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Forum OXMO Forum OXMO > Section Généraliste > Discussion Libre > Suite mais pas la fin - Origine des problèmes linguistiques en Belgique


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Suite mais pas la fin - Origine des problèmes linguistiques en Belgique

Ce post pour répondre à la question posée ici

Ce n'est que la première partie de la réponse, si l'intérêt est marqué pour ce très long texte, je posterai la suite, mais la situation actuelle ne peut être comprise qu'en partant de l'indépendance de la Belgique.

Pour ceux que cela intéresse plus en détails je vous conseille la Brochure SAGA BELGICA en vente sur le site internet du journal "Le Soir"dont voici le lien.

Je me suis servi de cette brochure de 84 pages richement illustrée et qui retrace l'histoire jusqu'en 2008.


Donc pour répondre à cette question je vais essayer de faire bref et simple ce qui va être compliqué (pour moi)


Je précise aussi que je suis issu d’une famille complètement wallonne d’origine et que mon épouse est elle issue d’une famille complètement flamande d’origine ce qui n’est pas rare en Belgique.

Vous verrez ci-dessous qu’il s’agit au départ d’une simple exigence de respect pour la langue et la sauvegarde d’une culture flamande soumise à une lente érosion par l’imposition de la culture et la langue française avant par la suite de devenir une lutte pour le pouvoir politique et ensuite une forme de protectionnisme économique.

Après la défaite de Napoléon à Waterloo et suite au congrès de Vienne la Belgique catholique est rattachée à la Hollande protestante (Les Pays-Bas pour être plus correct – la Hollande est une province des Pays-Bas).

Dans le nord de la Belgique ultra catholique on parle des dialectes flamands qui s’apparentent au Néerlandais langue officielle des Pays-Bas mais tous ces patois sont assez différents les uns des autres. La bourgeoisie et la noblesse flamande parlent elles le français.

Guillaume d’Orange – roi des Pays Bas se conduit envers la Belgique comme un envahisseur et est honni par toute la population belge qu’elle soit francophone (wallonne) ou flamande.

De là la révolution de 1830 et l’indépendance de la Belgique. Et comme le néerlandais est la langue des Hollandais, les envahisseurs, la seule langue officielle déclarée à l’indépendance est le français.

Toutes les lois et la constitution ne sont rédigées et éditées au Moniteur Belge (le journal officiel) qu’en français.

C’est sur ce point que vont naître le mouvement flamand et ses premières revendications.

La Belgique compte en 1830 un peu plus de 4.000.000 d’habitants – déjà à l’époque les Flamands sont majoritaires - et pour les premières élections seules quelques 30.000 personnes iront voter sur les 46.099 qui en avaient le droit. Le mode de scrutin fait que ce sont les nobles, les grands propriétaires terriens, les avocats, les juges, des représentants de l’église qui vont voter. Si plus de la moitié de ceux-ci proviennent de la partie flamande du pays, tous parlent français. Le peuple parle flamand et les classes supérieures parlent français. La bourgeoisie flamande se convertit elle aussi au français langue de l’élite partout en Europe à cette époque et depuis longtemps.

L’occupation française (1794-1815) a bien sur renforcé la francisation du pays (l’usage du français est généralisé à l’école, dans l’administration, en justice, dans l’armée. Sous l’occupation hollandaise, Guillaume 1er veut progressivement imposer le néerlandais comme langue officielle dans tout le pays cela va solidariser la bourgeoisie de toute la Belgique du nord au sud dans un désir d’indépendance.

Le premier gouvernement provisoire de la Belgique décrète que chacun parle la langue qu’il veut mais que la langue officielle est le français, que langues flamande et allemande en usage parmi les habitants de certaines localités, varient de province à province et quelquefois de district à district, de sorte qu’il serait impossible de publier un texte officiel des et arrêtés dans tous ces dialectes.

Ce statut accordé au français aura pour effet d’accélérer la « francisation » de Bruxelles.

En 1840 – 10 ans après l’indépendance premières revendications flamandes :
A cette période la Flandre est et restera pour longtemps encore une région pauvre, largement agricole, conservatrice et profondément religieuse. Si la Flandre est pauvre il faut savoir qu’à la fin du 19ème siècle la Belgique est la quatrième puissance industrielle mondiale.
Deux auteurs flamands, Henri ou Hendrik Conscience et Jan Frans Willems, Adolf Daens un curé de la base vont jouer un rôle dans la promotion du flamand, ils réclament l’usage en Flandre du néerlandais dans les écoles, l’administration et les tribunaux : concrètement que les affaires communales et provinciales soient traitées en flamand dans les provinces flamandes en ce compris envers les administrés et les justiciables lorsque c’est la langues des parties. (Le film Daens vaut la peine d’être vu)

Puis suivent quelques années plus tard et à diverses reprises des manifestes, pétitions de revendications cherchant à créer un enseignement flamand du primaire au supérieur, que les lois et codes soient traduits en flamand, que la langue utilisée au tribunal soit celle de l’inculpé au pénal, du demandeur au civil et de créer dans l’armée des régiments distincts flamands/wallons. Chaque fois ces demandes sont soit étouffées soit combattues ou immédiatement rejetées.

En 1857 on trouve dans un journal qui parle du flamand « Comment un idiome décrépit aurait-il la prétention de soutenir la concurrence avec le français ? » Tout un symbole de l’époque…

En 1873 : première loi linguistique qui impose l’usage du néerlandais en matière judiciaire dans les provinces flamandes et à Bruxelles pour les unilingues flamand, loi peu appliquée pendant longtemps même par les avocats flamands en accord avec leurs clients.

En 1888 nait le mouvement wallon, en effet il existe depuis l’indépendance de la Belgique différents dialectes wallons (certains wallons ne comprenaient d’ailleurs pas bien le français) mais dans le peuple Wallon on considère comme un signe d’élévation sociale l’usage du français. Ce mouvement se veut surtout une sauvegarde des patois menacé de disparition et pas une lutte contre le français.

