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Forum OXMO Forum OXMO > Section Loisirs > Littérature > [CDC / AUTEUR] Lolita Pille, 25 ans et plein de talent


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Thumbs up [CDC / AUTEUR] Lolita Pille, 25 ans et plein de talent

Il y a 3 ans j'ai découvert Lolita Pille, une jeune écrivain née en 1982, avec le roman Hell (qui a été adapté l'an dernier au ciné avec nicolas duvauchelle et sara forestier, film vraiment pas terrible et tellement décevant par rapport au bouquin...). On va dire que ça fait 2 ans que j'ai son second bouquin Bubble gum dans ma bibliothèque, je me suis enfin décidée à le lire et j'aime toujours tout autant son style trash, direct, branché, et à la fois une écriture soignée, adulte pour une jeune femme qui a écrit son premier livre à 20 ans...



pour vous donner une idée voilà les 2 bouquins (mes coups de coeur du moment) qui décrivent un univers parisien, le monde branché, friqué et à la fois un tableau de cette jeunesse riche et dépravée parfois des plus noirs...


Citation:

Hell



Editions Grasset, 230 pages

Highway to "hell"

Pamphlet provocateur ou fiction vérité, "Hell", roman au titre évocateur signifiant enfer mais qui est aussi le gracieux homonyme de "elle(s)" (ah la la chez Grasset ils ne savent plus quoi inventer ...) nous promène dans le Paris des années 2000. Sainte triade moderne : le Queens le Diep et le Costes. Contrôlée par le dieu paraître, Hell, 18 ans, "fille de", navigue comme un poisson dans l'eau dans cette mer de mondanité, croisant jet set ivre et people bronzé sous UV. Hé oui, voilà le témoignage d'un passage dans la jet set de Paris à New York par une narratrice qui sait de quoi elle parle, étant elle même une figure de la "good night vibe" de Paname...

Son credo : "soit belle et consomme", ce qu'elle réussit à merveille ; griffée de la tête aux pieds et dépensant l'équivalent de votre salaire mensuel en une heure sur l'avenue Montaigne. Entre une vodka tonic et une ligne de coke, elle rencontre Andréa, son double masculin : trop de thunes, trop de filles, et - surtout - trop d'illusions. C'est désormais ensemble qu'ils braveront les démons des nuits parisiennes, là où le jour ne devrais pas se lever. Mais seront-ils à la hauteur du paradis perdu ?

Dans les nuits blanches et nuits fauves, Lolita Pille, fille de ce monde reconvertie en narrateur cynique nous livre chez Grasset le parfait défouloir pour jeunesse dorée. Elle signe ici son 1er roman, écrit à 17 ans et publié à 18, sorte de déclaration pour ce milieu maudit. Venir à bout de Hell ( 225 pages c'est pas la mort ... ) c'est vivre un peu du quotidien de certaines personnes. Comme quoi du coup la fameuse jeunesse dorée passerait plutôt pour du plaqué or, là où les additions se chiffrent en K• et où tout ce qui n'est pas griffé n'a pas lieu d'être.

"Hell" est divertissant, voila tout, c'est un énième roman exploitant le filon du "je vis ce que vous voudriez être mais nan nan en fait je suis à plaindre seul dans mon appart' à 60 plaques rue de Grenelle" déjà très en vogue dans la littérature contemporaine. Un peu de déjà vu donc, mais l'histoire d'amour, maintenant presque inévitable, rattrape pas mal : ces deux bateaux ivres cocaïnés finissent par vous prendre par les sentiments. Sympa pour en causer dans les dîners avec vos amis du milieu donc... sans être le livre du siècle.
"Hell" reste un bon partant pour le prix de Flore vu le style, à suivre donc ...


Marion Isabelle Muszynski



Citation:


Bubble Gum



Bubble Gum (avril 2004) est le second roman de la juvénile Lolita Pille (LP), 21 ans. Le premier, Hell (mai 2002), elle l’avait écrit, du haut de ses 19 ans, en six mois. Tous deux ont été édités chez Grasset.

La forme:
Comme le premier roman de LP, Bubble Gum, quoique plus volumineux (338 pages), peut être lu en une journée comme il peut aussi bien se déguster sur une semaine à dix jours à raison de deux ou trois chapitres par jour.

