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1954 – Naissance de la Volksunie
En cet immédiat après-guerre, le conflit communautaire somnole. Au sein des grands partis (libéraux, sociaux-chrétiens, socialistes) Flamands et Francophone taisent la querelle linguistique pour se centrer sur les périls de l’heure : affaire royale et guerre scolaire.
Deux mots sur la guerre scolaire : il s’agit de l’organisation de l’enseignement et de son financement tenant compte des différents réseaux, pour simplifier : le réseau officiel et le réseau catholique organisé par l’église. Ce dossier a aussi été une épine dans la vie politique belge pendant des dizaines d’années et n’a été solutionné qu’en 1958. Et encore maintenant cette loi de financement de l’enseignement est parfois remise en cause par certains politiciens qui se justifient par des besoins d’économies supposées si on unifie les réseaux.
Revenons au sujet. Les flamingants cherchent à se faire oublier, beaucoup se sont laissé entraîner dans les dérives fascistes des années 30. En ces temps d’épuration, ils rasent les murs. Et s’ils cherchent à se rassembler, c’est dans une semi clandestinité. Le mouvement wallon lui s’active : l’après-guerre est une des rares époques sinon la seule où il s’exprime à voix plus haute que le flamand. En octobre 1945, un congrès wallon vote une motion appelant à l’autonomie dans un cadre fédéral. En mai 1946 un autre congrès précise : il s’agirait d’édifier un système fédéral avec deux régions (Flandre, Wallonie) et d’une ville fédérale (Bruxelles). On constate qu’à cette période ce sont les Wallons, région la plus riche, qui sont demandeur de plus d’autonomie. Le 6 mars 1947, une proposition de loi en ce sens est déposée au Parlement par 52 élus wallons. Mais on est sous la régence (voir plus haut : la question royale) – Léopold III est toujours en Suisse et une révision de la constitution est impossible. Un tournant : le 26 mars 1950 lors d’un congrès wallon à Charleroi, André Renard, le leader syndicaliste socialiste de la FGTB (fédération générale du travail belge), annonce qu’il apporte à l’idée fédéraliste le soutien de son syndicat. « C’est l’armée du travail qui vous rejoint. » Jusqu’ici enfermé dans un petit périmètre de politiques et d’intellectuels, le combat fédéraliste wallon dispose désormais d’un appui populaire. L’idée qui dominera la grève de 1960-1961 : il faut se délivrer du cadre belge (« où le Flamand es t maître ») pour offrir à la Wallonie de gérer elle-même ses leviers économiques. On verra plus loin que 50 ans plus tard, la demande est identique mais est revendiquée avec toute l’énergie possible par les Flamands, la prospérité ayant changé de côté.
Le fédéralisme, donc. Mais en ces années 50, les esprits sont ailleurs ou ne sont pas mûrs. L’unitarisme est l’option dominante, les fédéralistes ont mauvaise presse et on les traite volontiers d’inciviques, en forçant le trait ce sont nos séparatistes d’aujourd’hui.
Cela dit qu’il faille rénover l’Etat, là, tout le monde acquiesce. Un débat avait déjà été lancé en 1936. En 1948 on crée un « Centre de recherche pour la solution nationale des problèmes sociaux, politiques et juridiques en régions wallonnes et flamandes. Son rapport publié en 1958 suggère comme en 1936 d’accorder l’autonomie culturelle à chaque communauté. Effet de cet appel: zéro. Le gouvernement a d’autres chats à fouetter. Mais l’idée, on le voit, est définitivement en train de tourner.
Le mouvement flamand ? On l’a dit: il est discret. Mais il s’ébroue. En 1949 se crée une Concentration flamande qui ne durera pas. En 1954, un nouveau parti prend le relais : la VOLKSUNIE.
Jusqu’ici les formations flamingantes ont toutes été éphémères. En dépit d’un départ électoral laborieux, ce parti va marquer la politique belge jusqu’en 2001 et signer plusieurs épisodes clé de notre saga. Il comptera quelques grands hommes d’Etat : Hugo Schiltz en particulier. Mais les débuts de ce parti sont franchement « douteux ». Récupérant les débris du nationalisme flamand, elle intègre des ex-VNV ou ex-Verdinaso (où on retrouve entre autres d’anciens collabos ou leurs familles touchée elles aussi par les condamnations pour collaboration pendant la guerre). La Volksunie bénéficie aussi du soutien logistique (service d’ordre, propagande) des néonazis du VMO (Vlaamse Militanten Orde). En 1958, la Volksunie reconnaîtra le VMO comme « organisation satellite » avant de couper les ponts en 1963.