Ce qui inquiète les Wallons, suite aux premières lois linguistiques de 1873, c’est de devoir apprendre le néerlandais et que sa connaissance soit une exigence pour accéder aux emplois à Bruxelles et en Flandre.

Pour le mouvement flamand, les premiers acquis sont obtenus avec trois lois :
- celle de 1873 (voir ci-dessus)
- celle de 1878 qui instaure le bilinguisme dans l’administration centrale (toujours pas dans les communes ou dans les provinces)
- celle de 1883 qui concerne les écoles en Flandre. Pour le secondaire du réseau officiel (pas dans les écoles libres (catholiques) un certain nombre de cours devront être donnés en flamand et dans les cours préparatoires (écoles primaires) le flamand devra être la langue véhiculaire.
Dans les faits ces trois lois seront peu respectées par manque de professeurs capables d’enseigner en flamand.

Un évènement important va commencer à sérieusement changer la donne, en avril 1893 le suffrage universel est accordé à tout homme de plus de 25 ans. Ce droit est doublé de l’obligation d’aller voter. L’électorat passe de 136.775 à 1.370.687 âmes. Le peuple flamand devient une force politique respectable.

En 1898 une loi donne au néerlandais la même valeur juridique dans les textes de lois et arrêtés qu’au français. Ce n’est que depuis 1895 que Le Moniteur Belge journal officiel est édité dans les deux langues. Il faudra attendre 1925 pour voir la constitution publiée au Moniteur en néerlandais et attendre 1967 pour qu’il soit admis que la version flamande a la même valeur juridique que le texte français. Jusque là en cas de discussion (suite à une traduction imprécise par exemple) la version française l’emportait.



Début du 20ème siècle

Malgré tous ces textes la francisation de la Flandre continue et les garanties d’une Flandre bilingue sont minimes, l’application de la loi restant généralement lettre morte. Le mouvement flamand se raidit et commence à réclamer une Flandre unilingue. Sous l’impulsion d’universitaires, le lien est définitivement fait entre la condition sociale des masses laborieuses en Flandre et un régime qui flatte encore trop Voltaire. Le combat flamand devient ainsi un combat d’émancipation et cible désormais très logiquement l’école. On réclame donc un enseignement en flamand au secondaire, technique et universitaire. Une revendication va émerger en particulier : une pétition de 1840 avait demandé que le flamand soit pratiqué à l’égal du français à l’université de Gand, ceci devient le combat n°1 du mouvement flamand.

Une autre lutte s’engage pour flamandiser l’enseignement libre catholique, on l’a vu plus haut la loi de 1893 ne touchait que l’officiel avec des effets mesurés sur le terrain. Vu les résistances de l’Eglise, le combat se solde en 1910 par un compromis : les écoles catholiques pourront choisir entre le régime des écoles officielles ou leur enseignement en français à la condition de donner 8 heures de cours par semaine en néerlandais.

En 1914, le mouvement flamand marque un point, il obtient que la langue utilisée au primaire soit désormais la langue maternelle des enfants. Demi victoire car à Bruxelles un ministre s’arrangera pour que la loi ne s’applique pas vraiment ce qui accentuera encore la francisation de Bruxelles.

(Note personnelle : dans les années 60, il y avait des inspecteurs – principalement flamands - qui passaient dans les classes francophones de Bruxelles. Ces inspecteurs questionnaient les enfants pour savoir quelle langue ils parlaient à la maison afin de vérifier la bonne application de la loi et d’éviter ainsi une francisation des petits flamands)

En 1914 aussi : un mythe des flamingants est que les soldats flamands des tranchées ont été plus nombreux à être envoyés à la mort par des officiers francophones soit par discrimination soit parce qu’ils ne comprenaient pas les ordres transmis en français. Ce mythe a été démonté par de nombreux historiens mais a malheureusement la vie dure. Par contre certains activistes flamands très peu nombreux ont voulu profiter pour scinder le pays (déjà) de l’occasion de l’occupation allemande qui elle-même menait une politique plus favorable aux cousins germains Flamands en créant une sorte d’état satellite pour briser l’unité nationale. Ces activistes déserteront pour passer du côté allemand.

En 1921 Une loi clé décisive pour la Flandre : elle stipule que l’on parlera désormais flamand dans les administrations de l’état situées en Flandre et que à Bruxelles, les communications se feront dans les deux langues. Cette loi désigne de facto une frontière linguistique séparant la partie du pays où on parle le français de celle où on parle le flamand avec au sein de cette partie flamande Bruxelles où on parle les deux langues.

MAIS cette frontière n’est pas figée. Tous les 10 ans un recensement se fera et la population indiquera la langue qu’elle utilise. En fonction des résultats, le statut linguistique d’une commune pourra basculer d’une région à l’autre. D’autre part, si dans une commune, 20% des électeurs le demandent, des facilités peuvent être accordées à la minorité (papiers en deux langues et fonctionnaires bilingues). Autre acquis de la loi : on flamandise en Flandre les administrations communales et provinciales qui ne l’étaient pas encore. Cette loi ne donne pas satisfaction aux flamands

En 1929 l’élection d’un de ces fameux déserteurs activistes de 1914 qui s’était présenté à une élection partielle à Anvers et avait obtenu 83.000 voix battant son rival libéral bien connu dans la ville. Cette élection est annulée puisque l’individu est en prison (il a été condamné à mort pour trahison – peine commuée en détention à perpétuité) ébranle l’opinion des francophones secouée par l’ampleur du succès électoral des nationalistes flamands – eh oui déjà à cette époque.

