qui allume la mèche avec un mobile: «Il peut régler ses comptes, tel l'employé licencié qui brûle le bureau de son directeur, explique le psychiatre Roland Coutanceau. Il peut aussi vouloir se venger de manière indifférenciée; c'est l'insatisfait qui pense qu'il n'a pas ce qu'il mérite. Enfin, d'autres puisent là leur besoin de reconnaissance, notamment des médias.» Seul point commun: ces spécimens de l'allumage sont ardus à débusquer. «L'incendiaire est le plus dissimulé des criminels», disait Bachelard.
Le «chef» Jean-Yves Gillard est sans doute le seul gendarme en France à se passionner pour les escargots carbonisés, la vie et la déchéance des graminées, les mystères de la pyrolyse et le sens des aiguilles de pin. Il a une bonne raison: la traque des incendiaires, qu'il exerce au sein de l'Equipe pluridisciplinaire d'investigations sur l'origine des incendies de forêt (EPIOIF). C'est l'unique cellule ad hoc en France, créée dans le Var en 2005. Ce jeudi, le vent souffle sec sur Toulon: «Rafales à 50 kilomètres à l'heure», signale l'ordinateur au groupement de gendarmerie du Var. Gillard se promène en permanence avec deux téléphones. Il a traité 300 affaires depuis 2005, dont 20% d'incendies criminels, les plus délicats. L'incendiaire laisse rarement son ADN sur place. Et passer au peigne fin une zone de brasier douchée par 25 largages d'hélico relève de l'exploit. «Mais les pompiers ont pour instruction de ne pas noyer le départ de feu, précise Gillard. Notre travail, sur place, consiste à remonter aux limites du brasier et à lire la propagation du feu à l'envers, pour retrouver et ratisser cette zone d'éclosion de l'incendie, entre 1 hectare et 1 mètre carré, et en déceler la cause, accidentelle, naturelle ou criminelle.» Il leur arrive de retrouver un mégot sur un feu de 50 hectares, grâce aux techniques de la police scientifique, jusqu'ici réservées aux crimes de sang: prélèvements, passage au détecteur de vapeurs organiques... Un travail de fourmi. Une fois l'origine du feu localisée, la traque commence. En 2005, grâce à l'EPIOIF, une vingtaine d'incendiaires ont été coffrés, dans le Var.
«Un mode de protestation radical»
Mais le rêve incendiaire ne date pas d'hier. Il est aussi une grenade sociale qui a toujours tenté la conscience des faibles, comme le souligne l'historien Jean-Claude Caron dans Les Feux de la discorde (Hachette): «Le feu est l'arme de ceux qui n'en ont pas, un signe de conflits économiques et sociaux entre possédants et pauvres. Et ce mode de protestation radical surgit généralement dans les grandes périodes de rupture.» Ce n'est sans doute pas un hasard si les émeutiers de novembre 2005 ont allumé des brasiers sur les parkings. Pour Roland Coutanceau, «ces jeunes ont l'impression d'être maltraités par la société. Donc ils se sont vengés, comme des enfants destructeurs. La couverture médiatique n'a fait que renforcer leur soif de reconnaissance». Un jeu dangereux. «Brûler symboliquement l'Autre, son bien, sa maison - son foyer! - traduit une volonté d'anéantissement total, souligne Caron. Mais la propriété est d'abord le socle matériel de la société. Le recours au feu menace l'unité morale de la communauté.» La civilisation a dompté le feu pour en faire un facteur de progrès, rappelle l'historien. Le pyromane la met symboliquement à genoux.
|
Prison ferme
Chaque année, 20 000 hectares de forêt sont détruits en France. En 2005, 47 personnes, dont 22 mineurs, ont été mises en cause dans des incendies de forêt volontaires ou involontaires. Dix condamnations à une peine d'emprisonnement ferme ont été prononcées. Le 22 mars 2006, le tribunal correctionnel de Tarascon a notamment condamné un récidiviste à huit ans d'emprisonnement pour quatre incendies déclenchés en août 2005. 80 hectares de végétation étaient partis en fumée.
Pros et volontaires
La France compte 254 000 sapeurs-pompiers (+ 7% par rapport à 2002); 80% sont des volontaires. Une prédominance que l'on retrouve en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. En 2005, les pompiers français sont intervenus sur 376 600 incendies (+ 13%). 19 sont morts l'année dernière.
Les peines encourues
Les incendies sont actuellement punis par les articles 322-6 et suivants du Code pénal. Les auteurs involontaires peuvent au maximum écoper de deux ans de prison ferme et de 30 000 euros d'amende. Si l'acte est volontaire et a entraîné la mort, la facture s'alourdit: réclusion à perpétuité, assortie de 150 000 euros d'amende.
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 92 Jours, 20 Heures, 22 Minutes, 21 Secondes en ligne
|