Coutumière de la narration à la première personne du singulier, LP nous fait redécouvrir son style "à l’arraché" utilisé dans Hell : de longs monologues aux mots claquants dans de longues phrases volubiles, cadencées par de judicieuses virgules ou de salutaires conjonctions et contenues dans de longs paragraphes pouvant atteindre cinq pages! Une certaine unicité lie les deux romans où, tour à tour, LP donne alternativement la parole aux deux personnages principaux, l’héroïne (respectivement Hell et Manon) et son partenaire masculin (respectivement Andréa et Derek). Mais dans Bubble Gum, les paragraphes sont encore plus longs, les phrases encore plus longues et les mots plus claquants. Autre similitude : chaque fois, le partenaire masculin meurt avant la fin.

La jeune auteur, au travers de la trame de son roman, épingle avec une ironie cruelle les travers de nos contemporains, pas seulement de la jet-set dans laquelle elle évolue toujours avec aisance mais de toutes les catégories socioculturelles, bref ceux que Manon croise sur son chemin ou abandonne à leur triste sort. Elle procède en une sorte de Courteline moderne mais qui caricature, au delà d'un Daumier, à coups de scalpel et de cutter, sinon de hachoir de boucherie chevaline! Parce qu’elle "déteste", Manon frappe, et elle frappe, et elle frappe souvent à répétition, à longueur de lignes, à longueur de pages comme un boucher débitant, vite fait bien fait, un filet saignant en tournedos... et clac! et clac! et clac! Avec la même fougue qu’elle usera par la suite de son revolver :

Je déteste…
Je déteste les vieux cons du village, ces vieux qui se laissent crever, assis sur leur banc, leurs faciès alignés, comme une galerie de mauvais portraits… les présentateurs pontifiants… ces publicités qui te tutoient pour te vendre un Fanta citron… ces minettes en chaleur hystériques et obsédées par la tenue de leur déodorant… les radios locales avec leurs jingles ringards… l’humour lourdingue des speakers endormis… mes compagnons d’enfance planqués à fumer de mauvais pétards quand ils ne sont pas à la piquouze… le bouquiniste, un vieux type bourru à lunettes aussi poussiéreux que sa boutique…

Dans de tels moments, elle devient sublime, notre Lolita! Et ses mots ainsi aboyés rappellent, surgissant d’un lointain passé, le rythme du verbe cadencé d’un Lautréamont phtisique, cet écorché vif dans l’âme et le corps, qui, agonisant sur son lit de souffrances, continuait d’écrire ses dernières lignes fulgurantes dans un élan ultime ravivé par la fièvre, tel le scarlatineux Mozart tentant en vain de transcrire les dernières notes de son Requiem…

Au travers de Derek, LP s’en prend à une télé qui, devenue exhibitionniste de toutes nos misères, ne témoigne plus que de viols, de chirurgie esthétique ratée, etc (était-ce la télé qui faisait le con, ou le con qui faisait la télé ?) ; elle fustige la « Star Academy » issue du nouveau millénaire (une utopie nouvelle du : "Toi aussi, tu peux le faire") ; elle invective l’industrie du disque et le show-biz qui, à l’entendre, sont en phase finale de décadence totale (pourquoi s’épuiser à bien faire, quand on peut aussi faire de la merde ?... on convint d’éviter les auteurs : les auteurs faisaient chier, ils étaient obsédés par l’idée de faire passer un message dont tout le monde se foutait. On sectorisa la production : toi tu composes, toi, tu écris, toi, tu chantes, toi, tu danses : et le premier qui tente de l’ouvrir, c’est la porte… on obtint une merde d’une nullité réjouissante)

LP innove dans son genre, ce qui la rend magique... Et si elle porte des ongles longs, vous feriez bien de vous en méfier, surtout si vous êtes son amant… D’ailleurs, elle profite de son second roman pour régler quelques vieux comptes! Ainsi, sa fameuse tirade, reprise au dos de la jaquette : "Tu crois que j’ai besoin d’une invitation pour aller quelque part ? Elle est sur ma gueule, mon invitation !…". Une allusion à peine voilée à un incident qui serait survenu devant une boîte parisienne où les videurs ne voulurent pas, dans un premier temps, la laisser entrer alors qu’elle était déjà une écrivaine accueillie par les médias. Ailleurs, à la sortie de Hell, le patron connu d’une chaîne de cabarets parisiens l’avait même carrément déclarée persona non grata avant de, finalement, passer l’éponge.