En 1932 On va donc encore modifier la loi sur la frontière linguistique en renforçant l’unilinguisme administratif en Flandre et en Wallonie et le bilinguisme à Bruxelles. La frontière linguistique n’est toujours pas figée mais la barre pour les facilités est fixée à 30%. Cette loi offre en compensation aux francophones l’effacement de l’exigence du bilinguisme pour les agents de l’état ce qui cabrait le sud
Parce que la plupart des fonctionnaires francophones ignorent le néerlandais. Et puis la Flandre est en plein boom démographique, les industries wallonnes attirent un tas de Flamands et il y a une crainte que le néerlandais vienne coloniser la Wallonie par le chemin des administrations et des écoles. En préconisant l’unilinguisme, le Sud lâche les fransquillons de Flandre qui seront désormais administrés en flamand mais ^protège le français en Wallonie et l’emploi des Wallons.
Dans la foulée la Flandre obtient l’usage de sa langue en justice et l’armée (le soldat doit être commandé dans sa langue maternelle). Pour l’école primaire et secondaire, la langue de la région devra être celle de l’enseignement.

Maintenant tout le monde est content ?
Non. Cette frontière linguistique élastique, potentiellement mouvante au gré des recensements inquiète la Flandre qui redoute déjà la « tache d’huile » francophone. (Défense d’une culture qui se fait grignoter en fait)


Revenons en 1930 Après de nombreuses péripéties trop longues à détailler la néerlandisation intégrale de l’université de Gand est votée au Parlement. Désormais les nouvelles générations de Flamands pourront étudier dans leur langue maternelle de l’école primaire jusqu’à l’université. Il aura fallu 90 ans de lutte depuis la première pétition pour une école en flamand pour en arriver là.


Deuxième guerre mondiale

Hitler exploite la querelle communautaire mais à la différence de 1914 choisit de ne rien décider qui engage l’avenir de l’Etat Belge (en clair on ne touche pas au cadre institutionnel) il donne cependant instruction de favoriser autant que possible les Flamands mais n’accorder aucune faveur aux Wallons. Ceci entrainera une collaboration nettement plus importante en Flandre qu’en Wallonie. De nouveau comme durant la guerre 14-18, les groupes ultra flamingants entrent en collaboration
ce qui souillera l’image du mouvement flamand et surtout suite aux nombreuses et très lourdes condamnations encourues après la guerre l’émergence de mouvements flamands revanchards demandant l’amnistie pour ces faits de collaboration et souhaitant la fin de la Belgique qui les avait déchus de tous leurs droits civiques. Il existe encore des groupuscules extrémistes de droite demandant l’amnistie et la fin de la Belgique.
Jacques Brel issu d’une famille flamande le dit dans sa chanson « Les flamingants » : nazis durant les guerres et catholiques entre elles…

La question royale

Le 10 mai 1940 la Belgique est envahie et la défense belge résiste tant bien que mal mais se retrouve le dos à la mer. Le 25 mai 1940, une délégation du gouvernement rencontre le roi Léopold III. En dépit du soutien des alliés Anglais et Français, la défaite est inéluctable. Les ministres jugent que le roi doit quitter le pays et poursuivre le combat au côté des alliés, il refuse et prévient ses ministres qu’il les désavouera s’ils poursuivent la lutte en Angleterre.

Le 27 mai le Roi capitule sans conditions contre l’avis de ses ministres, reddition prenant effet le 28 mai à 4h00 du matin. Le même jour, le premier ministre Pierlot replié à Paris constate que le Roi est sous le pouvoir de l’envahisseur et qu’il est dès lors dans l’impossibilité de régner. A la radio Pierlot déclare que l’acte de capitulation est sans valeur légale et qu’il n’engage pas le pays.

Le 31 mai à Limoges, des ministres et des parlementaires accusent le Roi de trahison, ce qu’il ne leur pardonnera jamais. Les ministres belges continuent le combat à Londres. Le Roi s’est constitué prisonnier et est assigné à résidence dans son château de Laeken.

Le 19 novembre 1940 le Roi rencontre Hitler à Berchtesgaden, il y évoque le sort des prisonniers de guerre et la situation alimentaire du pays. Résultat : néant.

Mais cette rencontre sera au cœur de la question royale tout comme la capitulation. Ses partisans diront son souci de préserver le sang des soldats et de partager le sort des Belges, de veiller sur eux. Ses adversaires diront que cet entretien montrait une fois encore que le Roi ne se trouvait pas du côté des Alliés.

En restant au pays, le Roi a suscité la sympathie du peuple qui s’étiolera le 7 décembre 1941 lorsque celui-ci apprendra par le Cardinal Van Roey qui annoncera à la presse que le Roi a contracté mariage avec Melle Mary-Lilia Baels en date du 11 septembre.

Pendant que les familles du sud du pays attendent le retour d’un mari ou d’un fils prisonnier, que suite à la politique d’Hitler (voir plus haut) les prisonniers flamands sont revenus, le Roi ,veuf en première noce de la Reine Astrid décédée dans un accident de voiture en 1935 ce qui lui attirait la compassion, ce Roi pendant ce temps là roucoule dans son palais.

Le 6 juin 1944 les alliés débarquent. Le 7 juin les Allemands embarquent le Roi en Allemagne puis en Autriche. Le 3 septembre, Montgomery libère Bruxelles. Le 20 comme le gouvernement est sans nouvelles du Roi, le parlement installe son frère Charles comme régent.