Après sa rupture avec la Volksunie, le VMO épaulera la création du Vlaamse Blok – parti extrèmiste de droite et raciste.
LE VMO créé en 1949 sera dissous en 1983 sur base de la loi sur les milices privées
Le Vlaamse Blok sera condamné pour racisme et verra son financement supprimé.
Les partis politiques reçoivent en Belgique un financement dépendant de leurs résultats électoraux. C’est une résultantes des condamnations encourues par certains politiciens pour corruptions dans l’attribution de marchés publics (Par exemple : Agusta, Dassault). Ces sommes détournées servaient à financer les partis. Depuis lors les dépenses électorales sont limitées par la loi et strictement contrôlées. Même la taille des panneaux publicitaires est limitée à 4 mètres carré.
Le Vlaamse Blok suite à cette condamnation se reconstituera sous le nom de Vlaams Belang, ne changera pas de politique, mais sera plus prudent dans sa communication. Il vient quand même de perdre 6 sièges sur 17 à la chambre aux élections de ce 13 juin 2010 très probablement au profit de la NVA de la droite flamande mais démocratique.
En fait la Volksunie apparaît à l’heure où la braise communautaire se réveille (1949). En 1947 a été organisé le recensement décennal dont on a déjà parlé plus avant. En vertu de la loi de 1932, ce recensement offre aux communes situées le long de la frontière linguistique de changer de bord ou de réclamer des facilités. Les résultats de ce recensement ne sont rendus publics (et exploités) qu’en 1954. Le fait est qu’ils sont assez favorables aux francophones, - la voilà cette fameuse tâche d’huile francophone que craignait tant le Nord. C’est sur cette base que l’agglomération bruxelloise sera élargie de 3 communes (Evere, Berchem-Ste-Agathe et Ganshoren) et que l’on accordera les facilités à Crainhem, Drogenbos, Linkebeek et Wemmel - 4 communes situées à la périphérie de Bruxelles qui font entre autres parties du fameux territoire du canton de Bruxelles – Hal – Vilvorde, le fameux BHV (rien à voir avec le Bazar de l’Hotel de Ville bien connu des Parisiens)dont vous avez probablement entendu parler et qui vient de faire monter de quelques crans la tension communautaire. On y reviendra plus tard.
Les flamands estimeront donc que l’opération a été tronquée. Ils feront même valoir que la répression d’après- guerre faisait rage et des gens n’ont pas osé se signaler au recensement comme néerlandophones. C’est dit la Flandre avec la Volksunie en avant-garde va se mobiliser pour rectifier la loi de 1932, effacer le mécanisme du recensement et bétonner la frontière linguistique.
La guerre scolaire est terminée (voir plus haut) on a tout ce qu’il faut pour relancer le feu linguistique. On est en 1958, on est reparti pour 52 ans de palabres communautaires.
Petite anecdote, en 1958 se tint à Bruxelles une exposition universelle dont l’Atomium est un des derniers témoins. Un comité de la jeunesse flamande s’était créé en 1957 et se donnait pour but de lutter contre la mainmise francophone sur l’organisation de l’exposition. Le jour de l’inauguration, ils distribueront des drapeaux flamands qui salueront l’arrivée du Roi Baudouin. Il obtint la tenue d’une « journée flamande », le 6 juillet. Ce mouvement s’illustre ce jour là en badigeonnant le pavillon français. Le président de ce comité ? Un certain Wilfried Martens qui sera deviendra plus tard ministre puis à la tête de 9 gouvernements comme premier ministre.
1958 est aussi le début du déclin de la Wallonie.
Cette fois, c’est foutu. Le balancier de la prospérité, qui a irrigué et développé la Wallonie depuis que la Belgique est Belgique, va passer au nord. A la fin des années 50, ils sont de plus en plus nombreux, en Belgique Francophone, à ruminer cette certitude.
Du côté des élites économiques flamandes, en revanche, pas de grosse surprise. Cette égalité, puis cette suprématie économique, le Nord les a voulues, planifiées, organisées, au même titre que les revendications politiques et culturelles dont elles sont indissociables.
