|
KeySoze |
 |
Modérateur 
Déconnecté
Niveau : 5 N° de Membre :
4449
Ancienneté : 98%
Participation : 8%
Inscription: 15 Sep 2002
Localisation: IDF
Age: 42
Messages: 6370
Sujets Lancés : 603
|
Enorme Carlos 
Pour le kiff, je le cite ! 
Citation: Baudruche médiatique : Linux et les pénis
Boris, ancien étudiant zététicien, m'envoie circonspect cet article signé Arnaud de Vaubicourt intitulé « Utiliser Linux élargirait la taille de votre pénis... »
http://www.homme.lycos.fr/news/sociomale/linux
Voilà ce qu'on peut lire :
« Les utilisateurs du système d'exploitation informatique Linux auraient un plus gros pénis que la moyenne ! Le très célèbre et non moins sérieux Kinsey Institutes for Sex Studies (du scientifique Alfred Kinsey) a réussi à prouver, sur une étude de 6 mois, que la taille moyenne du pénis des utilisateurs de Linux était supérieure à celle des utilisateurs de Windows ou Mac OS... Étrange non ? »
Tiens donc...
Je vais tenter de faire mon zététicien moyen. Quelques points seulement, sur l'information, d'abord. Sur sa trituration ensuite. Sur son origine enfin.
1. L'information
Un délice.
Si je comprends bien le premier paragraphe :
* les chercheurs ont dû faire la somme de la taille de tous les pénis de l'échantillon (non précisé) d'utilisateurs de Linux ;
* puis ils ont semble-t-il divisé par le nombre d'utilisateurs ; OK ;
* ensuite, ils ont certainement fait pareil avec des utilisateurs Windows ou Mac OS (sous-entendu pour un échantillon de même nombre, non précisé) ;
* constat : la moyenne des zizis Linux est supérieure à celle des Windows & MacOS.
1er biais possible : l'incertitude sur les résultats
Si on ne précise pas l'écart-type, cette comparaison ne veut pas dire grand-chose. Imaginons que dans le groupe Windows, tous sans exception aient un pénis de 10 cm (moyenne : 10 cm). Imaginons que chez Linux, tous aient un pénis de 9 cm, sauf un, extrêmement membré, atteignant les 70 cm. Faites la moyenne, et pof. La moyenne des zizis Linux est supérieure à celle des autres, mais la majorité des linuxiens en ont une plus petite. Passons sur les affres de l'échantillonnage (les utilisateurs étaient-ils volontaires, tirés au sort, etc.) et du protocole, dont on ne sait rien.
2e biais possible : le sophisme écologique
La moyenne des zizis n'est pas le zizi moyen d'une population. D'une, parce que les statistiques peuvent être roussies (voir 1er biais), de deux parce qu'un « zizi moyen » d'une population, ça ne signifie pas grand-chose. On parle dans ce cas de sophisme écologique (voir encadré), c'est-à-dire l'art fallacieux de transposer à des individus des relations établies pour des populations entières.
3e biais possible : l'effet cigogne et ses variantes
La moyenne des zizis des linuxiens est dite supérieure à celle des windows-maciens. Est-ce suffisant pour y voir une causalité ? Il semble que oui pour cet article, qui pérore en titre : « Utiliser Linux élargirait la taille de votre pénis... ». Sauf qu'à tout bien réfléchir, on pourrait y voir...
* Un effet lotus (ou causalité inversée) : ce pourrait être le fait d'avoir un gros zboub qui pourrait faire choisir Linux, qui sait ?
* Un effet cigogne « collatéral »[1] : ce pourrait être un troisième paramètre qui crée cette corrélation. Par exemple, mettons que les pénis, frais, soient plus grands chez les jeunes (je n'en sais rien). Linux, système d'exploitation politiquement contestataire, trouve racine chez une majorité de jeunes. CQFD. L'âge serait alors le facteur collatéral. Ou bien tout simplement le temps passé devant l'ordi (voir la suite). Comme me le disait tantôt un valeureux relecteur anonyme de notre raboteux Comité de Lecture, « Cela rejoint le problème plus général du biais sur l'échantillonnage. Si par exemple les utilisateurs de Linux sont plus nombreux dans la Recherche et l'Université que dans les entreprises industrielles ou de service, alors il se peut que de ce fait, ils appartiennent plus généralement à une population possédant statistiquement d'autres caractéristiques (mode de vie, âge...) pouvant être corrélées avec la taille de leur zizi. Pour éviter ce biais, il faudrait être sûr de la méthode d'échantillonnage. »[2]
* Un tri de paramètre. Lorsque les sujets sont multi-paramétrés, il est extrêmement risqué de ne cerner qu'une seule variable. Il y a tellement d'autres facteurs que Linux pouvant intervenir qu'il est hautement risqué de traduire cela en causalité.[3]
2. la trituration
Je vous livre la suite de l'article.