Le 7 mai 1945, les Américains délivrent Léopold en Autriche, le parti social chrétien souhaite son retour. Les communistes et les socialistes et leur syndicat FGTB, de même que de nombreux libéraux francophones exigent l’abdication. Le Roi s’exile en Suisse, et là on tergiverse. Léopold III refuse de s’effacer et déclare qu’il rentrera au pays s’il est organisé une consultation populaire – ce que refusent les communistes et les socialistes. Blocage. A l’été 1945, le parti social chrétien (partisan du retour du Roi) isolé quitte le gouvernement d’union nationale laissant le pays au bloc anti-léopoldiste. En mars 1947, les communistes quittent le navire gouvernemental. Un duo socialistes – sociaux chrétiens prend le relais mené par le socialiste Paul-Henri Spaak figure de proue de l’anti-léopoldiste. La question royale continue à patiner, les deux partis ne s’entendent pas. L’affaire commence à se dégripper en 1949 suite à des élections où les socialistes sont écartés du pouvoir au profit d’une majorité sociale chrétienne – libérale. Petit rappel le nord flamand est très catholique et le sud plus industrialisé et rompu aux luttes ouvrières est plutôt socialiste. A cette époque les grands partis (socialistes, libéraux, sociaux-chrétiens) ne sont pas encore divisés entre partis flamands et wallons, ce sont des partis à l’échelle nationale.

Ce nouveau gouvernement décide d’organiser cette consultation populaire le 12 mars 1950. La question posée est : « Etes-vous d’avis que le Roi Léopold III reprenne l’exercice de ses pouvoirs constitutionnels ? »

Réponse : 2.933.302 oui (57,68%) et 2.151.881 non (42,32%) mais le oui récolte 72% en Flandre, 48% à Bruxelles et 42% en Wallonie. Nouvelle divergence entre le nord et le sud. Cadrée par l’église la Flandre a pris fait et cause pour ce Roi haï en Wallonie. Le premier ministre Spaak dira « Ce n’est pas divisé que nous sommes, c’est affreusement déchirés. »

Petite note personnelle : il est à noter que la Flandre qui a pris fait et cause pour la royauté il y a 60 ans vient de voter en masse pour le parti NVA qui prône non seulement l’indépendance de la Flandre mais aussi la suppression de cette royauté.

L’impossibilité de régner qui frappe le Roi depuis 10 ans est levée le 20 juillet, le 22 il est dans son château de Laeken (résidence officielle du Roi). Les Belges s’enflamment aussitôt, singulièrement à Bruxelles, en Wallonie mais aussi en Flandre. La grève paralyse le pays, on en vient aux mains entre partisans des deux camps lors des manifestations. On en voulait au Roi pas à la monarchie. Une cinquantaine d’attentats à l’explosif visent les voies de chemin de fer et les centrales électriques. La Wallonie (région très riche alors) menace de convoquer des états généraux pour s’engager dans la sécession. Le 30 juillet, 4 personnes sont abattues par la gendarmerie à Grâce-Berleur (Wallonie). Alors qu’une marche sur Bruxelles, dont on craint le pire, est annoncée pour le 1er août, le Roi se met à plier et se démettra en deux temps : le 11 août son fils Baudouin prête serment comme « prince Royal », la promesse de son père d’abdiquer calme le pays Cette abdication aura lieu 16 juillet 1951 et Baudouin devient Roi le 17. Cela laissera des traces en Flandre où on se dira que la loi de la rue l’a emporté sur la Rue de la Loi (rue où se trouve le Parlement National à Bruxelles). Le journal flamand « De Standaard » écrira que c’est la minorité francophone qui décide en Belgique. Dans une certaine presse de la droite flamande, on s’interrogera sur la survie de l’Etat Belge, qui selon elle, ne présente plus d’intérêt.

A suivre si vous en avez le courage...

Edité par Taxi Driver le 17-06-2010 à 00:27

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ca m interesse


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Merci pour ce petit pavé fort intéressant !


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Waouh, on en apprend des choses !
J'attends avec impatience la suite.


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Je suis pour l'egalite des sexes mais il faudrait en raccourcir quelques-uns...


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merci pour le condensé, et la suite m'intéresse aussi !

PS sans vouloir remettre en question l'objectivité de ce qui est écrit plus haut, les rédacteurs de cette brochure ne seraient-ils pas de sensibilité plus "sud" que "nord" (et donc par conséquent anti-scission) ?


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Excellent ! Je découvre totalement. Je ne pensais pas qu'il y avait autant de contrastes dans ce pays sympathique que je voyais plutôt tranquille.


En fait si j'ai bien compris, les racines profondes de la Belgique sont davantage flamandes/néerlandaises que française. C'est un peu comme en France avec l'Alsace qui est historiquement et géographiquement allemande et qui n'a été rattaché que tardivement à la France, apparemment sans contestation.

Finalement, ce qui divise , ce serait plutôt la recherche d'une identité nationale ( en surfant sur les mots à la mode ) à puiser dans l'origine hollandaise et non française ( plutôt culture rapportée ).


Sinon politiquement wallons et flamands sont égaux devant les lois et en droit.

Détail que j'ignorais mais qui a son importance : la famille royale belge n'est ni flamande ni wallone.

J'ai bon ?


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Re: Origine des problèmes linguistiques en Belgique

très intéressant tout ça, merci Taxi Driver.


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Same same, but different


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J'avais entendu dire que la partie flamandes autrefois était en déficit autrefois ce qui explique l'absence de volonté séparatiste mais qu'aujourd'hui, c'est la wallonie qui creuse les déficits tandis que la partie flamande est assez riche. Ce clivage a permis à la partie séparatiste de peser sur l'opinion des flamands.

Est-ce vrai?


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Si vous me voyez lutter avec un ours, priez pour l’ours. Sumatriptan


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Pour répondre rapidement à vos premières questions: ( soyez patients la suite arrive et ce sera encore long, très long à lire)

@ héros : bien sur Le Soir est un journal francophone mais d'une objectivité qui n'a pas été souvent mise en cause à ma connaissance et de plus tout cela est tiré de textes historiques ou écrit en collaboration avec des historiens et analystes politiques. Tu découvrira dans la suite qu'il y a aussi eu des mouvements wallons indépendantistes. Nous avons même un parti qui prône le rassemblement Wallonie - France mais qui tient congrès dans une cabine téléphonique et a fait un score misérable aux élections ce dimanche. Ce qui ne veut pas dire qu'une certaine partie de la population n'y pense pas en Wallonie mais ce n'est pas encore la priorité du moment.
La plupart des Wallons veut avant tout maintenir l'unité du pays.