Le fond:
Analyser une œuvre littéraire, c’est l’interpréter. Et il n’est pas évident d’interpréter une œuvre littéraire sans toucher à l’interprétation que l’auteur a voulu lui donner.

Le dernier tiers du roman de LP, par des changements de plans de plus en plus rapides, nous mène de surprise en surprise des plus brutales pour le plus grand bien du roman qui, dès ce moment, devient un véritable thriller qui a le don de maintenir en haleine le lecteur jusqu’au dénouement ! Au bout du livre, le duo Manon-Derek connaît un ultime crescendo de déchirements et de violences sur une vingtaine de pages avant le decrescendo de l’intrigue, soudain et bref, la tombée de rideau, la quiétude retrouvée pour Manon, juste avant le point final.

La trame du roman est géniale. LP s’est inspirée des « real TV » capables de truffer un espace clos de caméras invisibles et, plus marginalement, de "Greg le millionnaire", en dépit du fait qu’elle avait déjà pondu l'ébauche de son livre peu avant l'émission de cette TV-réalité qui mettait en scène un jeune et beau millionnaire factice, "Greg" (en fait maçon à la ville et délinquant repenti de son état), dans son manoir luxueux factice (loué pour l’émission) pour un jeu de séduction tout aussi factice auprès d’une palette de midinettes qui ignoraient la supercherie. La trame de Bubble Gum fait déjà penser à "Greg le millionnaire" une centaine de pages avant que le lecteur n'y trouve écrit noir sur blanc "Derek le milliardaire". Sauf qu’ici, à l’opposé de ce "Greg", Derek incarne dans le roman de LP un vrai milliardaire qui, usant de ses dollars, monte une supercherie à l’échelle planétaire aux dépens de la seule petite Manon qui, après sa chute, renaîtra, tel le Phénix de ses cendres, plus éblouissante que jamais !

La chute du roman est tout aussi géniale quoiqu'elle puisse laisser le lecteur sur sa faim dans la précipitation finale que met l’auteur à terminer l'histoire, un peu comme s'il manquait un chapitre ou du moins un chapitre plus conséquent que les 21 lignes qui forment le dernier! LP l’a sans doute voulu ainsi…

Ainsi, on aurait aimé voir Manon, qui a eu une pensée émue en abandonnant son père, reprendre contact avec lui (car à la suite de la mise en scène finale par Derek, créateur d’une fausse presse écrite, où le père de Manon est censé être décédé, rien ne vient contredire qu’il soit en fait encore en vie et Derek lui-même, à son sujet, répond à Manon : "j’en sais rien où est ton père…"). On aurait également aimé voir Manon, côté cœur, nouer une nouvelle relation avec, pourquoi pas, un garçon sympa de l'équipe de tournage qu'elle aurait appris à apprécier au cours de ces deux années de folies ! Bref, le happy end peut sembler tronqué au lecteur et Manon, enfin nouvelle vraie star, semble néanmoins, en fin de récit, demeurer inchangée en dépit de tous ces tragiques rebondissements successifs. Mais sans doute est-ce également voulu par l'auteur?



dans le même style on retrouve l'écrivain Virigine despentes

bonne lecture!


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Old Post 15-09-2007 19:31
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J'ai pas lu le deuxième mais j'ai lu le premier. J'étais en plein milieu de la forêt amazonienne j'ai trouvé le contraste rigolo. C'est vrai que pour un premier livre à 20 ans c'est bien écrit... Mais j'ai quand même trouvé que c'était bourré de clichés et un peu branchouillard. En fait j'aime pas le Parisiannisme.
Je vous le conseille quand même, de toute façon ça se lit en quelques heures.


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Old Post 16-09-2007 12:28
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je préfère quand elle est de face, Lolita Pille.





oui oui, je suis parti


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Les tôles ondulées mais les vaches aussi.


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