Il est vrai qu’après la naissance de la Belgique, tout sourit à la Wallonie. Elle profite à plein de la révolution industrielle (grâce à ses gisements de charbon) et à depuis que les frères Cockerill, industriels anglais, se sont installés à Liège et y développent un complexe industriel qui intègre l’extraction du charbon, la fonte du minerais et la production de machines à vapeur.
A cette époque, la bourgeoisie francophone domine la Belgique économique. Ses réserves de capitaux lui permettent d’investir massivement dans l’industrie naissante, ils disposent pour cela de deux bras financiers : la Société Générale et la Banque de Belgique. Petit à petit, ces institutions vont prendre le contrôle des principales sociétés belges.
Le développement de la partie francophone du pays est d’autant plus assuré que les grands capitaines d’industrie participent activement à la gestion de l’Etat Belge, grâce au vote censitaire qui leur assure une représentation (selon l’importance de la fortune on disposait d’un certain nombre de voix aux élections).
Le développement de la Wallonie n’irrigue pas la Flandre qui reste une région à dominante agricole. Mais en coulisse la bourgeoisie flamande s’active. A petits pas, elle s’applique à fédérer le monde économique du Nord et rassemble des capitaux. Le Boerenbond (traduction : le mouvement des paysans) est créé le 20 juillet 1890 et jouera un rôle essentiel dans ce travail de concentration des forces. « Structure fortement centralisée, le Boerenbond se dote de moyens efficaces pour drainer l’épargne rurale et son action peut être considérée comme étant à l’origine d’une puissance financière authentiquement flamande » écrit Michel Quévit dans son ouvrage ‘Les causes du déclin wallon’.
Petite note personnelle - Le Boerenbond est depuis sa création une coopérative et existe toujours en temps que tel mais est entre autres actionnaire principal de la KBC, une des plus grosses banques actives en Belgique et gère des capitaux immenses.
Jusqu’au début du vingtième siècle, cette bourgeoisie demeure périphérique par rapport à la toute puissance des classes dominantes francophones. La Flandre économique est également politiquement minorisée. Mais plus pour longtemps car un organe voit le jour en 1926 qui va tenter de faire rimer essor économique et politique : le VEV (Vlaams Economisch Verbond). Le discours inaugural de son premier président est édifiant : « Nous désirons que notre langue occupe dans les affaires la place qui lui revient de droit et que la puissance économique, qui jusqu’ici se trouve en grande partie aux mains de nos adversaires, passe lentement mais sûrement aux mains de Flamands convaincus et conscients, qui l’emploieront à revigorer et fortifier la communauté flamande. »
Après l’instauration du suffrage universel, le VEV pourra peser davantage sur les gouvernements successifs, plusieurs titulaires des grands ministères économiques étant issus ou entretenant des liens privilégiés avec le VEV.
Du côté wallon, on prend la mesure de ces changements, le 30 juin 1935 un leader syndical de Charleroi s’écrie : « On ne crée plus d’usines chez nous, on va les fonder en pays flamand. Nous sommes menacés dans cent ans de devenir une région désertique . » D’où les vœux émis de créer un Conseil économique wallon, en réponse au VEV. Il le sera, avec une douzaine d’années de retard. Plus largement l’idée du fédéralisme gagne du terrain en Wallonie.
Pendant ce temps la Flandre commence à exploiter le précieux charbon du Limbourg réputé de meilleure qualité que le combustible wallon. Avec les charbonnages du Limbourg et le port d’Anvers, la Flandre amorce son développement industriel. Il ne manque qu’au Nord un outil d’investissement capable de s’attaquer à la Générale et à la Banque de Bruxelles. Il naîtra en 1935 : la Kredietbank.
En Wallonie la situation se dégrade. Le sud du pays va subir, en quelques années, deux crises économiques sans précédent : celle du charbon, puis celle de l’acier.
La crise charbonnière frappe à la fin des années 50. En quelques années la Wallonie perd 97% de ses emplois dans les charbonnages sans que soit entrepris quelque effort de reconversion par les groupes financiers privés.
En Flandre, le choc est amorti. Les 93 milliards de francs belges (l’équivalent de l’époque de 15,5 milliards de francs français) que l’Etat alloue à la sidérurgie du Limbourg seront utilisés pour maintenir les charbonnages en vie durant 15 ans. Motif : le charbon flamand de meilleure qualité peut encore compter sur quelques années de rentabilité.