@ riolobo La constitution dit que tous les Belges sont égaux devant la loi
Les racines ne sont pas plus flamandes que walonnes, c'est le résultat du lointain partage de l'empire romain en trois partie avec une partie d'origine germanique suite aux invasions et d'origine latine. Après cela toute l'histoire depuis le moyen-age et les guerres entre les différentes puissances européennes ont fait le reste. La Belgique a toujours été un champs de bataille pour l'Europe. Nous avons été Espagnols, Bourguignons, Français, Austro-Hongrois,etc... au fil de l'histoire.

La famille royale est issue de la famille de Saxe Cobourg Gotha. A l'indépendance, il a fallu choisir un membre d'une famille royale qui accepte le poste et les conditions de notre constitution rédigée par le 1er congrès: Le Roi règne mais ne gouverne pas: il fallait l'accepter.

Il fallait aussi qu'aucune des grandes puissances de l'époque ne se sente pas lésée. Il était évidemment hors de question qu'il soit d'origine hollandaise - on venait de les chasser de Belgique - et 15 ans après Waterloo hors de question qu'il soit Français.

Saxe Cobourg Gotha ayant des racines anglaises et allemandes convenait donc parfaitement à nos parains qui confortaient et protégeaient nos velléités d'indépendance.

@Suma tu auras très vite la réponse dans la suite


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Il y avait hier une excellente émission sur la 5:

C dans l'air:

Sujet: Wallonie 26ème région de France?

à laquelle participait entre autres Béatrice Delvaux rédactrice en chef du journal Le Soir, un sociologue, une historienne. Si vous pouvez la revoir sur internet vous y apprendrez aussi quelques choses intéressantes.


Petite anecdote:

Il faut savoir qu'en France vous avez aussi vos flamingants. Il y a en effet une partie de la Flandre historique qui fait partie du nord de la France. Tous les villages du coin portent des noms d'origine flamande.
Exemples: Saint-Pierre-Brouck et Capelle- Broeck (Broek en flamand signie marécage - kappel est une chapelle en flamand)
Tous les noms se terminant par *kerque (Dunkerque - Duin = dune en flamand et Kerk = église en flamand )

J'ai eu l'occasion de voir un reportage sur un gars qui avait été comdamné pour avoir proféré des menaces de mort à l'encontre d'une directeur de lycée qui portait le nom d'une personalité flamande et que l'on voulait débaptiser pour lui donner un autre nom plus républicain.

Ce gars participait au réunion du pélerinage de l'Yzer en Belgique où se réunissent chaque année les ultra-nationalistes et l'extrème droite fasciste flamands. Le plus drôle c'est qu'il était suivi par un gogo qui se disait lui aussi Flamand mais qui n'en parlait ni ne comprenait un traître mot.

Pour participer à ce rassemblement, ils logeaient sous tente dans des conditions relativement spartiates. Par la suite ils recevaient même de l'argent venu de Belgique dans des enveloppes postales.


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Merci TD d'avoir pris le temps de rédiger ce long texte très instructif pour nous français qui connaissons peu finalement l'histoire de nos voisins belges me semble-t-il.

Je ne veux pas être pessimiste mais personnellement je ne vois pas comment on peut maintenir l'union d'une Nation qui a deux langues et deux cultures si différentes, surtout si la rancune et la haine entre les deux communautés montent en flèche (comme je l'ai ressenti dans un reportage vu à la télé).


__________________

Les tôles ondulées mais les vaches aussi.


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Message écrit par fleming, le 16-06-2010 à 15:43

Je ne veux pas être pessimiste mais personnellement je ne vois pas comment on peut maintenir l'union d'une Nation qui a deux langues et deux cultures si différentes, surtout si la rancune et la haine entre les deux communautés montent en flèche (comme je l'ai ressenti dans un reportage vu à la télé).


La montée en flèche du nationalisme flamand lors des dernières élections (40% des suffrages flamands octroyés à des partis nationalistes) comparée aux dernières élections fédérales de 2007 s'explique plus par l'immobilisme dans lequel a été plongé le pays depuis ces dernières élections que par de profondes vélléités séparatistes des citoyens flamands du pays (selon certains sondages +/- 20% des flamands se réclameraient ouvertement séparatistes).

Bref, la réponse à ta question est dans la question elle-même. Il va falloir faire preuve de pragmatisme et de réalisme politique face aux revendications si opposées des deux communautés. C'est la seule façon de solutionner le problème en menant à bien une réforme de l'état qui transfère un peu plus de compétences aux régions (modèle confédéraliste) de façon à ce que la partie flamande du pays puisse à nouveau se retrouver dans l'institution Belgique. Le tout s'en toucher aux fondements de la solidarité entre régions (sécurité sociale notamment) et en octroyant à Bruxelles le statut institutionnel qu'il mérite (actuellement la région de Bruxelles-Capitale est le parent pauvre du fédéralisme à la Belge).

Si on arrive à un tel résultat, le mouvement flamingant devrait perdre de son intensité jusqu'à ce qu'une nouvelle revendication apparaisse. Jusqu'ici ça s'est toujours déroulé de cette façon (dans les années 80 flamands et wallons se livraient à des batailles rangées dans les rues quant au sort des Fourons - on n'en est pas là aujourd'hui).


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1954 – Naissance de la Volksunie

En cet immédiat après-guerre, le conflit communautaire somnole. Au sein des grands partis (libéraux, sociaux-chrétiens, socialistes) Flamands et Francophone taisent la querelle linguistique pour se centrer sur les périls de l’heure : affaire royale et guerre scolaire.