« Explication avancée par l'Institut : les « Linux users » gagnent 1 cm de diamètre en 6 mois car ils passent plus de temps sur leur ordinateur que les « Windows ou Mac OS users », ceci étant dû aux applications généralement plus pointues qu'implique ce système. Les « Linux users » sont donc soumis à plus de radiations émanant du moniteur, ce qui aurait une influence directe sur la dilatation des vaisseaux sanguins de la verge...
(...) »
Comparons alors ces quatre phrases :
* A. (ligne 2) « (...) la taille moyenne du pénis des (...) Linux [est] supérieure à celle des (...) Windows ou Mac OS » ;
* B. (ligne 1) « Les utilisateurs (...) Linux auraient[4] un plus gros pénis que la moyenne ! » ;
* C. (Titre) « Utiliser Linux élargirait la taille de votre pénis... » ;
* D. (ligne 6) « les « Linux users » gagnent 1 cm de diamètre en 6 mois car ils passent plus de temps sur leur ordinateur ».
C'est quand même fort ! Pour une même étude, quatre conclusions qui ne se recouvrent pas.
C'est donc le « temps » passé devant l'ordinateur qui serait responsable de cette (ex)croissance, et non Linux. Ce n'est plus la même chose que ce qui est raconté dans le premier paragraphe, et encore moins ce qui est titré. Sans être mauvaise langue, on s'est un peu payé notre tête. J'appelle cela l'effet Peau de Chagrin, lorsque la véritable portée de l'étude discutée n'a plus commune mesure avec le titre ou l'entête de l'article qui la rapporte.
Toutefois, petit conseil aux utilisateurs de Linux : gagner 1 cm de diamètre signifie 3 cm de diamètre en plus. Si cette croissance est continue, il va falloir vous équiper des slips de Hulk - qui comme chacun sait n'explosent pas quand il se transforme.
3. l'origine de l'information......est fondamentale.
Un proverbe zététicien dit « Source, je boirai de ton eau ». Dans l'article, on nous révèle que l'étude provient du Kinsey Institutes for Sex Studies. Sauf qu'en tant que tel, le Kinsey Institutes for Sex Studies ça n'existe pas[5]. Ce qui existe, par contre, c'est le Kinsey Institute for Research in Sex, Gender & Reproduction, de l'Université d'Indiana.
À un bémol près : je ne parviens pas à retrouver la référence de départ.
J'ai bien remonté un cran, jusqu'à la brève « Kinsey Institute Says Linux Users have Bigger Penises » (qui contient la même faute que la française) ; mais pas plus loin. Le moteur de recherche de Kinsey Inst. ne donne rien sur les mots-clés que j'ai tenté, et le site Sexscience ne recense pas d'étude de ce genre.
Cette annonce serait-elle basée sur du vent ? Je n'en sais rien. Ce qui est clair, c'est qu'entre 15 h et 20 h ce vendredi 13 octobre 2006, le nombre de sites reprenant l'information a décuplé. Multiplication d'information pas fiable, aucun moyen de contrôle dessus, la légèreté de certains médias laisse pantois.
Ami, entends-tu le bruit sourd des effets cigogne sur la plaine ?
L'imaginaire sur la taille du sexe fait recette depuis longtemps et si les vieux pots font les meilleures soupes et les petits ruisseaux les grandes rivières, les gros sexes de font pas forcément les bons « coups ». Pour les mâles inquiets, je ne peux que leur retirer les pines du pied et indiquer deux études :
William A. Fisher, Nyla R. Branscombe et Charles R. Lemery, « The bigger the better? Arousal and attributional responses to erotic stimuli that depict different size penises », Journal of Sex Research, 1983, 19(4), pp 377-396.
Karl D. Furr, « Penis size and magnitude of erectile change as spurious factors in estimating sexual arousal », Sexual Abuse : A Journal of Research and Treatment, Springer Netherlands Volume 4, n° 3-4, septembre 1991, p. 265-279.
Parions que dès qu'un semblant de corrélation viendra accoler taille du pénis et un paramètre, quel qu'il soit, le vol lourd du mythique effet cigogne entre gros pénis et « prestation » sexuelle bruissera alentour, tant il s'agit d'un des classiques de l'inquiétude genrée masculine.
Prochaine fois, je vous parlerai de « vols de sexe » et de « rétractations de pénis » orchestrée par des puissances occultes. De quoi frémir au fond des caleçons molletonnés.
Richard Monvoisin, vendredi 13 octobre 2006. |
__________________
OXMO : On est plus intelligent à plusieurs que tout seul...mais certains aident moins que d'autres 
Signaler ce message à un modérateur | IP: Logguée Temps en ligne : 46 Jours, 18 Heures, 58 Minutes, 16 Secondes en ligne
|