Au même moment, la Wallonie subit également la crise de la sidérurgie. Très vite les grands groupes financiers commencent à se désintéresser du pôle wallon. Ils préfèrent créer des complexes maritimes pour diminuer le coût de transport des matières premières et des produits finis. Les grands groupes se tournent vers la France. La Flandre tirera parti de ce revirement en créant en 1962 Sidmar (sidérurgie maritime) près de Zeebrugge.
Durant l’hiver 1960-61, une grève sans précédent éclate, les Wallons prennent conscience que leurs mines et leur appareil industriel traditionnel sont menacés d’un déclin total sans que de nouvelles industries viennent les remplacer.
Ces mutations économiques frappent moins durement la Flandre qui poursuit son redressement grâce aux deniers alloués par l’Etat central alors que la Wallonie s’enfonce. Disposant des principaux portefeuilles ministériels à vocation économique, le Nord s’arroge la part la plus importante des subsides exceptionnels accordés en vertu des lois d’expansion économique de 1959 à 1966 sur les régions économiquement défavorisées : 57,9% pour la Flandre, 38,2% pour la Wallonie et 3,9% pour Bruxelles.
La Flandre ne profite pas seulement des subsides. Elle peut aussi faire valoir de réels atouts, comme sa situation géographique à proximité de la mer, ses salaires plus bas et sa main-d’œuvre réputée plus docile.
De son côté, la Wallonie s’enfonce dans le marasme dépendante d’une classe dirigeante francophone qui ne s’est pas préoccupée du développement régional pendant la période de croissance. Elle est aussi victime de sa minorisation politique et d’une classe politique plus soucieuse de ses intérêts sous-régionaux ou provinciaux et du maintien de vieux clivages religieux ou sociaux.
Au tournant des années 80, il ne faut plus compter sur l’aide du gouvernement fédéral. Redressée durablement, la Flandre commence à critiquer les transferts Nord-Sud et exige en 1982 que l’aide de l’Etat accordée à Cockerill soit la dernière. Le slogan « Plus un franc flamand pour la sidérurgie wallonne. »
Depuis cette question des transferts n’a cessé d’alimenter les débats dans tous les domaines où la Flandre s’estimait perdante : soins de santé et allocations de chômage en tête.
Tant que ces compétences demeurent fédérales, la solidarité nationale peut encore jouer. Mais l’un des enjeux des futures négociations institutionnelles est bien celui-là : en demandant la régionalisation d’une partie des compétences emploi et soins de santé, la Flandre entend, à terme, mettre fin aux transferts. Si elle atteint cet objectif c’en sera fini de la solidarité nationale, et probablement de l’Etat Belge, dont la Flandre aura alors profité longtemps.
Petite note personnelle – Pendant les 130 premières années d’existence de la Belgique, les transferts n’ont pas dérangé les Flamands et pour cause, ils se faisaient du Sud vers le Nord. Ce que la mémoire peut être courte mais depuis 40 ans les politiciens flamands martèlent à leur population que les Wallons sont des fainéants et des profiteurs. A force les gens de cet âge et les plus jeunes finissent par le croire et de ce fait ont de plus en plus tendance à voter pour ces partis indépendantiste. On se demande alors vraiment qui étaient les ouvriers qui faisaient tourner les industries lourdes du temps où la Wallonie était florissante si les Wallons sont tous des fainéants.
Les derniers chiffres de l’OCDE disent pourtant que la Wallonie est une région qui résiste mieux que la Flandre à la crise actuelle, l’emploi a mieux résisté, la région est attractive pour les nouveaux investissements, tout cela grâce aux deux derniers plans d’aide au développement économique et à la recherche mis en œuvre par le Gouvernement Régional Wallon.
En chiffres, c’est en 1965 que tout a basculé, c’est l’année ou le PIB par habitant de la Flandre a pour la première fois égalé celui de la Wallonie. Avant cela il avait toujours été inférieur.
La moyenne européenne étant fixée à 100, en 1965 tant la Flandre que la Wallonie atteignent 93. En 1985, les écarts se sont creusés : la Flandre est à 106 et la Wallonie à 87. En 1996 la Wallonie est remontée à 90 et la Flandre cartonne à 116.
Ce que vous venez de lire explique les données économiques des problèmes entre les communautés mais nous verrons plus loin que d’autres données non moins importantes pour la vie des gens entrent en ligne de compte.
A suivre….
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