Deux mots sur la guerre scolaire : il s’agit de l’organisation de l’enseignement et de son financement tenant compte des différents réseaux, pour simplifier : le réseau officiel et le réseau catholique organisé par l’église. Ce dossier a aussi été une épine dans la vie politique belge pendant des dizaines d’années et n’a été solutionné qu’en 1958. Et encore maintenant cette loi de financement de l’enseignement est parfois remise en cause par certains politiciens qui se justifient par des besoins d’économies supposées si on unifie les réseaux.

Revenons au sujet. Les flamingants cherchent à se faire oublier, beaucoup se sont laissé entraîner dans les dérives fascistes des années 30. En ces temps d’épuration, ils rasent les murs. Et s’ils cherchent à se rassembler, c’est dans une semi clandestinité. Le mouvement wallon lui s’active : l’après-guerre est une des rares époques sinon la seule où il s’exprime à voix plus haute que le flamand. En octobre 1945, un congrès wallon vote une motion appelant à l’autonomie dans un cadre fédéral. En mai 1946 un autre congrès précise : il s’agirait d’édifier un système fédéral avec deux régions (Flandre, Wallonie) et d’une ville fédérale (Bruxelles). On constate qu’à cette période ce sont les Wallons, région la plus riche, qui sont demandeur de plus d’autonomie. Le 6 mars 1947, une proposition de loi en ce sens est déposée au Parlement par 52 élus wallons. Mais on est sous la régence (voir plus haut : la question royale) – Léopold III est toujours en Suisse et une révision de la constitution est impossible. Un tournant : le 26 mars 1950 lors d’un congrès wallon à Charleroi, André Renard, le leader syndicaliste socialiste de la FGTB (fédération générale du travail belge), annonce qu’il apporte à l’idée fédéraliste le soutien de son syndicat. « C’est l’armée du travail qui vous rejoint. » Jusqu’ici enfermé dans un petit périmètre de politiques et d’intellectuels, le combat fédéraliste wallon dispose désormais d’un appui populaire. L’idée qui dominera la grève de 1960-1961 : il faut se délivrer du cadre belge (« où le Flamand es t maître ») pour offrir à la Wallonie de gérer elle-même ses leviers économiques. On verra plus loin que 50 ans plus tard, la demande est identique mais est revendiquée avec toute l’énergie possible par les Flamands, la prospérité ayant changé de côté.
Le fédéralisme, donc. Mais en ces années 50, les esprits sont ailleurs ou ne sont pas mûrs. L’unitarisme est l’option dominante, les fédéralistes ont mauvaise presse et on les traite volontiers d’inciviques, en forçant le trait ce sont nos séparatistes d’aujourd’hui.

Cela dit qu’il faille rénover l’Etat, là, tout le monde acquiesce. Un débat avait déjà été lancé en 1936. En 1948 on crée un « Centre de recherche pour la solution nationale des problèmes sociaux, politiques et juridiques en régions wallonnes et flamandes. Son rapport publié en 1958 suggère comme en 1936 d’accorder l’autonomie culturelle à chaque communauté. Effet de cet appel: zéro. Le gouvernement a d’autres chats à fouetter. Mais l’idée, on le voit, est définitivement en train de tourner.

Le mouvement flamand ? On l’a dit: il est discret. Mais il s’ébroue. En 1949 se crée une Concentration flamande qui ne durera pas. En 1954, un nouveau parti prend le relais : la VOLKSUNIE.
Jusqu’ici les formations flamingantes ont toutes été éphémères. En dépit d’un départ électoral laborieux, ce parti va marquer la politique belge jusqu’en 2001 et signer plusieurs épisodes clé de notre saga. Il comptera quelques grands hommes d’Etat : Hugo Schiltz en particulier. Mais les débuts de ce parti sont franchement « douteux ». Récupérant les débris du nationalisme flamand, elle intègre des ex-VNV ou ex-Verdinaso (où on retrouve entre autres d’anciens collabos ou leurs familles touchée elles aussi par les condamnations pour collaboration pendant la guerre). La Volksunie bénéficie aussi du soutien logistique (service d’ordre, propagande) des néonazis du VMO (Vlaamse Militanten Orde). En 1958, la Volksunie reconnaîtra le VMO comme « organisation satellite » avant de couper les ponts en 1963.

Après sa rupture avec la Volksunie, le VMO épaulera la création du Vlaamse Blok – parti extrèmiste de droite et raciste.

LE VMO créé en 1949 sera dissous en 1983 sur base de la loi sur les milices privées

Le Vlaamse Blok sera condamné pour racisme et verra son financement supprimé.
Les partis politiques reçoivent en Belgique un financement dépendant de leurs résultats électoraux. C’est une résultantes des condamnations encourues par certains politiciens pour corruptions dans l’attribution de marchés publics (Par exemple : Agusta, Dassault). Ces sommes détournées servaient à financer les partis. Depuis lors les dépenses électorales sont limitées par la loi et strictement contrôlées. Même la taille des panneaux publicitaires est limitée à 4 mètres carré.
Le Vlaamse Blok suite à cette condamnation se reconstituera sous le nom de Vlaams Belang, ne changera pas de politique, mais sera plus prudent dans sa communication. Il vient quand même de perdre 6 sièges sur 17 à la chambre aux élections de ce 13 juin 2010 très probablement au profit de la NVA de la droite flamande mais démocratique.

En fait la Volksunie apparaît à l’heure où la braise communautaire se réveille (1949). En 1947 a été organisé le recensement décennal dont on a déjà parlé plus avant. En vertu de la loi de 1932, ce recensement offre aux communes situées le long de la frontière linguistique de changer de bord ou de réclamer des facilités. Les résultats de ce recensement ne sont rendus publics (et exploités) qu’en 1954. Le fait est qu’ils sont assez favorables aux francophones, - la voilà cette fameuse tâche d’huile francophone que craignait tant le Nord. C’est sur cette base que l’agglomération bruxelloise sera élargie de 3 communes (Evere, Berchem-Ste-Agathe et Ganshoren) et que l’on accordera les facilités à Crainhem, Drogenbos, Linkebeek et Wemmel - 4 communes situées à la périphérie de Bruxelles qui font entre autres parties du fameux territoire du canton de Bruxelles – Hal – Vilvorde, le fameux BHV (rien à voir avec le Bazar de l’Hotel de Ville bien connu des Parisiens)dont vous avez probablement entendu parler et qui vient de faire monter de quelques crans la tension communautaire. On y reviendra plus tard.

Les flamands estimeront donc que l’opération a été tronquée. Ils feront même valoir que la répression d’après- guerre faisait rage et des gens n’ont pas osé se signaler au recensement comme néerlandophones. C’est dit la Flandre avec la Volksunie en avant-garde va se mobiliser pour rectifier la loi de 1932, effacer le mécanisme du recensement et bétonner la frontière linguistique.

La guerre scolaire est terminée (voir plus haut) on a tout ce qu’il faut pour relancer le feu linguistique. On est en 1958, on est reparti pour 52 ans de palabres communautaires.

Petite anecdote, en 1958 se tint à Bruxelles une exposition universelle dont l’Atomium est un des derniers témoins. Un comité de la jeunesse flamande s’était créé en 1957 et se donnait pour but de lutter contre la mainmise francophone sur l’organisation de l’exposition. Le jour de l’inauguration, ils distribueront des drapeaux flamands qui salueront l’arrivée du Roi Baudouin. Il obtint la tenue d’une « journée flamande », le 6 juillet. Ce mouvement s’illustre ce jour là en badigeonnant le pavillon français. Le président de ce comité ? Un certain Wilfried Martens qui sera deviendra plus tard ministre puis à la tête de 9 gouvernements comme premier ministre.

1958 est aussi le début du déclin de la Wallonie.

Cette fois, c’est foutu. Le balancier de la prospérité, qui a irrigué et développé la Wallonie depuis que la Belgique est Belgique, va passer au nord. A la fin des années 50, ils sont de plus en plus nombreux, en Belgique Francophone, à ruminer cette certitude.

Du côté des élites économiques flamandes, en revanche, pas de grosse surprise. Cette égalité, puis cette suprématie économique, le Nord les a voulues, planifiées, organisées, au même titre que les revendications politiques et culturelles dont elles sont indissociables.

Il est vrai qu’après la naissance de la Belgique, tout sourit à la Wallonie. Elle profite à plein de la révolution industrielle (grâce à ses gisements de charbon) et à depuis que les frères Cockerill, industriels anglais, se sont installés à Liège et y développent un complexe industriel qui intègre l’extraction du charbon, la fonte du minerais et la production de machines à vapeur.

A cette époque, la bourgeoisie francophone domine la Belgique économique. Ses réserves de capitaux lui permettent d’investir massivement dans l’industrie naissante, ils disposent pour cela de deux bras financiers : la Société Générale et la Banque de Belgique. Petit à petit, ces institutions vont prendre le contrôle des principales sociétés belges.

Le développement de la partie francophone du pays est d’autant plus assuré que les grands capitaines d’industrie participent activement à la gestion de l’Etat Belge, grâce au vote censitaire qui leur assure une représentation (selon l’importance de la fortune on disposait d’un certain nombre de voix aux élections).

Le développement de la Wallonie n’irrigue pas la Flandre qui reste une région à dominante agricole. Mais en coulisse la bourgeoisie flamande s’active. A petits pas, elle s’applique à fédérer le monde économique du Nord et rassemble des capitaux. Le Boerenbond (traduction : le mouvement des paysans) est créé le 20 juillet 1890 et jouera un rôle essentiel dans ce travail de concentration des forces. « Structure fortement centralisée, le Boerenbond se dote de moyens efficaces pour drainer l’épargne rurale et son action peut être considérée comme étant à l’origine d’une puissance financière authentiquement flamande » écrit Michel Quévit dans son ouvrage ‘Les causes du déclin wallon’.

Petite note personnelle - Le Boerenbond est depuis sa création une coopérative et existe toujours en temps que tel mais est entre autres actionnaire principal de la KBC, une des plus grosses banques actives en Belgique et gère des capitaux immenses.

Jusqu’au début du vingtième siècle, cette bourgeoisie demeure périphérique par rapport à la toute puissance des classes dominantes francophones. La Flandre économique est également politiquement minorisée. Mais plus pour longtemps car un organe voit le jour en 1926 qui va tenter de faire rimer essor économique et politique : le VEV (Vlaams Economisch Verbond). Le discours inaugural de son premier président est édifiant : « Nous désirons que notre langue occupe dans les affaires la place qui lui revient de droit et que la puissance économique, qui jusqu’ici se trouve en grande partie aux mains de nos adversaires, passe lentement mais sûrement aux mains de Flamands convaincus et conscients, qui l’emploieront à revigorer et fortifier la communauté flamande. »

Après l’instauration du suffrage universel, le VEV pourra peser davantage sur les gouvernements successifs, plusieurs titulaires des grands ministères économiques étant issus ou entretenant des liens privilégiés avec le VEV.

Du côté wallon, on prend la mesure de ces changements, le 30 juin 1935 un leader syndical de Charleroi s’écrie : « On ne crée plus d’usines chez nous, on va les fonder en pays flamand. Nous sommes menacés dans cent ans de devenir une région désertique . » D’où les vœux émis de créer un Conseil économique wallon, en réponse au VEV. Il le sera, avec une douzaine d’années de retard. Plus largement l’idée du fédéralisme gagne du terrain en Wallonie.

Pendant ce temps la Flandre commence à exploiter le précieux charbon du Limbourg réputé de meilleure qualité que le combustible wallon. Avec les charbonnages du Limbourg et le port d’Anvers, la Flandre amorce son développement industriel. Il ne manque qu’au Nord un outil d’investissement capable de s’attaquer à la Générale et à la Banque de Bruxelles. Il naîtra en 1935 : la Kredietbank.

En Wallonie la situation se dégrade. Le sud du pays va subir, en quelques années, deux crises économiques sans précédent : celle du charbon, puis celle de l’acier.

La crise charbonnière frappe à la fin des années 50. En quelques années la Wallonie perd 97% de ses emplois dans les charbonnages sans que soit entrepris quelque effort de reconversion par les groupes financiers privés.

En Flandre, le choc est amorti. Les 93 milliards de francs belges (l’équivalent de l’époque de 15,5 milliards de francs français) que l’Etat alloue à la sidérurgie du Limbourg seront utilisés pour maintenir les charbonnages en vie durant 15 ans. Motif : le charbon flamand de meilleure qualité peut encore compter sur quelques années de rentabilité.

Au même moment, la Wallonie subit également la crise de la sidérurgie. Très vite les grands groupes financiers commencent à se désintéresser du pôle wallon. Ils préfèrent créer des complexes maritimes pour diminuer le coût de transport des matières premières et des produits finis. Les grands groupes se tournent vers la France. La Flandre tirera parti de ce revirement en créant en 1962 Sidmar (sidérurgie maritime) près de Zeebrugge.

Durant l’hiver 1960-61, une grève sans précédent éclate, les Wallons prennent conscience que leurs mines et leur appareil industriel traditionnel sont menacés d’un déclin total sans que de nouvelles industries viennent les remplacer.

Ces mutations économiques frappent moins durement la Flandre qui poursuit son redressement grâce aux deniers alloués par l’Etat central alors que la Wallonie s’enfonce. Disposant des principaux portefeuilles ministériels à vocation économique, le Nord s’arroge la part la plus importante des subsides exceptionnels accordés en vertu des lois d’expansion économique de 1959 à 1966 sur les régions économiquement défavorisées : 57,9% pour la Flandre, 38,2% pour la Wallonie et 3,9% pour Bruxelles.

La Flandre ne profite pas seulement des subsides. Elle peut aussi faire valoir de réels atouts, comme sa situation géographique à proximité de la mer, ses salaires plus bas et sa main-d’œuvre réputée plus docile.

De son côté, la Wallonie s’enfonce dans le marasme dépendante d’une classe dirigeante francophone qui ne s’est pas préoccupée du développement régional pendant la période de croissance. Elle est aussi victime de sa minorisation politique et d’une classe politique plus soucieuse de ses intérêts sous-régionaux ou provinciaux et du maintien de vieux clivages religieux ou sociaux.

Au tournant des années 80, il ne faut plus compter sur l’aide du gouvernement fédéral. Redressée durablement, la Flandre commence à critiquer les transferts Nord-Sud et exige en 1982 que l’aide de l’Etat accordée à Cockerill soit la dernière. Le slogan « Plus un franc flamand pour la sidérurgie wallonne. »

Depuis cette question des transferts n’a cessé d’alimenter les débats dans tous les domaines où la Flandre s’estimait perdante : soins de santé et allocations de chômage en tête.

Tant que ces compétences demeurent fédérales, la solidarité nationale peut encore jouer. Mais l’un des enjeux des futures négociations institutionnelles est bien celui-là : en demandant la régionalisation d’une partie des compétences emploi et soins de santé, la Flandre entend, à terme, mettre fin aux transferts. Si elle atteint cet objectif c’en sera fini de la solidarité nationale, et probablement de l’Etat Belge, dont la Flandre aura alors profité longtemps.

Petite note personnelle – Pendant les 130 premières années d’existence de la Belgique, les transferts n’ont pas dérangé les Flamands et pour cause, ils se faisaient du Sud vers le Nord. Ce que la mémoire peut être courte mais depuis 40 ans les politiciens flamands martèlent à leur population que les Wallons sont des fainéants et des profiteurs. A force les gens de cet âge et les plus jeunes finissent par le croire et de ce fait ont de plus en plus tendance à voter pour ces partis indépendantiste. On se demande alors vraiment qui étaient les ouvriers qui faisaient tourner les industries lourdes du temps où la Wallonie était florissante si les Wallons sont tous des fainéants.

Les derniers chiffres de l’OCDE disent pourtant que la Wallonie est une région qui résiste mieux que la Flandre à la crise actuelle, l’emploi a mieux résisté, la région est attractive pour les nouveaux investissements, tout cela grâce aux deux derniers plans d’aide au développement économique et à la recherche mis en œuvre par le Gouvernement Régional Wallon.

En chiffres, c’est en 1965 que tout a basculé, c’est l’année ou le PIB par habitant de la Flandre a pour la première fois égalé celui de la Wallonie. Avant cela il avait toujours été inférieur.

La moyenne européenne étant fixée à 100, en 1965 tant la Flandre que la Wallonie atteignent 93. En 1985, les écarts se sont creusés : la Flandre est à 106 et la Wallonie à 87. En 1996 la Wallonie est remontée à 90 et la Flandre cartonne à 116.

Ce que vous venez de lire explique les données économiques des problèmes entre les communautés mais nous verrons plus loin que d’autres données non moins importantes pour la vie des gens entrent en ligne de compte.



A suivre….


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Message écrit par Taxi Driver, le 17-06-2010 à 00:27
On constate qu’à cette période ce sont les Wallons, région la plus riche, qui sont demandeur de plus d’autonomie.
l'éternel problème, on partage toujours plus facilement avec plus riche qu'avec plus pauvre que soi. tout le monde n'est pas saint-martin de tours ...


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Old Post 17-06-2010 09:20
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